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Live Report   

Rock en Seine : focus sur les meilleurs moments


photo-the-libertines-metallica-et-foo-fighters-a-rock-en-seine-2015-54f5ea3ab2e2fEn douze années d’existence, Rock En Seine est devenu un rendez-vous incontournable de la fin du mois d’août. Programmé tous les ans le dernier week-end d’août et se déroulant dans le magnifique parc national de Saint Cloud, RES répond à de nombreuses attentes, plutôt différentes entre elles mais pas incompatibles. C’est le lieu où se retrouvent les artistes les plus « hype » du moment, celui où la jeunesse parisienne, trop heureuse de pouvoir se rendre à un festival en métro, se rend pour fêter la fin de l’été, mais aussi un pèlerinage quasi-obligatoire pour un public plus pointu. Pourquoi ? Car ces dernières années, c’était le seul, ou l’un des seuls, festivals français où l’on a pu applaudir Tool, Nine Inch Nails, Radiohead, Björk, System Of A Down, Foo Fighters, Queens Of The Stone Age ou Ghost.

Bon nombre de têtes d’affiches du Rock Alternatif américain et mondial y ont droit de cité, et de surcroît en bonne place, donnant une vraie crédibilité à l’évènement en matière de programmation qui va chercher bien plus loin qu’un simple couronnement des succès radiophoniques. Ajoutez à cela une organisation quasi sans faille, des scènes de grande qualité, un site exceptionnel et un tarif qui reste abordable, et vous obtenez un festival proche de ce qui se fait de mieux aujourd’hui en France, tous genres confondus. L’édition 2015 n’a pas dérogé aux bonnes habitudes du festival et a en plus été consacré par un temps exceptionnel… Les dieux du Rock alternatif veillaient bien une fois de plus à Saint-Cloud. Plusieurs concerts ont marqué cette édition ; en voici une sélection, parmi ceux qui ont le plus retenu notre attention, en complément du live report déjà proposé il y a quelques jours dans ces colonnes.



Événement : Rock En Seine
Date : 28, 29 et 30 août 2015
Salle : Parc de Saint Cloud
Ville : Saint Cloud [92]

GHOST

Un grand soleil inonde le parterre de Saint-Cloud en ce vendredi après-midi de début de festival. Les grincheux trouveront que Ghost relégué à 15h30 en tout début de festival, c’est bien peu de considération pour le groupe suédois. Les plus positifs relèveront que Ghost a été programmé sur la Grande Scène, preuve que les organisateurs ont, une fois de plus, foi en la dévotion du public metal, comme une assurance de remplir les travées du parc dès le début. De dévotion, il va bien entendu en être question, puisque Papa Emeritus III et ses Goules débarquent en grande pompe, ornés des nouveaux masques et déguisements liés à la campagne du nouvel opus sorti ce même mois. Et les Suédois vont largement vouloir défendre l’excellent Meliora pour cette célébration parisienne, en débutant le set avec « From The Pinnacle To The Pit », et en incluant « Majesty », le single « Cirice » et le grandiloquent « Absolution » à leur setlist, soit quatre titres sur huit joués au total ! La messe sera vite dite : quarante-cinq minutes seulement, mais néanmoins suffisamment pour juger du potentiel élevé des nouveaux titres en live, « Absolution » s’affirmant définitivement comme le nouveau titre fédérateur du groupe tandis que le rythme groovy de « Majesty » fera fortement remuer la foule, un parterre de fans dans un premier temps, vite rejoints par un important public. Autre élément intéressant : le groupe conserve « Monstrance Clock » comme titre de fin de concert, montrant clairement que ce titre s’inscrira dans la durée à cet endroit dans la carrière scénique de Ghost. Outre la curiosité suscitée chez une bonne partie du public venue voir ce pape bien étrange, c’est un vrai engouement et une popularité croissante auxquels ont fait face le groupe lors de cette seconde représentation parisienne, et avant le concert parisien en décembre, l’excellente qualité du son ayant elle aussi participé à cet enthousiasme de début de festival. En live, comme en disque, Ghost a définitivement passé un palier dans la qualité de la représentation, comme dans le cœur des spectateurs.

THROES + THE SHINE

Gros privilège accordé aux participants de RES : pouvoir passer d’un concert à l’autre sans transition, en changeant immédiatement de style, les groupes ne souffrant pas ainsi de comparaisons entre eux. Juste après Ghost, ce sont les étonnants portugais de Throes + The Shine qui délivrent un Rock « Africain », mélanges de guitares acérées et de percussions africaines survitaminées, de kuduro (genre électronique africain créé en Angola dans les années 90) et de rock dur. Ça remue sacrément sous le soleil parisien et on se prend à secouer la tête sur des rythmiques africaines, des basses typiques Drum’n’bass et du phrasé hip-hop endiablé… Ces Luso-angolais mettent la misère au passé colonial et font l’éloge du métissage musical musclé… « Abana ! Abana ! Abana ! » (Secoue-toi ! Secoue-toi ! Secoue-toi !) a-t-on pu crier gaiement à l’unisson. En moins d’une heure, on a très aisément traversé la Méditerranée.

