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Interview   

Le rêve lucide de Jeff Grimal


Si la musique convoque souvent plusieurs arts à la fois, grâce aux visuels qui l’accompagnent, que ce soit par les pochettes, les photographies ou les clips vidéo qui sont parfois de véritables courts-métrages, les artistes multi-casquettes sont sans doute les plus fascinants par la proposition d’un univers complet. Découvert par une bonne partie du public metal lors de l’ascension de The Great Old Ones, Jeff Grimal est de ces artistes qui démontrent aussi bien ses talents dans l’illustration que dans la musique. Son travail en tant qu’illustrateur est évidemment bien plus exposé, notamment grâce à ses œuvres pour Gorod, Cellar Darling et évidemment les adorateurs de Lovecraft français susmentionnés, que ses divers projets musicaux plus intimistes et s’adressant davantage à une niche. Sa capacité à s’acclimater aux exigences des musiciens qui lui font confiance tout en conservant une cohérence et une identité impressionne, mais c’est sans doute quand il a la liberté de lier ses œuvres graphiques musicales à sa propose vision musicale qu’il rayonne le plus.

Cet éclat n’a d’ailleurs pas manqué à la vigilance d’Emilien Nohaïc des Editions Des Flammes Noires qui lui a proposé après quelques discussions de sortir un livre d’art autour de ses travaux, idée qui a séduit l’artiste. Retraçant ses différents concepts mais aussi ses méthodes, ce bouquin immersif permet de mieux saisir la vision de l’artiste et ce qu’il cherche à illustrer. C’est à l’occasion de cette parution que nous les avons interrogés tous les deux, pour connaître les tenants et les aboutissants de la démarche, mais évidemment pour en savoir un peu plus sur l’artiste et évoquer évidemment son rapport à la musique, à la peinture et à l’art en général.

« J’ai toujours un carnet à côté de mon lit et tous les matins, je note tous les rêves, toutes les choses que j’ai vues, et la plupart des tableaux que je fais, surtout les tableaux lovecraftiens, viennent de mes rêves. »

Radio Metal : Comment l’idée de créer un livre autour de l’œuvre de Jeff est venue ? Était-ce une idée commune ou bien une démarche personnelle de ta part, Jeff ?

Jeff Grimal : Je ne connaissais pas du tout Emilien à cette époque. Il m’a envoyé un mail sur Twitter en 2020.

Emilien Nohaïc : Tout à fait. Je ne trouvais pas ton adresse e-mail, donc je t’ai contacté par Twitter, car je cherchais à avoir de nouveaux auteurs. L’idée était vraiment de développer les beaux livres d’art. Comme j’adore son boulot, je me suis dit que ça pourrait être intéressant de lui demander s’il était intéressé pour faire un livre qui reprendrait son travail. Il m’avait dit que ça tombait plutôt bien, vu qu’il cherchait aussi à faire un livre autour de ses œuvres. C’était un bel alignement de planètes.

Jeff : Oui. Je n’avais pas spécialement le budget pour le faire, donc c’était parfait. Nous nous sommes appelés par la suite, nous avons longuement discuté, et l’échange était très favorable.

Quelle était l’idée derrière ce livre ? Était-ce de voir ce qui se passe en coulisse, avec un rapport plus technique et méthodique, ou est-ce avant tout une présentation de ton univers créatif et artistique ?

Les deux. Enfin, expliquer une certaine technique, c’était important, mais il s’agissait surtout de mettre en avant la vision de certains concepts de peinture. J’en parle rarement sur internet. Par exemple, pour la série Citadel, les gens ont cru qu’il y avait un côté château fort et heroic fantasy, mais en fait, non, pas du tout. Il y a quelque chose autour, un concept.

Emilien : Je pense que c’était important aussi qu’il y ait une autre personne que Jeff pour écrire les textes – c’est venu assez rapidement dans la création du livre. C’est pour cette raison que j’ai fait appel à Raphaël Verguin, qui le connaît très bien et avec qui il fait pas mal de musique dans Spectrale, et qui a un regard assez affûté et une très belle écriture. En discutant avec lui, il était assez clair qu’il maîtrisait très bien son sujet, et il était très intéressé et honoré d’être à l’initiative des textes. Je trouve que le duo fonctionne très bien. Ça permet d’essayer de comprendre l’essence et l’esprit derrière les différents tableaux, ou du moins les grandes séries.

