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Live Report   

Rob Zombie fait le show


Rob Zombie est un de ces touche-à-tout hyperactifs et hyper-productifs dont le monde du metal regorge. Mais, comme pour la plupart de ses pairs, la quantité ne nuit généralement pas à la qualité de ses productions, comme en atteste le dernier album au titre version table à rallonges pour douze personnes, que même le créateur ne peut dire d’un seul souffle : The Electric Warlock Acid Witch Satanic Orgy Celebration Dispenser, en soutien duquel l’artiste effectue la présente tournée.

Et le côté touche-à-tout a ceci d’intéressant que parmi le public, on retrouve des types de profils totalement différents, et bien plus divers que dans d’autres concerts de ce style. Les fans du musicien, les dingues d’indus, ceux qui le suivent depuis la première heure et les White Zombie, ceux qui l’ont découvert avec ses films, ou ceux que la musique a emmenés derrière l’écran. Et il semble peu risqué de dire que tous sont repartis satisfaits de ce concert. Le Trianon affichait complet depuis bien des semaines, la file d’attente pour y entrer en attestait. Cela ne semblait en revanche pas pris en compte en termes d’organisation, et la soirée a donc accusé d’emblée un retard de vingt à trente minutes. Fort heureusement, cela n’a pas empêché le maître de cérémonie de jouer du rappel jusqu’à la dernière minute, bien au contraire !

Artistes : Rob Zombie – Ginger Fish
Date : 16 octobre 2016
Salle : Trianon
Ville : Paris [75]

La bête de scène ! (Bataclan 2014)
Si Zombie a su conquérir l’ensemble du public, cela semblait mal embauché au début de la soirée. Après l’entrée un peu plus longue que prévue – on aurait pu prolonger la file jusqu’au Sacré Cœur ! – la première partie était un pari osé, mais malheureusement pas tout à fait réussi. Commençant à 19h30 précises, elle était assurée par Ginger Fish, batteur du groupe de Zombie, ex-Marilyn Manson, mais aussi, donc, DJ à ses heures. Et si le DJ-set a déjà fait ses preuves en after, à maintes reprises, en première partie, en revanche, le choix était ambitieux, voire téméraire, et on dira même, a posteriori, discutable. Le set en lui-même était franchement éclectique, avec de grands classiques de l’indus (Rammstein, Manson), de grands classiques du metal en général (Pantera, le premier single du futur Metallica) mais aussi des morceaux beaucoup plus improbables, comme « It’s Raining Men » (en version Geri Halliwell !), du Metallica qui se transforme en un remix de « Telephone » de Lady Gaga, ou encore des classiques américains des années 50. Autant dire que le set n’était pas du goût de tout le monde, à en croire les réactions hostiles qui fusaient parmi le public. Les plus sarcastiques en ont ri, les plus indifférents ont bu leur bière, et les plus hargneux ont sifflé, hurlé, manifesté leur mécontentement (qui pour notre part serait plutôt du déconcertement, ce qui est étrange pour un concert !).

Pourtant, on ne pourra pas reprocher au musicien de ne pas avoir tout donné, avec une présence scénique vraiment énergique et investie. Mais le public n’était, pour la plupart, vraiment pas dedans, et il n’y avait semble-t-il rien à y faire ! Après une demi-heure sur scène, les lumières s’éteignent à nouveau pour laisser place au balai des roadies, qui est – sans mauvais jeu de mot – bien rôdé, pour mettre en place une scène suffisamment travaillée, mais pas surchargée.

