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Live Report   

Riverside se reconstruit sur scène


Riverside est de retour au Divan Du Monde après une excellente prestation en 2015 et une année de deuil, suite au décès du regretté guitariste Piotr Grudziński, pour une soirée sans première partie qui revêt presque un caractère sacré. Si le dernier album du groupe, Love, Fear And The Time Machine, avait marqué un tournant dans l’orientation musicale de la formation polonaise – un tournant très progressif, plus rock, comparable à celui qu’Opeth a pu prendre ces dernières années -, le live, qui apportait ce grain de folie permettant de relever cette œuvre très contemplative, n’avait nullement déçu. C’est donc avec une trépidante impatience que nous attendions la formation polonaise. Il nous tardait de découvrir ce show à la setlist prometteuse et équilibrée..

Le public est d’ores et déjà acquis, sans nul doute, quand le trio entre en scène, sous les acclamations. Les premières notes sont néanmoins très sobres et c’est « Coda » qui ouvre le show avec les claviers très soft de Michal Lapaj et le chant cristallin de Mariusz Duda. La batterie de Piotr Kozieradzki et la basse sombre de Duda apportent progressivement un relief plus heavy à la musique et un rythme lent, lourd hypnotisant.

Artiste : Riverside
Date : 17/05/17
Salle : Le Divan Du Monde
Ville : Paris

Les longues périodes instrumentales, chères à Riverside, excellent dans cet exercice d’envoûtement des foules. L’arrivée, en retrait, de Maciej Meller, guitariste intérimaire, comme portée par un respect solennel et un souci de ne pas froisser de mémoires blessées, se fait en toute discrétion et vient refonder le quatuor au son des plaintes hurlantes de la guitare. Très représentative du caractère musical du groupe dans lequel il s’est tant et tant illustré, « Coda » oscille entre accalmies, ponctuées par les murmures de Duda, et moments d’autant plus heavy et puissants que le contraste les met en valeur. Et progressivement, le rythme ralentit, jusqu’à s’amenuiser en un ténu tic-tac. Une ovation accueille ensuite « Second Life Syndrome » dès ses premières notes. Le public s’éveille à l’écoute de ce classique planant, au son si iconique de la basse vibrante et de sa rythmique emblématique. Progressive au possible, les sonorités étranges de ce morceau se veulent hallucinatoires, tandis que le chant aux envolées à la Åkerfeldt tissent une atmosphère onirique sombre. Les montagnes-russes, entre inclinaison rock et metal, s’en donnent à cœur joie, et on passe du final de « Second Life Syndrome », où le rythme agressif s’accélère jusqu’à l’explosion, à la délicate « Conceiving You », douce et brève, aux claviers aériens, avec un tonnerre d’acclamations pour seule transition.

Les derniers titres de Love, Fear And The Time Machine restent bien représentés au cours du show. Des morceaux comme « Caterpillar And The Barbed Wire » sont relevés d’une interprétation plus heavy qu’en studio. Des cris enthousiastes ponctuent les solos de guitare électrisants, la fosse du Divan Du Monde s’agite et se montre visiblement habitée par la musique – musique toujours aussi exemplairement maîtrisée. L’interprétation de « Lost (Why Should I Be Frightened By A Hat ?) » en acoustique est en cela un exemple frappant de justesse et de précision. Portée par un excellent son, cette version live se révèle très délicate et lumineuse, la voix de Duda est magnifiée ainsi accompagnée par la guitare acoustique. C’est néanmoins avec beaucoup de retenue et de timidité que la foule finit par faire chorus et par entonner le refrain du morceau, sur les instances répétées du chanteur et leader du groupe. Mariusz Duda se montre d’ailleurs sobrement ouvert et proche du public, allant même jusqu’à dérider l’assemblée avec quelques pointes d’humour.

Riverside révèle de nouveau tout son talent à remodeler la musique en scène avec « Saturate Me » dont le pouvoir hypnotique est décuplé. Si l’on retrouve la voix pure de Duda et sa basse si caractéristique, le jam instrumental confère encore plus de profondeur à cette expérience musicale hybride et métamorphe. Le jam se fait un incontournable des concerts de Riverside. « The Depth Of Self-Delusion » qui brille par son épure et son dépouillement ultra planant, et appelle à la contemplation, étend sur le Divan Du Monde un silence religieux lorsque la basse esseulée de Duda se livre à l’improvisation. L’intensité du morceau monte crescendo et le jam s’achève sous les applaudissements. Des classiques de la discographie du groupe, comme « 02 Panic Room », connaissent un vrai succès. Aux sonorités plus électriques et agressives, aux rythmiques déchaînées et irrésistibles – ainsi que le très réussi « Escalator Shrine », « 02 Panic Room » entraîne l’assemblée dans un même mouvement, les corps répondent à l’appel et bougent en rythme avec une rigueur de métronome. Et brutalement la musique s’interrompt pour mieux laisser le public clamer le refrain. Le show prend fin avec « Before » et ses notes sombres, évoquant un glas étrange, son rythme lent, répétitif et cyclique, et laisse place aux acclamations et à un rappel bruyant.

Le groupe ne se fait pas trop longuement désirer et revient promptement en scène. Là, Duda s’affirme de nouveau comme frontman incontesté et prend la parole au nom du groupe pour saluer le public et le remercier de faire partie de cette grande famille de Riverside, récemment meurtrie par la perte du guitariste Piotr, et pour laquelle le groupe a su trouver la force de perdurer : « Thank you of being a part of this family ». La voix magnifique du frontman résonne ensuite encore avec la douce « Towards The Blue Horizon » et son final finement travaillé et énergique qui, là encore, n’est pas sans évoquer Opeth. Enfin, le concert se clôt sur une nouvelle interprétation de « Coda », remodelée, métamorphosée, voulue plus lumineuse et brillante aux dires du frontman. Riverside distille ainsi quelques dernières notes, fraîches et enflammées, quelques vibrations positives, alors que Michal se déchaîne à son tour, genoux sur son clavier, et que l’extrême minutie du groupe s’embrase en un beau final.

Conçu comme un cycle, un cheminement d’une interprétation sombre de « Coda » vers une version plus lumineuse, ce show se révèle véritable cure de jouvence et catharsis, en purgeant les passions d’une foule envoûtée et en offrant une respiration finale. Un concert qui clôt en beauté une ère et démontre une fois de plus l’étendue des talents de ce groupe polonais dont l’exigence et la maîtrise lui permettent de se réinventer et d’adapter, de transformer à volonté sa musique, progressive s’il en est.

Setlist :

01. Coda
02. Second Life Syndrome
03. Conceiving You
04. Caterpillar And The Barbed Wire
05. The Depth Of Self-Delusion
06. Lost (Why Should I Be Frightened By a Hat ?)
07. 02 Panic Room
08. Saturate Me
09. Escalator Shrine
10. Before

Rappels :
11. Towards The Blue Horizon
12. Coda



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