Jeff : Raphaël est quelqu’un qui a un vrai talent pour l’écriture. A chaque fois, pour les interviews de Spectrale, il apporte quelque chose en plus. Je ne voyais personne d’autre pour m’aider pour ce bouquin.

Est-ce que sortir un objet comme celui-ci, par les temps qui courent, ce n’est pas aussi une façon de sortir du dématérialisé et du virtuel ?

Emilien : Pour ma part, je suis très attaché au format physique car je suis dans le bouquin, mais l’idée était vraiment que ça lui fasse un bel artbook à présenter quand il part en exposition et de pouvoir montrer un petit peu l’étendue du travail, parce qu’il ne travaille pas qu’autour de Lovecraft et des citadelles. Il y a par exemple ses portraits, son travail sur le noir et blanc avec du pointillisme qui est absolument fantastique, etc. Il s’agissait de réunir tout ça en un seul endroit, avec un beau format, de belles couvertures, et ça fait que finalement, c’est un livre qui plaît à pas mal de gens.

Comment s’est passé le processus de réalisation ? Avais-tu déjà un peu le livre en tête ou avez-vous pensé ensemble sa structure ?

Jeff : Je n’avais vraiment pas le livre en tête. Les décisions se sont faites ensemble.

Emilien : Tout à fait. Déjà, Jeff a fait un premier choix de tableaux, il me les a tous envoyés. Nous avons travaillé par différentes grandes parties et je leur ai soumis plusieurs propositions avec plusieurs types de mise en page et différents formats. C’est vraiment au fur et à mesure, avec les échanges, dans le dialogue, la discussion que le résultat final est arrivé.

Jeff : Après, une fois par mois, avec Raphaël, nous choisissions le thème, nous nous appelions, il enregistrait les conversations et ensuite, il nous a envoyé les textes. Nous décidions de ce que nous gardions ou pas. Nous avons quand même regardé quelques autres bouquins d’art pour nous en inspirer.

Emilien : Oui, nous avons regardé ce qui nous plaisait et ce que nous ne voulions pas retrouver. Je trouve que le compromis est plutôt pas mal.

« Je fais aussi des sortes de sorties astrales. Après un rêve lucide, j’ai eu quelques fois des sorties du corps où je me suis vu dans ma chambre, j’étais au-dessus de mon lit. Ca m’influence énormément, car en sortie du corps, je vois d’autres choses, d’autres mondes, avec d’autres perceptions. »

Pour ceux qui ne connaissent pas ton art, comment le décrirais-tu et quels univers t’inspirent le plus ? D’ailleurs Emilien peut peut-être répondre en premier sur sa perception des univers de Jeff, avant que tu ne complètes et affines le propos…

J’ai connu le travail de Jeff à travers The Great Old Ones et ses pochettes d’albums. J’associais vraiment son travail à l’univers de Lovecraft, mais c’est vraiment en travaillant sur ce livre que je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup plus à en dire. Je pense que c’est le cas de pas mal de personnes qui apprécient son travail, au sens où on a peut-être trop tendance à le restreindre à une certaine thématique alors qu’il a beaucoup plus de choses à raconter.

Jeff : Lovecraft a été une grande période pendant sept ou huit ans où je n’ai vraiment fait que ça avec The Great Old Ones, les pochettes d’albums, les t-shirts, etc. Mais avant The Great Old Ones, je faisais déjà de la peinture. J’ai commencé à peindre à l’âge de dix-sept ou dix-huit ans. Les thèmes ne sont pas que liés à Lovecraft. Ça va de ce qui se passe dans ma vie en général à la science-fiction, en passant par la spiritualité et plein d’autres thèmes.

Récemment, tu as interpelé ton public sur un de tes dessins en soulignant le côté lovecraftien qui est toujours là, mais aussi un côté comique et cartoonesque. Est-ce important pour toi qu’il y ait une double interprétation ?

Par moment, je fais des natures, je fais des abstraits, et tu as toujours une personne qui va trouver le côté Lovecraft, même si ça n’a rien à voir. Donc oui, la personne va avoir son avis.

