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Chronique   

Robert Plant – Lullaby And… The Ceaseless Roar


Pendant que Jimmy Page rumine le passé, ressasse sa vieille gloire, trépigne d’envie de renvoyer Led Zeppelin sur les planches, Robert Plant, lui, continue à se construire et se réinventer en tant qu’artiste. Il suffit de comparer la carrière erratique de l’un à celle fructueuse de l’autre, de voir le guitariste chapeauter et défendre d’énièmes rééditions des albums du géant du rock, tout en reprochant à son ami et ancien chanteur de laisser tout ça derrière lui au profit de ses projets, pour comprendre à quel point les deux musiciens ont leurs regards tournés vers des directions opposées. Led Zeppelin, à son époque, regardait l’avenir ; il était l’avenir. Alors, il ne faut pas se tromper lorsque l’on cherche aujourd’hui où véritablement retrouver une part de cette âme créative.

Qui peut se targuer à 57 ans, après près de 40 ans de carrière d’avoir pu sortir un album frais et original de la trempe de Mighty Rearranger, comme l’a fait Plant en 2005 avec les Strange Sensations, nom de baptême du groupe qui l’accompagnait ? Depuis le chanteur s’est illustré en faisant revivre son Band Of Joy et en collaborant avec la chanteuse de bluegrass-country Alison Krauss, mais ce Lullaby And… The Ceaseless Roar sorti cette année est le véritable successeur de Mighty Rearranger, proposé par un groupe à peine remanié mais désormais baptisé les Sensational Space Shifters. On avait pu avoir un bon aperçu de la musique organique et protéiforme de Plant et sa nouvelle bande lors de ses passages en juin/juillet dernier à Paris et au théâtre antique de Vienne, le voir s’amuser à remodeler et re-texturiser ses chansons, y compris certains hits de Led Zep, comme il le faisait déjà avec les Strange Sensations (le live qui accompagnait une des éditions de l’album est à écouter absolument). Robert Plant fait et fera des déçus parmi ceux qui s’attendent à un fac-similé du passé. Mais ceux qui sont là pour Robert Plant l’artiste, ceux qui l’ont suivi dans son exploration au-delà du dirigeable et été séduits par sa capacité à mêler les genres, embarqueront la banane collée au visage dans le nouveau voyage du chanteur.

Car, plus que jamais, de voyage il est question, emportant l’auditeur dès le premier titre, une adaptation de la chanson traditionnelle « Little Maggie », mêlant banjo et ritti – sorte de violon africain à une corde joué par le musicien gambien Juldeh Camara – à des sonorités électro-psychédéliques pour définitivement décoller. C’est avec tout un attirail d’instruments et de sonorités que le groupe a façonné un opus exotique et métissé. Parfois mélange de folk-rock et de musique tribale, comme si les continents américain et africain s’épousaient à nouveau, sur le chaleureux « Rainbows », par exemple. L’aérien et sensible « A Stolen Kiss » rappellera les sonorités islandaises de Sigur Ros. Incursion dans l’Amérique profonde avec le country-sudiste « Poor Howard » emprunté à Lead Belly. « Up On The Hollow Hill » hypnotise sous sa guitare qui crachote, son rythme impassible, ses mélodies lancinantes, ce chant qui invite à la transe. Mais le grand moment de grâce c’est « Embrace Another Fall » qui l’incarne de tout son raffinement oriental, avec son pont où les guitares font trembler le sol, avec cette intervention de Julie Murphie, chanteuse galloise, qui suspend le temps entre ses cordes vocales, avec ce final où l’ensemble de cordes et la guitare, portés par les percussions, hérissent les poils. Et le rock, même si pas prépondérant, est là, quelque part mélangé au tout, en particulier dans le heavy blues « Turn It Up » ou le pop-folk « Somebody There ». Le tout se referme et boucle la boucle sur « Arbaden (Maggy’s Babby) » : retour à la case départ, ou presque, avec un remodelage de « Little Maggie » (ou a prendre comme une seconde partie) sous un duvet enveloppant d’effets psychédéliques, discrètes guitares rockabilly et le chant ethnique Peul de Camara.

Tout ceci, ainsi décrit, pourrait paraître disparate et décousu, mais l’ensemble fonctionne en osmose et cohérence parfaite. Robert Plant fait tomber les barrières musicales et culturelles. Une approche qui fait du bien dans un monde de plus en plus ouvert mais paradoxalement aussi de plus en plus cloisonné, catégorisé, classifié, communautarisé. Le chanteur a quitté depuis bien longtemps la route qu’on aurait voulu lui tracer et passe insouciant à travers champ, rejoint par les talents qu’il croise et découvre sur son chemin pour vivre son expérience musicale et la partager avec générosité. Respect à Led Zeppelin, et à fortiori Jimmy Page, pour son immense héritage, mais l’avenir appartient à des artistes comme Robert Plant.

Découvrez le clip de « Raibow » :

Album Lullaby And… The Ceaseless Roar, sorti le 9 septembre 2014 chez Nonesuch et Warner Bros Records.



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