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Interview   

Rich Ward, partie 2 : quel avenir pour Stuck Mojo ?


Stuck MojoCela fait six ans maintenant, depuis l’expérimental et déroutant The Great Revival que Stuck Mojo, l’un des talentueux pionniers du rap metal, n’a plus donné signe de vie. Pourtant on ne peut pas dire que son leader, le guitariste Rich Ward, se soit tourné les pouces, ayant sorti pas moins de trois albums avec Fozzy, groupe fondé avec le catcheur Chris Jericho et à l’origine supposé n’être qu’une blague mais qui a connu un certain essor ces dernières années.

Et comme nous avions justement le bavard Rich Ward au téléphone à l’occasion de la sortie de Do You Wanna Start A War, le nouvel album de Fozzy, et qu’il avait encore du temps devant lui, nous en avons profité pour le cuisiner au sujet de Stuck Mojo, histoire au moins d’avoir des nouvelles quant au statut de ce groupe et ce que l’on pouvait en attendre. Un échange instructif qui permet de comprendre bien des choses, même si l’avenir paraît des plus incertains pour le groupe, le guitariste parlant même du frontman Lord Nelson au passé…

Stuck Mojo

« En raison de tant d’incertitude dans le business de la musique, j’ai décidé il y a bien longtemps […] que j’allais m’assurer de pouvoir me permettre d’être aussi pauvre que nécessaire afin de pouvoir continuer à jouer de la musique. »

Radio Metal : Tu joues aussi dans Stuck Mojo, mais on dirait qu’en Europe Fozzy rencontre bien plus de succès que Stuck Mojo. Je me souviens il y a quelques années que les concerts français de Stuck Mojo ont dû être annulés par manque de prévente. Dirais-tu que Fozzy est plus proche de la culture européenne ?

Rich Ward (guitare) : La raison pour laquelle Stuck Mojo a vraiment eu des problèmes c’est parce que nous avons changé de chanteur et c’est très dur pour un groupe de changer de chanteur et de conserver tout son public. J’ai vu Iron Maiden jouer dans des clubs dans ma ville d’Atlanta face à 1200 personnes avec Blaze Bayley. Et c’était le plus grand groupe de heavy metal au monde qui se retrouvait à jouer dans un club devant moins de gens que ce que mon groupe Stuck Mojo pouvait attirer dans la même salle. C’est juste ainsi parce que tes fans se connecteront à toi parce qu’il y a quelque chose que tu fais et quelque chose que tu joues et représentes qui résonnera en eux. Lorsque tu te sépares de ton porte-parole, la personne qui est devant et qui construit le plus de liens avec l’audience, tu dois t’attendre à perdre une partie de ton audience. Et je ne m’étais pas rendu compte à l’époque que nous allions tant en perdre. Tu sais, nous avons fait un super album et je croyais que les gens allaient nous suivre. Mais j’avais tort et ça fait partie du processus d’apprentissage en tant qu’être humain. Il faut admettre que parfois tu auras tellement raison que ça marchera et tout le monde te tapera dans le dos pour te dire que tu es un génie, et parfois tu feras quelque chose et tu n’auras pas raison et ça ne fonctionnera pas, alors les gens te montreront du doigt en disant que tu as échoué.

Mais au bout du compte, tu sais, la vie, c’est une série de succès et d’échecs et j’ai le sentiment d’être meilleur grâce à mes échecs, et non pas juste grâce à mes succès, parce que tu apprends davantage en échouant [rires]. C’est le fait de faire des erreurs qui t’aidera à grandir et concentrer ton énergie. Et je crois que, de bien des façons, Fozzy est comme Stuck Mojo et nous sommes un super groupe live. Je trouve que Chris [Jericho] est un incroyable frontman et c’est même peut-être le meilleur de tous dans la musique heavy metal. Je veux dire que c’est incroyable de le regarder travailler une audience, et je ne dis pas ça juste parce que je suis dans le groupe avec lui. Je dis ça parce que je suis un musicien de quarante-cinq ans qui a vu tout le monde et a joué dans des festivals devant des centaines de milliers de personnes, et j’ai aussi joué dans des clubs devant dix personnes. Et il y a quelque chose qui définit et rend efficace un frontman : c’est sa capacité à rentrer en connexion avec l’audience, et Chris est incroyable ! Il a cette capacité. Et je crois que le fait que nous ayons un super groupe qui écrit une musique sincère pousse les gens à avoir foi en nous. Ils voient que ce que nous faisons est authentique. Et je crois qu’une bonne part du succès que rencontre Fozzy provient du fait qu’ils se rendent compte que nous nous amusons et que nous voulons qu’eux aussi s’amusent.

