ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Red Mourning : du gospel au metal extrême


L’adjectif « organique » est de plus en plus utilisé par les artistes rock et metal pour décrire l’esprit vers lequel ils souhaitent tendre, tant musicalement qu’en termes de production. Pour ce nouvel album de Red Mourning, Under Punishment’s Tree, c’était le mot clé utilisé pour travailler avec le producteur Francis Caste. Mais cette recherche d’une atmosphère naturelle se retrouve également dans le parcours global du groupe, et notamment de ses influences.

Red Mourning mélange stoner, hardcore, metal extrême et même blues et gospel, autant de styles de musique qui véhiculent un discours sur la vie dans ce qu’elle a de plus concret, voire ingrat ou injuste. Si, sur le papier, on verrait le passage du gospel au metal extrême comme un grand écart, il y a bien un point de rencontre entre ces styles qui permet à Red Mourning d’avoir une cohérence musicale indiscutable.

C’est de cette rencontre des genres, finalement très spontanée, et de l’envie de parler et de sonner vrai que nous avons discuté avec le groupe.

« Nous avons volontairement aussi laissé des petits défauts à droite à gauche, parce que je trouve que ce n’est pas intéressant quand on a un son tout lisse, tout parfait, tout synthétique. »

Radio Metal : Pourrais-tu revenir sur le départ de Romaric ? C’est un départ qui s’est apparemment fait en bons termes, donc quelles étaient les raisons de cette séparation ?

Hoog (chant) : C’est tout bête, en fait. À un moment, au bout de douze années de bons et loyaux services, Romaric a eu quelques évolutions dans sa vie, et il a décidé de changer de vie et de passer peut-être un peu plus de temps avec ses proches, et un peu moins de weekend dans le van, tout simplement. Il nous a expliqué qu’il souhaitait partir, et un peu changer de vie, je ne sais pas comment le dire autrement. Nous adorons Romaric, nous avons traversé énormément de trucs ensemble, donc nous avons respecté sa décision, et nous lui avons souhaité bon courage pour la suite. C’est vraiment une séparation qui s’est faite en très bons termes. C’est sûr que c’est triste, mais les choses changent et la vie est ce qu’elle est.

C’était un des membres fondateurs du groupe. Comment est-ce que cela a affecté l’alchimie de composition et scénique du groupe ?

C’est sûr que ça nous a un peu choqués, ou interrogés, sur le coup. Nous nous sommes dits : « Qu’est-ce que ça change ? Comment est-ce qu’on attaque la suite ? Etc. » Nous nous sommes posés pas mal de questions. En plus, nous étions en pleine composition du quatrième album, que nous venons de sortir. La façon dont nous avons évolué par rapport à ça, c’est que nous avons travaillé avec un nouveau guitariste, et puis nous avons aussi Aurélien, le batteur du groupe, qui est un peu monté en puissance à cette occasion-là, et qui a renforcé sa contribution, notamment à la composition. Il composait évidemment déjà la batterie, mais il est vachement plus venu apporter ses idées sur les riffs, à la base des morceaux, sur la structure des morceaux, ce que faisait pas mal Romaric au départ. Même plus généralement, et notamment sur la voix, je suis chanteur mais nous avons bossé d’autant plus ensemble avec Aurélien sur le chant pour cet album. Je dirais que c’est un peu comme ça que ça s’est passé. Après, au niveau scénique, c’est vrai que chacun a un peu son groove sur scène. Chacun a un peu sa personnalité scénique, donc ça change un peu les choses, mais il n’y a pas de révolution non plus.

Dans le texte promotionnel qui présente l’album, vous décrivez ce nouvel album comme étant « plus organique que jamais ». Est-ce que ce terme « organique » a été le mot-clé lorsque vous avez vraiment décidé de travailler sur le rendu sonore avec Francis Caste ?

Bien sûr. Je parlais de la batterie tout à l’heure, un bon exemple, c’est qu’il n’y a pas du tout de trigger. La batterie n’est pas du tout triggée, ce ne sont que des micros, tout est naturel, sur cet album-là. Donc c’est un exemple très concret de la façon dont nous avons bossé avec Francis pour essayer de faire ce son le plus naturel possible. Nous avons volontairement aussi laissé des petits défauts à droite à gauche, parce que je trouve que ce n’est pas intéressant quand on a un son tout lisse, tout parfait, tout synthétique. Donc pas de correction informatique de justesse sur la voix, même des petites imperfections vocales, etc., nous les laissons, et ça donne vraiment un côté humain au son, et à la musique. C’était vraiment ça, l’approche organique.

