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Interview   

Rise Of The Northstar : le crossover en héritage


Rise Of The Northstar a de l’ambition et s’en donne les moyens. Avec son nouvel opus The Legacy Of Shi, le combo parisien fait plus que continuer sur la lancée de Welcame (2014). Après quatre ans à se développer en véritable machine de guerre live, gonflant les rangs de sa fan base, ROTN franchit un véritable palier, offrant une nouvelle dimension à sa musique. D’abord conceptuelle, puisque quatre chansons forment une histoire. Ensuite sonore, en allant investir les studios de Joe Duplantier, à Brooklyn, dont l’expertise et le sens du détail ont semble-t-il eu leur importance, notamment dans l’élaboration des ambiances du disque.

Voilà comment ROTN a peaufiné et développé son style plus crossover que jamais, mariant musiques « énervées » à l’occidentale – hardcore, metal, rap – avec leur amour pour la culture du Shonen manga toute asiatique, elle. Vithia nous en parle ci-après, nous donnant un bon aperçu de l’état d’esprit du groupe aujourd’hui, à la fois DIY et conquérant, et de la vision artistique qui l’anime.

« Nous en avions un peu marre d’être étiquetés et de nous retrouver au milieu de débats stériles, où tu avais des mecs qui s’engueulaient jusque dans nos pits […]. Nous ne nous sommes jamais définis comme un groupe hardcore […]. Nous avons trouvé cela judicieux de le marteler dans un titre qui s’appelle donc ‘This Is Crossover’, et qui parle un peu des quatre dimensions de notre style musical, à savoir le metal, le rap, le hardcore, et le manga. »

Radio Metal : L’album commence comme un concert avec une intro, puis toi qui salues tes auditeurs et introduis le groupe. Voulais-tu que l’album crée une sorte de communion avec le public comme cela peut se produire en live ?

Vithia (chant) : On va dire que quand nous écrivons et que nous composons, la finalité, ce n’est pas les vidéos, ce n’est pas les enregistrements, c’est le live. Nous pensons avant tout au live. Il y a des morceaux qui s’y prêtent plus que d’autres, mais dans l’absolu, nous préférons les morceaux taillés pour le live. Le metal et le rock, ça se vit en live. Après, j’ai trouvé ça marrant d’introduire le groupe, un peu comme un live. Mais c’est aussi une manière de nous présenter au monde, en quelque sorte. Nous voulions quelque chose d’assez ambiant, donc ça rappelle en effet nos intros. Je trouvais ça intéressant de nous présenter sur l’album.

Vous avez travaillé avec Joe Duplantier dans son studio à Brooklyn. Comment était l’expérience et qu’a-t-il apporté à votre son ? Venant de lui, on peut s’attendre à tout un travail sur l’aspect massif et tribal du metal et aussi sur les atmosphères…

En fait, je trouve qu’il y a une harmonie qui s’est créée assez simplement. C’est certainement dû au fait que nous soyons français, lui et nous. Ce que nous sommes venus chercher, c’est un son, une chaleur dans le son. Aujourd’hui, il y a beaucoup de prod qui sortent et qui sont un peu trop aseptisées pour nous. Nous sommes fans du son des années 1990, des grands groupes avec lesquels nous avons grandi, et nous voulions retrouver ça sur le disque. Quand nous sommes arrivés en studio, l’album était complètement écrit, et avec Joe, nous avons juste retapé peut-être deux riffs. Mais après, ce sont énormément de détails, il a énormément enrichi les morceaux, il a apporté plein de petits trucs, de bruits, de nappes… Il savait que nous voulions créer des ambiances dans cet album. Nous avions fait le gros du travail en amont, mais lui a réussi à optimiser tout ça. Donc il a apporté beaucoup de textures, de nuances, et de subtilités, finalement.

Quel genre de producteur est-il ? Plutôt directif, à vouloir imposer ses idées, ou au contraire très relax et à l’écoute ?

Il est très à l’écoute, mais lui et moi avons eu pas mal de petits accrochages en studio, notamment au niveau de la voix, parce que nous n’étions pas d’accord sur tout [rires]. Après, il a compris que ce n’était pas un groupe qui se cherchait qui arrivait en studio. Nous avons quand même une patte assez affirmée, mais nous avons quand même pris et emmagasiné toutes les idées qu’il nous donnait. Il y en a que nous avons sélectionnées, et d’autres non. C’est un mec que je juge hyper pédagogue, il ne cherche pas à s’imposer ; quand il a une idée, il va te la présenter et la défendre, et lui le premier te rappellera que c’est ton album, et donc qu’à la fin, il faut que ça te plaise à toi et non pas à lui. Il s’est vraiment mis au service du groupe, et c’est ce que nous recherchions.

