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Interview   

Richard Z. Kruspe : de nouveaux horizons


« Est-ce que vous avez également eu un merveilleux été cette année ? On aurait dit que ça inquiétait tout le monde qu’il fasse si chaud, ce que je peux comprendre, mais personnellement j’ai adoré ! » C’est un Richard Z. Kruspe jovial que nous avons eu au téléphone, parti d’emblée pour parler de la pluie et du beau temps, se réjouissant des belles températures que l’on connaît cette année en France comme en Allemagne. Nous aurions aimé continuer à tailler le bout de gras, mais le créneau est limité et nous savons que nous avons plus de questions que nous aurons de temps pour lui en poser.

Car, alors que Rammstein s’apprête à finaliser son très attendu septième album prévu pour le printemps prochain (qui pourrait être le dernier du guitariste), si Richard Z. Kruspe revient en cette fin d’année, c’est pour nous présenter A Million Degrees, le nouvel opus de son projet solo Emigrate. Un album à la conception erratique, d’abord prévu pour être une suite directe à Silent So Long, avant que la démotivation et un dégât des eaux n’en décident autrement et le force au renouvellement. Le musicien nous explique…

« Je faisais quelque chose que je n’avais jamais fait avant, recomposer à partir de mes souvenirs. Quand on écrit normalement, on commence à partir de rien, mais là ce n’était pas tout à fait rien, je reprenais à mi-chemin. »

Radio Metal : Le démarrage de la conception de ce nouvel album d’Emigrate remonte à 2015, tu avais alors déjà une demi-douzaine de chansons. Mais tu as déclaré que pour la première fois dans ta vie professionnelle tu trouvais qu’il manquait quelque chose. Tu n’étais pas inspiré et tu as donc décidé d’arrêter. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Qu’est-ce qui manquait ?

Richard Z. Kruspe (chant & guitare) : Ce que j’ai fait est que j’avais des chansons qu’il me restait issues des sessions de Silent So Long, j’en ai écrit d’autres, je les ai enregistrées ici à Berlin, et j’ai fini tout l’album. Ensuite, je suis allé à Los Angeles pour mixer les chansons avec Ben Grosse, à nouveau. Pendant que je mixais là-bas, j’ai réalisé que je n’étais pas vraiment motivé. Ça ne me stimulait pas, les chansons ne signifiaient rien de particulier pour moi. Je crois qu’à ce moment-là, j’avais trop de pain sur la planche. Je construisais une maison ici à Berlin, je faisais plein de choses, j’avais des soucis personnels chez moi… Je me sentais un peu épuisé. Je manquais de motivation. Quand j’écoutais les morceaux, j’étais là : « Ouais, bof… » Donc j’ai arrêté, je suis rentré à Berlin et j’ai mis le projet de côté parce que… Avec Emigrate, je n’ai pas vraiment le même luxe que dans Rammstein, où il y a cinq gars, et quand on se sent démoralisé, il y a quelqu’un pour te relever et t’aider à aller de l’avant. Avec Emigrate, si tu n’as pas la flamme ou la passion pour, ça ne marche tout simplement pas. J’ai donc dû abandonner, pensant que peut-être le moment viendrait où je pourrais le finir. Mais l’ironie de la vie a fait que j’ai eu un dégât des eaux ici chez moi. Donc, pour résumer, tous les disques durs ont été endommagés, le projet d’album a été perdu, et j’ai en gros dû réécrire de mémoire. Au début, c’était un peu frustrant mais ensuite, au bout d’un moment, j’ai réalisé que « wow », tout d’un coup je me suis senti vivant à nouveau, j’ai retrouvé la passion qui me manquait, j’avais retrouvé la flamme. J’ai un peu changé l’équipe ; j’ai travaillé avec un gars en Allemagne avec qui je n’avais jamais travaillé. Soudainement, la musique a repris vie !

Initialement, quand tu as commencé à travailler sur l’album, Silent So Long venait de sortir à peine un an auparavant : ce n’était pas trop tôt pour faire encore un album d’Emigrate ?

Ouais, je sais ! Mais j’étais lancé. J’étais d’humeur pour composer Silent So Long partie deux. Le truc est que nous avons fait pas mal d’erreurs en sortant l’album et pour ce qui est de faire la bonne promotion pour celui-ci. Je n’avais qu’un clip pour cet album, il a bien marché, mais ensuite nous n’avions plus trop d’argent pour promouvoir l’album. Donc je me disais : « D’accord, faisons-en un autre. J’ai déjà plein de chansons de prêtes. » J’étais sur ma lancée et je ne voyais pas que c’était trop pour moi.