Emilien : Je pense qu’on a chacun une espèce de projection par rapport à des attentes ou par rapport à ce qui nous nourrit ou ce qui nous a influencés, et on va forcément essayer de le retrouver à travers les différentes œuvres d’art. Le fait que Jeff a souvent un travail très coloré, avec plein de formes qui se mélangent un peu partout, ça nourrit aussi l’imagination et on peut y retrouver un peu toutes les différentes formes que l’on veut. Ça m’est par exemple arrivé sur ses portraits ou son travail sur les noirs et blancs, où il y a des formes qui sont très différentes les unes des autres. Pour lui, c’était davantage lié au monde du rêve, alors que personnellement, j’ancrais ça beaucoup plus dans la réalité, mais une réalité un petit peu déformée ou cauchemardesque. C’est ce rapport aux choses qu’il est intéressant de discuter, et puis voir les tableaux en vrai, c’est quand même un sacré privilège !

Jeff : Disons que je bosse pas mal sur les rêves. J’ai toujours un carnet à côté de moi, à côté de mon lit, et tous les matins, je note tous les rêves, toutes les choses que j’ai vues, et la plupart des tableaux que je fais, surtout les tableaux lovecraftiens, viennent plus de mes rêves que des écritures de Lovecraft.

Est-ce que le fait de noter tes rêves est aussi une façon de cultiver l’imagination et d’entretenir les rêves eux-mêmes ?

Plus je note les rêves, plus ils sont lucides. C’est-à-dire que je me souviens de tout. C’est comme si j’étais dans une autre réalité, avec des personnages, j’ai même des dialogues, des aventures, etc. Je fais aussi des sortes de sorties astrales – on appelle ça comme ça. C’est-à-dire qu’après un rêve lucide, j’ai eu quelques fois des sorties du corps où je me suis vu dans ma chambre, j’étais au-dessus de mon lit.

Emilien : C’est comme si on devenait une troisième personne. Tout est contrôlé, tout est conscient et on se rend compte qu’on n’est pas dans son propre corps, c’est l’esprit qui s’élève.

Jeff : Et ça m’influence énormément, car en sortie du corps, je vois d’autres choses, d’autres mondes, avec d’autres perceptions.

On a commencé par parler du côté très protéiforme de ton travail, là tu parles de perception différente… Est-ce que tout ça va influer sur le choix de la technique que tu vas utiliser ? Qu’est-ce qui détermine la technique ?

C’est aléatoire. Ça ne vient pas du rêve. Sur le moment, j’ai ce ressenti de faire à l’huile ou au dessin, ou de prendre beaucoup plus de matières ou pas trop.

« Avec la musique, je ‘ressens’ parfois des couleurs. Inversement, en voyant une peinture, j’ai toujours une bande-son qui l’accompagne. Comme s’il y avait un code entre les couleurs, un rouge serait une note, un bleu une autre note, etc. »

Quand c’est pour la création d’un artwork, comment penses-tu le rapport entre la musique et les œuvres ?

Je vois ça complètement différemment, parce que je bosse avec l’énergie et le concept du groupe. Je me mets vraiment dans les idées du groupe, je regarde leurs textes, j’essaie de comprendre leur concept, donc ça ne m’appartient pas vraiment. Alors, j’ai mes techniques, j’ai ma façon de faire, mais je trouve que c’est quand même très différent de mon travail personnel.

Emilien : C’est d’ailleurs ce qui ressort dans la partie entretien pour les pochettes d’albums que tu as réalisées pour les différents groupes, où ils expliquent un petit peu comment ça s’est passé. Tous ont dit qu’ils avaient beaucoup apprécié que tu cherches vraiment à comprendre ce qu’ils espéraient derrière et comment leur musique les touchait personnellement.

Jeff : Je leur demande vraiment de faire un descriptif, avec toutes leurs idées, les textes. Je prends vraiment beaucoup de temps pour lire les textes, pour comprendre leur concept, leur musique. Je demande l’album, donc il faut quand même tout l’album, c’est indéniable. Après, je me mets au travail. Je propose plein de croquis. Après, pour les groupes dans lesquels j’officie, c’est mon travail perso, donc c’est complètement différent, car ça touche à ma vie, à mes problèmes de vie, etc.