Sur la partie rappée de « Teenage Rage », tu dis à la fin « ROTN c’est bien plus qu’un simple groupe hardcore ». C’est quelque chose qui est mentionné aussi dans « This Is Crossover ». C’est rare de parler de son style de musique dans ses propres textes. Et c’est en outre quelque chose que le label lui-même a tenu à nous préciser avant l’interview : c’est un groupe de crossover et pas de metal/hardcore. Pourquoi ressentez-vous le besoin d’insister là-dessus et de revendiquer votre identité musicale jusque dans vos textes ?

Parce que nous en avions un peu marre d’être étiquetés et de nous retrouver au milieu de débats stériles, où tu avais des mecs qui s’engueulaient jusque dans nos pits, dans nos fosses, où les mecs disaient : « Non, c’est du hardcore ! – Non, c’est pas du hardcore ! » La vérité, c’est que nous sommes ce que nous sommes, et si pour quelqu’un nous faisons du rap-metal, pour un autre du hardcore, pour un autre du metal, c’est comme ça, ça ne se choisit pas. Par contre, nous sommes en droit de dire et d’expliquer comment nous définissons notre musique, et nous ne nous sommes jamais définis comme un groupe hardcore, et ce depuis le début. Déjà, parce que fondamentalement, un groupe de hardcore ne va pas avoir une communication aussi léchée que la nôtre, il ne va pas monter en uniforme sur scène, il ne va pas avoir des solos de quinze kilomètres et des albums qui font cinquante minutes… Du coup, à force de retrouver ce genre de questionnements dans les interviews, en parlant avec les fans, etc., nous avons trouvé cela judicieux de le marteler dans un titre qui s’appelle donc « This Is Crossover », et qui parle un peu des quatre dimensions de notre style musical, à savoir le metal, le rap, le hardcore, et le manga, qui est une partie hyper importante pour nous parce que nous pensons que les génériques de Slam Dunk ou Saint Seiya ont aussi influé sur notre musique, les valeurs du Shonen manga ont aussi influé sur notre musique.

Vous utilisez beaucoup l’abréviation ROTN pour le nom de votre groupe, ce qui n’est pas sans rappeler le RATM de Rage Against The Machine. J’imagine que c’est un clin d’œil intentionnel ?

Non, pas du tout, mais c’est marrant que tu dises ça parce que j’ai un tatouage qui raconte un peu ça, avec des lettres qui se mélangent. Mais non, c’est tout simplement parce que c’est plus facile de communiquer comme ça. Je me rappelle qu’à la création du groupe, nous nous sommes très vite rendu compte qu’il y avait une connexion, sans le faire exprès, entre RATM et ROTN. Et j’adore Rage Against The Machine, c’est vraiment le groupe qui m’a mis à la musique, et du coup, ce n’est pas fait volontairement, ce n’est pas un clin d’œil, mais ça nous fait sourire aussi.

« [Au Japon] ils nous expliquaient qu’avec nos gakuran, nous faisions peur à certaines parties du business parce que nous utilisions et véhiculions des codes qu’eux connaissaient très bien, et qui étaient un peu perçus comme des codes de voyous. Donc ça ne les dérangeait pas de promouvoir je ne sais quel rappeur U.S. ultra-violent, mais nous, nous allions tellement chercher dans des choses qu’ils connaissaient que ça les dérangeait un peu de bosser avec nous. »

Le personnage principal de cet album est Shi, un samouraï multi-centenaire qui prend possession d’un être humain. Peux-tu nous en dire plus sur ce thème ?