En conséquence, d’après le communiqué de presse, A Million Degrees est « moins un successeur à Silent So Long et plus une réinitialisation du concept global ». Tu as donc parlé du fait que tu as mis de côté l’album, du dégât des eaux, etc. Comment est-ce que ceci t’a fait reconsidérer toute la direction musicale ?

C’est devenu comme un défi, de toute évidence, de réécrire quelque chose que j’avais déjà écrit précédemment. C’était quelque chose que je n’avais jamais fait de ma vie auparavant. C’était donc amusant de remonter le fil de mes souvenirs. J’avais par exemple des bouts de paroles et de musique ici et là dont je me souvenais. C’était marrant à faire ! Il est probable que j’ai écrit certaines des chansons dans une autre tonalité ; je recherchais où ma voix sonnait le mieux, changeant de tonalité ici et là. Je faisais quelque chose que je n’avais jamais fait avant, recomposer à partir de mes souvenirs. Quand on écrit normalement, on commence à partir de rien, mais là ce n’était pas tout à fait rien, je reprenais à mi-chemin, en quelque sorte. Mais c’était presque comme reprendre de zéro, en prenant la guitare… Parfois, je prenais juste la guitare acoustique en recherchant des accords, des mélodies, etc. Pour être honnête, je suis assez reconnaissant pour ce qui s’est passé, car je n’ai plus vraiment envie d’écouter la première version de l’album. J’ai réalisé que quelque chose manquait et que je n’étais pas à l’aise avec la première version au début. Et maintenant, quand j’écoute cet album, je peux vraiment dire que je suis très fier du son de cet album. C’était la première fois que nous mixions dans mon propre studio à Berlin… Je suis très fier de ce qui en est ressorti. Donc je ne regarde plus en arrière, je regarde devant moi. Je suis très content de ce qui est arrivé.

En termes de musique, on dirait que tu es parti dans un côté encore plus rock/new wave cette fois…

Je crois que j’ai toujours eu un fort besoin… bon, pas un besoin, mais des sentiments forts pour la pop en général ! Même quand j’étais jeune. Je ne sais pas, peut-être que quand on prend de l’âge, on a suffisamment de sagesse et d’assurance pour s’autoriser à aller dans cette voie. On n’a plus peur de ne pas être « hard ». Peut-être que quand on est plus vieux, on n’est plus gêné de composer des mélodies accrocheuses [rires]. Je ne sais pas ce que c’est. Les choses changent. J’ai toujours aimé ça mais il y avait tellement de colère en moi que je ne laissais pas cette partie de moi s’exprimer.

« J’ai toujours eu des sentiments forts pour la pop en général ! Peut-être que quand on prend de l’âge, on a suffisamment de sagesse et d’assurance pour s’autoriser à aller dans cette voie. On n’a plus peur de ne pas être “hard”. […] J’ai toujours aimé ça mais il y avait tellement de colère en moi que je ne laissais pas cette partie de moi s’exprimer. »

Comme tu l’as précisé, tu as travaillé avec un nouveau producteur, le jeune Sky Van Hoff, qui semble avoir eu un rôle non négligeable dans la conception de cet album. Comment décrirais-tu votre relation de travail ? Quel rôle a-t-il joué pour matérialiser tes idées ?

Je l’ai rencontré via mon technicien guitare parce que j’avais des soucis sur des trucs techniques liés aux concerts de Rammstein et il m’a aidé avec ça. Il est venu et il s’est avéré être de ces gars qui sont à fond dans la technique, et il m’a beaucoup impressionné. J’ai aussi ce côté en moi : je peux parler pendant des heures de matériel, d’égaliseurs, de compresseurs, tous ces machins techniques qu’on utilise en studio. Et il était très rapide sur ordinateur, je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi rapide sur ordinateur, j’étais là « wow ! » Il m’a dit que s’il était aussi rapide, c’est parce qu’avant il était gamer [petits rires], quand il était jeune. Il m’a dit qu’il aimait aussi mixer, et je lui ai dit : « Eh bien, j’aimerais vraiment essayer de mixer dans mon studio, tu pourrais faire une chanson ? » Quand il est venu ici travailler avec moi, je crois qu’il ne s’attendait pas à ce que je bosse aussi dur, je n’ai pas été tendre avec lui, je l’ai vraiment bousculé. Dans une certaine mesure, c’est très dur de satisfaire… De nombreux mixeurs connaissent les trucs techniques et savent comment mixer, mais ce que je fais toujours quand je mixe est que j’essaye de donner vie à la chanson. C’est dur à expliquer. Quelqu’un peut mixer et tout sonne bien sur le plan technique mais ça manque de vie. C’est donc mon boulot d’amener ça, et je crois que je l’ai rendu fou [rires]. Il y a eu pas mal de moments où il a pleuré [rires]. Je pense qu’il a appris une grande leçon, mais au final, il était très content d’avoir été là et travaillé pendant longtemps. C’était super, j’ai adoré !

