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Interview   

Rhapsody Of Fire divisé pour mieux régner


Avec un Luca Turilli qui envisage déjà pour 2014 son second album depuis son départ de Rhapsody… pour Rhapsody, il était temps que Rhapsody Of Fire, celui d’Alex Staropoli donc, montre son nouveau visage sur album. Mais il a pris son temps Staropoli, préférant roder son nouveau line-up en concert, avouant également n’avoir pas le même rythme que son ex-camarade de composition. Mais l’essentiel est d’avancer et d’aboutir ses projets. Le résultat c’est Dark Wings Of Steel, qui contraste avec la dernière œuvre de Turilli par son retour à une musique plus heavy, moins pompeuse dans les orchestrations, et qui, de fait, permet de comprendre la division du groupe en deux.

Et en parlant de division, dans l’entretien qui suit, Staropoli nous permet de bien comprendre comment le groupe en est arrivé à une décision aussi insolite pour son propre bien. Et, évidement, la genèse de Dark Wings Of Steel n’a pas été oublié dans la discussion.

A propos de Luca Turilli : « En fait, il a même fini par détester jouer de la guitare ! Il voulait jouer du clavier et s’occuper des arrangements orchestraux. »

Radio Metal : Vous avez sorti un album live avant ce nouvel album studio. Était-ce important pour le groupe de jouer en concert et de présenter le nouveau line-up avant de proposer un nouvel album ?

Alex Staropoli (claviers) : Oui, c’est exactement pour cette raison que nous l’avons fait ! Après que Luca [Turilli] et moi avons décidé de prendre des voies séparées, je savais qu’il allait sortir un nouvel album. J’ai pensé qu’il était temps pour nous de donner quelques concerts. Nous en avons enregistré dix, alors nous avions de quoi faire. En fait, au départ, nous n’étions pas sûrs de sortir un album live, mais j’ai tout de même décidé d’enregistrer quelques images et certains concerts. Au final, nous avons choisi de sortir un live. Celui-ci est spécial, parce qu’il n’a pas été retouché. Généralement, de nos jours, les groupes modifient pas mal de choses en studio. Nous l’avons fait nous aussi par le passé, mais cette fois, nous avons décidé de nous en passer. Nous sommes fiers de ça.

Pendant des années, le jeu de guitare de Luca Turilli a été l’un des principaux éléments de la signature musicale de Rhapsody. Y avait-il de l’appréhension à l’idée de faire un album sans sa contribution ?

La contribution de Luca ne se limitait pas à la guitare. En fait, il a même fini par détester jouer de la guitare ! Il voulait jouer du clavier et s’occuper des arrangements orchestraux. C’est ce qu’il fait aujourd’hui et il en est très heureux. Évidemment, son jeu était unique. Mais pour moi, de façon plus générale, c’était un défi très excitant. Être responsable de la production, de la composition et de tout le reste était très motivant. Aujourd’hui, je travaille avec Robbie De Micheli, qui est un ami. Luca et lui étaient à l’école ensemble et ils ont commencé la guitare en même temps. En fait, Robbie était déjà dans le groupe au tout début : la première démo a été enregistrée par Luca, Robbie et moi. Il n’est donc pas étranger au groupe. C’est la raison pour laquelle je l’ai choisi, et j’en suis très satisfait.

En parlant de Robbie, il se doutait probablement qu’il serait comparé à Luca. A-t-il ressenti de la pression ? Quel était son état d’esprit ?

Pour te faire comprendre le genre de personne qu’est Robbie, quand il avait 16 ans et qu’il a commencé à jouer de la guitare, il travaillait six à huit heures par jour. Je l’ai revu il y a peut-être dix ans et je lui ai demandé s’il jouait toujours. Il m’a dit que oui, et qu’il travaillait toujours plusieurs heures par jour. Quand nous nous sommes revus, juste avant que je lui demande de rejoindre le groupe, je lui ai à nouveau posé la question, et à nouveau il a répondu : « Oui, quatre à six heures par jour ». Voilà le genre de personne que c’est. Il a commencé à préparer les chansons huit mois avant notre première tournée ! Il n’a ressenti aucune pression parce qu’il avait déjà donné beaucoup de concerts, qu’il était sûr de lui sur scène, qu’il avait participé au groupe avant et que Luca était son copain d’école. Donc il n’y avait pas de pression. Il était peut-être un peu inquiet, mais c’est un type très cool et je l’ai soutenu autant que possible. Il a aussi été impliqué dans la création de certaines parties de guitare sur l’album.

