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Interview   

Red Mourning : il vient de là, il vient du blues…


Comment joue-t-on le stoner lorsque l’on vient d’une mégalopole comme Paris, loin du sud et séparée par un océan des racines du genres ? Eh bien on va chercher dans ses tripes et dans ses propres racines musicales personnelles, car, après tout, la musique n’est plus depuis longtemps une question de géographie. Et c’est ce que fait Red Mourning qui a sorti il y a quelques mois son troisième album Where Stone And Water Meet qui sent bon l’Amérique profonde et « la couleur du deuil des esclaves du Mississippi », comme l’indique le descriptif sur la page Facebook du groupe. Car oui il y a du blues dans ce metal, ou peut-être bien du metal dans ce blues…

Du blues mais aussi bien d’autres choses, car à entendre parler Hoog, le chanteur de la formation, dans l’entretien qui suit, Red Mourning a vocation à s’ouvrir et « faire avancer un peu la zic », comme il le confie lui-même sans aucune prétention. Et avec ce troisième album on sent le groupe prendre ses aises et commencer à affirmer où ils veulent aller. Mais laissons la parole à Hoog qui nous raconte tout ça.

« On a une volonté d’être sincère dans ce qu’on fait, une façon de communiquer assez directe avec le public, à travers l’émotion de notre musique qu’on essaye de transmettre. »

Radio Metal : Sur Internet votre biographie est plutôt succincte, peux-tu nous en dire plus sur l’histoire du groupe ?

Hoog (chant) : Oui bien sûr. C’est un groupe qui est né d’une rencontre entre quatre musiciens à Paris il y a une petite dizaine d’années. On a enregistré ensemble une démo et un maxi qu’on a bricolés dans notre coin. Et puis c’est devenu un peu plus sérieux, on s’est lancé dans l’aventure d’un premier album. On est allé trouver Francis Caste, on a enregistré ça, ça s’est bien passé et ça a donné plein de suites positives, on a joué au Hellfest… Et on ne s’est jamais arrêté depuis. On a continué, un deuxième, puis là un troisième album qui sort cette semaine. On est dans un style de plus en plus personnel, du metal où l’on colle toutes nos influences aux uns et aux autres, du blues, du hardcore…

Est-ce que le côté succinct et direct de votre communication est voulu, pour que les gens s’intéressent avant tout à votre musique ?

Ce n’est pas bête de le tourner comme ça, mais je n’ai pas vraiment réfléchi à ça. Disons que c’est clair que ce qui nous intéresse c’est la zic, on fait la musique qui nous passionne. Pour nous le groupe c’est ça avant tout. On n’est pas un groupe qui fait un site web et des séances photo avant de composer les morceaux quoi. On est avant tout un groupe de concert. C’est vrai aussi qu’on a une volonté d’être sincère dans ce qu’on fait, une façon de communiquer assez directe avec le public, à travers l’émotion de notre musique qu’on essaye de transmettre. Après on reste un groupe de metal en France, ce n’est pas ce qui est forcément mis le plus en avant en général. Ça change un peu grâce à des gens comme vous mais ce n’est pas le style de musique le plus mainstream qui soit, donc c’est peut-être lié à ça aussi.

Est-ce vous avez la volonté de vous démarquer justement des groupes qui en font un peu des caisses niveau communication ?

On est assez matures comme gars, on ne se prend pas trop la tête. C’est vrai qu’on a un style de musique qui est assez roots, qui revient un peu aux origines du blues, qui a donné le rock, qui a donné le metal, etc. Après je ne vais pas être conflictuel, chacun fait ce qu’il veut. Un groupe de musique c’est vrai que c’est tout un univers, certains développent peut-être plus certains côtés, je ne juge pas, chacun son trip quoi.

Votre album est sorti quasiment un an après votre entrée en studio, pourquoi cela a pris autant de temps ?

(Rires) Déjà le studio nous a pris un certain temps, on y a passé des semaines et des semaines pour faire les choses bien. Ensuite c’est toujours pareil, il y a des mois de l’année où les uns ou les autres sont indisponibles, certains partent en vacances, d’autres sont au boulot ou ont des enfants, ceci cela… Dans le temps qui reste il faut prendre ses petits bras et trouver quelqu’un pour créer un artwork, en l’occurrence Hicham Haddaji qui a fait celui-ci, discuter du planning avec le label, tourner un clip… On n’est pas une grosse machine, on est quatre musiciens et on fait les choses à notre échelle et à notre rythme.

On dit souvent que le troisième album est celui de la maturité, ce qui ne veut pas toujours dire grand-chose, est-ce que tu te sens concerné par ça avec cet album ?

Ouais un peu d’accord avec toi, ça ne veut pas dire grand-chose. Forcément plus les gens avancent dans la vie, plus ils ont de vécu, de choses à exprimer, d’expérience et c’est notre cas aussi. On a capitalisé sur le fait de travailler pour la troisième fois en studio avec Francis Caste, avec qui on a une vraie relation de confiance. Ça permet d’aller plus loin dans ce qu’on voulait, on s’autorise de plus en plus de choses et de liberté dans notre création musicale et on avance vers un style de plus en plus personnel. On sonne comme Red Mourning et pas comme un autre groupe. Après le prochain sera encore plus abouti et le prochain encore plus, à moins que l’on fasse fausse route. Plus mature c’est sûr, après de la maturité, bon…

« A un moment on s’est dit ‘et si on mettait de l’harmonica et d’autres trucs dans notre musique ?’ Le première réaction a été de se dire ‘ah c’est pas metal, c’est pas bien, faut pas qu’on le fasse’ et puis finalement on s’est regardé et on s’est dit ‘eh mais on s’en fout en fait, c’est notre musique on fait ce qu’on veut quoi !' »

D’où vient la couleur blues de votre musique ?

