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Le Roadburn repousse les limites


Si les festivals orientés doom/stoner semblent proliférer ces dernières années, ça ne semble pas entamer le succès de celui qui leur a ouvert la voie : le Roadburn Festival, qui se déroule chaque avril depuis 1999 à Tilbourg, aux Pays-Bas, ne semble pas faiblir, et ce n’est pas cette édition 2017 qui va le démentir. Après quelques années de croissance effrénée, la formule semble s’être équilibrée sur le plan quantitatif – on reste sur cinq scènes/quatre jours –, et s’échine à être toujours à la hauteur sur le plan qualitatif : ainsi, les groupes sont toujours plus nombreux, plus variés, et les événements périphériques (expositions, conférences, projections) plus diversifiés. Concrètement, pour cette année, ça a donné plus de cent groupes couvrant quarante ans d’histoire de la musique, des pionniers de Magma ou de Coven aux coqueluches très contemporaines que sont Deafheaven ou Zeal & Ardor, et dessinant un spectre musical exceptionnellement large, du doom ultra traditionnel de The Doomsday Kingdom et du black industriel de Mysticum aux échappées electro de Perturbator, ou hip hop de Dälek.

Impossible de résumer une expérience aussi large et roborative en quelques lignes ; voici donc un aperçu de ce qu’a été l’édition 2017 du Roadburn en 10 coups de cœur, soit 10 choix cornéliens nécessairement subjectifs et présentés de manière chronologique.

Si les concerts de black sont à l’honneur dans les plus petites salles du festival, certains artistes ont relevé haut la main le défi de la mainstage. Ainsi, les Américains de Wolves In The Throne Room ont plongé pendant une heure des centaines de festivaliers dans l’obscurité à grands renforts d’ambiances grandioses, d’effets de lumière léchés et de riffs déchirants. De retour en Europe pour la première fois depuis cinq ans, les musiciens en ont profité pour revisiter leurs racines, leur album devenu un classique du black américain Two Hunters étant mis à l’honneur pour l’occasion, mais aussi pour présenter ses dernières expérimentations : ainsi, Drow Elixir, side project dark ambiant du groupe, a livré sa première performance live à l’occasion du festival. De quoi ravir tous les amateurs du black metal contemplatif et profondément païen de ces pionniers du son typique du Nord Est des États-Unis.

C’était l’un des grands événements de cette édition : Coven, les légendes du rock diabolique du tournant des années 60/70, connus pour avoir les premiers utilisé le signe des cornes et pour avoir enregistré une messe moire authentique, se produisaient pour la première fois en Europe, et faisaient leur grand retour sur scène après des dizaines d’années de sommeil. Mené par l’irremplaçable Jinx Dawson, entourée pour l’occasion d’un line-up complètement renouvelé, le groupe était attendu au tournant, c’est le moins que l’on puisse dire, le public s’étant rassemblé en masse pour son grand retour, mi-enthousiaste, mi-curieux. Le résultat a été, comme on peut s’en douter, doux-amer : c’est un plaisir incomparable d’entendre « Black Sabbath » ou « Blood On The Snow » en live, et la grande prêtresse fait le show, de son entrée sur scène dans un cercueil à son rire tonitruant, et livre une performance vocalement irréprochable, mais la résurrection d’un passé depuis si longtemps révolu ne prend pas toujours, et des petits couacs techniques, notamment au niveau de la guitare rythmique, ne viennent rien arranger. Pour autant, pas de quoi bouder son plaisir : ce concert était avant tout une célébration du patrimoine de bien des groupes se produisant au Roadburn depuis des années, et les festivaliers lui ont rendu tous les hommages qu’il méritait.

Comme les années précédentes, le festival, malgré une organisation à peu près irréprochable et une ambiance toujours aussi agréable et bon enfant, n’a pas pu régler certains problèmes d’affluence : ainsi, beaucoup de concerts se déroulant dans l’ancienne église Het Patronaat se sont révélés à peu près inabordables, à l’image de celui de Schammasch par exemple. C’est ainsi que découragés de la file menant au long set des Suisses, nous nous sommes retrouvés devant Gnaw Their Tongues. Le one man band du très prolifique Maurice « Mories » de Jong, sur scène au micro et à la guitare et pour l’occasion accompagné d’une musicienne en charge de tous les autres effets sonores, proposait son black metal synthétique et torturé à une Green Room bien pleine et visiblement captivée. En effet, et presque contre toute attente, le duo, malgré son air bénin et l’absence complète de mise en scène, parvient à recréer live l’atmosphère malsaine et dérangeante caractéristique de ses pléthoriques productions studio, et livre une prestation hypnotique.

