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Chronique   

Reveal! – Doppelherz


De tous les groupes de death metal qui ont émergé de la scène très fertile d’Uppsala en Suède ces dernières années – Degial, Invidious, Obnoxious Youth… –, Reveal! est sans doute le plus étrange. Cousin d’In Solitude avec les membres desquels les siens ont fréquemment collaboré, fondé par le trio encore adolescent Crakk/Spine/Temple sous le nom de Waster, Reveal! est une première métamorphose dont l’album initial, Nocturne Of Eyes And Teeth, est sorti en 2011. La même année que le dernier opus à ce jour des Américains de Negative Plane : d’une certaine manière, c’est leur flambeau que reprennent les Suédois avec leur black metal thrashisant et résolument rock’n’roll. Depuis, avec chaque sortie, le groupe mute en créature de plus en plus bizarre, aux influences multiples et à l’esthétique unique. Psychédélique avec ses longues chansons désarticulées qui sentent les états de conscience modifiés, empruntant à ce que les années 80 ont fait de plus arty et dérangé – The Birthday Party, Scratch Acid, Big Black… – Reveal! donne le tournis avec une détermination à laquelle il est difficile de résister. Son dernier disque en date, Scissorgod, sorti en 2019, poussait franchement dans cette direction post-punk, et comme par réaction, cette fois-ci, avec Doppelherz, les musiciens nous promettent l’album le plus heavy metal de leur carrière…

Et même si les premiers instants de « Cocoon (Bitch Regalia) » ouvrent l’album en douceur avec quelques arpèges et un passage plein de reverb quasi 60s, de heavy metal, Doppelherz en déborde. La voix hargneuse de Crakk et les solos de Spine ne sont que la partie émergée de l’iceberg : ce que Reveal! prend au metal, c’est la furie, une maîtrise musicale et technique qui tranche avec leur attitude chaotique punk à souhait, et un amour manifeste pour toute une série de pionniers – Morbid, Tormentor, Hellhammer. Mais le metal comme le reste, Reveal! le dissèque, le démembre et en réarrange les morceaux comme bon lui semble. Entre deux passages qui font secouer la tête ou qui débordent de tremolo picking et de blast beat, l’auditeur est baladé entre menace latente et coups d’éclat, dans des tourbillons de guitares, des pulsations de basse presque jazzy, et pas mal de folie furieuse. « Cokkkfights » monte en puissance après un break angoissant et explose en une sorte de valse dégénérée, « Clearly, God Damn » augmente peu à peu le rythme jusqu’à un paroxysme black metal ultra-violent avant de retomber sur ses pattes avec une grâce stupéfiante. C’est que le groupe s’illustre aussi dans ses moments les plus nuancés, la basse bluesy, la guitare mélodique et les scintillements de « Stalactites (When Cast Down the Mountain) », l’instrumental mélancolique « Mal Aria », la lenteur plombée du début de « Doppelherz ». Contrairement à Scissorgod, cette fois, la production est chaleureuse et organique, relativement claire, au service de l’ambition des musiciens, dont le désordre est soigneusement organisé : un redoutable sens des dynamiques et de l’atmosphère fait qu’on ne perd jamais le fil, et Reveal! a beau malmener son auditeur, il prend soin de ne jamais vraiment se l’aliéner, jusqu’au bruit blanc qui referme l’album.

C’est sans doute dans cette dualité que réside le charme du groupe, le cœur double du titre aussi peut-être (c’est la signification de « Doppelherz » en allemand) : à la fois chaotique et accrocheur, obsédé par la mort et débordant de vie, Reveal! fait cohabiter les opposés, avec toutes les frictions que cela implique. Plus désaxée que résolument démente, et ce malgré un chanteur qui ne fait guère mystère de ses problèmes de substances et d’une santé mentale sur le fil, la musique des Suédois prend le familier et le dérange, le retourne, l’altère, jusqu’à ce qu’il semble étrange, résolument nouveau. Bref, Reveal! porte bien son nom : complètement dévoué à une vision et une esthétique uniques composées de musique psychotrope, de paroles bizarroïdes mais évocatrices, de concerts-performances à base de miroirs brisés, de communication fantaisiste et de visuels maison (cette fois-ci, c’est une peinture de Crakk qui orne l’album), le groupe ne remplira jamais les stades, mais a de quoi marquer profondément ceux qui s’y penchent. Ricanant, malin et mené de main de maître, Doppelherz le prouve avec panache.

L’album en écoute intégrale :

Album Doppelherz, sorti le 10 décembre 2021 via
Sepulchral Voice Records. Disponible à l’achat ici



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