Sur cet album, j’avais envie de développer notre propre histoire. Je me sers souvent de la métaphore des mangas pour faire passer des messages, mais pas que. Là, j’avais envie de m’appuyer sur notre propre histoire, et donc de créer un personnage unique. Il faut savoir qu’en japonais, shi, ça veut dire quatre – même si ça veut dire plein d’autres choses aussi. Et le quatre est perçu un peu comme une malédiction au Japon. Donc tu retrouveras dans certaines marques de baskets, ou d’entreprises, ou parfois même des étages, le quatre n’existe pas, justement pour ne pas apporter le mauvais œil. Donc voilà pourquoi le samouraï s’appelle Shi. C’est aussi en rapport avec les quatre dimensions de notre style musical que nous définissons comme crossover – metal, rap, hardcore, manga. Tu as aussi quatre titres dans l’album qui traitent justement de Shi. Et puis, nous avons enregistré cet album à quatre, Phantom n’était pas encore parmi nous. C’est donc un peu un chiffre récurrent. Ça, c’était donc pour le nom, The Legacy Of Shi, voilà pourquoi nous avons décidé de l’appeler Shi. Et d’une manière plus absolue, je dirais que c’est l’histoire qui est venue me chercher au moment où j’écrivais l’album. J’ai toujours eu des textes à mi-chemin du rap où je nous racontais. Et là, j’avais besoin d’utiliser une histoire que j’allais créer moi-même, dans laquelle j’allais puiser mes propres métaphores pour faire passer un message. Donc en fait, nous racontons son histoire, mais nous nous racontons aussi beaucoup, et je trouvais ça intéressant de le développer.

Est-ce que tu crois en ces esprits qui peuvent posséder des êtres humains ou bien ça reste du domaine de la mythologie pour toi ?

Ça, c’est une question qui me regarde moi, et qui n’inclut pas les autres membres du groupe. Mais on va dire que je crois à l’au-delà.

Quel message au final cherchez-vous à faire passer par le biais de cette histoire ?

Le thème de l’album, c’est de savoir si c’est le samouraï qui me possède, ou si c’est moi qui le possède. Après, libre aux gens… Le dernier titre s’appelle « The Legacy Of Shi », donc il y a la question « quel est l’héritage de tout ça ? » Je ne veux pas trop guider les gens, je veux qu’ils se fassent leur propre interprétation des messages que nous véhiculons dans l’album. Mais pour synthétiser le tout, pour moi, c’est : les réponses les plus importantes que tu trouveras dans ta vie sont celles que tu trouveras tout seul. Après, je pourrais développer, mais je préfère que les gens qui vont écouter l’album se fassent leur propre idée là-dessus.

« Kozo » est un morceau assez horrifique avec son pont et son final qui mettent particulièrement mal à l’aise, avec des parties vocales monstrueuses et des hurlements. Peux-tu nous en dire plus sur l’histoire de ce titre ?

C’est vraiment le titre fondateur du concept de l’album. « Kozo », ça veut dire « gamin » en japonais. Moi, j’avais cette envie d’avoir une espèce de dialogue interne entre le samouraï et moi. Pendant l’enregistrement, ça a été les passages les plus durs pour moi. J’aurais vomi du sang que ça ne m’aurait pas étonné, tellement c’était dur à enregistrer. Nous avions envie dans l’album de créer des atmosphères, des ambiances, et à travers ce titre, nous avions vraiment envie d’emmener l’auditoire avec nous dans le combat que représente The Legacy Of Shi. C’est aussi quelque chose que nous espérons pouvoir ramener sur scène, cette espèce de confrontation continuelle.

Dirais-tu que ce concept très théâtral t’a peut-être poussé à aller plus loin en termes de chant, dans ton interprétation, et t’a peut-être même poussé à avoir un jeu d’acteur ?

Pas d’acteur, mais certains gars qui étaient là avec moi – Joe n’aimait pas trop quand il y avait du monde dans la salle, c’était souvent lui et moi, et nous étions pendant trois semaines enfermés dans quinze mètres carrés – disent que j’étais possédé. C’est venu tout seul, je ne pourrais pas te l’expliquer. Comme je le dis, l’histoire est venue me chercher petit à petit quand nous avons conçu l’album, quand nous l’avons créé. La suite, tu l’as sur le disque.

« Step By Step » évoque apparemment l’idée de traverser des épreuves personnelles difficiles et mentionne notamment Kurt Cobain. À quoi fait référence ce texte ? Est-ce qu’il y a une part de vécu là-dedans ?

En fait, sur le premier album, il y a un titre qui s’appelle « The New Path », « la nouvelle voie », où je me sers de protagonistes manga pour évoquer le fait qu’on peut toujours choisir son chemin, sa route, et à la fin, je ramène ça à nous, le groupe. « Step By Step », c’est un peu pareil, j’essaye d’apporter des réponses à la perte d’un être cher – ça parle de ça, de la mort. Et à la fin du titre, je parle de mon expérience personnelle.