Des musiciens appliqués (Bataclan 2014)
Rob Zombie est accompagné de ses trois acolytes : Ginger Fish, donc, à la batterie, Piggy D à la basse, ex-Wednesday 13 pour sa part, et ami de longue date de John 5, l’inénarrable guitariste de la formation, que l’on ne vous fera pas l’affront de vous présenter. Ils entrent en scène à 20h30 à peine passées, sous les appels du public, au son d’un « The Last Of The Demons Defeated », l’introduction du dernier opus du groupe. Sans temps mort, le groupe attaque d’un « Dead City Radio And The New Gods Of Supertown » (ou juste « Dead Radio » pour ceux qui n’ont pas la mémoire des noms !) qui a pour effet immédiat de faire littéralement décoller la fosse. En parlant de fosse, justement, on peut aisément dire qu’elle est à la hauteur de l’énergie du concert. Ça bouge sur scène, les membres (sauf le batteur bien sûr) se partageant l’avant de la scène dans un balai incessant, mais ça bouge bien en fosse aussi. Les introductions diaboliques du groupe y sont sans doute pour quelque chose, mais la fosse se transforme très rapidement en mosh pit géant. De manière générale, et c’est sans doute l’une des clés de la réussite du concert, ceux qui sont venus pour le show sur scène sont servis, le groupe dans son intégralité se donnant énormément sur scène, avec des jeux de lumières aboutis. Ceux qui sont venus pour la musique en tant que telle sont également satisfaits, Rob et sa bande étant techniquement plus qu’à la hauteur, et la setlist étant suffisamment variée, entre classiques et nouveautés, pour en avoir pour tous les goûts. Enfin, ceux qui sont là pour l’ambiance ne sont pas brimés, ça danse et ça saute, que ce soit en fosse ou dans les gradins.

Après avoir confirmé cette entrée fracassante avec un « Superbeast » qui porte bien son nom, l’énergie sauvage qui s’en dégage étant franchement communicative, Zombie s’adresse enfin à la foule, dans un français très américain, perfectible, mais non moins agréable. « Bonsoir Paris ! » Il rappelle son amour pour le public français et pour la capitale, avant de conclure avec une question quasi-rhétorique : « Are you motherfucking high ? » qui trouve sa réponse dans une clameur générale, réponse qui semble convenir à l’intéressé : « Great ! So am I ! » en guise d’introduction au titre « In The Age Of The Consegrated Vampire We All Get High ». Suivent alors une chanson « dédiée à toutes les belles filles de Paris » selon Zombie : « Living Dead Girl », puis « Scum Of The Earth ». Quand le chanteur reprend la parole, pour dire qu’il y a un « très gros problème aux États-Unis », tout le monde s’attend au couplet politisé sur l’élection présidentielle dont la plupart des artistes américains nous gratifient ces temps-ci. Mais Zombie est Zombie, et c’est donc des enlèvements de ses concitoyens par les aliens en soucoupe volante dont il est question. Et c’est là que l’unique, l’irremplaçable Sheri Moon Zombie, épouse, égérie, première fan et première collaboratrice de Rob, nous fait l’honneur de sa présence sur scène, pour envoyer dans le public de splendides « ballons aliens » qui voleront tels des OVNIs pour le restant du concert, entre les mains d’un public de metalleux soudain retombés en enfance. Et bien sûr, c’est le premier single du dernier album en date qui fait suite : « Well, Everybody’s Fucking In A U.F.O. ». On retrouve ensuite un morceau de White Zombie : « More Human Than Human », puis le classique « Never Gonna Stop (The Red, Red Kroovy) » qui parachève la séquence.

Rob Zombie, maître de son art. (Bataclan 2014)
D’autres ballons, ronds, colorés, tout ce qu’il y a de plus classique, mais dimension XXL, viennent alors rejoindre nos créatures vertes, avant d’attaquer la deuxième chanson « dédiée à toutes les belles filles de Paris » extraite du dernier album : « The Hideous Exhibitions Of A Dedicated Gore Whore ». En nous l’introduisant, Rob Zombie a d’ailleurs trouvé la technique pour ne pas s’essouffler avec ce nom à rallonge : un à deux mots par souffle, traduisez : The Electric, Warlock, Acid Witch, Satanic, Orgy, Celebration, Dispenser. Conscient de l’incongruité d’un tel titre, il a conclu d’un « Et comment vous dites ça en français ? » et devant l’hésitation générale, c’est l’autodérision qui a primé : « je peux déjà à peine parler anglais ». Après « House Of 1000 Corpses », Rob et les siens s’éclipsent, laissant John 5 à l’œuvre, seul en scène, pour un solo dont lui seul a le secret. A leur retour, le quatuor attaque une section « reprises » par « Thunder Kiss ‘65 » de White Zombie, suivi du titre des Ramones « Blitzkrieg Bop », de la chanson d’Alice Cooper « School’s Out », et du fantastique « Am I Evil ? » de Diamond Head, avant de refermer avec à nouveau « Thunder Kiss ‘65 », et de s’éclipser hors de scène. Après quelques minutes d’attente ponctuée des « Zombie ! Zombie ! » du public, les quatre musiciens refont leur entrée avec « The Lords Of Salem » puis « Get Your Boots On! That’s The End Of Rock And Roll », avant de disparaître à nouveau. Au retour, c’est l’incontournable « Dragula » qui les accompagne, mais ils semblent pris par le temps et sortent à nouveau de scène à la fin du morceau.

