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Chronique   

Rival Sons – Feral Roots


Le revival du rock des années 70 bat son plein, que ce soit avec Blues Pills ou l’émulation de Led Zeppelin plus récente qu’est Greta Van Fleet. Il y a une sorte de vénération pour une époque considérée comme l’âge d’or de la créativité du rock’n’roll, celle qui a vu s’illustrer Black Sabbath, Led Zeppelin justement, Deep Purple et consorts… Il semble d’ailleurs y avoir un besoin de se remémorer cette époque chez les auditeurs lorsqu’on constate la réussite fulgurante de ces jeunes formations, à l’instar de l’ascension de Greta Van Fleet. Parmi ceux-ci, il ne faut pas oublier que Rival Sons incarnait les prémices du mouvement. Il a fallu dix ans d’existence au groupe pour acquérir la notoriété qu’il a aujourd’hui, dix ans de travail acharné qui viennent contraster avec l’immédiateté du succès d’autres formations. Rival Sons a toujours eu des ambitions d’une certaine hauteur, celle de toucher du doigt le statut de Black Sabbath qu’il a accompagné sur sa dernière tournée. Feral Roots, le successeur de Hollow Bones (2016), marque la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère avec Atlantic Records. De quoi atteindre ses objectifs.

Feral Roots est un album sur le retour à la pureté de son être, l’attrait du sauvage, les premiers instincts présents en chacun de nous. Il a d’ailleurs été en partie composé par Jay Buchanan et Scott Holiday dans un vieil abri forestier près d’un lac dans le sud du Tennessee afin de s’imprégner de son environnement. Feral Roots laisse paraître une forme d’authenticité jusque dans sa genèse. Pour rajouter au cachet de l’album, la production – à la fois limpide, dynamique et organique, avec une belle mise en valeur des divers grains de distorsion de guitare et basse – s’est effectuée dans le légendaire studio RCA de Nashville, ainsi qu’au Muscle Shoals Studio en Alabama, réputé pour ses productions soul. Car Feral Roots est un peu plus qu’un énième revival du rock des années 70. Évidemment, les influences rock sont légion et flagrantes. « Do Your Worst » ouvre les débats via un riff haché, presque mécanique, qui vient soutenir le groove apporté par le timbre impeccable de Jay Buchanan. Il faut attendre le refrain pour se faire surprendre. Plutôt que d’amplifier ce qu’il a amorcé, Rival Sons privilégie un passage électro-acoustique au chant scandé plus doux, fédérateur sans être endiablé. « Sugar On The Bone » illustre le penchant de Scott Holiday pour les riffs en apparence simplistes et entêtants (soutenus d’une cloche et de jolies résonnances de toms-basse). Il conserve malgré tout un aspect incisif qui doit sans doute à la fréquentation assidue de Black Sabbath en tournée ; sentiment d’autant plus fort sur « Too Bad » dont la parenté du riff principal, pesant, ne fait pas de mystère. L’amorce faite de roulements de batterie de « Back In The Woods » ou la nervosité, tantôt latente, tantôt explosive, de « End Of Forever » ne trompent pas quant à l’énergie présente dans Feral Roots. Rival Sons maintient la fougue qui fait sa renommée, une forme d’état sauvage justement.

Cependant, si Feral Roots est bel et bien un album de rock pur jus, il est loin d’avoir cette immédiateté propre au genre. Feral Roots s’apprécie davantage avec le temps, le temps de révéler ses innombrables subtilités. C’est en cela que réside ce qui distingue Rival Sons de ses congénères, outre une maîtrise parfaite de sa culture musicale qui va des sixties jusqu’à nos jours. Chaque titre contient des éléments qui captivent l’auditeur, parfois très discrets. Ceux-ci peuvent être la reverb dans la voix de Jay Buchanan et le traitement légèrement années 80 des leads sur le saisissant « Look Away » ou le crunch parfait de la guitare sur « Back In The Woods ». La force de Feral Roots intervient ailleurs de manière plus flagrante par l’hybridation des genres qu’elle exécute sans faillir. « Stood By Me » mêle groove funky avec évolution rock/blues. « Imperial Joy », « All Directions » et surtout le solaire « Shooting Stars » démontrent l’aisance qu’a Rival Sons à arpenter les territoires soul, ce qu’il fait de manière plus appuyée que sur le reste de sa discographie, employant des chœurs féminins ou carrément gospel, secondant un Jay Buchanan souvent déchirant (« Imperial Joy » et son « what are you looking for ? » qui ferait rougir Robert Plant ; le final qui monte en intensité de « All Directions »). Il faut ajouter à cela de véritables moments poignants lorsqu’on se soucie de son propre contexte d’écoute en tant qu’auditeur, à l’image du folk « Feral Roots » qui est une démonstration d’arrangements de guitares.

Rival Sons va plus loin que la simple révérence à ses pères. Il y a une singularité qui passe par l’alchimie maîtrisée entre différents styles et l’attention scrupuleuse à la moindre sonorité, que ce soit un accord, un lead de guitare, un ensemble de percussions ou le traitement vocal. Tout ne se dévoile pas à la première écoute, mais marquera suffisamment pour donner envie d’y retourner. Feral Roots croît avec le temps, cependant, jusqu’à atteindre une forme de majesté.

Vidéo visualizer de la chanson « Feral Roots » :

Chanson « Back In The Woods » :

Clip vidéo de la chanson « Do Your Worst » :

Album Feral Roots, sortie le 25 janvier 2019 via Country Sound/Atlantic. Disponible à l’achat ici



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