ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Rise Of The Northstar : les Furyos prennent leur revanche


Ce n’est pas tous les jours qu’un jeune groupe français parvient à trouver refuge auprès d’une grosse écurie internationale comme Nuclear Blast. C’est pourtant le défi qu’a remporté Rise Of The Northstar armé de son hardcore metallisé, un peu à la Hatebreed, après deux EPs et avoir pourtant créé son propre label indépendant Repression Records. Leur puissance et leur énergie débordante a convaincu et leur a ainsi permis de se faire une sérieuse place sur la scène hexagonale, et maintenant internationale avec leur premier album Welcame. Un titre comme une invitation cordiale au défouloir, mal autographiée par les cancres revendiqués qu’ils sont, référence par ailleurs au manga Rookies où le mot était ainsi écrit sur une balle de base-ball.

C’est ainsi que nous avons voulu en savoir plus sur Rise Of The Northstar et ce premier album, mais aussi aller un peu plus en profondeur dans leur lien à la culture manga, que l’on retrouve un peu partout dans leur imagerie et sources d’inspirations, et les références qui jonchent leur musique. Le chanteur Vithia répond ci-dessous à nos questions, montrant que l’on a affaire à un groupe qui a su trouver sa personnalité, là où il n’est aujourd’hui pas forcément aisé de s’en trouver une, et qui sait où il va et a envie d’en découdre, un peu à l’image de sa musique directe et efficace.

« L’art c’est créer et quand le business prend le pas sur la passion, ce n’est plus de l’art, cela devient une profession. »

Radio Metal : Jusqu’à présent vous aviez surtout sorti des titres démos et des EPs. Aujourd’hui vous sortez votre premier album. Quand vous avez commencé à l’écrire et à l’enregistrer, avez-vous senti une différence par rapport à ce que vous aviez fait avant ? Est-ce que vous aviez un peu plus de pression ?

Vithia (chant) : Non, nous n’avions pas plus de pression. Si auparavant nous partions sur un format maxi plutôt qu’un album c’est parce que nous avons toujours préféré privilégier la qualité à la quantité. On préférait avoir quatre ou cinq titres bien écrits et bien produits. Du coup nous avons beaucoup tourné et avons réussi à gagner assez d’argent pour se lancer sur un long play. De plus on a tellement de choses à dire que cela faisait du bien d’avoir de la place. C’était donc plus du plaisir que de la pression.

L’album a été enregistré début 2014 mais il ne sera finalement sorti qu’une dizaine mois plus tard…

C’était fin 2013 et le mix / mastering s’est terminé en février 2014. Nous l’avons fait mixé et masterisé aux Etats-Unis par Zeuss. De plus fin janvier nous étions en train de tourner au Japon alors effectivement cela a pris un peu de temps. Mais nous sommes fiers de cet album et souhaitons l’armer le plus possible pour qu’il soit rétribué le mieux possible. Au début j’ai monté ma structure pour signer le groupe parce qu’on n’avait pas trouvé chaussure à notre pied mais en tournant cet été en Allemagne, et notamment sur une date au Summer Breeze, le boss de Nuclear Blast nous a repéré. Il est vraiment fan du groupe et nous a proposé un super contrat. Cela a retardé la sortie mais c’est pour mieux distribuer l’album et pouvoir bénéficier d’une vraie force de frappe.

L’introduction de l’album est intéressante. On entend une petite mélodie de guitare clean avec un solo ajouté par-dessus puis sans prévenir un gros riff hardcore, presque death metal composé avec beaucoup de double-pédale, arrive. Est-ce que cela a été fait exprès pour dérouter l’auditeur et rendre cette intro encore plus frappante ?

Exactement. Nous composons beaucoup en pensant aux lives, on pense « efficacité ». Pour cette intro, à l’image de la pochette, on voulait une patate dans la gueule.

Tous les membres du groupe viennent d’un background musical assez différent et apparemment chacun contribue à l’écriture du disque. Comment vous débrouillez-vous pour ne pas vous disperser avec toutes ces idées qui peuvent être différentes ?