Pour un groupe jouant autant sur l’imagerie des shonen, la musique japonaise est finalement peu présente en tant que telle dans vos compositions. Ça ne vous est jamais passé par la tête d’inclure des éléments provenant plus directement de la musique japonaise (gammes, instruments…) et du metal japonais ?

Ça nous a traversés. Mais la vérité, il faut que tu voies ROTN comme une trinité : nous sommes des Français, inspirés par le Japon, qui jouent une musique américaine. Pour moi, pour nous, le metal c’est américain, donc nous faisons une musique qui a plus à voir avec les États-Unis. Après, c’est quelque chose que nous pouvons pourquoi pas développer avec le temps. Déjà, sur la version japonaise de l’album, tu as un refrain en japonais, sur le titre qui s’appelle « Sayonara ». En termes d’instruments, ça ne s’est pas présenté. Il est possible qu’un jour nous amenons ce type d’élément.

« A long terme, [l’ambition] est de fédérer toutes les scènes et de devenir un des plus grands groupes metal au monde. »

Vous qui avez tourné en Asie, comment le public réagit-il à ce mélange entre des thèmes qui leur sont familiers et des influences musicales plus occidentales, et donc un peu plus éloignées de leur culture ?

Je vais te répondre déjà au nom du Japon : là-bas, ils sont presque plus américanisés que nous sur certains points, donc ils adorent la musique américaine. Du coup, il y a quelque chose d’assez naturel qui se passe. On va dire qu’ils comprennent le groupe dans son essence, ils comprennent directement tous les codes que nous avons parfois besoin d’expliquer ici. J’en veux pour preuve que certaines personnes du business que nous avons rencontrées – le premier album a été distribué par Warner –, ils nous expliquaient qu’avec nos gakuran, nous faisions peur à certaines parties du business parce que nous utilisions et véhiculions des codes qu’eux connaissaient très bien, et qui étaient un peu perçus comme des codes de voyous. Donc ça ne les dérangeait pas de promouvoir je ne sais quel rappeur U.S. ultra-violent, mais nous, nous allions tellement chercher dans des choses qu’ils connaissaient que ça les dérangeait un peu de bosser avec nous. Après, évidemment, il y a des gens qui leur ont expliqué. Mais au niveau du public, je pense qu’il y a une communion qui se passe. Il y a beaucoup de gens qui sont intrigués, et qui sont à la fin séduits par le fait que des Occidentaux puissent aussi bien connaître des codes propres à chez eux. Après, au niveau asiatique, donc Chine, Taïwan, etc., nous sommes un des premiers groupes de metal underground occidental à avoir joué en Chine, donc c’est vraiment une scène qui est en train de se développer. Nous avons fait des festivals où les mecs sont déchaînés. Je pense que l’écho de nos références japonaises a un peu plus d’impact là-bas. Après, est-ce que ça leur parle à deux cents pour cent, je ne pourrais pas te le dire.

Le batteur Hokuto No Kev a décidé d’arrêter, car il avait des choix à faire étant donné le niveau d’engagement requis par Rise Of The Northstar. Justement, qu’est-ce que ça signifie en termes d’engagement et d’implication d’être dans Rise Of The Northstar ? Quels sont les compromis que ça force à faire dans vos vies ?

Un exemple que je donne souvent, c’est que très souvent, en France en tout cas et plus largement en Europe, tu as des gars qui ont un métier et un groupe à côté. Dans Rise Of The Northstar, c’est Rise Of The Northstar la priorité, et certains ont un job « alimentaire » à côté. C’est ça la grande différence. Donc c’est tout pour le groupe, nous sommes au service de l’étoile tous les cinq, et quelque part c’est faire passer le groupe dans ses priorités professionnelles. Il a donc dû faire des choix. Je pense qu’il y avait une partie de lui qui avait envie de continuer le groupe, mais de lui-même, il savait qu’avec le travail et l’engagement que ça lui demandait, il ne pourrait pas honorer ce travail-là. Donc il a décidé, et nous avons décidé, que c’était le moment de s’arrêter.

Vous avez commencé votre carrière en faisant tout vous-mêmes. Puis, pour votre premier album, vous avez été remarqués et signés par Nuclear Blast. N’avez-vous pas eu peur, après avoir été aussi loin dans la démarche DIY – après tout, vous aviez monté votre propre label –, de confier une partie de votre bébé à quelqu’un d’autre ?