Car le monde est moche, il y a des guerres, du trafic d’êtres humains, des membres de familles qui combattent des addictions aux drogues, des gens qui ont perdu leur emploi à cause d’une mauvaise économie ou de la perte de valeur de leur devise… Il y a tellement de conflits et tout, et je pense que lorsque les gens viennent à un concert et payent pour aller voir un groupe, ils veulent pouvoir laisser tous ces trucs en dehors de la salle de concert. Ils veulent une sorte de refuge ; ils veulent avoir l’opportunité de voir quelque chose qui les emportent loin de toutes ces choses qui peuvent rendre la vie difficile. Je considère que c’est une grande responsabilité qui est mis sur nos épaules. Je le prends personnellement parce que lorsque les gens doivent payer 20€, 25€ ou 15€, peu importe combien ça coûte en France d’aller à un concert, j’ai conscience qu’ils ont travaillé dur pour avoir cet argent avec lequel ils ont acheté un album ou un T-Shirt. J’estime que c’est un honneur d’être dans la position qui est la mienne, donc je veux travailler dur pour eux. Et tout le monde dans mon groupe pense exactement de la même façon : nous voulons honorer cet investissement qui est fait en mettant en place les meilleurs concerts qu’ils pourront voir, et en même temps leur permettre de s’amuser. Est-ce agressif ? Oui ! Mais ça peut aussi être marrant ! Agressif ne signifie pas nécessairement que ce soit sombre et sale. Il peut y avoir de la musique agressive sur laquelle tu peux sauter et t’amuser. Et j’ai le sentiment que nous avons l’équilibre parfait en combinant une musique sombre et agressive avec un excellent moment à passer.

Tu as d’ailleurs sorti trois albums de Fozzy depuis le dernier album de Stuck Mojo. On dirait qu’aujourd’hui Fozzy est devenu ta priorité par rapport à Stuck Mojo…

Exactement pour la raison dont tu as fait la remarque qui est que nous avons essayé quelque chose et ça… Je vais être franc ; j’aime vraiment les deux [derniers] albums que nous avons fait avec Stuck Mojo. Ils sont d’ailleurs deux de mes préférés. Ce ne sont pas mes deux absolus préférés mais je les aime autant que n’importe quel album de la version précédente de Stuck Mojo. Ces albums sont bien faits et bien composés et, personnellement, je les aime beaucoup. Mais nous avons fait une tentative avec une plus petite maison de disque autrichienne, mais cette relation avec eux n’a pas fonctionné, nous avions trop de désaccords. Cette relation n’allait pas. Donc, à chaque fois que nous faisions un pas, les choses ne fonctionnaient pas. Certains fans voulaient voir le line-up d’origine parce qu’il ne restait plus que moi et le batteur. Du coup, ils ne voyaient que cinquante pour cent du Stuck Mojo dont ils avaient le souvenir de la première fois où ils nous ont vus. Donc, en gros, nous recommencions depuis le départ, et la maison de disque était déçue parce qu’ils pensaient qu’on allait tout reprendre là où nous nous étions arrêtés et que les fans accueilleraient le groupe avec la même ferveur. Et je trouvais que nous étions un super groupe de live et je trouve que la version deux avec le nouveau chanteur était super, mais la vérité est que c’était compliqué en soi. Le chanteur de Stuck Mojo avait une famille et une carrière avec son boulot quotidien. Ce n’était tout simplement pas une bonne idée financièrement pour lui de quitter sa carrière pour que nous puissions tout recommencer avec Stuck Mojo. Parce que, lorsque tu es jeune et que tu as 21 ans, tu peux monter dans un van et jouer n’importe où pour des broutilles, et ce n’est pas un problème pour toi de dormir à même le sol chez les gens. Nous adorions ça. En l’occurrence, il y a quelque chose d’excitant dans le fait de vivre de cette manière, d’être comme un gipsy, vivre libre, faire de la musique, n’avoir aucune possession… Simplement vivre sur la route, c’est magique. Mais tu ne peux pas faire ça lorsque tu es père, lorsque tu as le devoir de prendre soin de tes enfants. Ils sont tes enfants, ils sont ta responsabilité et tu as un devoir vis-à-vis de leur bien-être. Et tu ne peux pas juste décider : « Je me fous de ma vie et je vais y aller, monter dans un bus, partir et jouer pour rien et revenir sans un sou en poche. » Parce ce que c’est ce qui se serait passé avec Stuck Mojo en recommençant tout.