On a tous des affinités différentes dans les styles de musique mais nous avons quand même des groupes qui nous rassemblent. Nous avons une ligne directrice et on essaie de ne pas partir dans tous les sens. Étant donné que chacun vient d’un univers musical différent, nous essayons de prendre le meilleur dans chaque style musical et de mixer tout ça ensemble pour donner ce que ça donne aujourd’hui. On a essayé d’avoir un album cohérent, qui nous ressemble, riche, qui groove et pouvant être écouté d’une traite. On évite de trop se brider mais on se fixe des barrières pour rester cohérent. Il y a des morceaux que nous avons sorti de l’album parce que l’on sentait qu’ils n’allaient pas bien se marier avec le reste de la tracklist. Il y a des titres qui rentrent évidement en résonance parce que c’est le même groupe mais il y a des titres comme « Tyson » qui sont très hardcore beatdown, un titre comme « The New Path » qui est plus thrash, « Bosozoku » qui est plus rock’n’roll, d’autres plus rap comme « Again And Again » ou la reprise de « Simon Says »… Le but était de montrer tout ce que l’on savait faire.

Vos paroles sont beaucoup influencées par la culture manga. Comment reliez-vous cette culture à votre musique ?

C’est un processus naturel. Nous avons grandi avec cet amour du manga. Certains vont te parler de leur vie ou de tout autre sujet, moi j’ai toujours trouvé ça intéressant de m’exprimer sur mon amour de cette culture déjà parce que je m’y retrouve beaucoup mais aussi parce que l’album est un peu le résultat de quinze ans d’une scolarité de cancre et du coup ça se mariait très bien. J’ai toujours aimé la barrière entre la fiction et le réel. Dans cet album c’était l’occasion de s’inspirer un peu de nos vraies vies, de caresser du doigt des références fictives et réussir à tout mélanger pour créer quelque chose d’unique.

Quels sont alors vos mangas préférés ?

Cela sera d’une manière générale tout ce qui nous a fait grandir : Dragon Ball, Akira, Saint Seya ou Rookie, par exemple, qui est très présent dans les lyrics de Rise. Mais il y a aussi des choses plus récentes comme Vagabond, Gantz, Evangelion, enfin il y en a tellement ! En gros c’est toutes les grosses séries des années 90 mais il y a aussi des trucs plus récents que l’on kiffe. Notre guitariste lead est un grand fan d’Evangelion et Berserk, personnellement je suis un grand fan de Slam Dunk, Hokuto No Kev adore GTO, Air One kiffe Akira, Fab adore Dragon Ball mais généralement on tombe tous d’accord sur les mêmes œuvres, comme pour la musique.

Le personnage qui illustre votre pochette d’album est roux, a envie de se bastonner et n’est donc pas sans rappeler le personnage principal de Slam Dunk. Est-ce voulu ?

C’est un de mes personnages manga préférés. Quand j’ai dessiné la pochette je me suis laissé aller mais si par exemple je lui avais mis les cheveux verts, il aurait fait penser à Yuyu Hakusho. Je lui ai mis des cheveux roux parce que je trouvais que ça allait bien et que c’était représentatif de l’image qu’on voulait renvoyer. Les Furyos des années 80 au Japon se coloraient tout le temps les cheveux soit en blond, soit en roux, c’était un choix artistique. C’est aussi un pont entre la fiction et le réel. Cette couverture est un dessin un peu animé et puis quand tu ouvres le livret, tu as les mêmes mais en vrai. C’était ça le but : créer un pont entre un univers qui nous a influencés mais pas seulement. C’est quelque chose dans lequel on se retrouvait. Nous avons tous eu une scolarité un peu difficile et moi je me retrouvais beaucoup dans ce genre de personnages.

Pensez-vous que les fans de metal peuvent être comparés aux fans de mangas ? Qu’est-ce qui rapproche la culture manga de la culture metal et qu’est-ce qui, au contraire, les sépare ?

Ce qui les rapproche c’est Rise Of The Northstar [rires]. Pour le reste, chaque phénomène extrême ou non, ou artistique a pour moteur principal la passion. Que tu kiffes les mangas, le mztal ou les timbres, pour moi c’est le même moteur. Je ne sais pas s’il y a quelque chose de cohérent à unifier ces deux mondes mais ça l’est pour nous, c’est l’essentiel. On ne s’est jamais trop posé la question de savoir si nous allions toucher plus de gens ou non. On sait qu’il y a pas mal de mecs qui aiment les mangas sans connaître véritablement la musique extrême mais qui se mettent à écouter notre musique parce qu’ils kiffent les références et inversement. Il y a des mecs dans la scène hardcore et autres qui cherchent les références, qui cherchent à comprendre – on va un peu partout en Europe et en France on a une grosse culture manga mais si tu vas en Allemagne ou en Pologne, ce n’est pas pareil – et qui par conséquent se penchent un peu sur les mangas, ça aussi c’est intéressant. On va dire quand même que le metal et le manga sont deux choses violentes.

