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Interview   

Revocation et le paradis death metal


Le christianisme qu’on croyait en net recul fut un temps est semble-t-il en train de reprendre du poil de la bête, tout du moins sa forme extrémiste notamment par le biais de la politique américaine. C’est en tout cas le constat que fait David Davidson, chanteur, guitariste et fondateur de Revocation. Dans un univers metal extrême qui aime s’opposer, qui dit christianisme dit satanisme. C’était donc le moment rêvé pour les Bostoniens de ressortir les symboles antireligieux et démoniaques, non seulement pour leur côté divertissant, mais aussi pour faire des déclarations engagées et susciter la réflexion sur le monde actuel. Comme toujours, rien n’est gratuit chez Revocation et tout est fait avec intelligence. C’est d’ailleurs aussi le cas de la musique qui prend parfois la forme d’un death metal plus groovy aux riffs diablement efficaces, pour donner encore plus d’impact aux parties les plus techniques et alambiquées.

Tel est en substance le contenu de Netherheaven, un huitième album pour lequel David Davidson a pour la première fois pris les commandes en tant qu’ingénieur/producteur, pour un contrôle total. Nous parlons de tout ceci avec lui.

« Ce n’est pas parce que quelque chose est compliqué que c’est bon. Ce n’est pas non plus parce que quelque chose est simple et facile à écouter que c’est accrocheur. Je pense qu’il s’agit de trouver un équilibre dans son écriture. »

Radio Metal : Généralement, il se passe seulement un ou deux ans entre les albums de Revocation. Cette fois, il y a eu plus quatre ans. Est-ce entièrement dû à la pandémie ?

David Davidson (chant & guitare) : Oui, en grande partie. Même si nous avons eu beaucoup de succès avec The Outer Ones, donc nous avons eu de nombreuses opportunités de tourner. Il semblait que cet album marchait encore bien, donc nous n’avons pas ressenti le besoin de nous presser à enregistrer et sortir un autre nouvel album. Nous étions pas mal actifs avec celui-ci. Même sans la pandémie, peut-être que ça aurait pris trois ans au lieu de deux, mais il est certain que la pandémie a rajouté une année d’attente supplémentaire. Une bonne partie était due à la chaîne logistique ; l’album est fini depuis plus d’un an. Nous l’avons livré à l’automne, donc quand l’album sortira, ça fera une année complète. C’était parce que les usines de fabrication de vinyles étaient tellement surchargées qu’elles ne pouvaient même pas nous mettre dans la file d’attente pendant pratiquement un an. C’est dur à dire quelle a été la chronologie, mais j’ai probablement commencé à écrire certaines parties de Netherheaven peu de temps après la sortie de The Outer Ones. Si l’inspiration frappe, j’enregistre et je classe l’idée pour revenir dessus plus tard. Ce n’est pas comme si je me posais pendant un mois pour faire une intense session d’écriture. Je laisse simplement les idées venir à moi, je les enregistre – parfois je les oublie – et ensuite, quand vient le moment de commencer à assembler les choses de façon plus concrète, je m’y mets et je commence à regarder ce que j’ai.

Netherheaven est un album très orienté death metal, même si vous conservez certains éléments progressifs, et c’était apparemment l’état d’esprit. Qu’est-ce qui vous a poussés dans cette direction ?

Je pense que nous sommes sur une voie plus obscure depuis que Deathless est sorti, en termes de visuel, de son, de composition… The Outer Ones était certainement notre album le plus death metal à ce moment-là et je pense que celui-ci en est la suite. Nous avons vraiment affûté notre art. Je pense que nous avons aujourd’hui un son que nous adorons tous. C’est un son qui a été développé au fil des années, donc je suppose que c’est le produit dérivé naturel de notre travail de musicien et du fait que nous nous intéressons à plein de styles de metal différents.

Tout ce que vous avez fait sur les deux derniers albums a mené dans cette direction…

Je dirais que c’est vrai de tout ce que nous avons sorti depuis notre premier album. Les leçons que nous avons apprises avec nos précédents albums, les choses que nous avons écoutées, les techniques sur lesquelles nous avons travaillé et les concepts auxquels nous avons pensé, tout déborde sur l’album suivant. J’enseigne la musique, mais je me considère avant tout comme un étudiant de la musique, donc j’essaye constamment d’apprendre de nouvelles choses. Même pas forcément des techniques, ça peut être en rapport avec la théorie ou une approche harmonique, mélodique ou rythmique. Tout ça s’immisce à un moment donné dans mon subconscient, une fois que j’ai un peu mieux compris, et alors ça ressort naturellement. Tout l’intérêt de la théorie et de la technique est d’aiguiser son art afin de peaufiner son expression artistique, et alors on peut sortir ça et, avec un peu de chance, ça inspirera d’autres gens.

Est-ce que le fait que vous ayez progressivement pris une direction de plus en plus death metal signifie que tu as redécouvert le death metal traditionnel ou ton amour pour celui-ci au fil des années ?