L’album a quand même pas mal d’arrangements. Il y a même des morceaux où il y a plusieurs pistes de voix. Comment avez-vous travaillé sur l’équilibre entre le côté organique et le côté très arrangé ?

Pour moi, ça ne se contredit pas. Une des inspirations que nous avons sur cet album, ce sont les chœurs gospel, où tu as des dizaines, voire des centaines de personnes qui chantent en même temps, et pourtant, c’est un truc complètement naturel, qui respire et qui est très humain. C’est plus comme ça que nous l’approchons. Nous adorons des harmonies vocales, les contre-chants, tout ce travail vocal. Mais ça reste vraiment dans une optique de faire une musique chaleureuse, humaine, qui transmette vraiment une émotion, y compris des émotions violentes, négatives de la colère, etc., mais toujours de manière humaine. D’autant plus que sur cet album, encore plus que sur les premiers, tous les membres du groupe chantent. Sur les premiers albums, c’était moi qui faisais tous mes propres backings, mes propres contre-chants, etc., et là, plus ça va, plus Aurélien, Seb, contribuent à cela, notamment Aurélien, beaucoup sur les parties mélodiques. Seb, c’est plus sur les plans gueulés. Nous adorons les harmonies vocales, les trips à la Alice In Chains. C’est un super kiff pour nous, donc nous en avons beaucoup sur cet album.

Il existe des groupes de musique comme ça où tous les membres du groupe chantent. Quelles sont vos influences à ce niveau-là ? Tu parlais d’Alice In Chains, qu’est-ce qu’il y a d’autre ?

Un groupe que je vais citer automatiquement, c’est Mastodon. Nous avons plusieurs fans de Mastodon dans le groupe, notamment Seb, le bassiste, c’est un ultime fan de Mastodon, qui est un groupe où il y a plein de chanteurs. Après, ce n’est pas forcément que nous cherchions à imiter un autre fonctionnement de groupe, c’est vraiment que nous aimons cela, cela rajoute des couleurs et des ambiances différentes aux lignes de chant. Nous avons chacun des voix assez différentes, et du coup, on les entend assez distinctement. D’ailleurs, je trouve que sur l’album on entend vraiment le fait qu’il y a différents chants. Il y a aussi un peu le trip chœur hardcore, même s’il est un peu moins présent sur cet album, nous l’avions beaucoup sur l’album précédent. Dans un groupe à la Madball, tu as vraiment de gros chœurs. C’est surtout parce que ça nous fait kiffer, c’est moins pour imiter d’autres groupes.

L’album a nécessité un gros travail de pré-production, notamment pour le chant et le travail des arrangements. Quel challenge a représenté la production de ce disque ?

Effectivement, ça a été un vrai challenge sur les albums précédents, notamment pour les arrangements vocaux. C’est clair que là, nous nous sommes dit qu’il fallait que nous arrivions vraiment prêts, avec une idée claire de la ligne de chant. Alors évidemment, en studio Francis est quelqu’un qui est plein d’idées, qui est très à l’écoute du groupe, et qui est aussi vachement force de proposition, et puis nous nous entendons très bien musicalement. Donc nous avons quand même rajouté plein de choses, mais nous avions fait une pré-production de chacun des morceaux, y compris certains morceaux que nous n’avons finalement pas mis sur l’album, que nous avons abandonnés, histoire de vraiment être clairs, au moins à la base du morceau, pour savoir exactement qui joue quoi. Et ensuite, cela nous permettait d’autant plus d’expérimenter, d’aller fouiller le son, d’aller rajouter de petites choses, une petite ambiance sonore, un petit solo, ce genre de chose. Il y a clairement eu un gros travail de préprod, oui.

« Le blues, à son époque, c’était la musique du diable. C’est aussi un truc que l’on a dit du metal parce que c’est la musique aussi de la révolte, du refus de la bien-pensance, et puis aussi la musique de l’émotion brute, qui sort, et que l’on n’essaie pas de réprimer. »

Il y a toujours eu dans votre musique, des influences du metal extrême et du hardcore. C’est toujours présent dans ce disque, on entend pas mal d’influences hardcore, on entend aussi un petit peu de black, avec une partie avec du blast sur « Calls Of Pan ». Comment arrivez-vous à mélanger ces influences, qui sont quand même assez extrêmes, à votre blues ?

