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Chronique   

Rivers Of Nihil – The Work


L’inventivité, la créativité, l’art d’associer la complexité à la subtilité, l’ancrage d’un imaginaire débordant et inassouvissable dans le réel et l’envie de partager au monde le produit de son esprit sont autant de processus qu’emploient les artistes pour faire vivre leurs œuvres. Les Américains de Rivers Of Nihil ne font d’ailleurs pas exception et continuent de se réinventer avec la sortie de leur nouvel opus The Work, et ce après Where Owls Know My Name (2018) qui regorgeait déjà d’une particulière originalité au regard de la discographie déjà existante du groupe. Avec The Work, Rivers Of Nihil outrepasse davantage les territoires connus de son propre style et parvient ainsi à faire évoluer sa musique, non seulement dans la maîtrise de ses instruments et du rôle précis qu’il leur fait jouer, mais aussi dans l’intensité émotionnelle qui se dégage du propos fort de l’œuvre.

En effet, avant même de plonger au cœur de la création sonore des Américains, le titre de l’album engage déjà son auditeur sur un chemin bien précis : le travail. Un sujet qu’ils traitent dans son extrême globalité puisque c’est avant tout l’effort qui lui est associé, autant physique que moral, qui est mis en avant, et que le groupe illustre d’abord par la rage du chant. Un chant hurlé à l’épuisement, d’une impressionnante impétuosité, qui couvre une grande partie de l’album – à l’aspect déshumanisé d’une telle technique vocale on attache bien volontiers l’image de l’homme-machine qui sait et doit trouver des ressources intérieures lui permettant de se dépasser. Le titre « Clean » est sans doute celui qui dévoile le mieux la rivalité des sentiments qui entoure la conception du travail. Il y a celui imposé par la société et celui que tout un chacun s’impose à lui-même, et dont la légitimité s’essouffle lorsque l’intensité de ce labeur dépasse les limites du raisonnable. Tandis qu’à l’opposé l’utilisation d’un chant clair, calme et serein remet tout en perspective, ré-humanise et force la réflexion par des moments plus doux et introspectifs. Un morceau comme « Wait » fait l’effet d’une respiration prise à pleins poumons. Le rythme y est mesuré, les guitares s’engagent dans un dialogue de soli aux accents rock, le décor musical est frais et aérien. Un titre qui dénote avec le reste de l’album globalement véhément et jonglant constamment sur des ambivalences de rythme, d’énergie et des changements drastiques de styles musicaux et d’ambiances sonores.

Tout ceci fait de The Work un opus progressif d’un dynamisme très poussé et d’une densité excessive, qui ne peut se réduire uniquement à un album de death metal, mais qui se présente plutôt comme un condensé de violence mélodique au climat d’une versatilité déconcertante. La singularité de cette œuvre se dégage aussi particulièrement par les instruments utilisés. Where Owls Know My Name se démarquait déjà par le talent virtuose du saxophoniste Zach Strouse, dont la technique est toujours à l’honneur dans The Work, à la nuance près que les différents saxophones utilisés sont moins mis en avant par de long phrasés hypnotiques mais ont plutôt un rôle d’arrière-plan atmosphérique, comme on peut l’entendre dans « The Tower », « Clean » et « Episode », entre autres. Outre tout cela, les artistes ont intégré des éléments électroniques, notamment présents dans le morceau « The Void From Which No Sound Escapes » et qui offrent un certain regain d’agressivité.

Finalement ce qui fait aussi la particularité de cet opus c’est sa capacité à interagir avec son auditeur. Le guitariste du groupe Brody Uttley met en évidence l’aspect très réaliste et vivide qui émane de The Work en déclarant : « C’est un album qui ressemble presque à un lieu plutôt qu’à une chose. Il vous place dans un monde où vous ne savez pas exactement ce qui se passe à certains moments, mais finalement, tout se met en place. C’est dur et froid, mais aussi chaleureux et invitant. » En somme, un album quasi palpable dont les moindre détails, tels que l’ajout de craquements imitant la lecture d’un vinyle au début d’« Episode » ou encore les chuchotements à peine perceptibles et passant d’une oreille à l’autre, offrent davantage de relief au son.

Avec The Work, le groupe s’affranchit encore davantage des carcans stylistiques du genre dans lequel il évolue, sans pour autant plonger dans l’avant-garde ou l’exubérance. L’explosivité et la technicité qui en ressortent ne rendent pas l’album facile à appréhender, mais étant donné la douceur léthargique de certains riffs et le chaos ambiant qui est instauré, l’auditeur n’a pas d’autre choix que d’être saisi par l’envergure musicale de l’album et de plonger infiniment dans son trou béant.

Clip vidéo de la chanson « Focus » :

Clip vidéo de la chanson « Clean » :

Album The Work, sortie le 24 septembre 2021 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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