Il faut savoir que Repression Records est encore debout, que c’est ma maison de disques, et que c’est Repression Records qui a signé Rise Of The Northstar. C’est encore le cas sur cet album, et c’est Repression Records qui deale avec Nuclear Blast. Donc la réalité c’est que nous faisons encore beaucoup de choses par nous-mêmes, nous avons eu une aide mais c’est nous-mêmes qui l’avons financé, les tenues que tu vois sur scène, tout ce que nous faisons, tout ce que nous concevons, c’est Repression Records et le stand de merch qui nous le payent. Après, artistiquement, nous avons toujours mis un point d’honneur à avoir un contrôle total, et Nuclear Blast le respectent, c’est pour ça qu’ils kiffent bosser avec nous. Et après, eux sont là pour distribuer le CD à l’international, avoir les meilleurs relais média, etc. Mais on va dire que cette culture DIY nous l’avons encore, parce que sur bien des points, tu es mieux servi par toi-même. Pas tous, et je pense que plus le groupe va grossir et grandir, plus il faudra déléguer, mais aujourd’hui, nous faisons beaucoup de choses par nous-mêmes.

Fabulous Fab a déclaré : « Si on s’implique autant, c’est parce qu’on a de grandes ambitions pour Rise. » Du coup, quelles sont vos ambitions à court, moyen et long terme pour ce groupe ?

À court terme, on va dire que c’était de vivre de notre musique, et c’est ce qui est en train de se passer. À moyen terme, c’était de devenir un groupe important au Japon, et sur la scène metal internationale, et nous y travaillons, nous grossissons petit à petit sur chaque territoire. Et à long terme, c’est de fédérer toutes les scènes et de devenir un des plus grands groupes metal au monde.

Vous avez fait évoluer vos costumes, toi et Eva-B portez notamment maintenant des masques. Peux-tu nous parler de ces nouveaux accoutrements ?

Tout le groupe a évolué. Avant, nous portions des gakuran, des uniformes d’étudiants japonais qui étaient hyper référencés et qui nous rappelaient les mangas que nous lisions lorsque nous étions plus jeunes. Aujourd’hui, nous avons des tenues quasiment paramilitaires qui s’inspirent des tenues des Bosozoku japonais, qui sont les bikers de là-bas. Je les ai designés moi-même et j’ai travaillé avec deux personnes du cinéma pour les concevoir. Nous avions ce besoin, Eva-B et moi, de symboliser l’emprise du samouraï, Shi, sur le groupe. Donc je me suis fait un masque, en partant d’un masque de gladiateur que j’ai vachement customisé et que nous avons conçu à la fin de A à Z. Un masque, en quelque sorte, c’est une protection, mais c’est aussi une prison. C’est un peu ce que je voulais évoquer, et c’est un peu ce qui est évoqué dans l’album, à travers la possession de Shi. Donc c’est vraiment quelque chose qui s’est fait naturellement. Eva-B voulait aussi faire évoluer son masque, donc nous avons trouvé cela intelligent, d’une casquette et d’un simple masque classique qu’on peut trouver dans le commerce, de faire évoluer vers quelque chose de plus customisé, plus clinquant, pour faire quelque chose qui s’apparente à une armure.

« Je suis aussi dessinateur, et quand tu dessines un personnage, tu lui donnes vie en lui dessinant des yeux et un visage. À partir du moment où je suis masqué sur scène, ce que je veux, c’est que n’importe quel gamin du public puisse se projeter à ma place avec son propre groupe. »

J’ai eu des échos comme quoi tu n’aimais pas que les photographes en concert photographient ton visage, ce qui pourrait aussi expliquer en partie ton choix de porter un masque qui cache ton visage. Est-ce qu’il y a une quelconque vérité là-dedans ?

J’ai toujours été quelqu’un de discret, et nous le sommes tous dans le groupe. Rise Of The Northstar est un groupe discret, nous voulons que les gens se concentrent sur ce qui se passe sur scène et pas en dehors. C’est pour ça que sur nos réseaux, nous montrons peu de choses et nous n’étalons pas nos vies. Je pense qu’à partir du moment où j’arrive sur scène et que j’ai une casquette vissée sur la tête, cela traduit effectivement ça. Mais il y a aussi quelque chose de symbolique là-dedans. Je suis aussi dessinateur, et quand tu dessines un personnage, tu lui donnes vie en lui dessinant des yeux et un visage. À partir du moment où je suis masqué sur scène, ce que je veux, c’est que n’importe quel gamin du public puisse se projeter à ma place avec son propre groupe. Le but de tout ça, c’est de galvaniser la nouvelle génération et qu’eux se placent à notre place. Nous ne voulons pas qu’on se focalise sur nous, mais qu’on se focalise sur notre musique, notre monde et nos codes.