Ça, c’est une bonne question ! [Rires] Je ne saurais pas trop comment répondre. Ce sont des choses qui font partie de notre identité musicale. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, mais de temps en temps, tu te dis : « J’entends ça, j’ai envie d’entendre ça ! Là j’ai envie d’entendre un truc black metal qui vient après ça. » Ou bien : « Ah ben si on essayait un chant blues sur un truc black, des accords… » Parfois, ça foire. Évidemment, il y a des trucs qui ne marchent pas. Mais il y a aussi des trucs qui marchent, et qui, je pense, aujourd’hui, font vraiment partie de notre identité musicale, le fait d’aimer des trucs vraiment extrêmes, vraiment bourrins, et puis aussi d’aimer des trucs hyper intimistes, et mélodiques. Honnêtement, je ne sais pas trop comment répondre à ta question. Nous le faisons au feeling, comme ça, et puis ça donne ce que ça donne.

Dirais-tu ainsi que ces styles, comme le hardcore ou le metal extrême en général, sont plus proches du blues qu’il n’y paraît ? Et que finalement, le côté aigre, désabusé, mélancolique, ou même parfois crade du blues, se marie finalement bien avec l’approche du metal à extrême ou du hardcore ?

Bien sûr. En tout cas, avec une certaine approche. Parce que c’est vrai que même dans le metal, et même dans le blues, tu as des artistes qui vont avoir quelque chose de très léché, très propre, très orchestré et tout ça. Mais à l’inverse, comme tu dis, il y a le gars avec sa slide guitare fabriquée lui-même au fond de son garage… Ce sont des choses que l’on retrouve aussi dans une mouvance du black, qui est plutôt les sonorités dans lesquelles nous nous retrouvons. Ça se marie à ce niveau-là, puis ça se marie aussi au niveau de l’émotion qui est transmise. Tu parlais entre autres de désespoir, mais il y a aussi la révolte, le fait de se dire qu’il y a quelque chose qui me fait souffrir, il y a une injustice contre laquelle j’ai envie de crier, ou en tout cas de m’exprimer. Ça aussi, je pense que c’est quelque chose que l’on retrouve dans le blues, que l’on retrouve dans le metal et dans le hardcore aussi, cette idée que l’on a quelque chose à exprimer, une émotion qui est violente, que l’on a à l’intérieur de soi et qui a besoin de sortir. Ça aussi, c’est une manière dont les deux mouvements se retrouvent. De toute façon, toute cette musique vient du blues. J’imagine que tu es bien au courant, mais le blues, le rock’n’roll, le hard rock, le metal, c’est de la même famille. Il y a autre chose qui me vient à l’esprit, c’est que le blues, à son époque, c’était la musique du diable. C’est aussi un truc que l’on a dit du metal parce que c’est la musique aussi de la révolte, du refus de la bien-pensance, et puis aussi la musique de l’émotion brute, qui sort, et que l’on n’essaie pas de réprimer. C’est encore un autre point commun. Plus on fouille, plus on se rend compte que ce sont des musique qui sont proches.

Comme à votre habitude, il y a des espèces de petits interludes, comme « Blue Drums » et « Slow Bend ». C’est important pour vous d’avoir ces espèces de petites « pastilles », pour la dynamique de l’album, et puis pour les contrastes, pour que l’album ait une sorte de trame ?

Oui, ça a clairement cette fonction-là, de contraste, de respiration sur l’album. C’est intéressant et cela met d’autant plus en valeur tout le reste. Après, il y en a certains qui sont clairement des interludes, où on crée une ambiance, une petite pastille, comme tu le disais. Et il y en a d’autres que nous voyons vraiment comme des morceaux à part entière, où nous essayons de nous exprimer un peu différemment, de construire différentes choses, d’aller puiser dans d’autres registres, mais qui nous tiennent aussi à cœur. Je dirais qu’il y a différents rôles, nous kiffons plein de sortes de musiques différentes, nous aimons nous exprimer différemment, donc on va dire que ça joint l’utile à l’agréable.

Il y a justement le morceau « Blue Drums » ce qui est assez marquant, car il est très tribal, avec uniquement des voix et de la batterie. Peux-tu nous parler un petit peu de l’histoire de ce morceau ?