Ça ce n’est pas compliqué, c’est moi en particulier, c’est mon identité musicale et ma culture depuis que je suis tout petit. Le premier CD que j’ai eu quand j’étais gamin c’était du BB King, je fais du piano à la maison, c’est ce que je suis quoi. Du coup comme on essaye de faire une musique qui soit honnête et sincère, forcément c’est ça qui ressort. Romaric le guitariste est aussi un fan de blues, c’est tout simplement nous quoi. On commençait à expérimenter un petit peu, on avait enregistré une première démo et un maxi, et à un moment on s’est dit « et si on mettait de l’harmonica et d’autres trucs dans notre musique ? » Le première réaction a été de se dire « ah c’est pas metal, c’est pas bien, faut pas qu’on le fasse » et puis finalement on s’est regardé et on s’est dit « eh mais on s’en fout en fait, c’est notre musique on fait ce qu’on veut quoi ! » C’est probablement la meilleure décision qu’on ait jamais prise.

Sera-t-il possible de trouver dans votre prochain album des morceaux entièrement blues ?

Sur cet album c’est déjà un peu le cas, on a des interludes comme par exemple un « Work Song », un chant de prisonnier nord américain de l’époque, qu’on a retravaillé en mettant nos paroles et c’est de l’a cappella. C’est difficile de faire plus roots que ça. Après ça reste de l’interlude et de l’ambiance qui contribue à l’univers, au voyage de cet album. On reste un groupe de metal, le blues a une influence mais comme le hardcore a une influence, on a des chants hardcore, des blasts, des accords binaires black metal… On ne fera jamais que du blues, ce n’est pas ça que l’on cherche. Ce qui nous rapproche c’est le metal. Mais ouais on va essayer d’écrire des trucs différents, on a un piano, pourquoi pas un saxo demain ?

Est-ce que vous pourriez injecter encore d’autres influences dans votre musique ?

Bien sûr parce que c’est ça qui fait avancer. Aller voir ce qui se fait ailleurs, inclure des nouveaux trucs, s’enrichir d’autres influences. Du jazz, du flamenco, je ne sais pas, il faut continuer à expérimenter au niveau du son, des influences… Si c’est pour tourner en rond autant arrêter quoi. On a vraiment une volonté, à notre humble niveau, de faire avancer un peu la zic, de ne pas jouer des riffs de metal que d’autres groupes ont déjà joué mieux que nous quoi… Donc absolument on ne s’interdit rien du tout.

Le thème de l’esclavage est très présent dans votre musique, qui vient forcément en partie du blues, mais au-delà de ça d’où vient cet engagement ?

Je le vois plus comme une image qui représente une lutte à l’état brut. C’est comme le type qu’on voit sur la pochette qui est enchainé et qui essaye de lutter contre ce qui le retient. Comme pour les paroles, j’essaye de plus fonctionner par allusion, par image poétique, encore une fois à mon humble niveau. Je trouve que l’image de l’esclavage est très forte, chacun peut être esclave de quelque chose, d’un système, de ses faiblesses, de plein de choses… En tout cas c’est quelque chose que je ressens assez fortement, c’est une image qui exprime bien ça. On n’est pas un groupe avec un message politique, il n’y a pas de revendication particulière, de lutte contre le racisme ou je ne sais pas quoi.

Peux-tu nous donner un exemple de ce que tu considères comme étant de l’esclavagisme moderne ?

(Rires) Ça ce n’est pas compliqué ! Il y a des gens qui sont réduits en esclavage tous les jours, que ce soit dans les états du golfe, en Afrique, et même en France aujourd’hui, il suffit de penser à des cas de prostitution, ce genre de choses. Il y a également des gens qui sont tout simplement esclaves de leur addiction, de certaines substances. Une fois de plus ce n’est pas quelque chose que je cherche à promouvoir à travers le groupe. Personnellement je ne consomme aucune drogue, pas d’alcool, donc c’est un thème auquel je suis assez sensible. Après je ne juge pas le comportement des uns et des autres, mais on peut constater que chacun peut être enchaîné à différentes choses.

Puisque vous êtes assez sensibles au blues, êtes-vous déjà allés aux Etats-Unis ?

Sur tous les membres du groupe, il y en a qui y sont allés et d’autres non. Personnellement je n’y ai jamais mis les pieds. C’est marrant car j’en parlais avec une collègue aujourd’hui, c’est avant tout une culture et une identité musicale qu’on a, sans pour autant y être allé. Romaric le guitariste est un gros fan des US et il a fait plein de voyages là-bas, donc nos cas sont différents on va dire.

Interview téléphonique réalisée le 13 mai 2014 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Alexandre Covalciuc.
Introduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Mourning : www.redmourning.fr



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  • Moi-même ami d’un des musiciens du groupe, bien que non fan du metal core, je dois admettre en toute franchise qu’ils ont bien raison de tourner autant parce que ce sont des bêtes de scène. Je vous encourage vivement à aller les voir.

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