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Interview   

Red Fang : remède contre la gueule de bois


Il y a définitivement quelque chose de spontané chez John Sherman, batteur de Red Fang. A l’image en quelque sorte de son groupe. Connus en particulier pour leurs clips au bon goût de déconnade rock’n’roll (avec de la bière et du poil au milieu), c’est justement au lendemain d’un tournage arrosé qu’il nous parle de leur nouvel album, Whales And Leeches. Un disque parcouru par une sorte de sentiment d’urgence, composé en un laps de temps restreint. Car Red Fang, si c’est de l’instinctif et un vrai esprit rock, la formation originaire de Portland n’est pas des plus à l’aise dès lors qu’il faut composer dans des tournées qui doivent être de vrais moments de plaisir.

Tous ces sujets sont ici abordés en entretien avec le cogneur de la bande, qui nous explique aussi comment le groupe en est venu à faire participer Mike Scheidt (YOB) à cet album, mais aussi sur cette initiative de s’engouffrer, avec cette œuvre, vers un style connexe au leur qu’est le doom metal, et pourquoi ils aiment autant jouer en France.

« Je suis très satisfait du résultat, mais j’espère ne plus jamais avoir à écrire un album dans ces conditions. « 

Radio Metal : La dernière fois que nous étions censés faire cette interview, on nous a dit que tu étais malade et nous avons dû reporter. Comment tu te sens aujourd’hui ?

John Sherman (batteur) : En pleine forme ! J’ai une petite gueule de bois aujourd’hui parce que nous avons filmé un clip toute la journée hier et que dans la soirée nous filmions des scènes dans un bar alors naturellement une fois le tournage terminé, nous avons commencé à boire, enfin, continué en fait ! [Rires]

Tout d’abord, peux-tu nous donner une explication quant au titre de l’album ?

Euh, je ne peux pas t’en donner une bonne. [Rires] Pour une raison qui m’échappe, trouver les titres de nos albums est l’une des choses les plus difficiles à faire pour nous, et c’est pour cette raison que notre premier album n’avait carrément pas de titre, puis nous avons fini par donner à notre second album le nom d’une chanson qu’on avait écrite il y a des années et qui n’avait jamais vu la lumière du jour : Murder The Mountains. Elle se trouve maintenant sur notre nouvel album, il me semble que c’est un morceau bonus, mais je n’en suis pas sûr. Pour cet album nous n’arrêtions pas de tourner en rond avec toutes sortes de titres quand finalement quelqu’un a dit « Et pourquoi pas Whales And Leeches ? » Il s’agit d’un morceau de notre premier album, alors nous avons répondu « Ouais, pourquoi pas » [Rires] « Qu’est-ce qu’on en a à faire qu’il s’agisse d’un morceau de notre premier album ? Nous allons appeler notre troisième album Whales And Leeches ! » Ce nom avait une connotation étrange, flippante et brutale, alors on l’a gardé.

Murder The Mountains a été bien reçu et Whales And Leeches est, d’une certaine façon, dans la même veine et dans le même esprit, même s’il y a des différences. Est-ce que Murder The Mountains était un point de départ pour le travail sur ce nouvel album ?

Eh bien, Murder The Mountains a été écrit sur une période plutôt longue tandis que cet album a été écrit et enregistré en à peu près trois mois, alors cet album a beaucoup de… Je ne sais pas, je suppose qu’on ressent une sorte d’urgence sur cet album parce qu’on l’a pondu vraiment rapidement. Mais ouais, nous avons clairement réutilisé quelques riffs qui traînaient depuis le temps de Mountains, qui ne s’étaient jamais retrouvés sur des chansons et qui en sont maintenant. Alors je suppose. Je veux dire, ouais, je suppose que c’était une sorte de point de départ.

Vous avez commencé à travailler sur cet album au début de l’année, l’avez enregistré et produit cet été pour le sortir en octobre. C’est une période très courte. Était-ce une stratégie planifiée de façon à garder de la fraîcheur et de la spontanéité ?