Quand tu participe à un projet musical en tant que musicien, tu réalises systématiquement l’artwork. C’est inimaginable pour toi d’être musicien sans être l’artiste qui apporte le côté graphique ?

Bien sûr ! Et puis c’est aussi moins d’argent à dépenser [rires].

Est-ce que quand tu écoutes ou composes de la musique, tu as des formes ou des couleurs qui apparaissent dans ton esprit ?

Totalement. C’est le même principe qu’avec la peinture. Quand je fais une série comme Citadel, j’ai vraiment des formes colorées qui m’arrivent avant la composition de l’œuvre. Et avec la musique, c’est la même chose, je « ressens » parfois des couleurs. Inversement, en voyant une peinture, j’ai toujours une bande-son qui l’accompagne. Comme s’il y avait un code entre les couleurs, un rouge serait une note, un bleu une autre note, etc.

Le dernier album de Spectrale, Arcanes, était sorti dans une édition spéciale avec un jeu de tarot sur lequel tu avais dessiné les arcanes majeurs. La partie graphique est-elle née en même temps que l’idée musicale ?

Oui. Nous étions en train de composer l’album que déjà j’étais en train de dessiner les cartes du tarot. Le tout s’est fait sur à peu près un an et demi.

Peux-tu d’ailleurs nous en dire un peu plus sur le projet Spectrale ? Y a-t-il un album en cours ou des projets de concerts ?

En ce moment, nous sommes en stand-by, parce que Raphaël, le violoncelliste, a eu un bébé, donc il n’a pas trop le temps. Le guitariste et le batteur sont aussi sur d’autres projets. Je suis moi-même sur d’autres projets. Donc pas d’album, pas de composition. D’ailleurs, je vais te dire une chose, nous avons sorti l’album en 2020, pendant toute cette période très stressante, et nous n’avons pas encore eu l’occasion de jouer les titres. Donc je n’ai pas envie de composer, j’ai envie de jouer ces titres-là avant de faire un autre album. En attendant, j’ai un autre projet qui s’appelle Kesys. C’est un peu comme du Spectrale mais encore plus expérimental et barré. En ce moment, nous sommes en train de composer un quatre-titres. Ça va arriver d’ici peu. C’est dans une veine folk, prog, psychédélique. Sur le premier album en autoproduction que nous avons sorti en 2020, il y avait un peu de chant, mais sur le prochain je ne sais pas encore si je vais en mettre, je me pose la question.

« Pour moi, la peinture, c’est de la méditation. C’est ce qui m’aide à m’ancrer dans la matière. Parce que je suis un garçon qui est beaucoup dans l’imaginaire, dans le troisième œil. Je suis tout le temps un peu perché. »

Justement, le premier album de Kesys, Ascent – Fall, était un triptyque sur des expériences méditatives. Est-ce que ça a un rapport avec ce que tu disais tout à l’heure sur les perceptions et les rêves que tu peux avoir ?

Oui, c’est vraiment le produit de ça. C’est le projet qui se concentre sur tous mes voyages intérieurs.

Dans tes autres projets, Citatel a sorti son premier album, Remember Your Past. Peux-tu nous parler du concept derrière ce projet ?

A la base, c’est le projet de Meddy [Beaufils Motte], qui est le clavier. Fin 2020, il m’a envoyé des titres à écouter. Ça ressemblait un petit peu à du vieux Dødheimsgard, avec beaucoup de clavier et une reverb assourdissante. J’ai adoré. Je lui ai proposé d’arranger ses titres, de trouver des riffs et de trouver un batteur et un bassiste. J’ai demandé à Léo [Isnard] de The Great Old Ones de faire la batterie et à un copain qui joue dans un groupe de prog qui s’appelle Ænima – ils font des reprises de Tool et de groupes de prog – de faire la basse. L’aventure a commencé comme ça. Le concept est assez compliqué. L’album est composé de sept titres. Chaque titre est un chakra, avec une histoire dans ce chakra et une identité bien spécifique des sept chakras. C’est basé sur l’hindouisme. Ce projet est vraiment très personnel pour moi au niveau des textes. Je ne vais pas mettre ça dans le fantastique, l’heroic fantaisy ou Lovecraft, c’est vraiment quelque chose qui m’appartient. C’est vraiment un concept de vie que j’étudie depuis sept ans.