JOHN BUTLER TRIO

En fin d’après-midi, c’est John Butler Trio qui commence son set sur la Grande Scène, et c’est la première grosse affluence du week-end. Le très populaire trio australien réussit le pari de délivrer des chansons très accrocheuses et faciles d’accès tout en gardant une maestria guitaristique et un groove très appréciés des mélomanes. A coups de douze-cordes, de folk et de funk, et d’une énergie à revendre, les beaux gosses australiens dans un trio à l’apparence simpliste, délivrent un univers idéal à découvrir et apprécier en festival. Les mélodies et les rythmes, par leurs ouvertures, parlent au plus grand nombre. Byron Luiters mélange basse, claviers, et même contrebasse, improvise et s’impose comme une pierre angulaire du groupe, laissant Butler séduire et faire chanter le public avec ses mélodies efficaces. L’ovation est méritée, le choix du groupe à cet horaire, pourtant bien plus qu’une mise en bouche, définitivement validé.

RODRIGO Y GABRIELA
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Peu de temps après, on entend résonner au loin la voix de James Maynard Keenan de Tool… mirage auditif ? Fantasme d’un retour des Américains après leur héroïque dernier passage au festival, et en Europe par la même occasion en 2007 ? Rien de tout ça. Ce sont simplement les Mexicains de Rodrigo Y Gabriela qui débarquent, avec le flamenco le plus metal de l’histoire, intégralement délivré à la guitare acoustique, et le duo a l’habitude de démarrer ses concerts avec le titre « The Pot » de Tool, diffusé sur les hauts parleurs, clin d’œil à un groupe qui les fascine, comme tant d’autres. Pour les profanes et non-connaisseurs de la cause rock, c’est du flamenco musclé, les rockeurs avisés et metalleux, quant à eux, reconnaissent vite l’intro de « Ride The Lightning », les thèmes d’ « Orion » ou « Battery » de Metallica, de « Stairway To Heaven » de Led Zeppelin… La technique et la rapidité du jeu sur guitare acoustique sont tout simplement époustouflantes, et le public prend la juste mesure de la difficulté d’exécution. Très rapidement, l’ambiance va virer à la folie, dès que Rodrigo fait monter un, puis deux, puis des dizaines de personnes sur scène pour venir festoyer, danser et taper des mains, au grand désespoir de la sécurité qui ne s’attendait pas à un tel joyeux foutoir… Pour que la fête soit encore plus grande et partagée avec tous, les Mexicains vont faire revenir sur scène John Butler pour reprendre l’ô combien fédérateur « Happy » de Pharell Williams dans une version démente. Pas de doute, ceux qui découvraient le génial duo en auront eu pour leur argent, et ne sont pas prêts de les oublier, tant la communion fut intense.

THE OFFSPRING

Ce sera sans commune mesure, pourtant, avec le déferlement américain que va connaître la Grande Scène avec l’arrivée de la nuit. Du punk-rock US, des millions d’albums vendus à chaque nouvelle sortie, la meilleure vente d’albums de tous les temps pour un label indépendant avec Smash, des mélodies connues par cœur par plusieurs générations d’ados… C’est bien évidemment The Offspring, l’événement de la soirée, pour lequel se sont déplacés une grosse majorité de trentenaires qui ont hâte d’en découdre avec les « Self Esteem », « Come Out And Play », « Pretty Fly For A White Guy »… Soyons honnêtes, quand les Américains arrivent, on se dit que les années ont fait leur œuvre sur le faciès et la bedaine des ex-surfeurs/skateboarders les plus cools de la terre. Mais les doutes ne mettront que deux chansons à se dissiper. Quand Dexter Holland et Noodles envoient la grosse artillerie de leurs titres les plus connus, tout le monde retrouve une seconde jeunesse, beugle les refrains inoubliables à tue-tête, pogote et slamme à l’ancienne… The Offspring insuffle une cure de jouvence aux allures punk et fait même dans le plus pointu en allant chercher les démentiels « Gotta Get Away » ou « Bad Habit », brûlots moins connus mais plus rentre-dedans de Smash, de quoi montrer que les Américains en ont encore sous le pied. Ballades et titres plus récents auront définitivement moins de succès : tout le monde attend le « Self Esteem » final, et l’aura, évidemment. L’affluence pour le concert est franchement impressionnante, et les Offspring s’arrêteront même quelques moments pour contempler la foule immense qui les acclame et ne demande qu’à répondre aux compliments du groupe sur l’accueil, déclarant même que cette date était la plus folle de toute leur tournée et que Paris est formidable. Si l’éternelle jeunesse n’existe pas, ça y ressemblait tout de même beaucoup, du moins l’espace d’un concert, au plus grand plaisir de tous.