C’est sûr. J’ai grandi en écoutant du death metal traditionnel, du thrash et plein de styles de metal différents, mais certainement, au fil du temps, il est possible que j’aie eu tendance à écouter plus de death metal. Parfois, il s’agit de redécouvrir des groupes traditionnels et d’autres fois, il s’agit de trouver de nouveaux groupes qui nous excitent et nous inspirent. Il y a une tonne de nouvelles formations de death metal qui apparaissent, dont certaines sont inspirées par la vieille école et d’autres qui emmènent le genre dans une direction totalement différente et repoussent les limites d’une multitude de façons. J’essaye de garder mes oreilles ouvertes, je suis toujours ce gamin de dix-sept ans qui fouille dans l’underground et essaye de dénicher de nouveaux groupes. Il est clair que j’ai eu une résurgence de death metal durant la pandémie, j’ai commencé à me refaire aspirer dans cet univers, à découvrir tous ces groupes à côté desquels j’étais peut-être passé ou que je n’ai pas eu le temps d’écouter convenablement. Pas mal de trucs super sont sortis ces dernières années, donc je pense que ça m’a clairement inspiré.

« On a la guerre, on a l’épidémie, on a la famine… C’est clairement une époque brutale et c’est profondément inquiétant pour l’avenir. Je veux croire qu’on peut inverser la tendance et être globalement plus humanitaire, mais la pandémie m’a montré certains des pires traits de caractère de l’humanité. »

Vous faites assurément partie des groupes qui ont poussé le genre en avant en incluant des éléments prog et jazz, par exemple. Penses-tu que ce soit bon aussi de temps en temps de revenir aux bases ?

Oui. Ce n’est pas parce que quelque chose est compliqué que c’est bon. Ce n’est pas non plus parce que quelque chose est simple et facile à écouter que c’est accrocheur. Je pense qu’il s’agit de trouver un équilibre dans son écriture. Nous sommes clairement un groupe technique, mais il n’est pas obligé que chaque riff que nous écrivons soit acrobatique et super technique, car je pense qu’en tant que compositeur, il faut créer une forme de dynamique dans sa musique. Si c’est super technique, peut-être que ça peut commencer à devenir, pas forcément ennuyeux – ce n’est pas le bon mot – mais peut-être que les gens commencent à s’y attendre. Je veux toujours avoir un élément de surprise dans notre musique et je pense que dans cet album, il y a certaines sections qui groovent à mort et sont un peu plus simples et propices au headbang, mais ensuite, nous balançons une partie très technique et ça crée une belle surprise pour les auditeurs. Je pense que c’est important d’avoir cet équilibre dans la musique.

Même les compositeurs classiques modernes peuvent avoir des symphonies très denses, mais à moment donné, les choses peuvent s’ouvrir et il peut y avoir une mélodie un peu plus simple et facile à digérer, et ensuite, peut-être que la densité peut revenir de différentes façons. Le fait de jouer avec différentes dynamiques est très important et j’essaye d’écrire des albums que j’ai envie d’écouter. J’adore les trucs rapides ! J’adore les blast beat thrashy, il est clair que j’aime ce genre de son, mais si tout l’album est comme ça et que chaque chanson fait 225 BPM, ça va lasser l’auditeur. Est-ce que les gens vont vraiment entendre chaque chanson comme une entité individuelle et ayant sa propre personnalité ? Donc j’essaye de penser à des changements de tempo, d’atmosphère, d’approche… Il y a une section en guitare claire dans l’album sur « Strange And Eternal », par exemple. J’essaye de créer des pics et des vallées en termes d’intensité, que ce soit avec le tempo ou en passant de quelque chose de technique à autre chose de plus simple. Je veux essayer d’emmener l’auditeur en voyage à chaque album que nous sortons.

Il y a une vraie efficacité dans ces chansons, avec plein de moments pour headbanger, mais comme je disais, vous n’avez pas totalement abandonné votre côté progressif et jazzy. Comme tu dis, il y a un vrai équilibre. Penses-tu que les passages les plus directs et efficaces et ceux qui sont plus cérébraux se nourrissent et se mettent mutuellement en valeur ?

Oui, je le pense. Ça contrebalance. Si tu as un riff super heavy qui arrive et qui est un peu plus simpliste et propice au headbang, ça va créer un contrepoids avec une partie incroyable technique et acrobatique sur le manche. Je crois vraiment que les deux rivalisent l’un avec l’autre et se subliment mutuellement. C’est la clé : les parties plus simples donnent l’impression que les parties techniques sont encore plus techniques et les parties techniques donnent l’impression que les parties simples tapent plus fort. On le sent, ce n’est pas aussi chargé, il ne se passe pas autant de choses, donc on s’accroche au groove. Nous voulions clairement avoir des parties qui provoqueront des circle pits et des slams, et feront que les gosses deviendront fous, mais nous voulions aussi avoir des parties où on sent que le public rentre dans le groove et headbangue. C’est dur de headbanguer en sept-huit, il faut parfois donner aux gens une partie heavy en quatre-quatre pour qu’ils accrochent.

Dirais-tu que la période qu’on vient de vivre en particulier, qui a été assez horrible pour les gens à bien des égards, était adaptée à ce genre d’exutoire ? Penses-tu qu’elle a participé à te pousser émotionnellement vers le death metal ?