Eh bien, en fait, nous étions en tournée depuis près de deux ans pour Murder The Mountains et c’est très difficile pour nous d’écrire en tournée, alors nous n’avions pas beaucoup de matériel et nous savions que nous devions sortir un album rapidement. Alors après avoir fait le Soundwave Festival en Australie au début de l’année, nous avions une tournée européenne prévue en juin, je crois, donc nous avons décidé de prendre les mois de mars, avril et mai pour ne rien faire, ne prévoir aucun concert, et ne rien faire d’autre qu’écrire, écrire et écrire, puis enregistrer à la fin de ces trois mois. Il fallait qu’on se mette une dead-line en quelques sortes, tu vois ? Et c’était plutôt stressant. [Rires] Je suis très satisfait du résultat, mais j’espère ne plus jamais avoir à écrire un album dans ces conditions. J’espère que nous pourrons trouver un moyen d’écrire à partir de maintenant jusqu’à ce qu’on enregistre notre prochain album.

« Si nous n’avions pas eu de clips marrants […] alors je suis certain que nous serions loin d’avoir la popularité que nous avons aujourd’hui. »

Deux différents styles se dégagent de ce nouvel album. Le premier est, disons, du Red Fang traditionnel : rapide et rock’n’roll ; et l’autre fait son apparition à partir du morceau « Dawn Rising » et se caractérise par un ralentissement du tempo pour aller vers une ambiance plus doom. Penses-tu que cette dualité caractérise Red Fang ?

Ouais, nous avons toujours été des grands fans de morceaux longs et plus lents, ainsi que de morceaux plus courts et rapides. Et la plupart du temps, ce sont les morceaux plus courts et rapides que nous finissons par jouer en concert ou par enregistrer le plus parce que… Je ne sais pas vraiment pourquoi, surement parce que nous avons un peu peur de trop ralentir le jeu en concert car nous pourrions perdre le public, mais nous essayons toujours d’avoir au moins une ou deux chansons lentes plus longues en concert. Et par chance nous avons Mike Scheidt [chanteur, guitariste de YOB, ndlr] qui vient chanter sur ce morceau alors il s’agit de ma préférée de l’album pour le moment, et j’ai vraiment hâte de la jouer en concert. Mike va nous accompagner pour les prochaines dates à Seattle, Washington et Vancouver BC au Canada alors nous pourrons interpréter cette chanson avec lui en concert. Mais je ne sais pas si nous pourrons la jouer sans lui ou pas. J’espère, mais nous verrons bien.

Puisqu’on en parle, comment l’idée de cette collaboration vous est-elle venue et est-ce que cette chanson a été écrite spécifiquement pour lui ?

Non, elle n’a pas été écrite spécialement pour lui, mais nous sommes amis avec Mike depuis des années, depuis les débuts de notre groupe – en réalité même encore avant – et nous avons toujours rêvé de pouvoir faire une collaboration avec lui. Je crois que nous avons essayé de faire ça sur notre premier album mais que ça n’a pas pu se faire à cause de nos agendas respectifs. Et puis nous avons écrit ce morceau, et dès que nous avons écrit la musique, nous savions que Mike serait le chanteur parfait pour l’interpréter. Bryan et Aaron, tu sais, ils n’écrivent pas les paroles avant la dernière minute de toute façon, et ils n’avaient encore rien écrit pour cette chanson, alors une fois que Mike a dit qu’il était partant – nous lui avions envoyé la musique et il nous a dit qu’il était partant – les gars étaient là : « Génial, si tu veux écrire les paroles aussi, ne t’en prive pas ! » [Rires] Alors il a écrit les paroles et chanté sur cette chanson.

Vous avez gardé la même équipe de production pour cet album, penses-tu que vous avez trouvé l’équipe parfaite et que vous n’allez pas en changer dans les années à venir ?