« Je vois plein de groupes autour de nous qui signent des contrats de merde et qui se bradent. Nous travaillons comme des porcs et nous consacrons trop de temps et d’argent dans le groupe pour ne pas respecter notre travail. »

Tu disais que tu te retrouvais beaucoup dans le personnage principal de Slam Dunk, Sakuragi. Tu parlais de son côté un peu cancre et mauvais élève mais à côté de ça, ce personnage est un peu un antihéros qui romance sa vie en permanence, qui est très rêveur et possède une très haute opinion de lui-même tout en étant toujours un peu à côté de la plaque. Est-ce que ce sont des éléments qui te font penser à ta propre personnalité ?

Oui, regarde, je suis un gros prétentieux ! [Rires] En fait tu viens de raconter notre groupe [rires]. C’est effectivement un personnage dans lequel je me retrouve beaucoup mais je ne vais pas trop me livrer. Si tu veux apprendre à connaître qui on est, écoute l’album. C’est le meilleur CV que tu peux avoir du groupe.

Le nom du groupe peut aussi être perçu comme une référence au titre anglais de Ken le survivant. Le thème de ce manga est la vengeance alors est-ce aussi le thème principal de votre travail ? Il y a-t-il dans le groupe cette envie de vengeance ou de revanche face à quelque chose ?

De revanche oui car comme je te le disais nous étions tous un peu des cancres, alors on va devenir des cadors dans le metal ! [Rires] Généralement les gens que tu rencontres dans le milieu et qui ont une « profession » artistique – enfin, ce n’est pas vraiment une profession pour moi – ont accepté de ne pas entrer dans les rouages classiques du système et ça quelque part, c’est s’accomplir. C’est une forme de revanche. Si tu as eu une scolarité difficile où tu as galéré à t’insérer, tu montres qu’en n’étant pas inséré tu peux réussir à bien exister. C’est un sujet que tu retrouves dans beaucoup de mangas dont Slam Dunk ou Rookies. Dans Slam Dunk, le héros part de rien, il est donné perdant mais à force de travail, à force de croire en lui il finit par y arriver. C’est pareil avec Rookies, ils sont bons à rien à l’école mais par passion ils ont pour objectif d’aller au Koshien et ils finissent par aller au Koshien. Et puis aussi, comme Sakuragi, je finis avec des problèmes de dos [rires].

J’imagine que le choix de cet artwork est un moyen pour le groupe de montrer sa volonté à se battre pour ses droits…

Je te laisse libre d’interpréter comme tu le sens mais c’est effectivement en partie vrai.

Tu parlais précédemment de « profession artistique » mais ce terme semblait te gêner. Pourquoi ? Est-ce que pour toi l’art est plus une question de vocation que de profession ?

Oui. On va dire que si je voulais faire de l’argent je ne ferais pas du punk hardcore – enfin, musicalement on se rapproche de ça -, en tout cas on ne ferait pas de la musique extrême. Cela montre que pour nous le moteur premier n’est pas l’argent mais vraiment de la passion et ça c’est de l’art. L’art c’est créer et quand le business prend le pas sur la passion, ce n’est plus de l’art, cela devient une profession. Le but ce n’est pas de faire l’album de trop. J’espère que nous continuerons à rester authentiques et à créer parce qu’on a envie de créer et non parce qu’on le doit pour manger.

Dans vos paroles on retrouve ces idées de combats et de violence mais il y a malgré tout un message qui reste très positif. Est-ce important pour vous, dans toute cette violence, d’y ajouter une finalité positive pour ne pas avoir une mauvaise influence sur l’auditeur ?

Le shōnen manga, c’est ça. Nos textes sont plutôt positifs et fédérateurs. Un titre comme « The New Path » exprime la volonté d’aller de l’avant, de se dépasser et de croire en soi. Cependant beaucoup de gens vont stigmatiser notre musique. Pour le maxi précédent (Demonstrating My Saiya Style), nous avons dû batailler pour avoir Eric Legrand en featuring car au début il avait un peu peur. Il trouvait notre musique beaucoup trop violente. A force de discuter avec lui et de lui expliquer que l’on trouvait ça plus positif d’être violent sur scène plutôt que d’aller brûler des voitures, il a accepté. Si tu as de l’énergie négative autant te défouler sur scène et c’est pareil pour nos lyrics.