Stuck Mojo

« Je suis un libertaire, ce qui n’est ni être conservateur, ni progressiste. Je crois en la liberté ultime et cette liberté implique des gens libres qui agissent librement et non sous l’autorité d’un large appareil gouvernemental qui régule chaque aspect de nos vies. »

Je n’ai jamais eu d’enfant avec ma femme parce que je sais que, comme il se dit, l’industrie musicale peut aussi bien être un festin qu’une famine. Parfois tu peux te faire un paquet d’argent et parfois tu peux perdre de l’argent et revenir à la maison avec une note à payer pour la tournée suivante. Du coup, en raison de tant d’incertitude dans le business de la musique, j’ai décidé il y a bien longtemps que je n’allais pas avoir d’enfant et que j’allais m’assurer de pouvoir me permettre d’être aussi pauvre que nécessaire afin de pouvoir continuer à jouer de la musique, parce que ça, c’est ma passion. Être pauvre, ce n’est pas quelque chose que tu peux faire lorsque tu as beaucoup d’enfants [rires] et de responsabilités, à moins que tu veuilles profiter d’aides de l’Etat. Je ne trouvais pas que c’était la bonne chose à faire. Si ma femme était tombée enceinte et que nous avions eu des enfants sans que nous l’ayons prévu, alors j’aurais pris des décisions différentes par rapport à : « Comment puis-je subvenir à mes besoins et prendre soin de ma famille ? » Mais jusqu’à présent, ma décision a été de ne pas avoir d’enfant, donc ma vie entière, c’est mon groupe et ma femme. Ceux-ci sont mes seuls deux centres d’attention, c’est donc plus facile pour moi de partir en tournée à travers le monde comme des gipsys, alors que mon chanteur dans Stuck Mojo version deux, il ne pourrait pas faire ça. C’est pour ça que c’est compliqué pour nous de recommencer avec de nouveaux fans et essayer de reconstruire le nom du groupe. Il m’a donc paru plus naturel de me concentrer sur Fozzy qui se porte très bien et où il n’y a pas tous ces problèmes et complexités. Au final, je vais sûrement faire d’autres trucs avec Stuck Mojo dans le futur, parce que j’adore ce groupe. C’est mon premier amour ; c’était mon premier groupe original dans lequel j’ai joué. Et il y a certaines chansons que j’ai écrites que j’aimerais rejouer. Il y a une énergie et une obscurité dans Stuck Mojo que je peux y exprimer et que je n’exprime pas dans Fozzy, parce que les deux sont des bêtes différentes. Donc un jour je ferais quelque chose d’autre avec Stuck Mojo mais ce ne sera probablement plus jamais ma priorité. Je vais probablement aborder ça de la même manière que j’abordais Fozzy auparavant, c’est-à-dire comme un projet parallèle.

Mais Stuck Mojo n’a-t-il pas bénéficié du succès de Fozzy ? N’as-tu pas vu des fans de Fozzy s’intéresser aux albums de Stuck Mojo ? Parce que, même si ce sont deux groupes différents, ils ont beaucoup en commun, en fait…

Oui et Fozzy a aussi énormément bénéficié de Stuck Mojo, parce qu’au tout début, nos fans étaient divisés en deux groupes : les fans de catch et les fans de Stuck Mojo. Et c’est ainsi que nous avons débuté notre carrière, avec des gens qui étaient curieux de savoir ce que Chris Jericho le catcheur faisait en musique et ce que Rich Ward et Frank Fontsere faisaient dans ce groupe Fozzy. Donc très tôt nous avons bénéficié du catch et de Stuck Mojo, et désormais beaucoup de nos fans qui ont découvert Fozzy simplement en tant que groupe s’intéressent parfois à Stuck Mojo ou à Chris le catcheur. Donc les rôles se sont un peu inversés.

