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Chronique   

Revocation – Netherheaven


The Outer Ones (2018) a entériné le statut de Revocation : l’un des groupes extrêmes les plus pertinents de la scène, justement parce qu’il suit une évolution singulière. Plutôt que d’adoucir son propos avec le temps, Revocation a choisi de s’orienter vers un death metal plus direct, ne réduisant les éléments techniques et progressifs qu’à des éléments de dynamique. Netherheaven est le résultat logique de cette évolution, l’album le plus agressif et le plus efficace de Revocation à ce jour. Il s’inspire des thèmes traditionnels de l’occulte et du satanisme et se veut l’aboutissement de quatre ans de travail sur le riffing et d’une réflexion sur l’efficacité du songwriting. Un délai de conception inhabituel pour Revocation, amplement justifié. Netherheaven réunit le meilleur des deux mondes – l’un viscéral et l’autre plus intellectuel – en réalisant une prouesse d’équilibre.

Le chanteur-guitariste David Davidson a décidé de profiter de la pandémie pour « accroître ses compétences » et s’occuper de l’ingénierie sonore et de la production en plus de son rôle de musicien. Il a profité du nouveau studio HeatWave, chez le batteur Brett Bamberger, pour travailler sur Netherheaven à son rythme, seulement assisté du célèbre Jens Bogren (Opeth, Kreator) pour conclure le mix et le mastering. Une conception d’album faite dans « la sueur et les larmes », tant elle se mêlait à l’apprentissage des logiciels et des techniques d’enregistrement. Un effort payant, puisque la production de Netherheaven rend parfaitement honneur à son orientation musicale. L’opus prouve son affect pour le death old-school des années 90 avec des guitares schizophrènes, cliniques lors des leads et presque sales lors du riffing. L’ouverture « Diabolical Majesty », inspirée par le Temple Satanique du Massachusetts et sa statue de Baphomet, délivre tout ce qu’on est en droit d’attendre d’un death metal sans compromis : des blasts ponctuels aux mélodies dissonantes en passant par ce growl écorché. Revocation revendique une nouvelle violence qu’il orne par son goût des structures alambiquées. Il se contient justement pour privilégier l’efficacité mais n’hésite pas à intégrer des cassures rythmiques ou des arrangements audacieux qui permettent de mettre en valeur chaque développement. « Lessons In Occult Theft » alterne riff de circle-pit et plans aux influences jazz (en particulier le solo). « Nihilistic Violence », inspiré par les évènements du 6 janvier survenus au Capitole, joue quant à lui sur la lourdeur et une approche plus percussive. « Godforsaken » devient jouissif lorsqu’il embrasse la solennité… Netherheaven respecte à la lettre la volonté de son géniteur principal : le frontal se nourrit du complexe et vice versa.

L’autre réussite de Revocation est d’avoir su limiter son propos à neuf titres, amplement suffisants pour combler l’auditeur avide. Chaque composition contient ses moments clés, que ce soit les envolées à la Cynic de « Strange And Eternal » ou l’accalmie acoustique de « Galleries Of Morbid Artistry ». « Re-Crucified » brille par la participation du regretté Trevor Scott Strnad, chanteur de The Black Dahlia Murder décédé en mai dernier et celle de George Fischer de Cannibal Corpse. Comme si Netherheaven avait encore besoin de légitimer sa parenté avec le death metal des origines. Si la formule de l’intégralité de Netherheaven peut paraître moins variée que celle de ses prédécesseurs, la multitude d’écoutes efface progressivement ce sentiment. Revocation refuse de faire de l’homogénéité un synonyme d’oisiveté ou de lassitude. La polymorphie de « The Intervening Abyss Of Untold Aeons » et de son final épique illustre à elle seule le savoir-faire de Revocation tandis que l’instrumental « The 9th Chasm » fait le lien avec les efforts précédents par son développement essentiellement progressif.

Netherheaven est la destination idéale que ses deux prédécesseurs nous laissaient miroiter. Revocation a réalisé exactement ce qu’il escomptait : un death metal de haute volée qui refuse l’argument de la répétition générique de ses propres codes. Il les utilise et les embellit constamment, ce qui fait de Netherheaven un exemple à suivre. Honorer un genre passe non seulement par sa maîtrise, mais aussi par la capacité de lui faire tutoyer d’autres registres et de surprendre. Netherheaven fait tout à la fois, tout le temps.

Chanson « Re-Crucified » :

Chanson « Diabolical Majesty » :

Album Netherheaven, sortie le 9 septembre 2022 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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