L’album s’intitule A Million Degrees : c’est en rapport avec l’été très chaud qu’on a connu ? [Rires]

[Rires] Non ! En fait le million de degrés n’a rien à voir avec la température. C’est un truc mathématique. Il faut voir ça comme un million d’angles de réflexion, ce qui symbolise ce qui se passe dans ma tête. Tu imagines ? [Rires]

De nombreuses chansons semblent très positives : « You’re So Beautiful », « We Are Together », « I’m Not Afraid »… Est-ce que ça reflète ton état d’esprit personnel ?

C’est changeant. Je suis du genre à changer d’humeur au cours de la journée. Je ne peux rien y faire. Une heure je me sens comme ci et puis je me sens autrement une heure plus tard. Mon esprit est changeant, et si ce genre de chanson en ressort, c’est que j’ai dû capter une passade très positive [petits rires]. Mais je peux traverser une douzaine d’humeurs différentes en une journée et c’est très dur, quand on vit avec d’autres personnes, de leur faire comprendre que ça n’a rien à voir avec elles personnellement. Je crois que la seule qui sait à peu près comment gérer ça, c’est ma fille. Elle a une façon de se comporter à laquelle je ne peux pas résister, donc je ne peux pas faire autrement que d’être positif [rires]. Elle est tellement drôle ! Elle me fait constamment rire, même quand je suis d’humeur très sombre.

La chanson « I’m Not Afraid » voit la participation du Cardinal Copia de Ghost. A cet égard, même si la musique et le visuel sont très différents, l’affinité de Ghost pour le côté théâtral et sa façon de monter un show très visuel peuvent être comparables à Rammstein. Est-ce que tu t’identifies à la folie des grandeurs de Tobias Forge et à son ambition, sa vision de la musique qui serait plus que de la musique ?

En fait, non ! [Petits rires]. Enfin, évidemment, je m’identifie dans le sens où nous faisons aussi ça avec Rammstein. J’ai toujours aimé cet aspect visuel dans le rock, surtout en live, ça apporte une autre dimension. Je peux me reconnaître là-dedans, complètement. Mais musicalement, peut-être pas tant que ça. Je veux dire que j’aimais l’idée de ce qu’il a fait dans le passé, genre réunir ces éléments, le hard rock des années 70, plus ou moins, et les mélodies pop, c’était un concept très cool. Mais Emigrate est tellement différent à la fois de Rammstein et de Ghost. Tout d’abord, c’est un projet studio, pour l’instant, donc il n’y a aucune notion de live et, en gros, je me concentre sur la musique. J’ai vu Ghost deux ou trois fois et d’une certaine façon, quand je composais la chanson, j’ai pensé à eux. Mais je ne le connaissais pas, donc il ne faisait pas partie de… Pourquoi j’ai pensé à lui quand je faisais la chanson ? Je ne sais pas vraiment ! Parfois ton esprit prend des chemins mystérieux, je dois dire. Mais après, il m’était sorti de la tête, pour être honnête. Je recherchais des producteurs pour Rammstein et nous avons considéré trois producteurs, et puis j’ai découvert que Ghost travaillait aussi avec ces gars, donc je l’ai appelé et lui ai demandé de me parler de son expérience avec ces producteurs. Il m’a dit qu’il allait être de passage à Berlin et que nous devrions nous rencontrer, c’est un grand fan de Rammstein… Donc nous nous sommes rencontrés, nous avons parlé des producteurs et ensuite je lui ai demandé s’il faisait des collaborations, repensant à cette chanson. Il a alors dit non, qu’il ne faisait pas de collaborations. Je lui ai demandé si ça le dérangeait si je lui faisais écouter la chanson à laquelle je pensais pour lui. Il a donc écouté la chanson, m’a regardé et a dit : « Je suis de la partie, je le fais. » J’étais là : « Oh, merci beaucoup ! »

« [Till Lindemann] est un être humain sacrément extrême. Il se fourre très profondément dans des situations où je ne peux pas le suivre [rires]. Probablement parce que je suis plus sensible qu’il ne l’est. Tout ce qu’il fait est très extrême. »

La chanson « Let’s Go » voit la participation de Till Lindemann, ce qui peut paraître surprenant, vu que Emigrate est pour toi plus ou moins ta façon de prendre des vacances à l’écart de Rammstein. Et vu que tu as pas mal tourné avec Rammstein ces dernières années et que tu as travaillé sur un nouvel album avec eux, n’en avais-tu pas marre de voir et entendre Till ?