Et as-tu quand même des plans avec Stuck Mojo ?

Non, je n’en ai aucun. L’année prochaine correspondra au vingtième anniversaire de notre premier album Snappin’ Necks, donc nous avons parlé par le passé de l’idée de faire un concert ou deux pour célébrer ces vingt ans. Mais nous ne nous sommes pas retrouvés en groupe pour en discuter. C’est quelque chose qui a vaguement été discuté avec le management. Donc si ça se produit ce serait marrant mais je ne sais pas si j’aurais le temps de le faire. Parce que, de la même manière qu’avant Fozzy était en temps partiel et que j’essayais d’intercaler le groupe autour de l’emploi du temps de tournée de Stuck Mojo, je devrais faire pareil aujourd’hui [avec Stuck Mojo] car Fozzy est devenu ma priorité. Peu importe ce que je ferais avec Stuck Mojo, il faudra que ça s’intercale autour du planning de Fozzy.

Je me souviens d’un projet d’EP avec Stuck Mojo qui était prévu autour de l’élection présidentielle. Pourquoi n’a-t-il jamais vu le jour finalement ?

Parce que j’étais très occupé et c’est quelque chose qui me fait culpabiliser parce que je voulais le faire et j’avais l’intention de le faire, mais le problème était que Fozzy fonctionnait super bien, entre Chasing The Grail et Sin And Bones les choses arrivaient très vite et nous obtenions de plus en plus d’offres de tournée, et l’idée d’immédiatement nous retrouver en studio et composer un nouvel album pour entretenir l’élan était une priorité. Nous en avons discuté et je me suis dit que ce serait une erreur de détourner le moindre temps de la dynamique dont bénéficiait Fozzy en le mettant en suspens pour faire quelque chose de différent. Ca ne paraissait pas la bonne chose à faire à l’époque, même si je trouvais l’idée super. Ca paraissait être une bien meilleure idée lorsque c’est sorti de ma bouche que lorsque je me suis mis à réfléchir au temps qu’il faudrait pour concrétiser ça.

Devait-il y avoir un véritable lien avec l’élection présidentielle ?

C’était l’idée car j’étais très inspiré par ce qu’il se passait sur le plan politique à l’époque et je voulais écrire un album sur le sujet. Je me suis dit : « Wow, ce serait tellement intéressant d’en parler ! » Parce que, tu sais, je suis un libertaire, ce qui n’est ni être conservateur, ni progressiste. Je crois en la liberté ultime et cette liberté implique des gens libres qui agissent librement et non sous l’autorité d’un large appareil gouvernemental qui régule chaque aspect de nos vies. Je constate que beaucoup de gens parlait de ça parce que c’est ça ce que signifiait être un vrai libéral, un libéral était quelqu’un qui ne voulait pas que le gouvernement lui dise quoi faire. Un libéral ne croyait pas en la guerre et dans le musellement de la parole, mais aujourd’hui les libéraux en Amérique soutiennent le musellement de la parole, ils ne veulent pas entendre les conservateurs dire ce qu’ils ont en tête. Et les conservateurs ne veulent pas que les gens entendent ce que les libéraux ont à dire. On dirait presque que les deux partis en Amérique sont devenus les mêmes. Ils ont peut-être des regards différents sur le monde pour ce qui est de répondre aux problèmes mais les résultats sont les mêmes, c’est-à-dire une forme de contrôle et un large gouvernement oppressif, autoritaire et régulateur. Et je trouvais intéressant d’essayer d’écrire un album qui parlerait de liberté, de ce que la liberté signifie et de ce qu’il y a de beau dans le fait d’être noir, blanc, asiatique, hispanique, homo, hétéro, conservateur et libéral, et que tout le monde puisse faire ce qu’il veut et dire ce qu’il veut dire, et de coexister dans une société où le gouvernement n’essayait pas de s’immiscer dans les choses.