Oh, je ne sais pas ! Je veux dire que ça avait l’air de si bien fonctionner pour Murder The Mountains que nous nous sommes dit : « Pourquoi changer ? » Nous avons parlé avec différents producteurs et différents studios mais nous voulions vraiment rester à Portland pendant l’enregistrement de façon à pouvoir rentrer chez nous tous les soirs, tu vois ? Ça semblait être la meilleure chose à faire alors nous avons gardé le même studio, le même ingénieur, le même producteur et nous avons eu la chance de pouvoir le faire mixer par Vance Powell cette fois encore. Mais je ne sais pas si nous garderons la même équipe pour le prochain album. Personnellement, j’ai l’impression que ce ne serait pas le mieux à faire, que nous devrions bousculer les choses légèrement et faire différemment, mais qui sait ? Cet album vient tout juste de sortir alors je ne peux pas vraiment commencer à me demander ce qu’il va se passer pour le prochain. [Rires]

Il semble que le travail sur les deux voix a évolué au sein de cet album. Avez-vous accordé une importance particulière à cet aspect ?

Les voix représentent la pièce finale du puzzle pour nous. Nous écrivons toujours les riffs d’abord et parfois il ne va même pas y avoir de paroles écrites avant que nous soyons en studio pour enregistrer les morceaux. Ensuite, Aaron et Bryan vont s’arranger pour décider qui va chanter quoi et parfois Bryan va chanter quelque chose et finalement décider que ça sonnerait mieux si c’était Aaron qui le chantait et vice versa. Alors la plupart du temps je ne sais même pas à quoi vont ressembler les chants avant que nous ayons commencé l’enregistrement parce que, de toute façon, dans notre salle de répétition, quand nous répétons les chants, je ne peux pas les entendre parce que le système d’amplification est trop faible. Alors c’est plutôt intéressant pour nous, du moins pour moi, je suis toujours surpris, la plupart du temps de façon positive. Je ne sais même pas s’il y a une raison pour laquelle un chanteur chante sur un morceau plutôt qu’un autre. Ça dépend de ce qu’ils pensent être mieux pour le morceau, sans que des histoires d’égo ne viennent se mettre en travers. Celui qui a la voix qui s’accorde le mieux au passage est celui qui va finir par le chanter. Parfois Bryan chante des choses qu’Aaron a écrites, et parfois Aaron finit par chanter des passages écrits par Bryan alors…

« Tu peux te sentir vraiment mal pendant les vingt-trois autres heures de la journée mais une fois sur scène tu laisses tout ça derrière toi. »

Une partie de votre popularité revient au succès que vos clips ont eu sur la Toile, comme « Prehistoric Dog » une vidéo qui a en quelque sorte marqué un tournant dans votre carrière. Pensais-tu que les clips auraient un tel impact sur la notoriété de Red Fang à travers le monde ?

Je ne savais pas à quel point ils seraient importants, mais je le sais à présent ! Ouais, si nous n’avions pas eu de clips marrants, ou que les gens avaient envie de partager, et si ce n’était pas aussi facile de le faire avec internet, alors je suis certain que nous serions loin d’avoir la popularité que nous avons aujourd’hui. On doit certainement beaucoup au succès de ces vidéos, ce qui n’aurait pas été possible sans les facilités d’internet. Tu sais, n’importe qui, n’importe où dans le monde avec une connexion internet peut découvrir des groupes en un clic alors c’est plutôt impressionnant. Mais ouais, je pense qu’avoir des clips qui ont beaucoup de succès est désormais quelque chose de très important pour le succès d’un groupe.

Il n’y a pas encore de clip pour Whales and Leeches. Allez-vous en sortir et si oui, pour quelles chansons et peux-tu nous dire à quoi elles ressembleront ?

Ouais, nous venons de commencer le tournage. Hier nous avons tourné toute la journée en fait, pendant près de douze heures. Nous voulions sortir un clip avant la sortir de l’album mais nous voulions travailler avec Whitey, notre pote qui s’est chargé de nos trois deniers clips, mais il n’avait pas le temps alors nous avons dû attendre. En ce moment nous sommes en train de filmer un clip pour le morceau « Blood Like Cream ». Nous continuons demain toute la journée encore, et ça va vraiment être une vidéo énorme ! Je ne veux pas trop en dire. [Rires] Mais il va y avoir des zombies dans le coup, et avec un peu de chance le clip sortira d’ici à quelques semaines.