Le Roadburn est évidemment le bon endroit pour faire des découvertes – ainsi, le festival a choisi de mettre en valeur cette année une nouvelle scène black metal hollandaise très active, renommée pour l’occasion « New Wave Of Dutch Black Metal », en programmant Laster et Turia –, mais aussi pour bénéficier d’une salutaire session de rattrapage : ainsi, on a enfin pu se pencher comme il se devait sur le cas de True Widow. Actif depuis une dizaine d’année, le trio propose un rock sensuel et lunatique où se rencontrent shoegaze, indie des années 90 et stoner. Pendant une heure, la voix du guitariste et de la bassiste se sont mêlées sur fond de lumières crépusculaires, de gros riffs et de rythmique lancinante, et lorsque leur set s’est terminé, la Green Room était aussi pleine à craquer que lors des premières minutes : autant dire que bien des festivaliers ont dû tomber sous le charme de l’irrésistible « S:H:S » et des mélodies délicieusement délétères des Américains.

Chaque année, le festival offre à un musicien l’opportunité d’élaborer sa propre programmation. Cette année, c’est à John Dyer Baizley, leader de Baroness dont le sludge élaboré a marqué les esprits ces dernières années, et artiste au style reconnaissable entre mille, qu’a incombé la tâche de proposer sa propre vision du paysage musical actuel. Et c’est définitivement sous le signe de la diversité que s’est élaborée cette curation, programmant aussi bien Magma que Chelsea Wolfe ou Amenra, que Baizley rejoindra d’ailleurs sur scène avec Scott Kelly de Neurosis pour un moment d’anthologie qui restera dans les annales du festival. Mais c’est sur le set d’un autre groupe du collectif Church Of Ra que nous voulons revenir : en effet, les Belges d’Oathbreaker, fort du succès de leur dernier album violent et contrasté, Rheia, ont offert une prestation bouleversante. Emmené par une Caro Tanghe drapée de noir passant en un clin d’œil de la femme-enfant à la possédée, le groupe reste fidèle à ses racines hardcore en cumulant les passages extrêmement intenses, mais laisse aussi retomber la pression lors de longs passages contemplatifs, imposant au spectateur un ascenseur émotionnel somptueux et éprouvant. Soulignons au passage la qualité des jeux de lumières sur la mainstage, qui viennent mettre en valeur la prestation des artistes avec discrétion et efficacité.

SubRosa avait rempli à craquer l’église d’Het Patronaat avec un set mémorable il y a deux ans. Après ce succès, le groupe de Salt Lake City est revenu en force pour cette édition 2017 : d’abord, en jouant en intégralité son dernier album en date, For This We Fought The Battle Of Ages, puis en proposant un set inédit, intitulé « SubRosa subdued », où le quintet se proposait de révéler la facette la plus folk de ses chansons en les dépouillant d’une partie de leur metal. En entrant dans la salle, on peine d’abord à voir le groupe, assis sous un grand backdrop orné d’une chouette, et ses mélopées semblent venir d’outre-tombe : d’entrée de jeu, l’ambiance est posée. Dans cette configuration particulière, les musiciens emmenés par Rebecca Vernon et soutenus pour l’occasion par une flûtiste revisitent leur discographie en faisant ressortir avec grâce les teintes american gothic de leurs morceaux. Les très lourds « Borrowed Time, Borrowed Eyes » et « Cosey Mo » se voient ainsi parés d’une aura atemporelle inédite, et c’est sur le très mélancolique « No Safe Harbor », qu’on doutait de ne jamais voir en live, que s’est achevé cette parenthèse hors du temps.