Stuck Mojo

« Je pourrais dire que je faisais du rap rock avant Tom Morello et je pourrais dire : ‘je crois être un meilleur guitariste que Tom Morello’ et je pourrais dire que j’ai fait plus d’albums que Tom Morello… Mais, et alors ? C’est juste ma jalousie et mon égo qui parlent et font des affirmations stupides, parce que je conduis une voiture bien plus merdique que la sienne et je vis dans une maison bien plus petite que lui. »

Tu sais, c’est évidemment très vaste et c’est un sujet tellement immense qu’il ne peut pas être discuté dans une conversation de dix minutes, mais je pensais qu’il serait intéressant d’essayer de s’y attaquer, parce qu’on n’entend pas beaucoup de musiciens parler de ces choses. Tu entendras des gens mentionner de mauvaises choses au sujet des banquiers, Wall Street et le capitalisme diabolique ou parler des méchantes guerres, mais ils ne parlent pas du fait qu’au bout du compte, le gouvernement est responsable de la manière dont les banquiers agissent en créant un environnement où ces derniers peuvent faire ce genre de choses. Et donc, les gens pointent toujours du doigt les banquiers ou le président mais ils ne veulent pas voir le système qui a créé ça et l’environnement qui créé toute cette corruption par réaction en chaîne. Je me disais donc qu’il serait intéressant d’en parler, et Fozzy n’est pas un groupe politique et je ne pense pas que nous devrions parler de ça parce que ce n’est pas quelque chose qui intéresse tout le monde dans le groupe, et je ne crois pas que ça représente la vision du monde de tout le monde dans le groupe. Du coup, ça ne semble pas être un point de vu naturel que Fozzy devrait adopter. Mais j’aime ces sujets et j’aime qu’il y ait des gens qui ont des idées audacieuses et différentes. J’aime entendre les gens même si je ne suis pas d’accord avec eux ; je trouve ça super d’entendre les idées des autres. Internet a permis à plus de voix d’être entendues, plus de prise de parole et à plus de gens de s’exprimer, et je trouve ça génial et j’adore ça.

Est-ce que ça ne te manque pas de faire des chansons dans lesquelles tu exprimes tes vues politiques ? Parce que tu sembles avoir beaucoup de choses à dire…

Ca me manque profondément. C’est la seule chose à propos de Fozzy que j’aurais aimé pouvoir explorer davantage. Mais comme je l’ai dit, ça ne correspond pas à qui nous sommes, ce ne serait pas naturel et je pense que ce serait une erreur d’essayer de s’attaquer à des sujets qui ne représentent pas qui nous sommes en tant que groupe, de la même manière que ça paraîtrait étrange que Stuck Mojo fasse des paroles similaires à ce que fait Fozzy. Ce sont deux visions du monde, approches de la vie et points de vue totalement séparés. Oui, ça me manque mais c’est comme dans n’importe quelle relation. Tu peux sans doute le comprendre, parce que tout le monde le peut. On aura probablement dix ou vingt, peut-être moins ou peut-être plus, relations romantiques et d’amour dans notre vie qui commencent à partir de… je ne sais pas, dix, onze, douze, treize ans, peu importe quand tu as ton premier amour, ton premier béguin. Et il y a quelque chose chez cette fille, ou ce gars si tu es une femme, qui signifie beaucoup pour toi, que ce soit sa beauté ou son sens de l’humour ou son intelligence, quoi que ça puisse être qui t’attire vers cette personne, mais il y aura probablement aussi autre chose à son sujet qui ne sera pas parfait à tes yeux. Au cours de ta vie tu rencontreras plusieurs fois d’incroyables relations mais peut-être que certaines choses dans celles-ci ne sont pas à cent pour cent parfaites, mais rien n’est jamais parfait dans la vie. Et apprendre à être heureux de ce que l’on a, c’est super ! Et ne pas se focaliser sur les choses que l’on perçoit comme imparfaites est, à mon avis, la réponse pour vivre une bonne et saine vie. C’est une question d’apprécier ce que l’on a.