Cependant les talents de négociateurs du public les ont faits réapparaître pour un troisième (et dernier, c’est promis !) rappel, avec « Meet The Creeper », puis Rob Zombie a demandé au public de choisir quelle chanson le groupe allait jouer, et c’est « Ging Gang Gong De Do Gong De Laga Raga » qui l’a remporté, Rob Zombie s’est alors demandé « pourquoi choisissez-vous celle qu’on ne répète jamais ? », John 5 a donc changé de guitare, récupéré toute la pression avec un « Si on foire, ce sera entièrement de ta faute » asséné par Zombie, et attaqué le riff d’introduction. Fort heureusement, tout s’est bien passé, et le groupe a reconduit l’expérience, avec à la clé un « Sick Bubblegum ». Enfin, alors qu’ils devaient avoir déjà quitté la scène, à plus de 22 heures, c’est « Pussy Liquor » qui clôt le spectacle, introduite par une référence aux sorties de Donald Trump sur la question. Du côté des musiciens, Ginger Fish, bien que derrière sa batterie, envoie une prestation millimétrée et vitaminée. John 5, dont le talent, aussi bien en tant que guitariste qu’en tant que show man, n’est plus à prouver, a quant à lui confirmé sa capacité à mettre le public dans sa poche, et à assurer un show visuel et musical à la hauteur, avec ses guitares toutes plus excentriques et esthétiques les unes que les autres. Piggy D, quant à lui, peut être considéré comme la révélation de la soirée. Non seulement le bassiste développe une présence scénique imposante, malgré un gabarit qui ne l’est pas, mais il se la joue Steve Harris, chantant et mimant toutes les paroles par cœur. Rob Zombie est lui un show man, un vrai, et le temps ne lui enlève rien de cette qualité qui n’est plus à démontrer. Les tenues de scènes de ces trois derniers changent au fil des morceaux, les instruments aussi, et cela ne fait que rajouter à l’attrait du spectacle.

En résumé, le groupe a vraiment su se montrer convaincant, et le public a apprécié. Tous les éléments d’un bon show étaient réunis, et l’ensemble vraiment bien produit. Tant scéniquement, musicalement, qu’en termes d’ambiance, Rob Zombie et sa troupe sont définitivement maîtres dans leur art.

Setlist :

The Last Of The Demons Defeated
Dead City Radio And The New Gods Of Supertown
Superbeast
In The Age Of The Consegrated Vampire We All Get High
Living Dead Girl
Scum Of The Earth
Well, Everybody’s Fucking In A U.F.O.
More Human Than Human (White Zombie)
Never Gonna Stop (The Red, Red Kroovy)
The Hideous Exhibitions Of A Dedicated Gore Whore
House Of 1000 Corpses
Solo – John 5
Thunder Kiss ’65 (White Zombie)
Blitzkrieg Bop (reprise des Ramones)
School’s Out (reprise d’Alice Cooper)
Am I evil? (reprise de Diamond Head)
Thunder Kiss ’65 (Reprise)
Rappels :
The Lords Of Salem
Get Your Boots On! That’s The End Of Rock And Roll
Dragula
Meet The creeper
Ging Gang Gong De Do Gong De Laga Raga
Sick bubblegum
Pussy liquor

Live report : Aline Meyer.
Photos : Lost (Bataclan 2014)



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