C’est bien possible. Il est clair que la pandémie nous a tous affectés de multiples façons. Elle a affecté la santé mentale de plein de gens. Evidemment, sur le plan de la santé physique, ça a affecté des millions de gens. Je ne connais pas une seule personne qui n’a pas attrapé le Covid-19 [rires]. Heureusement, ça a été pour la plupart des gens que je connais et qui l’ont eu, mais ça m’a mis K.-O., ça m’a cloué au lit pendant une bonne semaine, et puis il y a tout le stress autour, le fait de ne pas savoir comment ça va affecter différentes personnes… Même si ça ne te tue pas, c’est genre : « Oh, super, maintenant j’ai perdu mon odorat à vie. » C’est donc stressant. Avec le stress de la pandémie, il y a évidemment eu plein d’autres répercussions différentes. Il y avait les troubles sociaux partout dans le monde. Il est clair que dans ce pays en particulier, il y a eu beaucoup de troubles politiques. J’ai vu différents politiciens et groupes religieux de droite de plus en plus s’aligner et ça m’inquiétait.

« Je trouve que les sept principes du Temple Satanique sont plutôt bons d’un point de vue humanitaire. Ils me parlent certainement plus que les Dix Commandements. »

Et maintenant on a tout. On a la guerre, on a l’épidémie, on a la famine… C’est clairement une époque brutale et c’est profondément inquiétant pour l’avenir. Je veux croire qu’on peut inverser la tendance et être globalement plus humanitaire, mais la pandémie m’a montré certains des pires traits de caractère de l’humanité. Ça a fait ressortir du bon chez certaines personnes qui ont parfois essayé d’être plus altruistes, de se tourner plus vers la charité et de s’entraider, mais je pense que ça a aussi mis un miroir face à la société, et quand on regardait dedans, ce n’était pas joli. Il y avait donc plein d’émotions négatives dans l’air, des choses dans lesquelles j’ai pu puiser, j’imagine. Au bout du compte, le metal amène cette belle libération cathartique. C’est une merveilleuse alchimie où on peut prendre des émotions et sujets négatifs pour les transformer en quelque chose qui émeut les gens, les inspire et les fait se sentir bien.

Vous dédiez Netherheaven à la mémoire de Trevor Strnad, le chanteur de The Black Dahlia Murder qu’on a perdu en mai dernier. Il apparaît d’ailleurs sur la chanson « Re-Crucified ». Qui était-il pour toi ?

C’était un ami proche. C’était un être humain merveilleux. Evidemment, c’était un frontman extraordinaire. Il m’a inspiré avec son style vocal, ses prestations et ses paroles. Je trouve qu’il a écrit certains des meilleurs textes dans ce style musical. Le monde a perdu un superbe être humain et j’ai perdu un superbe ami. Mais sa mémoire et son héritage vivront éternellement au travers de sa musique et je peux dire que je suis fier d’avoir une toute petite partie de son héritage avec sa participation au nouvel album et l’incroyable performance vocale qu’il a apportée, comme toujours.

On retrouve aussi George Fisher de Cannibal Corpse sur la même chanson. Était-ce une évidence pour vous de faire appel au chanteur de death metal ultime pour l’album de death metal ultime de Revocation ?

Oui. Pour moi, la présence de ces deux gars sur cette chanson constitue les deux temps forts de l’album. Enfin, que peut-on dire sur George qui n’a pas déjà été dit ? C’est une icône. Je pense que c’est l’une des voix les plus reconnaissables dans le death metal. Elle est incroyablement brutale, mais elle a aussi un timbre qui est tellement identifiable et puissant. Le moment où il arrive, c’est une super partie. Je savais quelle partie je voulais lui faire chanter, je trouvais que ça collerait bien. C’est cool de l’avoir sur ce morceau ; c’est vraiment génial d’avoir ces deux gars sur une chanson. Je trouve que ça la rend encore plus spéciale, car normalement quand on a des invités, on n’en a qu’un sur un morceau. Le fait d’avoir deux frontmans aussi puissants en invités dans la chanson fait qu’elle paraît plus narrative aussi. Elle a été inspirée par L’Enfer de Dante, le fait de voyager à travers les cercles de l’enfer, et évidemment, ce poème a un côté narratif, donc j’ai voulu amener cet élément dans la chanson et faire que ça sonne plus comme une histoire, qu’on ait des personnages qui narrent différentes parties.

Tu as dit avoir « mis beaucoup de sang, de sueur et de larmes dans cet album ». Quelles ont été les parties ou les moments les plus difficiles dans la conception de Netherheaven ?

Rien que le processus d’enregistrement était difficile. C’était la première fois que j’endossais le rôle d’ingénieur sur un album. Nous avons enregistré la batterie avec notre pote Shane [Frisby] de Brick Hithouse, mais c’était moi l’ingénieur pour tout le reste après ça. Je me suis occupé de l’enregistrement de mes parties de guitares, de mon chant et des parties de basse de Brett [Bamberger], j’étais donc tout le temps aux manettes. Je suis sûr que quelqu’un qui a enregistré de multiples disques sait comment gérer en temps réel les petits obstacles sur la route, mais avec moi, ça a souvent fait dérailler le processus. Si quelque chose n’allait pas avec un logiciel d’enregistrement, il fallait que je fasse une pause, que j’appelle un ami producteur ou que je regarde un tutoriel sur YouTube, donc ce n’était pas aussi fluide que je l’aurais aimé, mais honnêtement, j’étais hyper excité par la musique et simplement content d’apprendre une nouvelle compétence. Donc même si j’avais l’impression que ma charge de travail était interrompue de temps en temps, au final, c’est moi qui pilotais le navire et j’avais autant de temps que nécessaire pour travailler dessus. Parfois on n’apprend rien quand tout se passe bien, parfois on apprend quand des conneries partent de travers. J’ai l’impression d’avoir énormément appris et il y a un niveau de fierté supplémentaire pour moi avec cet album parce que j’étais aux commandes de l’enregistrement, j’ai accompli ça, je me suis attaqué à cette difficulté et à cet objectif, et j’ai gagné toutes ces nouvelles compétences.