Cette spiritualité impacte-t-elle aussi ton travail ?

Oui. C’est au quotidien. C’est de la croyance, on est d’accord, mais c’est quelque chose de très important pour moi. Ça me permet de bosser sur certaines choses refoulées, des choses à guérir, des choses très personnelles dont je n’ai pas envie de parler ici ; je ne peux pas non plus tout dévoiler de ma vie. Ça m’a permis de débloquer énormément de problématiques, grâce à la méditation. Après, je ne suis pas à fond dans l’hindouisme. C’est un courant qui m’intéresse comme d’autres courants ésotériques et spirituels.

Fais-tu un parallèle entre la méditation et le fait de peindre, par exemple ?

Oui, pour moi, la peinture, c’est de la méditation. C’est ce qui m’aide à m’ancrer dans la matière. Parce que je suis un garçon qui est beaucoup dans l’imaginaire, dans le troisième œil. Je suis tout le temps un peu perché, donc le fait de peindre, cette matière, cette peinture… Comme dans Citadel : ce sont de grosses couches de peinture, il y a du cinq centimètres des fois, et ça m’aide vraiment à m’ancrer, à être terre à terre.

Pour revenir, sur Citadel : avez-vous des pistes pour l’évolution du projet ?

Non. Je ne peux pas parler du futur. Il y aura peut-être un autre disque, mais pour l’instant, nous sommes encore dans la communication, les interviews, les chroniques, c’est encore tout jeune. Certes, aujourd’hui tout va très vite, mais moi, je suis lent [rires].

Tu as fait partie de The Great Old Ones. Tu as quitté le projet car ça ne te convenait plus, notamment la vie en tournée, si on en croit les dires de Benjamin à l’époque

Oui, il y a ça, mais c’est aussi parce que pendant les tournées, je ne bossais pas. Je suis artiste peintre, je n’ai que ça, ou alors il faut être bien payé, mais tu connais la vie de musicien, c’est compliqué. C’était un choix très dur à faire, mais j’ai préféré aller vers la peinture et payer mes factures [petits rires].

Tu as quand même réalisé l’artwork du dernier album en date, Cosmicism. Sais-tu si la collaboration avec TGOO va se poursuivre sur le prochain album ?

Nous n’en avons pas du tout parlé pour l’instant. Si Benjamin est toujours ok, avec grand plaisir, mais nous ne nous sommes pas vus et je ne peux rien te dire pour le moment. Après, sur Cosmicism, ça s’est super bien passé. De toute manière, nous avons passé huit ans de grande aventure. Je connais bien le loustic, c’est un ami, donc je ne vois pas pourquoi ça changerait quelque chose parce que je fais la pochette et que je ne suis pas dans le groupe. Ça ne change rien à l’amitié.

« Je trouve que ce milieu du black metal extrême est le plus intéressant au niveau musical, parce qu’il y a des mélanges de musique classique, contemporaine, des choses qui vont avec le post-rock, le rock, le rock n’roll, le jazz… C’est hyper diversifié et je ne retrouve pas ça dans d’autres styles. »

Emilien, peux-tu nous parler de l’actualité des Editions Des Flammes Noires ?

Emilien : Il y a beaucoup de choses à dire ! Nous avons sorti le livre de Jeff mi-décembre, le prochain qui sera bientôt en prévente sera un livre consacré à la scène arménienne où il y a aussi beaucoup de choses à dire. Les deux auteurs y ont vécu pendant plusieurs années, ils sont vraiment tombés amoureux de ce pays, de cette culture qui est vraiment coincée entre le côté perse, le côté turc, le côté russe, ils ont aussi fait partie de l’Union soviétique jusqu’à la chute de l’URSS. C’est donc très marqué historiquement et culturellement, et c’est ce carrefour civilisationnel, culturel qui fait que la musique qu’ils ont apportée derrière est très particulière. Ils ont réussi à avoir des grands noms de la musique pour participer au bouquin, comme Ian Gillan de Deep Purple, Sakis Tolis de Rotting Christ et Gautier Serre de Igorrr. Ça apporte d’autres regards sur ce pays, ce rapport à la musique. C’est un livre que j’attends avec grande impatience et eux aussi. Autrement, parmi les biographies que nous allons bientôt sortir, il y a celle de Behemoth et d’Ulver. Ce sera pour début d’année 2023. Nous avons aussi la traduction de The Devil’s Cradle sur la scène black finlandaise. Nous avons en tout une bonne dizaine de bouquins à publier dans les prochains mois et années. Après, c’est vrai que le contexte est un petit peu compliqué entre la crise du papier et le fait que les gens aient quand même beaucoup moins de sous à dépenser – ça se ressent. Nous allons garder espoir et y aller tranquillement, histoire de pouvoir continuer à faire de belles sorties.

