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Chronique   

Riverside – Wasteland


Riverside aurait eu toutes les raisons de mettre un terme à son parcours. Le groupe a traversé l’une des pires épreuves qui soient avec la perte de son guitariste Piotr Grudziński décédé le 21 février 2016, soit à peine un an après la sortie de Love, Fear And The Time Machine (2015). Depuis la disparition de Piotr, le groupe a sorti Eye Of The Soundscape (2016), collection de titres atmosphériques sur lesquels le guitariste avait travaillé. Il a fallu deux années pour Riverside afin de revenir avec un nouvel album, réalisé en trio cette fois, avec Mariusz Duda qui fait office de guitariste pour les parties rythmiques. Le titre de ce nouvel opus, Wasteland, est on ne peut plus à propos : le groupe fait table rase et a conscience qu’il faut se métamorphoser pour évoluer.

La transformation de Riverside est évidemment liée au fait qu’il s’agit désormais d’un trio avec Mariusz Duda qui se place plus que jamais en tête pensante principale, fort de son expérience avec son projet solo Lunatic Soul. Ce dernier devient chanteur, bassiste et guitariste avec la conscience aigüe qu’il ne sert à rien d’essayer d’être le même groupe qu’avant, de faire comme si rien ne s’était passé, mais qu’au contraire il est nécessaire de faire évoluer voir changer certains aspects de la musique du groupe. Wasteland, album concept centré sur un monde post-apocalyptique (à l’image de The Road de Cormac McCarthy, influence citée par Mariusz Duda), est à ce jour l’un des albums les plus sombres que Riverside ait proposé depuis ses premiers jours et le plus rugueux depuis Anno Domini High Definition (2009).

L’introduction d’ « Acid Rain » plante le décor, avec la part belle accordée aux riffs de guitares et à une distorsion poussiéreuse. Le jeu de batterie de Piotr Kozieradzki a lui-même gagné en lourdeur et en agressivité. Riverside est beaucoup plus explicite quant à la dualité de la violence et de la douceur sur l’opus, incarnée à la fois par les retournements musicaux, à l’instar de toute la seconde moitié d’« Acid Rain » hypnotique et chaleureuse, et par la voix de Mariusz Duda. Ce dernier varie d’ailleurs son registre vocal, très grave et suave sur la ballade folk « Guardian Angel » ou plus incisif sur « Vale Of Tears » et ses sonorités grungy, où l’on croirait parfois entendre le Maynard James Keenan de l’époque Undertow (1993). Le titre incarne le parfait exemple de la recette utilisée par le trio sur Wasteland : une forme de violence maîtrisée, voire contenue, parfaitement arrangée et ponctuée de moments de grâce. Riverside a beaucoup expérimenté sur les sons de basse et de guitare, Mariusz Duda ayant eu la volonté d’utiliser une basse piccolo sur une portion du disque. Le côté « électro » du groupe s’est pratiquement estompé afin de favoriser un recours quasi-constant aux sons organiques d’instruments divers tels que l’orgue Hammond ou le violon via la participation de Michal Jelonek. Il y a en outre un plus grand éclectisme des sonorités, que ce soit par le recours fréquent à la guitare acoustique (« Guardian Angel », le plutôt pop « River Down Below ») ou l’intégration de mélodies « slaves », offrant un cachet folklorique propice au voyage sur un titre comme « Lament ».

Wasteland a une forme de cohérence émotionnelle poignante, faite de mélancolie, de nostalgie mais aussi d’espoir, celui de survivre dans un monde dévasté. La conclusion de l’opus, « The Night Before », composition aux allures de doux rayon de soleil, principalement réalisée au piano, avec Mariusz Duda qui susurre ses paroles, cherche à instiller la force de survivre et véhicule un sentiment de réconfort maternel. Il est aisé de dresser le parallèle entre la trajectoire du groupe et le thème de l’album, une forme de nouveau départ, à l’instar de Second Life Syndrome (2005), second album du groupe auquel Wasteland fait quelques clins d’œil de circonstance (le début a-cappella, les noms des morceaux d’ouverture et clôture, les neuf titres…). Le trio a bien fait d’ouvrir ses horizons et de délaisser un pan de ses élans progressifs, comme son aspect pink-floydien autrefois incarné par les soli de Piotr Grudziński, qui en faisait, parfois, aux yeux des plus médisants, un ersatz de Porcupine Tree. Mais qu’on ne s’y trompe pas, et n’en déplaise à Mariusz Duda qui préfère désormais ranger Riverside dans la case « rock alternatif », la dimension progressive du groupe n’a pas disparue, que ce soit dans les constructions évolutives de chansons telles que « Acid Rain » ou « Vale Of Tears », le morceau instrumental « The Struggle For Survival », fresque de plus de neuf minutes, où là encore une forme d’agressivité est de mise via des rythmiques lourdes et une guitare omniprésente, ou la chanson éponyme, quasi-instrumentale (seules les trois premières minutes sur huit sont réellement chantées), qui voit l’influence des BO d’Ennio Morricone lui conférer une dimension cinématographique des plus épiques.

Avec Wasteland, le groupe fait preuve d’une énorme capacité de prise de recul qui lui permet de ne pas chercher à répéter ce qui ne peut plus l’être avec la mort de Piotr Grudziński. Riverside endosse peut-être une seconde fois la peau d’un « nouveau groupe » – quoi que ceux qui les suivent ne seront pas non plus totalement dépaysés -, avec une direction qui préfigure les années à venir. Dans ce sens, Wasteland est émouvant pas seulement par l’intensité de ses compositions mais parce qu’il est un exemple de résilience.

Chanson « River Down Below » :

Chanson « Vale Of Tears » :

Album Wasteland, sortie le 28 septembre 2018 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



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