« Peut-être que pendant un temps, le christianisme a été un peu une cible facile, c’était un punching-ball si tu veux. Je voulais croire qu’il allait progressivement disparaître, mais maintenant, j’ai l’impression qu’en fait, il remonte en puissance et impose sa volonté sur plein de gens. »

Qu’est-ce qui t’a poussé à sauter le pas et à faire ça toi-même ?

C’était en grande partie la pandémie. J’ai essayé de rester actif durant celle-ci et j’ai essayé d’apprendre de nouvelles compétences. J’ai étudié comment enregistrer et j’ai appris des compétences de vidéaste ; j’ai essayé de travailler sur plein de choses durant la pandémie, juste pour m’éviter de devenir fou. L’enregistrement était l’une d’entre elles et je me suis dit : « Eh, autant tester ces compétences ! » C’était surtout des trucs techniques, le fonctionnement général du programme Logic, des petites astuces ici et là pour faciliter le travail, différentes choses liées à l’édition rapide des prises, etc.

Comme tu le disais, tu avais un contrôle total, mais d’un autre côté, ne manquais-tu pas de recul ou d’une oreille extérieure pour juger ton propre travail ?

J’imagine que c’est bien d’avoir des retours, mais nous nous sommes toujours mis sur chacun de nos enregistrements en ayant la vaste majorité des musiques déjà écrites, donc ce n’était pas comme si nous avons eu un jour besoin de savoir quelle partie d’une chanson est le refrain et ce genre de chose. Nous avions des retours par moments, mais la plupart du temps, c’était à quatre-vingt-quinze pour cent écrit avant d’aller en studio. Il y avait peut-être de petites choses ici et là que nous changions, mais la majorité de ces idées venaient de moi ou de mes collègues dans le groupe. Ce n’était pas forcément pour ça que nous faisions appel à un producteur, donc nous avons de la chance, dans le sens où les producteurs nous laissaient faire notre propre truc. Nous ne faisons pas partie de ces groupes qui arrivent en studio et ont besoin d’un compositeur fantôme ou de quelqu’un pour aider avec les structures de chansons ; tout ça est déjà défini à l’avance. Je n’ai pas l’impression que quoi que ce soit ait souffert de l’absence d’oreilles extérieures pour écouter notre travail. J’ai beaucoup travaillé sur la composition au fil des années et j’ai tendance à être mon pire critique, donc je m’assure vraiment que lorsque nous nous apprêtons à enregistrer quelque chose, c’est exactement comme je veux que ce soit et qu’il n’y a aucune interrogation.

Mais rien qu’en termes de son, n’as-tu pas besoin de quelqu’un qui aurait une vision plus globale ?

C’est entre les mains du mixeur et de la personne en charge du mastering. Jens Bogren est celui qui a mixé et masterisé l’album. Nous avons fait appel à lui parce qu’il a une super oreille et qu’il sait comment le metal doit sonner. Le son de l’album a vraiment été élaboré avec Jens. Nous avons composé et enregistré les chansons, mais Jens les mixe, obtient les sons de guitare, assemble le tout, etc. C’est là que j’avais le sentiment que l’album prenait vraiment vie.

Vous avez construit votre propre studio, les HeatWave Studios. Comment l’avez-vous conçu ?

Les HeatWave Studios sont en fait chez Brett, il a aménagé une pièce. C’est là que nous répétions et c’est là que nous avons enregistré. Il a du bon matériel et évidemment, il faut un bon micro de chant, nous avons utilisé un SM7B. Mais ça fait partie de la maison de Brett, donc je n’étais pas impliqué dans la construction des HeatWave Studios.

Les thèmes touchent beaucoup à la religion, l’occulte et le symbolisme démoniaque. Tu as toi-même dit qu’avec cet album tu t’étais essayé au « death metal satanique et diabolique » et c’est évident rien qu’à regarder l’artwork. Mais qu’est-ce que le satanisme signifie pour toi ? Est-ce juste du folklore pour le metal extrême ou du divertissement, ou bien y vois-tu une philosophie ou, en tout cas, une symbolique applicable à la vraie vie derrière ?

J’y vois clairement un symbolisme concret. Je trouve que les sept principes du Temple Satanique sont plutôt bons d’un point de vue humanitaire. Ils me parlent certainement plus que les Dix Commandements. Dans un monde où, en tout cas aux USA, de plus en plus d’idéologie chrétienne extrémiste se mêle au politique et brouille les lignes dans la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et à certains égards, l’ignore complètement, je suis assurément inquiet de l’avenir politique de l’Amérique. Je l’ai vraiment ressenti quand la Cour suprême est revenue sur l’arrêt Roe v. Wade. J’ai le sentiment que, malheureusement, ce n’est qu’un début. On entend dire qu’ils pourraient revenir aussi sur le mariage homosexuel et parler de choses qui seraient du jamais-vu. Un grand nombre de ces politiciens et groupes religieux misent sur le long terme, ils sont à l’affût. J’ai l’impression que le monde est en train de devenir plus laïque, mais les pouvoirs se retrouvent entre les mains de moins de gens qui essayent désespérément de prendre les rênes d’un pays qui s’éloigne de cette idéologie et imposent leur volonté théocratique à la population.