Tu as écrit la musique de cet album avec ton frère Manuel. Est-ce important pour toi de travailler la composition en tandem ? Penses-tu qu’ensemble, vous créez des choses dont tu ne serais pas capable tout seul ?

Mon frère et moi, nous avons travaillé séparément. Il travaillait chez lui, parce que nous vivons dans des villes différentes. Je travaillais de mon côté, lui du sien, et il m’envoyait des bouts de musique que je sélectionnais. Nous n’avons jamais vraiment travaillé ensemble, nous nous contentions de partager des fichiers. C’est génial, parce que nous avons une relation unique. En tant que frères, nous nous adorons. Nous ne nous sommes jamais disputés de notre vie ! Et lui non plus n’est pas étranger à Rhapsody. Il voit le groupe évoluer depuis qu’il est tout jeune, donc il connaît le type de musique que nous aimons. Il a très bien su composer des riffs de basse et de guitare. C’était très enthousiasmant. J’ai beaucoup investi chez lui, tu sais : je lui ai acheté un système informatique et une basse, parce que je crois qu’il a beaucoup de talent à développer. Le résultat est super.

« Nous sommes un groupe de heavy metal. Je ne voulais pas me retrouver avec un groupe minuscule et un orchestre énorme. »

Dark Wings Of Steel fait appel à un gros chœur et à des orchestrations, mais ceux-ci ne dominent pas forcément les guitares heavy. Était-ce important de trouver un équilibre et de ne pas oublier que Rhapsody est avant tout un groupe de heavy metal ?

Oui. En tant que producteur et compositeur, j’ai décidé dès le début d’avoir un son plus puissant, en commençant par la batterie et la basse, et bien sûr, au niveau des guitares. Pour moi, c’était le plus important. J’ai fait moins d’orchestrations, mais pour nous, « moins », c’est toujours beaucoup ! Faire appel à un vrai orchestre a aussi facilité les choses, parce que de vrais instruments s’adaptent plus facilement au reste du groupe que des samples ou des claviers. C’est la même chose pour le chœur. Nous sommes un groupe de heavy metal. Je ne voulais pas me retrouver avec un groupe minuscule et un orchestre énorme. Nous avons fait ça pendant dix albums, alors j’ai vraiment besoin de plus de guitares et de plus de punch dans le son.

Dans l’ensemble, Dark Wings Of Steel est un album de Rhapsody Of Fire plutôt classique. Cherchiez-vous à rassurer les fans ? Ce nouveau départ n’aurait-il pas pu être l’occasion d’ajouter des éléments complètement nouveaux ?

En fait… (longue hésitation) Pour certaines chansons que j’ai composées au début, je n’étais pas très sûr. J’avais quelques idées, quelques mélodies, mais je pensais qu’il était très important de revenir avec un album comportant plus de chansons. Je n’ai pas voulu faire de suites interminables, genre 20 ou 25 minutes. Il n’y a pas de narrateur, pas d’acteur, rien de ce que nous avons fait par le passé, parce que je ne voulais pas me répéter. La saga avec l’orchestre et Christopher Lee, on l’a déjà fait. Avec cet album, je voulais simplement établir Rhapsody Of Fire en tant que groupe proposant des chansons. Beaucoup de gens trouvent que cet album rappelle ce que nous avons fait par le passé, mais musicalement, je ne suis pas d’accord. C’est peut-être dû au fait qu’il y a douze chansons, et que chacune est indépendante.

Fabio Lione s’est chargé d’écrire les paroles. Comment a-t-il abordé cet aspect du travail ?

C’était la première fois qu’il écrivait autant de paroles pour un groupe. Il était un peu sous pression parce que nous étions en retard et qu’il nous restait quelque chose comme douze jours pour tout finir. Il devait enregistrer les chansons dans la journée, écrire les paroles le soir, dormir quelques heures et revenir en studio. C’était difficile, mais c’était aussi un processus très créatif, même s’il y avait de la pression.