Car j’ai sorti dix-sept albums dans ma vie, j’ai sorti bien plus d’albums que ne l’a fait Tom Morello de Rage Against The Machine et Audioslave, mais je me suis fait bien moins d’argent que lui. Je pourrais dire que je faisais du rap rock avant Tom Morello et je pourrais dire : « je crois être un meilleur guitariste que Tom Morello » et je pourrais dire que j’ai fait plus d’albums que Tom Morello… Mais, et alors ? C’est juste ma jalousie et mon égo qui parlent et font des affirmations stupides, parce que je conduis une voiture bien plus merdique que la sienne et je vis dans une maison bien plus petite que lui. Mais il y a aussi des musiciens qui vivent dans des pays du tiers monde qui sont sans doute meilleurs que moi, qui ont travaillé aussi dur, qui vivent sans plomberie ou eau propre ou électricité ou air conditionné, et certainement qu’ils ne peuvent pas se payer de voiture. Et donc j’ai une bonne vie et je ne jalouse pas ceux qui ont fait plus que moi. Je suis content pour eux parce que je ne fais pas de la musique pour l’argent ; je fais de la musique parce que j’adore l’argent [il rit et corrige son lapsus] j’adore la musique ! Donc, si l’argent vient, alors c’est super et si ça ne vient pas, ça va aussi parce que lorsque j’avais douze ans je voulais juste être comme Ozzy et Iron Maiden.

Je ne voulais pas être riche comme Warren Buffet ou Steve Jobs. Je voulais juste être guitariste, avoir de longs cheveux, avoir des tatouages et jouer fort. Et je voulais être différent de mes parents qui, dans mon esprit, étaient ringards, tu sais, ils allaient tous les jours au travail et s’asseyaient à un bureau. Je ne voulais pas faire ça. Je voulais être un rockeur et c’est tout ce que je voulais faire. Je n’ai même pas pensé à l’argent parce que j’ai grandi dans la pauvreté et nous n’avions jamais rien de fantaisiste, je n’ai donc jamais appris qu’il y avait une norme à laquelle je devais me conformer. Et je n’ai jamais idolâtré Mötley Crüe pour les voitures qu’ils conduisaient. J’idolâtrais Mötley Crüe parce que je trouvais que Shout At The Devil était un album génial et que j’adore le son de guitare. Ce sont ça les choses qui me motivaient : le volume de son élevé, l’agressivité, l’attitude et l’anticonformisme du rock n’ roll. C’est ce qui me poussait à faire ce que je faisais. Bien que j’apprécierais sans doute parler de politique, c’est une part tellement réduite de qui je suis que je ne la laisse pas me perturber, de la même manière que je ne laisse pas le fait que Tom Morello ait plus d’argent que moi me perturber. Parce que, si je me focalise sur les choses qui n’ont pas vraiment d’importance et qui ne sont qu’une petite part de la vie… C’est juste… Je ne… Tu comprends ce que je veux dire ? Je suis désolé. Ce sont de si importantes et excellentes questions que tu poses que je ne peux pas y répondre de façon courte. Tu sais, elles méritent d’être bien expliquées, si tu vois ce que je veux dire.

Stuck Mojo

« J’ai appris de [Devin Townsend] que tu ne peux pas toujours essayer de faire rentrer de force une idée dans un groupe uniquement parce que c’est ce que tu veux faire sur le moment. »

Bien sûr ! Aucun problème. En ce qui concerne cet EP qui n’est jamais sorti, qu’as-tu fait avec ces chansons ?

Je n’ai jamais terminé ces chansons. J’ai des calepins avec des paroles et j’ai des riffs, mais tout ça n’a jamais été fini. C’est devenu des trucs sur lesquels j’ai travaillé pendant quelques semaines et qui n’ont jamais été peaufinés et finalisés en chansons complètes. Encore une fois, ce qui est fou avec Stuck Mojo, c’est que même au sein du groupe nous avons des désaccords politiques, du coup ça rend la conception des albums encore plus compliquée. Je crois que même au sein des groupes politiques, tu as cinq ou six personnes ensemble dans une pièce et ils peuvent trouver des terrains communs pour parler et discuter. Mais voilà, comme nous en parlions plus tôt au cours de l’interview, les gens vont graviter de manière négative vers les choses sur lesquelles ils sont en désaccord. Même au sein de Stuck Mojo, ça rend l’écriture en tant qu’unité difficile car même nous, nous ne pouvons pas nous accorder sur tout [rires]. Et donc ça rend les choses difficiles et je pense que les différents d’opinion et les tensions peuvent souvent produire d’excellents résultats, mais ça prend aussi plus de temps parce que ces choses doivent être traitées plus délicatement. On ne peut pas se contenter de se battre et se crier les uns sur les autres. Il doit y avoir un dialogue et un débat intelligent à propos des opinions de chacun pour voir si on peut s’accorder sur un terrain commun qui représente tout le monde dans le groupe. Autrement, si je devais écrire toutes les chansons moi-même, alors peut-être que ce ne devrait pas être un EP de Stuck Mojo, peut-être que ce devrait juste être un EP de Rich Ward, parce qu’alors ça ne représenterait que moi. Et je crois que c’est en bonne partie la raison pour laquelle Devin Townsend a créé différents groupes et différentes plateformes, de manière à ce que certains d’entre eux représentent une idée collective et d’autres uniquement ses idées. C’est pour cette raison que Devin est l’un de mes héros, car je trouve qu’il est l’un des plus brillants compositeurs, producteurs et artistes dans la musique heavy moderne. Il est assez malin et sage pour savoir que toutes les chansons ne doivent pas être mises dans le même panier. Il doit y avoir différents exutoires pour des pensées et idées musicales différentes. J’ai appris de lui que tu ne peux pas toujours essayer de faire rentrer de force une idée dans un groupe uniquement parce que c’est ce que tu veux faire sur le moment.