Le Roadburn, ce sont aussi des surprises et des changements de dernière minute : ainsi, les Islandais de Misþyrming, déjà présent l’année dernière et dont les membres étaient de retour cette année avec Zhrine et Naðra, ont gratifié les festivaliers les plus attentifs (ou les plus perspicace, les signes avant-coureur ayant été légion) d’un concert impromptu dans l’exigu Cul-de-Sac, rapidement plein à ras-bord. Revêtus de leurs désormais iconiques chemises blanches et recouverts de giclées rouges et noires, les musiciens – dont on n’a hélas pas pu voir grand-chose – ont déversé leur black furieux et irrésistible à une foule de happy few ne boudant pas son plaisir. En live, leur fougue et leur énergie quasi punk fait mouche, et l’occasion leur a permis de jouer à la fois des titres de leur premier album remarqué et du prochain, qui devrait sortir sous peu. De quoi mettre un sourire béat sur le visage des chanceux des premiers rangs, et frustrer délicieusement ceux qui se pressaient au fond de la salle.

La puissance est l’une des grandes obsessions du metal. Que ce soit par le volume sonore, la violence de l’imagerie, ou la virtuosité technique, tous les sous-genres s’y frottent, même s’ils abordent la question de manières diverses et variées. En quatre jours de festival intensifs, on a pu assister à de nombreux tours de force stupéfiants, mais c’est finalement un groupe qu’on serait bien en peine de qualifier de metal qui remporte la palme : Aluk Todolo. Quelques heures après que leurs compagnons de tournée Oranssi Pazuzu ont embarqué le public de la mainstage dans un trip cosmique décoiffant, nos compatriotes, soutenus pour l’occasion par un public très français, ont en effet livré une véritable démonstration de puissance en un set d’une petite heure incroyablement intense et tendu. Jouant leur dernier album Voix dans son intégralité, ils ont invoqué kraut rock, musique rituelle et psychédélisme au service d’une musique unique, à la fois abstraite et incarnée, délivrée sans répit par des musiciens qui semblent bel et bien possédés. Rarement un power trio n’aura si bien mérité le qualificatif tant l’énergie dégagée par les Parisiens aura électrisé la foule.

Avec Heartless, leur dernier album, les Américains de Pallbearer semblent s’émanciper de leurs racines doom et flirter de plus en plus délibérément avec le rock dans tout ce qu’il peut avoir d’ambitieux et d’iconique. C’est bien dans ce sens qu’allait leur prestation au Roadburn : avec une set list mettant à l’honneur ce dernier opus, le groupe a fait honneur à sa place sur la mainstage en livrant avec un plaisir non dissimulé une prestation sans faute. Emmenés par un Brett Campbell très en voix, les musiciens ont emporté les suffrages d’un public un peu à bout de force – après trois jours pour le moins intenses, le dimanche a semblé un peu compliqué pour bien des festivaliers – en évoluant entre ombre et lumière, de la mélancolie de « The Ghost I Used To Be » aux sommets déchirants de « Dancing In Madness ».

Pour clore ces quatre jours d’hybridations étranges (The Bug VS Dylan Carlson d’Earth, rencontre au sommet entre une légende du doom et un grand jongleur de sonorités synthétiques) et d’expérimentations avant-gardistes (la « doom machine » d’Author & Punisher !), finissons sur le bon vieux heavy de The Doomsday Kingdom, dernier projet en date de Leif Edling, tête pensante (entre autres) de Candlemass. Pas de mise en scène élaborée, de costume, de concept, juste un retour aux sources à la préhistoire de tous les groupes présents au festival, c’est-à-dire à l’âge d’or du heavy metal : le tournant des années 80. Au programme donc, les titres les plus forts du tout récent album éponyme du groupe, et le grand retour sur scène d’Edling, qui cloué au lit pour des raisons de santé, avait dû s’en tenir éloigné pendant des années. Emmené par un Niklas Stålvind complètement anachronique et à l’enthousiasme communicatif, ce set de fin de festival a sonné comme un hommage à celui qui se fait désormais appeler « doomfather », et à un style dont le Roadburn est, plus que tout autre festival, la célébration de la descendance pléthorique. Rendez-vous du 19 au 22 avril prochains, donc, car la flamme n’est pas près de s’éteindre.



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