En tant que groupe vous avez toujours beaucoup fonctionné en mode « Do it yourself » notamment en créant votre propre label, etc. Cependant récemment vous avez signé un deal avec Nuclear Blast. Cela peut paraître un peu flou pour nous lecteurs alors pourriez vous expliquer concrètement votre fonctionnement ? Quelle partie est gérée par Repression Records et qu’est ce qui est géré par Nuclear Blast ?

On n’a jamais été contre le « music business » mais nous avons toujours été contre les sales contrats. Je vois plein de groupes autour de nous qui signent des contrats de merde et qui se bradent. Nous travaillons comme des porcs et nous consacrons trop de temps et d’argent dans le groupe pour ne pas respecter notre travail. Alors nous ne sommes pas prêts de signer n’importe quel contrat. Lorsque nous avons conçu l’album, nous avons eu quelques propositions de contrats mais qui étaient nazes alors j’ai monté le label qui est notre label, personne d’autres n’est signé dessus, c’est juste nous, puis nous avons commencé à vouloir distribuer l’album par nos propres moyens et nos propres réseaux. Entre temps Nuclear nous a proposé un très bon contrat. Nous avons le contrôle artistique total sur notre groupe. Personne ne nous dit quoi faire ni quoi écrire. Ils sont simplement là pour distribuer à un maximum de gens notre disque. Cela aurait été complètement stupide de ne pas accepter un tel contrat surtout que ce sont eux qui sont revenus vers nous. C’est comme ça que tu obtiens un contrat équitable. Pour nous c’est juste de la logique. Le plus gros label metal indépendant du monde te propose un excellent contrat pour distribuer ton album parce qu’ils le kiffent, qu’ils t’ont vu en live, qu’ils comprennent et respectent l’intégrité du groupe et son univers, on ne va pas lui dire non et si ça ne se passe pas bien on partira.

Le groupe est aussi beaucoup connu pour ses vidéos. Est-ce important pour vous de vous exprimer pas seulement via votre musique mais aussi via les visuels et les vidéos ?

Oui parce que le manga c’est d’abord de l’image. Ce qui m’a séduit dans le manga c’est le rythme, la violence mais surtout le dessin. A travers les clips on essaie de retranscrire un peu ça. Notre premier clip, « Protect Ya Chest », plein de gens l’ont interprété comme un clip binaire de « tough guys » (ndlr : de gros durs), ce qui est complètement faux. C’est un clip en noir et blanc car il s’agît d’une référence à un manga qui s’appelle Rookies, un manga en noir et blanc. On est sur un terrain de base-ball avec des battes de base-ball, des gants de base-ball, donc, ce à quoi on fait référence n’est pas forcément la bagarre mais juste le base-ball, comme dans Rookies. On porte des gakuran, les habits des étudiants japonais. Cela rejoint ce que j’expliquais tout à l’heure vis à vis du pont entre la fiction et la réalité. On essaie de créer une espèce de manga en prise avec le réel.

Est-ce que l’étape suivante pourrait être pour vous de réaliser votre propre manga ?

[Rires] Pourquoi pas. On ne se fixe aucune barrière. Si on en a envie pourquoi pas. Ca va faire beaucoup de taff [Rires].

Puisqu’on en a parlé tout à l’heure, je ne peux pas ne pas poser la questions : que pensez-vous du mythique doublage français de Ken le Survivant ?

[Rires] Il est très drôle mais je trouve que ce sont vraiment des bâtards de ne pas respecter l’œuvre originale. Mais c’est très drôle quand-même. Personnellement je suis plus manga papier que jap animation, je n’aime pas rester assis devant un écran et les traductions à l’écrit sont plutôt cool.

Interview réalisée par téléphone le 24 octobre 2014 par Metal’O Phil.
Retranscription : Isa.
Photos promo : Berzerker.

Site internet officiel de Rise Of The Northstar : www.riseofthenorthstar.com



Laisser un commentaire

  • aussi : «  »Que tu kiffes les mangas, le mztal ou les timbres » »
    je pense que c’est métal

    [Reply]

    carpenter

    Et moi je pense que c’est metal

    Tonton

    Moi je parlais de la faute d’orthographe.

    Après savoir si les mangas ou les timbres c’est « métal », je dois encore réfléchir pour apporter une réponse définitive.
    A première vue, je pense que non mais le débat mérite d’être poursuivi.

    Bien cordialement.

    Pok
  • Petite erreur : Dans rookies, welcame est écrit sur une balle de baseball et non pas une batte.

    [Reply]

    Spaceman

    En effet, merci, c’est corrigé 😉

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3