« Les gens sont souvent en train de chercher quelque chose de plus grand qu’eux. Ils sont à la recherche de sens pour leur vie. Malheureusement, je pense qu’ils choisissent parfois la pensée magique ou croient en des personnalités qui, au final, ne sont là que pour servir leur propre intérêt. »

Bien sûr, j’adore les films d’horreur et l’imagerie démoniaque ; j’ai grandi en écoutant du death metal, donc évidemment, pour moi et bien d’autres, cette imagerie a un côté divertissant, mais elle a aussi un sens dans le monde réel. Différentes religions organisées ont eu peut-être plus de poids auprès de la population durant d’autres périodes, et peut-être que pendant un temps, le christianisme a été un peu une cible facile, c’était un punching-ball si tu veux. Je voulais croire qu’il allait progressivement disparaître, mais maintenant, j’ai l’impression qu’en fait, il remonte en puissance et impose sa volonté sur plein de gens et est en train de devenir l’antithèse de la séparation de l’Eglise et de l’Etat sur laquelle le pays a été fondé. Il y a des politiciens dans ce pays qui parlent avec franchise et disent qu’on ne devrait pas avoir de séparation en l’Eglise et l’Etat, qu’on devrait être gouvernés par les lois de la Bible ou peu importe. C’est donc très inquiétant et je ne voulais pas simplement écrire là-dessus parce que je pensais que c’était un sujet subversif, mais parce que ça a un véritable sens.

Comment expliquer cette recrudescence du christianisme ?

Je pense que nombre de ces institutions ont un tas d’argent, et avec l’argent vient l’influence, et avec l’influence vient le pouvoir. Au bout du compte, nombre de ces gens sont comme ces commerciaux qui vendent des remèdes de charlatans et qui sont prêts à utiliser n’importe quelle influence pour gagner du pouvoir. Il se trouve que la religion est particulièrement douée quand il s’agit de donner du pouvoir aux gens. Je pense que c’est en partie une évolution humaine. Partout où on regarde dans le monde, les gens croient en différentes religions, les gens croient en des choses qui les dépassent, ce qui n’est pas forcément intrinsèquement mauvais, mais quand ça s’accompagne de gens qui traduisent de ces textes et qui, dans la société, se disent ordonnés par le divin ou prétendent communier avec Dieu, être une ligne de communication directe avec le Tout-Puissant, et qu’il faut leur donner de l’argent ou son dévouement pour s’en rapprocher… Evidemment, c’est juste la nature humaine, c’est la soif du pouvoir, l’avidité, l’influence, peu importe. Je ne suis pas sûr que nous pourrons nous échapper un jour de certains éléments qu’on retrouve là-dedans. Est-ce que la pensée religieuse traditionnelle sera remplacée par un autre type de religion ? Est-ce que la technologie va devenir le nouveau Dieu ou qu’une personnalité politique iconoclaste deviendra un nouveau genre de messie, de sauveur pour les gens ? Les gens sont souvent en train de chercher quelque chose de plus grand qu’eux. Ils sont à la recherche de sens pour leur vie. Malheureusement, je pense qu’ils choisissent parfois la pensée magique ou croient en des personnalités qui, au final, ne sont là que pour servir leur propre intérêt et utiliseront n’importe quelle stratégie possible pour les manipuler. Mais comme je l’ai dit, je pense que la religion est particulièrement efficace quand elle est utilisée à des fins de manipulation.

Tu as été élevé en catholique et a été à l’école catholique. Comment as-tu évolué spirituellement dans ta vie ? Quelles sont tes croyances et ta spiritualité aujourd’hui ?

Je dirais que je suis agnostique. Je pense qu’il y a de toute évidence des choses qu’on ne sait pas. Rien que si on pense à la conscience humaine, on ne sait vraiment pas comment ça marche. Il y a beaucoup de questions qui restent sans réponse. Mon espoir est que la science puisse un jour y répondre, mais il y a certainement un potentiel pour des choses qui nous dépassent. Même si on pense aux extraterrestres et à d’autres consciences supérieures à celles des humains dans l’immensité du cosmos, je dirais que ça existe probablement. Cette réalité est-elle vraiment réelle ? Y a-t-il une vie après la mort ? Je ne peux pas répondre, mais il est clair que je ne cherche pas des réponses à ces questions dans des textes religieux. Mon instinct me dit que quand on n’est plus là, on n’est plus là. Alors que certains peuvent voir ça comme étant morbide, moi je le vois comme une façon de profiter de sa vie sur Terre, d’essayer de faire le bien, de partager sa créativité et d’aider autrui. Je vois ça plus d’un point de vue plus humanitaire que nihiliste. J’ai regardé des interviews avec différents neuroscientifiques et scientifiques cognitifs ; par exemple, Donald Hoffman est un gars qui prétend que la réalité n’est en fait pas la réalité. Ce que nous percevons comme étant la réalité est en fait une pure illusion, tout est lié à la façon dont notre esprit a évolué et il y a une incroyable complexité derrière tout ça. La réalité comme nous la percevons est une sorte de voile et une illusion, car autrement, nous ne pourrions pas communiquer avec la nature de la réalité telle qu’elle est vraiment. Il existe donc toutes sortes de théories folles, c’est sûr. Comme je l’ai dit, je ne cherche pas de réponse dans les textes religieux, quels qu’ils soient. Je ne suis peut-être pas forcément complètement athée, je suppose que je laisse un peu la porte ouverte, mais il est clair que ça ne me surprendrait pas si quand on est mort, c’est fini.

