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Chronique   

Riverside – ID.Entity


Wasteland, sorti en 2018, avait prouvé la capacité de Riverside à survivre à son cofondateur et génial guitariste Piotr Grudziński, décédé en 2016. Remplacer le musicien n’était pourtant pas une évidence, au point que les trois membres restants avaient dans un premier temps décidé de continuer en tant que trio. C’est seulement en 2020 que le guitariste Maciej Meller, qui avait rejoint le groupe en 2017 en tant que musicien live, l’intégra en tant que membre permanent. Wasteland fut le fruit d’une remise en question forcée, ID.Entity est celui d’une nouvelle, voulue par Mariusz Duda. Ayant fait un point sur l’identité de Riverside pour déterminer la direction qu’il devait suivre, le leader observa qu’un des points forts du groupe était ses performances live et décida d’enregistrer un album « qui refléterait musicalement le caractère et la dynamique de ses concerts ». Surtout, il souhaitait, après l’album de deuil que constituait Wasteland, tourner la page triste et mélancolique de ses récents albums.

Déjà, le morceau « Story Of My Dream », sorti en 2021 sur la compilation marquant le vingtième anniversaire du groupe, en réunissant l’énergie et le son plus lourd de sa première décennie et la tournure sombre de la deuxième, annonçait un retour au son de ses débuts et offrait, selon les mots mêmes de Mariusz Duda, « un avant-goût » de son huitième album ». Certes, la musique de Riverside n’a jamais connu de franche rupture : elle a toujours gardé son humeur mélancolique et son équilibre entre rock prog et metal prog, la proportion de l’un et de l’autre ayant régulièrement fluctué d’un album à l’autre. Pourtant, si Wasteland durcissait de nouveau le ton après un Love, Fear And The Time Machine délaissant le metal, il était aussi un des albums les plus sombres du groupe. Cette mélancolie, sans disparaître complètement, s’estompe quelque peu sur ID.Entity qui, en prenant une tournure plus énergique et volontaire, entérine le retour vers la teneur des débuts.

Premier élément de ce nouveau chapitre : ID.Entity est le premier album avec Maciej Meller en tant que membre officiel et le guitariste (qui avait joué les guitares lead de certaines chansons de Wasteland) a cette fois participé à la composition. Cofondateur dès 1991 de Quidam, un des pionniers de la scène néo-prog polonaise, et actif au sein du groupe Meller Gołyźniak Duda qu’il a formé avec Mariusz Duda et le batteur Maciej Gołyźniak, le musicien n’a rien à prouver quant à sa capacité à remplacer Piotr Grudziński. Son jeu polyvalent et émotionnel, volontiers atmosphérique mais capable de trancher dans le vif, lui permet de s’adapter au style de Riverside tout en posant son empreinte personnelle, notamment une touche aérienne bienvenue. Deuxième marqueur de ce nouveau chapitre : des tonalités plus fréquemment majeures qui s’imposent dès l’exubérante introduction de « Friend Or Foe? » : d’allègres claviers, une poignée de riffs de guitare énergiques et de brefs chœurs fédérateurs marquent le début des hostilités, avant que le reste du morceau confronte à un refrain mordant des couplets pop sur tapis de synthés scintillants à la saveur 80’s.

Thématiquement, ID.Entity poursuit dans une veine familière chez Mariusz Duda. Sous l’intéressant jeu de mots du titre se succèdent des textes chargés d’une saine colère, nourris d’une réflexion sur le sort des individus et des relations humaines dans un monde marqué par les nouvelles technologies et le matérialisme. Sont abordées la perte de liberté, la manipulation des identités, la compétition généralisée ou encore la distorsion de la réalité. Ces thèmes déterminent aussi le caractère volontaire de l’album : ID.Entity secoue la mélancolie de ses prédécesseurs et s’élance vers l’avenir avec une énergie qui prend parfois la forme d’une agressive rébellion. Sous ses airs de Tool, « I’m Done With You » décharge toute la rage de Mariusz Duda en une cascade aussi syncopée que groovy. Du plan intime à une portée plus globale, le rejet des relations toxiques devient celui des velléités autoritaires d’institutions, firmes et gouvernements. On passera sur l’introduction calquée sur celle de « Themata » de Karnivool pour retenir de ce morceau son intensité mordante tant musicale que vocale et sa lourde puissance qui ramènent Riverside entre Second Life Syndrome et Anno Domini High Definition. Le plus long morceau de l’album, « The Place Where I Belong », n’a quant à lui pas besoin de la même énergie pour délivrer un copieux réquisitoire contre le discours prétendant que la situation de chacun ne dépend que de lui-même et contre la pression engendrée par cette injonction à atteindre une meilleure version de soi-même. Avec ses parties vocales mélodiques et narratives, ses notes dansantes d’orgue Hammond, ses guitares floydiennes, ses incessantes cassures de rythme et sa construction à tiroirs avec un long break atmosphérique avant une vibrante envolée wilsonienne, c’est sur une trame rock néo-prog classique et peu agressive que s’inscrit en contraste la virulence du propos. Moins long dans ses développements et plus sombre et menaçant dans l’atmosphère qu’il distille, l’excellent « Big Tech Brother » présente cependant le même foisonnement progressif, entre étonnant passage de jazz débridé, descente de riffs d’une pesanteur quasi doom et déferlante finale d’offensifs riffs de guitare et de synthés exaltés. Le chant puissamment théâtral de Mariusz Duda y dévoile de multiples visages, se faisant tour à tour doux et touchant, plaintif, lyrique, colérique et majestueux.

Wasteland était l’album d’un groupe confronté à la perte d’un de ses piliers et contraint de se reconstruire à partir d’une terre en friche ; ID.Entity est la première pierre du nouveau Riverside. Moins triste, revigoré et revigorant, voire parfois cinglant dans son propos, il conserve cependant tous les ingrédients jusque-là appréciés chez les Polonais : le chant franc et séduisant de Mariusz Duda, sa basse souveraine qui mène la danse de ses rythmes saccadés (« Friend Or Foe ? » et « Landmine Blast ») ou chaloupés (« Self-Aware »), de généreuses parties de claviers et des guitares capables de rudesse comme de pureté cristalline (« Post-Truth »).

Clip vidéo de la chanson « I’m Done With You » :

Album ID.Entity, sortie le 20 janvier 2023 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



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