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Chronique   

Richard Barbieri – Under A Spell


Richard Barbieri a beau se considérer comme quelqu’un à l’opposé de ce que le terme « prolifique » revêt, il peut tout de même revendiquer une carrière robuste. Ce dernier est entré dans le monde de la musique avec sa vision de « non-instrumentiste » il y a plus de quarante-cinq ans via Japan et a connu les sommets avec Porcupine Tree. Le hiatus du groupe depuis 2010 l’a incité à s’investir davantage dans sa carrière solo. Richard prévoyait de sortir la suite directe de Planets + Persona (2017) en sollicitant de nombreux musiciens et studios à travers l’Europe. Une idée qui n’a pas supporté l’irruption de la pandémie. Richard Barbieri s’est donc retrouvé seul à nouveau, déterminé à ne pas abandonner le travail déjà effectué. Under A Spell est sa quatrième réalisation, une œuvre introspective, flottante et insaisissable qui nous fait prendre conscience que le claviériste n’a pas réellement d’alter ego aujourd’hui.

Richard Barbieri a tout réalisé chez lui, dans son propre studio en raison des restrictions sanitaires. Under A Spell est bien loin du dessein initial qui motivait la suite de Planets + Persona, plus ambitieux matériellement parlant. Richard a seulement utilisé les contributions à distance du bassiste Percy Jones et du vibraphoniste Klas Assarsson et s’est même payé le luxe de réemployer des bribes d’anciennes sessions d’enregistrement. Under A Spell est nourri par les pérégrinations intimes de Richard, ses rêves et cauchemars, ses promenades dans les bois – au sens propre. Les sept minutes d’« Under A Spell » qui introduisent l’album redessinent parfaitement les contours de ces « promenades ». On imagine Richard déambuler parmi les arbres aux formes étranges, les chemins aux destinations cachées et l’atmosphère pesante des sous-bois succinctement pénétrés par la lumière du soleil. Richard Barbieri prône une approche minimaliste du clavier, laissant quelques notes s’évaporer en guise de mélodie d’accroche, entourée de phrasés déstructurés aux textures variées. Il faut attendre l’arrivée progressive d’une rythmique samplée et de notes ponctuelles de basse pour évoquer une « colonne vertébrale » qui gouverne le morceau. En réalité, le claviériste donne l’impression de se laisser complètement aller à son ressenti. Comme s’il s’évertuait à se souvenir de l’étrange qu’il a vécu par la musique. « Clockwork » met en scène des mouvements aussi discrets que « machinistes », comme si le musicien s’amusait à se faire frictionner plusieurs petites pièces mécaniques. Il est aussi l’occasion de constater l’utilisation de la voix par Richard Barbieri, un « instrument supplémentaire », des murmures et chuchotements indiscernables qui participent à l’onirisme recherché.

Pour autant, Under A Spell rend hommage au goût de l’artiste pour les mélodies et les structures et ne devient pas « bruitiste ». Il se rapproche davantage d’un jazz expérimental, notamment parfois celui d’Erik Truffaz, à l’instar de « Flare 2 », de sa trompette à sourdine et de sa ligne de basse qui emprunte des phrasés de contrebasse. Richard Barbieri n’hésite pas à donner du corps à ses chimères par des rythmiques plus appuyées, une subtilité d’arrangement qui ne fait que renforcer la portée des plages plus éthérées. Surtout, il y a une diversité des atmosphères qui se calque sur l’inconstance de l’onirisme humain. Il y a une quiétude qui se dégage du délicat « Sleep Will Find You » tandis que « Darkness Will Find You » se trouve évidemment à l’opposé, sorte de descente inévitable dans les tréfonds de l’esprit. « Serpentine » rend quant à lui parfaitement justice à l’incohérence apparente de nos rêves et de nos cauchemars avec ses glissements de basse fretless et ses rythmiques décharnées. Il y a indéniablement du sens, il est seulement hors de notre portée.

Under A Spell est une prouesse d’interprétation de Richard Barbieri. Il se rapproche d’une œuvre de restitution, celle d’un sentiment de mystère, d’étrangeté, de calme et d’anxiété éprouvé par l’artiste dans un contexte unique. Il rappelle pourquoi le claviériste a un jeu unique, aux antipodes des héros du clavier progressif. Under A Spell est en outre un témoin éloquent des raisons du succès de Porcupine Tree et de la cohérence de son univers. Richard Barbieri parle un langage aussi singulier que limpide parce qu’il évoque mieux qu’il n’explicite.

Clip vidéo de la chanson « Flare 2 » :

Clip vidéo de la chanson « Serpentine » :

Album Under A Spell, sorti le 26 février 2021 via Kscope. Disponible à l’achat ici



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