À la sortie de From Chaos To Eternity, Fabio avait déclaré qu’il s’agissait sans doute de la fin de la période fantasy pour Rhapsody. Je n’ai pas eu le détail des paroles, mais Dark Wings Of Steel a l’air très orienté fantasy, avec le dragon sur la pochette. Avez-vous du mal à vous éloigner de l’aspect fantasy de votre musique ?

Fabio n’a sans doute pas dit ça ; je ne l’ai jamais entendu dire une chose pareille. Je pense que ce qu’il a dit, ce que nous avons toujours dit, c’est qu’il n’y aurait plus de saga. La saga est terminée, mais nous n’avons jamais dit qu’il n’y aurait plus de fantasy. C’est l’une des principales caractéristiques du groupe. Je voulais faire ressortir la passion, les émotions et le côté théâtral de Rhapsody Of Fire. L’aspect fantasy est là, Fabio a bien écrit des paroles avec un arrière-goût de fantasy. Elles ne sont pas tirées d’un livre, comme certaines paroles par le passé, mais dans un sens, elles sont plus poétiques. Nous allons conserver cette direction. Ça fait partie du groupe.

Concrètement, qu’est-ce qui a déclenché la séparation du groupe en deux entités ? Penses-tu que le groupe était parfois déchiré entre deux compositeurs, Luca Turilli et toi ?

La décision n’a pas été prise du jour au lendemain, elle s’est imposée au cours des dernières années. Mais nous avons décidé de continuer à travailler ensemble pour terminer la saga, conclure la tâche que nous avions à l’esprit. Après ça, nous ne savions plus trop quoi faire. À un moment, nous avons décidé de prendre des chemins séparés. Aujourd’hui, Luca fait ce qu’il aime le plus. Son album est beaucoup plus orchestral que le mien, c’est ce qu’il aime. Personnellement, je préfère la direction opposée. Le groupe est suffisamment solide avec peu d’orchestrations. Nous ne ressentions plus la magie qu’il y avait au début de notre collaboration. À nos débuts, nous étions jeunes, nous vivions un rêve, nous faisions tout pour la musique. Aujourd’hui, j’ai mon propre rythme pour composer, et Luca a le sien. Il aime travailler quinze heures par jours ; moi, je ne peux pas ! Il faut que je fasse d’autres choses dans ma vie, pas uniquement ça. C’était trop difficile. Nous aurions pu continuer ensemble, mais nous aurions lutté. Je veux souligner que nous sommes toujours de très bons amis. Certaines personnes ne comprennent pas, mais c’est important. Il n’y a aucun ressentiment, il n’y a pas de raison. Nous avons simplement constaté que la magie n’était plus là et que nous préférions ne pas continuer ensemble. C’était la meilleure décision, surtout pour les fans.

« J’ai mon propre rythme pour composer, et Luca a le sien. Il aime travailler quinze heures par jours ; moi, je ne peux pas ! »

Luca Turilli voit sa version du groupe comme une suite parallèle à la discographie de Rhapsody Of Fire, ce qui fait de son album le onzième, et par conséquent de Dark Wings Of Steel, le douzième. Partages-tu cette vision avec lui ?

Non. Pour commencer, je ne compte pas les albums. Je ne suis pas aussi mathématique que lui. Nous avons fondé Rhapsody ensemble, avons décidé de nous séparer ensemble, et ensemble, nous avons choisi de garder tous les deux le nom du groupe, en raison de tout ce que nous y avons investi – en matière de temps, d’argent, tout. Je sais que ça peut sembler étrange de voir deux groupes évoluer sous le même nom, mais c’était la seule façon de conserver tous les deux un peu de crédit. Le groupe s’appelle Rhapsody Of Fire, et l’album précédent était From Chaos To Eternity. Ceci est l’album suivant. Si on veut compter, ce n’est pas difficile. Mais je ne vois pas la musique comme ça.

Scott Rockenfield de Queensrÿche déplore l’existence de deux Queensrÿche. N’avez-vous pas peur de créer la même confusion chez les fans de Rhapsody ?

