ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Metalanalyse   

Revocation joue le jeu complexe de l’efficacité


Après s’être prêté au jeu de l’EP (gratuit de surcroît, chez Scion A/V), voici que Revocation fait le choix de l’éponyme, qui n’a rien d’anodin et souvent utilisé pour signifier un retour aux sources. Ce n’est pourtant visiblement pas le cas cette fois-ci. Revocation a continué à apporter de nouvelles couleurs avec l’EP Teratogenesis, sorti en 2012, une évolution plus sombre, un ton plus énervé dans les textes, sans pour autant que le niveau technique et la rapidité ne diminue. Ni que les inspirations thrash ne quittent totalement l’esprit du trio de Boston, qui marque petit à petit toujours un peu plus le monde du death metal technique par ses compositions de plus en plus ouvertes malgré un esprit original conservé. Pas de retour aux sources, mais un réel désir de transmettre l’essence même du groupe à travers un propos condensé.

Des débuts sous le nom de Cryptic Warning jusqu’au changement de nom en 2006, les trois acolytes ont en effet gardé une volonté intacte d’aller vite et fort avec un metal dont ils tirent les influences entre la frange thrash historique (Slayer, Megadeth, Dark Angel, Exodus entre autres) et des groupes de death ou progressifs plus pointus et conformes à leurs aspirations virtuoses, comme Gorguts, dont le frontman et guitariste Dave Davidson est un fan absolu, ou encore le progressif de Spastic Ink dont on peut retrouver des structures de titres approchantes chez Revocation, mais également le Death technique des néerlandais de Pestilence. Au sein d’une telle « famille » musicale, Revocation trace sa propre route et se fait de plus en plus remarquer, bien aidé par l’écurie Relapse qu’ils ont rejoint depuis 2008 et qui en a fait l’un de des chefs de file de son catalogue death.

Les trois compères originaires du Massachusetts ont grandi avec trois albums et un EP en cinq ans, pour une musique aujourd’hui plus concise et efficace, moins longue et éparpillée que dans les débuts. Revocation a appris à préciser sa pensée musicale et c’est au bout d’une dizaine de titres autour de cinq minutes que la quatrième offrande est bouclée. Ce ne sont pourtant pas des brûlots thrash dénués de progression, mais bien des titres alliant l’efficacité de leur riffs à des harmoniques dissonantes et des plans jazzy/death plutôt complexes, leur marque de fabrique. Mais l’efficacité est, ou est devenue, un art important pour Dave Davidson, qui sait se rappeler de manière plutôt inattendue, dans une interview parue récemment sur rocknreelreviews.com, que le premier album qu’il a eu entre ses mains était In Utero de Nirvana, et qu’il en a tiré une leçon importante, celle que l’intérêt d’un titre ne vient pas forcément de sa complexité. D’où sûrement cette volonté de réaliser des titres plus courts, allant droit au but. Et peut-être ainsi est-il possible de trouver l’origine du titre éponyme : un condensé, une quintessence de ce qu’est Revocation, le tout en dix titres calibrés.

Pourtant, David Davidson et Dan Gargiulo, les deux guitaristes et compositeurs du groupe, ne se contentent pas de rester sur leurs bases ; ils explorent, sur le progressif et riche « Archfiend », notamment. Ils vont sur de nouvelles terres techniques grâce à leur nouveau bassiste, Brett Bamberger, qui offre par exemple un grandiose tapping sur le bridge de « Fracked ». Et signent un bel hommage à Spastic Ink avec le titre éloquent « Spastic » : instrumental de part en part, comme les œuvres du groupe américain à qui ils font référence ici, avec des signatures de tempo différentes et une technique rythmique et mélodique énorme. Revocation pousse le bouchon toujours plus loin sans s’épancher de manière infinie dans des morceaux à rallonge, ce qui donne à l’album un côté accessible malgré l’intensité et la complexité musicale. Quelques éléments tels qu’un Banjo (« Invidious ») ou une guitare classique que n’aurait pas renié Opeth (« Archfiend ») qui diversifient les débats poussent à penser que c’est plus qu’un recentrage qu’a opéré Revocation, mais une intensification de son univers musical.

Revocation oscille souvent entre deux tentations, comme cela a souvent été le cas au long de sa courte mais déjà riche carrière : le thrash qui lui donne son sens du riff acéré (« The Hive » ou « Numbing Agents ») et le death scandinave pour son sens de la mélodie et du mid tempo (« Archfiend » , « Fracked », « Spastic » ou « A Visitation »), à travers des solos construits et pleins d’accroches et des parties plus planantes. Si les ramifications rythmiques, et la technique empreinte d’une virtuosité que chacun appréciera selon son bagage musical, sont proéminentes, l’alchimie de Revocation à travers cet éponyme résulte d’un dosage quasi millimétré des influences, d’une juste synthèse des forces vives du groupe… Et d’une envie intacte de tout casser à travers un thrash/death qu’ils pratiquent toujours sans retenue, même par les méandres rythmiques qui les caractérisent. Et l’éponyme prend alors un sens pas toujours mis en avant par les groupes qui le pratiquent : plus qu’un retour aux sources, c’est l’essentiel de l’esprit de Revocation que l’on tient entre les mains.

Album Revocation, sortie le 5 août 2013 via Relapse Records



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3