Quels sont tes souvenirs de ton éducation catholique ?

J’ai dû me confesser, prier le rosaire, et j’avais mes cours religieux. J’ai joué le rôle de Jésus dans un spectacle à l’école, donc j’ai été crucifié devant ma mère, ce qui était un peu bizarre. Heureusement, je me suis échappé indemne de mon éducation scolaire catholique.

« Mon instinct me dit que quand on n’est plus là, on n’est plus là. Alors que certains peuvent voir ça comme étant morbide, moi je le vois comme une façon de profiter de sa vie sur Terre, d’essayer de faire le bien, de partager sa créativité et d’aider autrui. Je vois ça plus d’un point de vue plus humanitaire que nihiliste. »

Malgré tout, y a-t-il une part de toi qui croit en certains concepts catholiques ?

Non, je pense que tout est des conneries. Ça ne me pose pas de problème que quelqu’un ait envie d’aller à l’église et d’en retirer un sentiment spirituel. C’est juste que souvent, il y a un côté prosélyte derrière ou des gens qui méprisent les autres membres de la société s’ils ne partagent pas les mêmes croyances religieuses, et parfois ça dépasse le simple mépris, ça va jusqu’à la haine et à la légalisation de choses pour empêcher les gens de vivre leur vie. C’est le problème que j’ai avec la religion parce qu’elle est tellement entremêlée avec les structures de pouvoir et politiques. Je m’en fiche royalement qu’une personne ait envie d’aller à l’église et de croire, si elle prie le rosaire ou la croix sur son mur, si quelqu’un fera attention à elle. Ça m’est égal. Ce qui me dérange, c’est la façon dont ça impacte autrui et l’influence que ces gens ont, jusqu’à l’intolérance et à la haine envers différents groupes de personnes au sein de la société, comme les homosexuels et que sais-je encore qui sont mal vus dans la Bible – c’est un euphémisme.

Regarde l’Eglise baptiste de Westboro, je ne sais pas à quel point ils sont encore actifs, mais ils ont dit des choses incroyablement haineuses envers les homosexuels et quiconque n’est pas d’accord avec leurs points de vue sectaires influencés par la religion. C’est là que la religion me pose problème. Je pense que le monde serait meilleur sans ça et je ne souscris à aucun principe d’aucune religion. On peut probablement sélectionner les bonnes choses dans toutes les religions, mais ça reste le truc, il faut faire le tri et il y a tout un tas d’autres conneries qu’il faut ignorer par de multiples bonds mentaux pour que ça ait du sens sur le plan humain, car autrement, une grande partie de ces textes sont franchement brutaux.

Il y a dans l’album des textes qui touchent aussi à la politique. Tu as déjà en partie répondu, mais penses-tu qu’il y ait un lien direct entre la religion et la politique ?

Je dirais que oui. Je ne pense pas qu’il y ait un lien direct pour tout le monde, mais certainement pour les personnes au pouvoir. Ces institutions religieuses qui donnent de l’argent aux politiciens, qui essayent de gagner de l’influence et de s’aligner sur eux, c’est un conte vieux comme le monde, en remontant à l’histoire humaine la plus ancienne quand l’Eglise s’alignait sur différents gouvernements locaux. C’est vraiment un fantastique outil de manipulation si on veut que les gens croient des choses du genre « ce roi a été ordonné par Dieu » ou l’Eglise dit de faire ci. Quand on s’aligne sur des personnalités politiques, on peut contrôler plus de gens et les garder dans le rang. Encore une fois, si vous êtes juste globalement spirituel, ça va, mais ce qui se passe en coulisse, ces rouages dont la plupart des gens n’ont peut-être pas conscience, c’est ça qui est inquiétant.

La religion et la politique convergent justement dans la chanson « Diabolical Majesty », que tu as qualifiée de « déclaration importante sur la liberté d’expression en Amérique ».

Ça fait référence à l’affrontement entre le Temple Satanique et les politiciens religieux de droite. Ils faisaient une déclaration importante sur la liberté d’expression dans le sens où, comme je disais, on est censé avoir une séparation de l’Eglise et de l’Etat et la liberté d’expression dans ce pays, mais quand différents politiciens installent, par exemple, des statues des Dix Commandements, de Jésus ou quelque chose comme ça sur une propriété gouvernementale, on n’a plus de séparation de l’Eglise et de l’Etat, on a clairement un traitement de faveur envers une religion. Je pense que le point qu’ils essayaient de soulever est que si on veut ouvrir l’Etat à la religion, il faut l’ouvrir à toutes les religions. Il faut aussi avoir une statue de Baphomet sur une propriété du gouvernement si on décide d’avoir une statue des Dix Commandements. Vu à quel point ils ont été repoussés, c’était de toute évidence une déclaration importante sur la liberté d’expression. Ce n’était qu’une histoire d’inclusivité, ils prenaient clairement parti. Ils trollaient la droite religieuse, mais à la fois, si on ne se bat pas contre ce genre de chose, quand on leur donne une main, ils nous prennent le bras, comme on dit. Donc même si ça peut ne pas paraître comme un énorme sujet, ce n’est pas comme si tout d’un coup on se réveillait et que tous nos droits nous avaient été retirés, c’est un lent processus d’érosion et dans cinq ou dix ans, on regardera et le pays sera très différent.