Un de vos clips les plus célèbres est celui pour le morceau « Wires » dans lequel on peut vous voir dépenser tout l’argent que le label vous a donné pour ce clip en achetant des choses pour ensuite les détruire. Est-ce vraiment ce qu’il s’est passé ? Comment le label a-t-il réagi à cela ?

[Rires] Euh, en fait non, ce n’est pas vraiment exact. Ce n’est absolument pas un documentaire. [Rires] D’une part, le label ne nous a pratiquement rien donné du tout. Mais oui, nous avons vraiment utilisé le budget pour le dépenser et acheter de la merde à détruire et c’était très marrant ! Heureusement le rendu de la vidéo est très bon, mais je trouve que ça aurait été marrant même si nous ne l’avions pas filmée. Mais ouais, le label était enchanté par le clip, évidemment, parce que dès qu’il est sorti, il est devenu viral ! Nous avons reçu beaucoup d’attention et le label aussi alors oui, ils en étaient ravis.

A propos des Français : « Je ne sais pas ce que vous avez les mecs, mais putain j’adore ça ! [Rires] »

Afin de soutenir cet album, vous allez commencer une tournée qui débute en novembre à Seattle, aux États-Unis, et se termine à Moscou en avril. C’est un planning intense, comment arrivez-vous à rester au top de la forme tous les soirs ?

C’est dur ! Mais, tu sais, même quand tu es fatigué et malade ou que tu te sens vraiment au bout du rouleau, il y a un truc à propos du fait de monter sur scène qui efface tout ça d’un coup, et puis dès que tu montes sur scène, tu ressens soudainement une explosion d’énergie. Cette heure où nous sommes sur scène tous les soirs est la raison pour laquelle nous sommes là alors… Je ne sais pas, c’est comme le meilleur remède contre une gueule de bois, contre la maladie, contre la dépression, tu montes sur scène en face du public et tu évacues tout ça par la transpiration ! C’est pourquoi c’est toujours plutôt facile à ce moment-là. C’est plutôt facile de retrouver ton énergie une fois que tu es sur scène. Tu peux te sentir vraiment mal pendant les vingt-trois autres heures de la journée mais une fois sur scène tu laisses tout ça derrière toi.

Vous allez faire six dates en France pour cette tournée. En Europe, la France n’est pas le pays qui a la plus grande culture ou tradition rock alors, en général, les groupes américains se concentrent davantage sur l’Allemagne et le Royaume-Uni avec seulement une ou deux dates en France. Cela veut-il dire que vous avez une connexion particulière avec le public Français ?

Je crois bien, oui. Honnêtement – et je ne dis pas ça parce qu’il s’agit d’une interview française – la France est mon endroit préféré au monde. Je ne sais pas ce qu’il se passe dans la tête des fans dans ce pays mais on dirait qu’ils sont toujours complètement tarés et à chaque fois qu’on fait un concert là-bas, c’est comme si tout le monde passait le meilleur moment de sa vie et faisait la fête comme jamais auparavant, c’est génial ! Je ne sais pas ce que vous avez les mecs, mais putain j’adore ça ! [Rires] J’aime vraiment beaucoup. Et puis tu sais, la France est un pays magnifique, les gens sont putain de géniaux, la bouffe est excellente et le vin est délicieux alors que demander de plus ? C’est vraiment mon endroit préféré en tournée. Alors j’espère que nous pourrons programmer encore plus de concerts en France. J’aimerais jouer plus de six concerts ici durant cette prochaine tournée mais nous devons aussi jouer dans d’autres pays. [Rires]

Interview réalisée par téléphone le 4 novembre 2013 par Metal’O Phil
Questions : Amphisbaena
Retranscription et traduction : Natacha
Introdution : Alanimal

Site internet officiel de Red Fang : redfang.net

Album Whales And Leeches, sorti le 15 octobre 2013 chez Relapse Records.



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