[Rires] Pour être honnête, cette chanson remonte à bien plus longtemps, en gros au tout début. La raison pour laquelle Emigrate existe a un petit peu à voir avec Till aussi parce qu’en fait, quand j’ai commencé Emigrate avant que ça ne devienne Emigrate, j’essayais de faire quelque chose avec lui, juste tous les deux. Nous avons une façon de travailler qui est toujours très intéressante, de par notre manière de faire. Mais quand les gars ont entendu dire que nous essayions de faire quelque chose, ils n’étaient pas très contents. J’ai donc dû abandonner cette idée. Mais il y avait une chanson que j’étais en train d’écrire avec lui, et c’était la seule que j’avais commencée avec lui, c’était « Let’s Go », qui était différente à l’époque. Quand le premier album est sorti, je ne l’ai pas mise sur l’album, me disant que ça ferait trop qu’il apparaisse sur l’album. J’ai donc oublié cette chanson et, plus tard, je l’ai ressortie et j’ai réfléchi à ce que je voulais vraiment écrire, et j’ai pensé à l’époque d’avant Rammstein, quand le mur est tombé. Nous étions amis bien avant ça et nous nous éclations à l’époque, et donc voilà de quoi parle la chanson.

Tu as déclaré que tu crois être la raison pour laquelle il s’est lancé dans une carrière musicale et qu’il est la raison pour laquelle tu as été témoin de la face sombre de la vie. Quel impact Till a-t-il eu sur ta vision de la vie ?

[Rires] Tu sais, c’est un être humain sacrément extrême. Il se fourre très profondément dans des situations où je ne peux pas le suivre [rires]. Probablement parce que je suis plus sensible qu’il ne l’est. Tout ce qu’il fait est très extrême ; je ne connais personne d’autre qui fasse ça. Mais, évidemment, pour être juste, c’est une question de point de vue. C’est aussi en moi : nous avons en commun ce truc pour la musique et avec la vie. Nous avons parfois été assez loin dans certaines situations. Je trouve ça super qu’il ait trouvé la musique pour exprimer son mode de vie dans sa poésie, qui est tellement belle, et j’aime l’idée que j’en fasse partie.

Tu as déclaré que tu en as « presque fini maintenant avec le projet Rammstein. Pas de façon négative mais plus dans le sens où la boucle est bouclée avec le prochain album. » Qu’est-ce qui te procure ce sentiment ?

Tout d’abord, avec chaque album que nous faisons, on a l’impression que ce sera mon dernier, mais d’une certaine façon, il y a deux choses qui entrent en jeu aujourd’hui. Une chose est que j’ai eu l’impression en faisant cet album de Rammstein que ça nous ramenait au début, à la façon dont ça a commencé, et ça, d’une certaine façon, ça clôt le cycle du groupe. C’est ce que je ressens à titre personnel. C’était un énorme plaisir de faire cet album avec ces gars. Il y avait beaucoup de respect et de compréhension des uns et des autres qui est revenu. Je dois dire que tout le monde s’est beaucoup amusé à faire ça. Tu sais, parfois on dit qui si tu t’amuses, alors tu devrais arrêter [rires]. Pour moi, c’est presque comme si la boucle était bouclée. Et une autre chose qui entre en jeu est qu’arrive un moment où on se pose la question : « Qu’est-ce qui va arriver d’autre dans ta vie ? » On n’a pas l’éternité devant nous. Je sais que la date d’expiration du rock est rallongée, mais je me dis parfois qu’il y a peut-être autre chose dans la vie que j’ai envie de faire, autre que Rammstein et Emigrate. Je veux dire que ces deux projets sont complémentaires, ça donne un équilibre parfait à ma vie. Je les adore tous les deux, et mon dévouement et ma fidélité iront toujours à Rammstein. La raison pour laquelle je ne tourne pas [avec Emigrate], c’est justement mon amour pour Rammstein. Si je tournais avec Emigrate, je pense que les choses changeraient. Donc j’adore ces deux projets, mais je cherche à opérer un changement dans ma vie. Après avoir fait ceci pendant vingt-cinq ans, j’ai le sentiment qu’il y a peut-être autre chose dans la vie qui me manque ; peut-être qu’autre chose arrivera et m’offrira de nouveaux défis. Donc, pour le moment, évidemment, nous finissons l’album, il va sortir, nous allons partir en tournée pendant encore trois ans, mais ensuite, je pense, de façon générale, il doit y avoir autre chose que la musique dans ma vie. Je ne sais même pas quoi ou ce qui va arriver mais, aujourd’hui, j’ai l’impression de devoir rechercher autre chose. Je ne sais pas ce que les autres vont faire mais, pour ma part, pour l’instant, je ne me vois pas faire un autre album avec eux. Je suis comblé. Mon cercle est clos.

Interview réalisée par téléphone le 1er novembre 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Emigrate : www.this-is-emigrate.com

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