Ce morceau a une longue histoire. Plus ça va, plus nous essayons de tenter des trucs qui sortent des sentiers battus, d’expérimenter, et de se dire que nous avons envie d’exprimer des choses originales, et pas seulement être enfermés dans des schémas préfabriqués. Donc à un moment, nous nous sommes dits : « Mélangeons une batterie metal et un chant blues, gospel, un peu lancinant », c’était un challenge que nous nous étions fixé. Nous avons eu du mal, cela a mis plusieurs années à aboutir. Pour tout te dire, nous avions comme ambition de le mettre sur l’album précédent, mais nous n’y étions pas arrivés. Nous avions fait plein de formules différentes, nous avions testé des trucs, et puis nous avions un peu jeté l’éponge. Dans ma tête, j’avais une batterie hyper metal, avec de la double, la china, un truc hyper agressif. Et puis un chant hyper blues, avec des questions-réponses, etc. Je pense que c’est surtout au niveau de la batterie que nous avons beaucoup lutté, pour finalement, comme tu le dis, aboutir à quelque chose qui nous a convaincus, qui démarre un peu plus de manière tribale, avec les toms, où nous faisions monter la sauce. Et une progression, une augmentation au fur et à mesure, une espèce de montée, pour finalement aboutir à la fin, où c’est très metal. Nous avons mis beaucoup de temps à trouver cette formule, à réessayer, et même pour cet album, nous avons un peu tourné dans tous les sens. Nous avons rajouté une petite touche d’orgue aussi, qui vient et qui monte au fur et à mesure pour accompagner cela. Mais il y a eu une dizaine de versions de ce truc, avant d’aboutir à quelque chose qui transmettait vraiment l’émotion que nous souhaitions y mettre.

Y a-t-il d’autres petits projets de morceaux un peu originaux que vous n’avez pas encore réussi à coucher sur album pour l’instant ?

Oui ! [Rires] C’est marrant que tu poses la question. Il y a un projet que j’aimerais bien concrétiser, c’est de mélanger à la fois, à nouveau ce côté un peu metal extrême en riff, avec des instruments acoustiques. Il faudra que nous le fassions à notre sauce, je sais qu’il y a quelques groupes qui ont réussi à faire ce truc, et pour moi ce serait un beau challenge, ce serait une bonne fusion des genres, des approches. Avec des riffs à la guitare sèche et peut-être du chant gueulé. Je ne sais pas encore la forme que ça prendra, mais il y a d’autres idées comme ça dans les cartons, oui.

L’album étant sorti, peux-tu nous dire quelles sont les retours que vous avez eus ? Et surtout, est-ce que c’étaient des retours qui correspondaient à ce que vous attendiez, ou est-ce qu’au contraire, vous avez été surpris de ce que l’on vous a dit ?

C’est difficile à dire, parce que ça part un peu dans tous les sens. Moi, ce qui m’étonne surtout, ce sont tous les retours que j’ai de la part de gens que je ne connais pas du tout. Des gens qui n’étaient pas du tout dans l’univers du groupe et qui finalement nous contactent au sujet de l’album, et nous disent : « C’est cool, tel morceau m’a beaucoup frappé ! », donc c’est plutôt ça. Évidemment, il y a tous les gens que nous connaissons déjà, les fans du groupe, tous nos potes, tout l’entourage du groupe qui nous a fait ces retours. Mais pour moi, la plus grosse surprise, c’est de se dire que, wah, il y a encore tous ces gens qui kiffent le metal, qu’on connaît, mais qui découvrent Red Mourning, qui découvrent le clip, qui découvrent l’album, et qui kiffent ! Donc pour moi, c’est ça la plus grosse surprise. Après, au niveau du contenu de l’album, c’est comme tout. Nous en sommes au quatrième, donc nous connaissons un peu la « musique ». Il y a des gens qui aiment tel aspect, il y a des gens qui aiment tel morceau. Même au sein du groupe, nous avons des préférences différentes. Il y a des gens qui aiment, des gens qui n’aiment pas, ça, c’est normal.

Interview réalisée par téléphone le 2 mars 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription : Robin Collas.

Page Facebook officielle de Red Mourning : www.facebook.com/RedMourning.

Acheter l’album Under Punishment’s Tree.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Hellfest - Valley - Jour 3
    Slider
  • 1/3