« On peut probablement sélectionner les bonnes choses dans toutes les religions, mais ça reste le truc, il faut faire le tri et il y a tout un tas d’autres conneries qu’il faut ignorer par de multiples bonds mentaux pour que ça ait du sens sur le plan humain, car autrement, une grande partie de ces textes sont franchement brutaux. »

Je n’aurais jamais cru que, de mon vivant, Roe v. Wade serait annulé, par exemple. J’ai même des amis à qui j’en ai parlé et qui, une semaine avant, quand l’esquisse du verdict a fuité, n’y croyaient toujours pas. Ça allait être annulé, je savais que ça allait arriver. Ils ont dit qu’ils allaient le faire, ils se cachaient à la vue de tous. Et bien sûr, ça a été annulé. Je trouve que c’est une parodie, ils se moquent de la Cour suprême, surtout quand quelques-uns des juges qui ont été nommés ont essentiellement menti à la tribune en disant qu’ils n’allaient pas revenir sur des lois établies ou des dossiers réglés. Ça a de vraies implications et effets dans le monde réel. Ce n’est pas quelque chose qui se fait du jour au lendemain, mais c’est mis en branle et beaucoup de gens jouent sur le long terme avec ça. Je pense donc que c’était une déclaration importante sur la liberté d’expression qu’a faite le Temple Satanique, ils se battent essentiellement pour les droits de tous, en disant que ce pays est fondé sur la liberté d’expression et celle liée aux religions, donc on ne peut pas s’aligner sur une idéologie religieuse particulière si on fait de la politique, ça va contre la nature même de la Constitution.

D’un autre côté, on dirait que la religion a toujours fait partie de la structure politique des Etats-Unis, avec le président qui prête serment sur la Bible et le fameux « God bless America », par exemple, contrairement à la plupart des pays européens qui se sont émancipés de ça il y a longtemps…

J’aurais aimé que nous allions plus vers un système laïque. Quand on regarde les sondages, la majorité des gens vont dans ce sens. Je ne sais pas si c’est le dernier râle d’agonie des démagogues religieux et de la droite chrétienne, et s’ils sont juste en train de désespérément s’accrocher au pouvoir par n’importe quel moyen, mais il est clair que la majorité des gens veulent que la religion et la politique restent séparées. Je pense que c’est ça le message que le Temple Satanique a essayé d’envoyer avec la statue de Baphomet sur la propriété du gouvernement. D’ailleurs, la statue est géniale, j’ai pu m’asseoir sur les genoux de Satan quand j’ai visité le Temple Satanique. C’était assez cool de participer un petit peu à l’histoire, d’une certaine façon.

« Nihilistic Violence » fait référence à ce que l’on vit en ce moment, que tu qualifies d’« enfer moderne », surtout après les événements du 6 janvier, que tu décris comme une « infamie ». Comment as-tu personnellement vécu cette journée ?

On est encore en train d’en gérer les retombées. Ils sont actuellement en train de tenir des auditions. Je n’en croyais vraiment pas mes yeux, c’était choquant, mais pas surprenant – si ça a du sens. Voir tout un groupe de gens attaquer le Capitole comme une foule en furie, essayant essentiellement de saper la démocratie… C’était une élection libre et juste, tout le monde le sait. Tous les juges qu’ils ont mis sur le dossier pour fraude l’ont rejeté parce qu’il n’y avait pas de preuve ; même les juges qui ont été nommés par le parti politique en place à l’époque, les Républicains. Les juges républicains l’ont rejeté parce qu’il n’y avait pas de preuve. En gros, on avait toute une foule de gens dont on avait lavé le cerveau. Des gens sont morts ce jour-là. Je trouve que c’était une vraie balafre dans l’histoire des Etats-Unis et c’en est une qui marquera toute une génération.

On ne sait toujours pas comment tout cela va finir. Donald Trump pourrait se représenter à la présidentielle après tout ça ! S’il y a bien une chose pour laquelle j’ai vraiment du mépris, c’est l’hypocrisie, le deux poids deux mesures et, en général, la veulerie. Quand je vois une grande partie de ces politiciens républicains, quand c’était en train d’arriver, même certains d’entre eux l’ont condamné et puis quand ça s’est tassé et qu’ils ont réalisé qu’il n’y avait pas tellement de conséquences, ils se sont immédiatement réalignés sur Donal Trump et un parti politique délirant qui cherchent à complètement saper la démocratie. Personnellement, je n’étais pas sur place et je ne connais personne ayant participé, donc ça ne m’a pas affecté sur le plan personnel, mais rien qu’en termes de ramification dans ce que ça signifie pour ce pays et étant donné le fait qu’on soit encore en train de tenir des auditions dessus, je ne sais pas s’il y aura la moindre conséquence pour certaines personnes dans les plus hauts échelons. Je suis sûr qu’il y aura des gens plus bas dans la hiérarchie qui trinqueront pour les autres, mais il est certain que les gens qui étaient principalement responsables pourraient à nouveau concourir à la présidentielle. C’est révélateur de ma frustration envers le système politique et de la perte de foi en ce dernier de plein de gens.

