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Chronique   

Redemption – Long Night’s Journey Into Day


Il y a eu quelques changements chez Redemption depuis l’exercice mitigé qu’était The Art Of Loss (2016). Vikram Shankar est arrivée au sein du groupe pour s’occuper de l’essentiel des parties de clavier mais c’est surtout le vide créé par le départ du chanteur Ray Alder qui a dû être comblé. De fait Redemption n’a pas trainé et a eu recours à un autre frontman de renom en la personne de Tom Englund (Evergrey). Redemption livre ainsi son septième album, Long Night’s Journey Into Day, inversant le titre de la pièce d’Eugene O’Neill, Long Day’s Journey Into Night. Une nouvelle fois, le groupe s’est attelé à respecter les thématiques abordées via la composition, celles d’une lutte éprouvante, parsemée d’interrogations, de contemplations et de méditations.

Long Night’s Journey Into Day propose une heure de musique, respectant ainsi les canons du metal progressif. À la différence de The Art Of Loss, ce qui frappe dans ce nouvel opus est une véritable agressivité voire urgence dans les riffs, moins timorés et peut-être plus spontanés, qui doit sans doute aussi à la production de Jacob Hansen (Volbeat, Epica, Amaranthe, Evergrey…). Le titre d’ouverture « Eyes You Dare Not Meet In Dreams » a tout juste le temps d’être amorcé par une mélodie ténue via un effet avant de rentrer dans le vif du sujet. Le timbre de Tom Englund est assimilé immédiatement et n’augure que du bon pour le reste de l’album. Redemption parvient à accrocher l’auditeur dès les premières secondes, condition essentielle pour apprécier les élans progressifs qui vont suivre. Ceux-ci ne tardent pas à poindre, cependant Redemption semble s’être imposé quelques limites bienvenues et ne s’adonne pas à des démonstrations vides de sens. Les musiciens s’en donnent à cœur joie lors du passage instrumental de « Eyes You Dare Not Meet In Dreams » mais de façon dosée et à apporter un grain de folie, et les soli sont accompagnés d’une excellente guitare rythmique massive et d’un clavier aux sonorités toujours aussi exubérantes mais moins présent. « Someone Else’s Problem » a des allures de titre de metal plus classique, en dépit de sa structure épique et ses élans de virtuosité, en raison du chant de Tom Englund qui se veut parfois plus introverti que son prédécesseur en introduisant moins de variations, au profit de l’accroche. Ce dernier propose d’ailleurs quelques moments d’excellence à l’image de la conclusion mélodique, presque mystique faite d’enchevêtrements de voix d’ « Impermanent » ou de la justesse de l’intention sur le plus calme « Indulge In Color », avec un joli travail de broderie avec les chœurs, la guitare et le piano, où plusieurs lignes mélodiques se superposent.

Outre la performance de Tom Englund qui démontre l’excellent choix de casting de Redemption, la force de Long Night’s Journey Into Day est un meilleur agencement des compositions par rapport à la stérilité dont le groupe pouvais parfois faire preuve sur ses œuvres passées. Certes, les coéquipiers de Nick Van Dyk se laissent encore aller à quelques écarts pour le simple plaisir de sonner « progressif » à l’image des soli de claviers sur « The Echo Chamber » (second titre politique du groupe en dix-sept ans de carrière, critiquant l’influence des réseaux sociaux qui induisent à ne suivre que ceux qui sont du même avis que nous) qui succèdent à ceux de guitare sans raison apparente, pour un total de deux minutes. Toutefois, Long Night’s Jouney Into Day a un riffing convaincant tout du long, spécialement sur le massif « Little Men » qui mêle technicité et audace dans les arrangements. Paradoxalement, c’est lorsque la recette de Redemption est épurée qu’elle fonctionne le mieux : un riff tranchant, un refrain efficace et des interventions de leads qui ne viennent pas parasiter la composition. Lors de titres en apparence plus « orchestraux », à l’image du début floydien et particulièrement émotionnel de « And Yet », le groupe sait se montrer concis, soucieux de mettre la chanson en valeur sans la noyer sous une myriade de notes. « The Last Of Me » est l’exemple de la prouesse de Redemption sur cet opus, à savoir mieux distiller ses repères et limiter le superflu. La complexité des parties instrumentales trouve toujours un point d’appui, rôle joué par le refrain, plus direct et plus accrocheur. A cet égard, on peut évidemment aussi citer la reprise du « New Year’s Day » de U2 : parfaitement réappropriée, se fondant dans le reste de l’album, chacun apportant sa touche personnelle, mais conservant tous les repères et l’attrait mélodiques de l’original. Seul le titre de conclusion, « Long Night’s Journey Into Day », dépasse les dix minutes. Ce dernier est à l’image de l’album, une progression bien menée allant d’arpèges de guitares discrets à un riff heavy à souhait, évoluant vers un refrain grandiloquent, des prouesses instrumentales et une conclusion extatique qui est le négatif de l’introduction. Du progressif classique mais classieux.

Long Night’s Journey Into Day est un album évoquant les conflits intérieurs, l’obligation de s’adapter (« Impermanent »), de faire preuve d’intégrité pour éviter le vide (« Eyes You Dare Not Face In Dreams ») et d’autres luttes propres à l’être humain. Paradoxalement, l’album ne nécessite pas la même « lutte » pour être apprécié. La production rend hommage à l’aspect plus direct de l’album. Redemption est plus énergique et plus juste. Comme si ses prouesses techniques et son talent mélodique avaient trouvé la dernière chose qu’il manquait pour être sublimés. Difficile désormais de parler de groupe de « seconde division ».

Clip vidéo de la chanson « Someone Else’s Problem » :

Vidéo instrumental playthrough de la chanson « Indulge In Color » :

Chanson « Little Men » en écoute :

Album Long Night’s Journey Into Day, sortie le 27 juillet 2018 via Metal Blade. Disponible à l’achat ici



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  • Des nouvelles de l’ami Bernie ?

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    Spaceman

    Oui, dans l’interview qui arrive. Mais en gros, il va mieux mais doit continuer à se rééduquer et n’est pas encore en mesure de rejouer de guitare à un niveau professionnel.

    Judas

    Ok, merci Spaceman.

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