Il y a une certaine confusion, mais à vrai dire, je ne la comprends pas, parce que les déclarations que nous avons publiées étaient très claires. Il faut aller sur des pages Facebook différentes, des sites Internet différents, pour voir ce que fait Luca et ce que je fais de mon côté. Il y a deux jours, après que nous avons sorti une vidéo live d’un concert que nous avons donné en Belgique, quelqu’un a posté un commentaire disant : « Où est Luca ? » Il y a vraiment des gens qui ne suivent pas ! Je peux comprendre que tout le monde ne suive pas le groupe pas à pas, mais en dehors de ceux-là, ce que nous faisons est très clair. Il y a deux groupes différents, avec des approches musicales différentes.

Penses-tu qu’il soit possible pour les deux groupes de tourner ensemble à l’avenir ?

C’est une question prématurée, ça ne fait pas partie de nos projets. Je pense que ce serait ridicule, ça semblerait étrange pour le public. Ils se diraient sans doute : « Pourquoi vous êtes-vous séparés si c’est pour tourner ensemble au bout de trois ans ? C’est pour l’argent ? » Non, nous ne le ferons pas.

Tom Hess a quitté le groupe cette année pour cause de « différends philosophiques ». C’est une raison assez vague, peux-tu l’éclairer ?

Nous avions vraiment des visions différentes de la vie. Il était déjà dans le groupe quand Luca était là, et tout semblait bien se passer, mais pendant la dernière tournée… Tu sais, quand on voit une personne tous les trois ou six mois, tout se passe à merveille. Mais quand on joue ensemble, quand on vit ensemble, on découvre de nouveaux aspects de cette personne. Nous n’avons pas trouvé de connexion entre nous, donc il était évident qu’il devait partir. Je suis ravi, parce que nous avons donné trois concerts à cinq musiciens et que j’adore ça. Je n’ai aucun regret. Je préfère avoir cinq musiciens dans le groupe, comme à nos débuts.

Tu n’envisages donc pas de revenir à deux guitaristes ?

Non, je ne pense pas. Pas pour l’instant. Luca lui-même jouait tout seul sur la dernière tournée. Au début, Robbie n’était pas très sûr, mais il a fini par gagner en assurance. Nous en avons discuté avec notre ingénieur du son, qui a affirmé que Robbie était un excellent guitariste. Il n’y a pas que moi, tout le monde le dit ! C’est une bonne chose d’avoir un seul guitariste. Je veux investir autant que possible chez Robbie, il le mérite.

En décembre 2012, lorsque tu as annoncé votre signature chez AFM Records, tu as déclaré que tu avais commencé à travailler sur plusieurs projets. Parlais-tu des albums live et studio, ou y avait-il autre chose ?

Non, je crois que je parlais de ces deux albums. J’avais aussi envisagé de faire un album solo, mais après le split, je n’étais plus intéressé. Je travaille pour Rhapsody Of Fire, c’est ma priorité absolue.

Vous avez quitté Nuclear Blast pour signer chez AFM Records. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ? Tu n’étais pas satisfait du travail de Nuclear Blast ?

En fait, après From Chaos To Eternity, le contrat est arrivé à son terme, donc ça s’est fait naturellement. Nuclear Blast a décidé de garder Luca sur le label, parce qu’ils lui accordaient une plus grande confiance. Il a sorti ses albums solo chez eux, donc ils savaient qu’il était capable de s’en sortir et de composer seul. Ils ne savaient pas ce que moi je pouvais faire. Dans tous les cas, je ne serais jamais resté sur le même label, pour ne pas créer de conflits d’intérêts. Nous avons trouvé AFM, qui étaient très intéressés par l’album live et par le groupe. Ils travaillent très dur. Je suis ravi, ce sont des gens très bien.

Interview réalisée en face-à-face le 6 novembre 2013 par Saff.
Fiche de questions : Spaceman.
Retranscription et traduction : Saff.
Introduction : Spaceman.

Site internet officiel de Rhapsody Of Fire : www.rhapsodyoffire.com

Album Dark Wings Of Steel, sortie le 22 novembre 2013 chez AFM Records.



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