Est-ce qu’il est déjà arrivé que tu commences à composer une chanson pour Stuck Mojo et qu’elle finisse sur un album de Fozzy ?

Beaucoup, beaucoup de chansons, mais pas de paroles. En fait, il y a eu un certain nombre de chansons qui étaient des chansons de Stuck Mojo, comme « Watch Me Shine », le refrain était déjà écrit mais Chris est arrivé et a réaménagé tous les couplets, mais la chanson en soit était complète. Et la chanson « Revival » tirée de Chasing The Grail provenait d’une idée de face B que j’avais et qui n’a pas fonctionné pour l’album The Great Revival de Stuck Mojo. Certaines des paroles ont aussi été changées pour en faire une chanson de Fozzy, parce qu’en l’état, les paroles ne convenaient pas à Fozzy, donc il y a eu des retouches mais musicalement c’était très similaire. Et puis il y a eu des chansons de Fozzy qui sont venues d’autres projets, comme la chanson « Enemy », qui est le plus gros single de Fozzy à ce jour, je l’ai écrite avec mon ancien groupe Sick Speed qui était un projet parallèle. Et je l’avais l’ailleurs enregistrée et pendant longtemps jouée en concert avec Sick Speed, et ensuite Chris a adoré la chanson et a dit : « Hey, est-ce que ça poserait souci si nous l’utilisions pour Fozzy ? » La chanson « The Way I Am » et « The Test » étaient également des chansons de Sick Speed. Mais je ne les aurais pas utilisées si je n’avais pas ressenti qu’elles allaient coller à Fozzy. Et si Chris ne les avait pas aimé, évidemment, nous ne les aurions pas utilisées. Parfois ce n’était peut-être qu’un riff ou une idée que l’on reprenait, et parfois c’était des chansons complètes, il n’y a donc aucune règle. La seule règle que nous avons c’est : ça doit fonctionner et nous devons tous être d’accord sur le fait que c’est une super chanson pour Fozzy, sinon on ne l’utilise pas. Si ma mémoire est bonne, il n’y a aucune chanson sur Sin And Bones ou le nouvel album Do You Wanna Start A War qui provient d’ailleurs. Tout ça ce n’était que des chansons originales écrites spécifiquement pour ces albums de Fozzy. Les seules chansons qui proviennent d’autres groupes étaient toutes sur All That Remains et Chasing The Grail.

Les autres gars dans Stuck Mojo, comme Lord Nelson qui n’a fait que deux albums avec vous, ne sont-ils pas impatients de travailler et sortir de la nouvelle musique ?