« Je suis sûr qu’il y aura des gens plus bas dans la hiérarchie qui trinqueront pour les autres, mais il est certain que les gens qui étaient principalement responsables [de l’attaque du Capitole] pourraient à nouveau concourir à la présidentielle. C’est révélateur de ma frustration envers le système politique et de la perte de foi en ce dernier de plein de gens. »

Le livre que j’ai lu de Chris Hedges, America: The Farewell Tour, en parle. J’ai d’ailleurs emprunté le titre de la chanson à un passage de ce livre où il parle de la façon dont essentiellement la démocratie américaine est en train de s’effondrer, les institutions sont évidées par l’influence des entreprises et l’avidité, et les gens perdent leur emploi, leur assurance maladie, etc. C’est un cercle vicieux et il n’y a aucune opportunité. Quand les gens deviennent désespérés, ils se tournent vers la violence. Ça peut être de la violence à l’encontre d’autrui ou de la violence auto-infligée. C’est un type de violence très nihiliste et c’est de ça qu’il parle, c’est pourquoi j’ai décidé de donner ce nom à ce morceau.

A propos de « Godforsaken », tu as dit que « Dieu en a marre de la race humaine et décide de jeter sa création au feu ». Crois-tu que ce soit ce qui se passe et s’est passé avec le Covid-19 par exemple ? Penses-tu que ce soit Dieu ou, en tout cas, la nature qui condamne l’humanité à l’enfer ?

Je ne pense clairement pas que c’est Dieu, mais que c’est la nature. Les pandémies n’ont rien de nouveau. Ce sont des événements naturels qui arrivent, mais il est certain que celle-ci, avec la mondialisation et avec les voyages, a pu se répandre très rapidement comme un feu de forêt. Qui sait ce que la nature a en réserve pour nous après ? Des volcans, des inondations… Je pense qu’une grande partie des problèmes que nous aurons à affronter viendront évidemment de la nature, mais à la fois, ils sont provoqués par l’homme. C’est l’influence de l’homme sur la nature et on en paie maintenant le prix, que ce soit avec le changement climatique ou même avec la pandémie, car on va de plus en plus dans des endroits où l’homme n’a jamais voyagé avant ou on fait n’importe quoi avec différents animaux, que ce soit des expériences ou que sais-je encore. Malheureusement, je ne vois que plus d’épidémies et de fléaux à l’horizon.

Avec un peu de chance, il se passera une autre centaine d’années avant que quelque chose de vraiment moche se produise à nouveau, mais si on regarde les cinquante dernières années, on a l’impression que Mère Nature est en train d’essayer de se débarrasser de nous comme d’un tas de mouches. Ce n’était pas la seule pandémie potentielle, il y a eu le virus MERS, le H1N1… Il s’est trouvé que celui-ci était super contagieux, mais heureusement pas incroyablement létal. S’il avait été ne serait-ce que cinq ou dix pour cent plus létal, ça aurait engendré une remise à zéro globale, si on parle des chaînes d’approvisionnement et ce genre de chose. S’il avait eu un taux de mortalité de dix pour cent, le monde aurait été en pagaille pendant des années. Je ne peux imaginer à quoi ça aurait ressemblé. Donc je ne pense pas que Dieu soit en train de nous punir, mais je crois vraiment que la nature est en train de le faire parce que l’homme l’a certainement malmenée pratiquement depuis qu’on a découvert le feu [rires].

Tu t’es inspiré de La Divine Comédie de Dante Alighieri, du Roi En Jaune de Robert W. Chambers et d’America: The Farewell Tour de Chris Hedges. Donc encore une fois beaucoup de littérature. Je dis « encore une fois » car, en l’occurrence, il y a eu beaucoup de Lovecraft par le passé, surtout sur The Outer Ones. Es-tu un grand lecteur ?

J’aimerais lire davantage, mais quand je me fais aspirer dans un bon livre, je peux clairement passer beaucoup de temps dessus !

On dirait que les gens lisent de moins en moins. Penses-tu que ça peut en partie expliquer l’état de nos sociétés, car il manque aux gens l’éducation ou la pensée plus profonde qu’apporte la littérature ?

C’est bien possible. On n’apprend pas beaucoup en regardant des gens faire des putains de danses sur TikTok. Je pense que la technologie est clairement en train de reprogrammer notre cerveau et pas d’une bonne manière. L’évolution humaine ne suit pas une courbe exponentielle, mais la technologie si. La technologie est rapidement en train de dépasser la capacité de l’être humain à s’interfacer avec elle, donc j’imagine que ce sera intéressant de voir où ça ira.

Interview réalisée par téléphone le 22 juillet 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Alex Morgan.

Site officiel de Revocation : www.revocationband.com

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  • « Dans un univers metal extrême qui aime s’opposer, qui dit christianisme dit satanisme. C’était donc le moment rêvé pour les Bostoniens de ressortir les symboles antireligieux et démoniaques, non seulement pour leur côté divertissant, mais aussi pour faire des déclarations engagées et susciter la réflexion sur le monde actuel. »

    Wow, c’est super profond et intelligent.

    (Non.)

    [Reply]

    Spaceman

    Ça tombe bien, ce n’était pas fait pour paraître profond, ni intelligent, mais juste pour résumer en quelques lignes le contenu de l’interview 🙂

    J’avais bien compris, et je maintiens : c’est d’une platitude sans fond (si j’ose dire).

    Ce n’est pas votre faute, hein, mais la sienne 🙂

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