Aimerais-tu que dans le futur, d’ici cinquante ans, d’autres gens prennent vos places dans Rise Of The Northstar pour continuer cette aventure-là ?

[Rires] On verra, l’avenir nous le dira ! Je ne sais pas, peut-être que derrière les masques de Slipknot, ce ne sont plus les mêmes…

Peux-tu nous parler de tes dernières lectures et derniers visionnages qui t’ont marqué en termes de mangas ?

[Réfléchit] On va dire que je consomme moins de mangas qu’à l’époque, mais j’aime bien My Hero Academia, parce que c’est un manga bien ficelé. Généralement, je lis plus le manga papier, je ne suis pas trop animes. Mais je dois avouer que One-Punch Man, j’ai trouvé ça mortel, je trouve l’anime super, de super bonne facture. Ensuite, j’ai toujours mes classiques qui me suivent, que je lis et relis. En ce moment, je suis en train de relire GTO, City Hunter, et j’ai revu le premier Ghost In The Shell, car j’avais vu toute la promo liée au film avec Scarlett Johansson, et ça ne m’a pas du tout donné envie d’aller voir ce film. Du coup, je me suis re-maté l’anime, et je trouve que c’est vraiment un chef-d’œuvre. Je suis aussi tombé sur l’adaptation de Bleach sur Netflix… Les films live japonais ne m’ont jamais transcendé, c’est un bon divertissement, quoi.

À propos de Netflix, en ce moment, le manga est beaucoup récupéré à l’étranger, avec Netflix qui produit des adaptations américanisées de mangas ou qui produit ses propres animés. Il y a aussi le cinéma américain qui adapte des mangas cultes comme Ghost In The Shell, etc. Selon toi, c’est une bonne chose ou bien c’est une récupération commerciale peu inspirée ?

Je ne sais pas si c’est bien ou pas pour le manga, mais moi je pense que ça va inciter des gens, par le biais du cinéma… Il faut savoir qu’à partir du moment où tu regardes sur un écran, tu es passif. Et avec la passivité, tu saisis plus facilement, c’est plus simple : tu te poses devant ton écran, tu regardes. Quand tu lis, tu es actif, donc c’est plus compliqué. Donc si par le biais de films live, qui valent ce qu’ils valent, ça peut amener des gens à lire des mangas, je trouve ça super. Après, évidemment que derrière tout ça, le but est de faire de l’argent. Quelque part, c’est peut-être aussi une manière d’aller séduire le public américain, car il y a des mangas qu’ils ne connaissent pas encore et qu’ils vont apprendre à connaître à travers ça.

Que penses-tu du retour de grosses licences manga qui développent un semblant d’univers étendu à la Star Wars, avec de nombreuses suites, préquels et spin-offs ?

Ça, je n’aime pas du tout. Ça, ça pue vraiment l’argent. Les trucs comme Dragon Ball Super et compagnie, ce n’est pas ma génération. Pour moi, il y a une œuvre originelle, celle de l’auteur, et c’est généralement là qu’il y a le plus de substance. Après, tu as sûrement des univers étendus qui sont plus ou moins bien faits. Moi, je suis de la vieille école, j’aime l’œuvre de l’auteur, et point barre.

Si je te dis Dragon Ball ou Saint Seiya, tu préfères quoi ?

C’est trop dur, j’ai grandi avec les deux, je ne peux pas dire ce que je préfère. J’aime ces deux mangas et ils continuent à me suivre à travers le temps. Ça serait comme me demander : « Ta mère ou ton père ? » [Rires]

Captain Subasa ou Slam Dunk ?

Slam Dunk.

Dragon Ball Super ou Dragon Ball GT ? Ou la battle du spin-off pourri…

Les deux ne m’intéressent pas.

Saint Seiya Lost Canvas ou Saint Seiya Next Dimension ?

[Réfléchit] C’est marrant, parce que je vais me contredire : Next Dimension c’est fait par l’auteur, mais je trouve Lost Canvas supérieur… Donc je vais dire Lost Canvas.

Interview réalisée par téléphone le 2 octobre 2018 par Philippe Sliwa.
Fiche de questions : Philippe SliwaNicolas Gricourt.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Transcription : Robin Collas.
Photos : Ben Berzerker.

Site officiel de Rise Of The Northstar : www.riseofthenorthstar.com

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