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Chronique   

Revocation – The Outer Ones


Revocation fait partie de ces groupes de death intégralement dédiés à leur musique, étant donné le rythme effréné qu’il s’impose. Malgré un agenda de concerts extrêmement fourni, Revocation parvient à tenir la cadence en proposant un nouvel album tous les deux ans en moyenne. Cette fois encore, le groupe propose son huitième album deux ans après Great Is Our Sin. Compte tenu des aspects progressifs intégrés à son style, on pourrait imaginer que ces délais très courts pourraient être au détriment de la musique. The Outer Ones prouve qu’il n’en est rien, Revocation se paie même le luxe de concilier efficacité et sophistication.

The Outer Ones est inspiré de la fiction Lovecraftienne et des ouvrages tels que La Couleur Tombée Du Ciel, Je Suis D’Ailleurs et L’Appel De Cthulhu, avec sa pochette représentant une entité monstrueuse étrange. À l’inverse de l’opus précédent, l’inspiration de Revocation ne réside pas dans un regard acerbe posé sur la société et ses déviances. Pourtant, si l’on pouvait attendre davantage d’élans progressifs voire cinématiques étant donné le thème général, c’est surtout à la dimension horrifique de ces récits que renvoi la musique. Revocation a voulu que The Outer Ones soit l’un des albums les plus sombre et proches du death classique qu’il ait réalisé, peut-être influencé par ses tournées effectuées au côté de Morbid Angel ou encore Cannibal Corpse. L’ouverture « Of Unwordly Origin » met d’emblée le pied à l’étrier avec le batteur Ash Pearson qui nous fait apprécier ses qualités de blasteur invétéré. Les riffs dissonants s’enchaînent à toute allure avant de se muer en lignes mélodiques martelées qui laissent profiter du growl le plus caverneux de David Davidson. Revocation prône l’agression et le signale ostensiblement. Il y a néanmoins toujours cette « patte », cette subtilité dans les structures à l’instar du pont d’ « Of Unwordly Origin » fait d’un riff syncopé qui vient briser la rythmique cavalière du titre avant d’enchainer sur un solo de virtuose.

Plus brutal ne signifie pas l’abandon de la technique qui a fait la réputation du groupe. La même ferveur est présente sur le très angoissant « That Which Consumes All Things », titre qui démontre la qualité de la production, suffisamment rugueuse pour obéir aux canons du genre et suffisamment propre pour apprécier toute la recherche harmonique des guitares, le jeu mouvant de la batterie et le travail de la basse de Brett Bamberger. Une basse mise à l’honneur sur « Blood Atonement », à la fois mélodique, voire jazzy lors d’une accalmie, et jouée avec une certaine fougue. Il y a toujours cette alternance entre blasts effrénés, mélodies dissonantes apparentées au jazz – qui sont l’aspect le plus progressif de l’opus, tel l’introduction de « Fathomless Catacombs » – et riffs massifs. « The Outer Ones » (et son final à la Gojira revu par Revocation) incarne peut-être le plus explicitement cette direction prise par les Américains, cette volonté de ne pas perdre ce qui fait l’essence du genre : une agression maîtrisée, tranchante. Les plans de guitare, aussi torturés soient-ils, ne se perdent pas dans des diatribes interminables. Il y a toujours une rythmique à l’efficacité déconcertante et une insertion de solo réalisé avec un sens du timing louable. Même l’instrumentale « Ex Nihilo » parvient à captiver l’attention par sa science de la structure et ces leads de guitare qui rappellent tantôt les contorsions d’un Steve Vai, tantôt certains élans de Cynic (influence également présente sur « Blood Atonement »).

La force de The Outer Ones, outre cet équilibre entre agressivité et technicité employée à bon escient, est sa constance. Revocation ne lève aucunement le pied et réserve le meilleur pour la fin : « Luciferous » revient à un vocabulaire que le groupe employait lors de ses précédents opus, à savoir une importance accrue portée aux lignes mélodiques, à la guitare comme à la basse. « Luciferous » a même quelques accents à la Behemoth étant donné l’intensité dont le groupe fait preuve. « A Starless Darkness » se charge de conclure l’album, titre qui donne l’impression d’être un melting-pot d’influences digérées (David Davidson parle lui-même d’un mélange de Gorguts, Morbid Angel, Ihsahn et Megadeth). « A Starless Darkness » est un titre plus lent, plus atmosphérique, s’ouvrant par un riff massif avant d’emprunter un tempo qui ravirait Nick Holmes de Paradise Lost. La seule percée de lumière du titre intervient via une mélodie de guitare esseulée, qui permet à Revocation de changer radicalement de registre et revenir à un riffing plus rapide et acéré. « A Starless Darkness » donne tout simplement l’impression d’être une synthèse de l’arsenal de Revocation, The Outer Ones se terminant ainsi dans une forme d’apothéose.

L’agressivité sied parfaitement à Revocation. En conservant tout de même des pans de sa virtuosité et l’attrait pour les passages techniques, le groupe propose une musique hybride entre death old-school et ultra-technique. Revocation parvient à ne jamais trop s’éloigner de l’auditeur, sans cesse rappelé à l’ordre par un riff incisif introduit avec un certain sens du spectacle. The Outer Ones est à n’en pas douter une réussite du genre, classique et pourtant rare.

Chanson « The Outer Ones » :

Chanson « Of Unworldly Origin » :

Album The Outer Ones, sortie le 28 septembre 2018 via Metal Blade. Disponible à l’achat ici



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