Je suis certain qu’il l’est et je l’ai encouragé à faire d’autre musique, et c’est ce qu’il a fait. Il a sorti un superbe album solo avec un groupe français qui s’appelle Lies. Il l’a sorti l’année dernière et j’ai trouvé cet album excellent. J’étais très fier de lui. Je trouve qu’il a fait un super travail dessus. Je suis un grand fan de Lord Nelson. Je trouve que c’est un incroyable vocaliste et je me suis éclaté à travailler avec lui. La plupart du temps les rappeurs peuvent ne pas être considérés avec le même respect que les chanteurs parce qu’avec les chanteurs c’est une affaire de mélodie. Donc on parle de complexités qui vont au-delà des motifs rythmiques avec des rimes que les rappeurs utilisent. Donc être un chanteur peut être, et souvent est, un style vocal bien plus complexe que le rap. Mais Lord Nelson était un artiste et il a l’âme d’un artiste, et c’était un excellent partenaire d’écriture. J’adorais travailler avec lui parce qu’il a une super attitude, il avait un super esprit lorsque nous travaillions en studio ensemble. Donc j’adorerais à nouveau travailler avec lui dans le futur. C’est juste qu’il y a une différence entre faire quelque chose parce que c’est ta carrière et faire quelque chose parce que tu aimes ça. Je suis certain que toi-même en tant que journaliste tu as surement beaucoup de choses que tu aimerais faire lorsque tu n’es pas en train de travailler pour payer tes factures, ou peu importe ce que tu fais chaque jour pour recevoir l’argent dont tu as besoin pour manger et avoir un toit sur la tête. Mais les choses que tu fais juste par passion et pour ton plaisir et qui ne seront pas aussi lucratives financièrement, ce sont des choses que tu dois voir plus comme un hobby et une passion. Il y a de nombreux artistes qui dessinent et peignent incroyablement bien, et des sculpteurs qui font des choses les weekends lorsqu’ils ont du temps libre en marge de leur boulot, ce sont des artistes mais ils font ça uniquement par passion et pas pour l’argent.

Travailler avec Lord Nelson devra être quelque chose que je ferais strictement pour la passion et l’amour de la musique. Parce que, comme nous en discutions, Stuck Mojo n’est pas un groupe aujourd’hui, car il a emprunté plusieurs fois des chemins cabossés avec de nombreux changements et différents labels. Je n’ai pas le sentiment à ce stade que ce soit quelque chose dans laquelle je voudrais investir beaucoup de temps. Ce serait quelque chose que je devrais faire à côté, strictement pour la passion d’écrire de la musique avec Lord Nelson et aussi traiter de thèmes politiques dans les paroles. C’est donc quelque chose pour laquelle je devrais trouver du temps. Mais encore une fois, lorsque tu es dans un groupe et que tu vas directement du studio à la scène, de tournée en tournée, ça devient très difficile d’essayer de trouver trois mois. Je ne suis pas le genre de compositeur qui peut juste se poser et écrire un album en une semaine. C’est vraiment difficile pour moi de faire un album. C’est marrant et gratifiant, et j’adore ça, mais ça prend beaucoup de temps et je suis un compositeur lent et méthodique. Certaines choses viennent plus rapidement que d’autres mais souvent cela me prend des semaines et des semaines à écrire un album, et ensuite il faut aussi prendre en compte le temps pour l’enregistrer. Car j’enregistre toujours les albums en double, comme Sin And Bones et Do You Wanna Start A War, ces albums ont été faits deux fois, une fois je les ai écrits et enregistrés en démo et la seconde fois je les ai enregistrés pour l’album. C’est donc un long processus, en partant de la composition et la phase de démo initiales jusqu’au processus final, et lorsque tu as tout un groupe qui attend après toi, comme Fozzy qui dépend de moi en tant que producteur… Peut-être que si j’avais été juste le batteur dans Fozzy [petits rires] et pas le producteur et compositeur principal j’aurais le temps de faire autre chose. Mais je suis impliqué dans tout ce qu’il se passe avec Fozzy. Il y a des choses que Chris fait sans moi, comme la promo et certaines sessions de dédicaces en magasin, des choses de ce genre. Mais pour tout ce qui attrait à la création, je suis le meneur. Ça implique donc beaucoup plus de responsabilité et de temps. C’est donc difficile pour moi de jongler entre plusieurs projets lorsque je fais ça. Maintenant, il y a une possibilité pour que je puisse dans le futur gérer les deux groupes, mais ça signifierait que je devrais embaucher des ingénieurs et producteurs extérieurs pour me permettre de me dégager du temps et n’être qu’un musicien et compositeur.

Interview téléphonique réalisée le 7 juillet 2014 par Spaceman.
Retranscription : Thibaut Saumade.
Traduction et introduction : Spaceman.

Site officiel de Fozzy : www.fozzyrock.com



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