Les Editions des Flammes Noires, c’est pas mal orienté vers le métal extrême, même si pas uniquement. Pour vous – y compris Jeff, puisque c’est valable pour les registres dans lesquels tu évolues – qu’est-ce qui démarque cette scène du reste du spectre du metal ? Qu’est-ce qui vous fascine là-dedans ?

Ce que je recherche absolument dans cette musique, c’est le côté hyper dense, surtout dans la scène black moderne. Quand tu prends, par exemple, Glaciation, le dernier album de Gaerea ou Funeral Mist, même dans les Rotting Christ, il y a une vraie densité dans le son qui fait que tu es complètement accroché et happé là-dedans, ce que je retrouve un petit peu moins avec le reste de la scène metal plus classique ou plus grand public. A titre personnel, en tout cas, c’est vraiment ce que je recherche. D’un point de vue des bouquins, il y a énormément de livres qui sont publiés depuis cinq ou six ans en anglais. Ils sont vraiment très bien construits, très intéressants. Les auteurs et les musiciens jouent vraiment le jeu de la sincérité. Je trouve que ça fait un mélange qui fonctionne très bien.

Jeff : Personnellement, je trouve que ce milieu du black metal extrême est plus intéressant au niveau musical, parce qu’il y a des mélanges de musique classique, contemporaine, des choses qui vont avec le post-rock, le rock, le rock n’roll, le jazz… C’est hyper diversifié et je ne retrouve pas ça dans d’autres styles.

Emilien : J’ai l’impression aussi que les groupes de black, modernes en tout cas, osent beaucoup plus de choses. Même dans les anciens, tu prends Darkthrone, par exemple, qui à un moment donné a mis beaucoup de punk dans sa musique. Après, ils ont mis beaucoup de heavy, puis beaucoup de doom. Ça donne une vraie richesse à la musique.

Jeff : Dans le dernier Oranssi Pazuzu, tu as un passage entier où c’est carrément du Steve Reich, de la musique contemporaine avec des chants derrière, c’est magnifique. Tu ne vois pas ça dans d’autres styles.

Emilien : Ou tu prends le projet d’Etienne Pelosoff qui mélange metal extrême avec jazz d’improvisation. Sur le papier, ça fait un peu peur, mais sur scène et sur album, c’est incroyable. C’est franchement génial.

Y a-t-il la scène d’un pays ou d’une ville en particulier que tu trouves particulièrement intéressante et qui pourrait faire l’objet d’un livre ?

Bonne question. C’est vrai que des scènes nationales, il y en a beaucoup, ce n’est pas ce qui manque. Ne serait-ce que dans le black metal, par exemple, entre la France, la Belgique, l’Allemagne et la Norvège, pour ne citer que les plus gros avec la Finlande, il y a beaucoup de choses à dire. Après, c’est toujours le problème de l’angle d’attaque. Si c’est juste un descriptif qui revient sur les grandes dates, ce n’est pas toujours très intéressant. C’est surtout le prisme dans lequel on va aborder les choses qui donne un intérêt. Par exemple, ça peut être le regard d’un auteur ou ce côté très critique qui permet de se dire : « Non, il n’a pas complètement raison » ou de soulever des questions. C’est aussi ce qui donne l’intérêt d’un livre plutôt qu’avec quelque chose de très neutre. C’est donc moins des scènes vraiment spécifiques autour d’une ville ou d’une région, mais plus le prisme ou l’angle d’attaque.

Interview réalisée par téléphone le 19 octobre 2022 par Erik Melkhian & Jean-Florian Garel.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Jeff Grimal : www.facebook.com/jeff.grimal
Site officiel des Editions Des Flammes Noire : edt-flammes-noires.com



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