KADAVAR

A dire clairement, la place n’est pas évidente pour Kadavar en ce début d’après-midi dominical dans le domaine de Saint-Cloud. La chaleur est accablante, les spectateurs pas encore tous présents sur le site, et l’univers du groupe colle bien mieux à des atmosphères sombres, cloisonnées et enfumées qu’à de grandes coursives en plein air. Quoi qu’il en soit, les Allemands assurent le set avec application, sûrement ravis de jouer sur une telle scène à Paris, devant une assemblée de fans et de curieux. C’est aussi une belle occasion pour eux de présenter leur nouvelle création, Berlin, que nous vous avions présenté il y a peu, ce qu’ils feront avec parcimonie. Ils débuteront ainsi avec l’introducteur « Lord Of The Sky » avec un chant pas encore tout à fait ajusté, puis intègreront en milieu de set l’excitant « Into The Night » aux apparences punk 80’s, ainsi que « Thousand Miles Away From Home ». Le groupe est bien plus rôdé avec les anciens titres, et ça se sent dans le public, qui par ricochet accroche plus à ces titres : « Doomsday Machine » et le final « Come Back Life » éveillent un enthousiasme non feint. Au-delà d’une prestation propre, et d’une vraie ambiance 70’s dégagée par le trio, ce n’est pas dans ce cadre de festival ensoleillé à cette heure de la journée que Kadavar dégage le plus d’intérêt, la prestation scénique totalement figée du trio n’allant pas non plus dans leur sens. A revoir, vite, dans une salle bien plus sombre, devant un public stoner beaucoup plus hypnotisé. Ça tombe bien, ils reviennent au Trabendo le 17 novembre prochain.

MARK LANEGAN BAND

Mark Lanegan et son groupe, sur la scène de l’Industrie, en cette fin d’après-midi de dimanche, c’est un havre de paix à quelques encablures seulement de la folie Tame Impala sur la Grande Scène, où la jeunesse parisienne a couru et s’y exprime à pleins poumons. La voix du rockeur est enrouée, le ton, l’attitude et l’univers musical rappellent furieusement le regretté Lou Reed. L’ambiance est posée, bluesy, romantique, îlot où se sont réfugiés bon nombres de couples de tous âges, bercés par la poésie calcinée d’un des derniers héros vivants d’un rock à l’allure dégradée mais au grain inimitable. Celui qui a croisé tant de routes, dont celles des Queens Of The Stone Age et de Kurt Cobain, dégage quelque chose d’insaisissable qui fait frissonner, une aura sinistre mais merveilleuse, qui enchante tous ceux restés là, repoussant au loin ceux qui seraient venus chercher autre chose qu’une poésie damnée sur un rythme lent. Il chante Phantom Radio, son album sorti l’année dernière, et notamment l’énergique « Harvest Home » qu’il déclame d’une voix plus rauque que jamais, dont il a un peu de mal à sortir les mélodies, ou encore « The Gravedigger’s Song » et ses sombres riffs, forcément pas l’un de ses titres les plus joyeux, où Lanegan aura de grandes difficultés à faire preuve de justesse dans son chant, mais l’essentiel réside ailleurs, dans ce charisme noir qu’il dégage et qui emporte les ensorcelés du moment, remerciant avec raison les programmateurs de Rock En Seine pour ce beau cadeau volontairement quelque peu empoisonné.

THE CHEMICAL BROTHERS

Comment, enfin, ne pas évoquer l’explosion finale des frères les plus connus de l’électronique, les Chemical Brothers, rois du Big Beat, incarnant à la fois parfaitement le son des années 90 et 2000 ainsi que les ponts continuels entre rock et electro ? Huit albums studios, des morceaux samplés et re-samplés, utilisés au cinéma et dans la publicité, les deux frères issus de Manchester ont connu un succès retentissant pendant près de 30 ans, tout en sachant se renouveler et rester au top de la technologie musicale et scénique, comme en témoigne ce nouvel album Born In The Echoes et cette tournée mondiale aux quatre coins du monde. Et les frères diaboliques ont choisi de faire une entrée fracassante : leur hit ultime, « Hey Boy, Hey Girl », balancé à pleine balle sur fond de lasers et effets visuels 3D, bienvenue dans le monde scénique démesuré des Anglais, qui transforment la plaine de Saint-Cloud en une boîte de nuit géante. « Sometimes I Feel Deserted », extrait du petit dernier, « Elektrobank » du Dig Your Own Hole de 1997, « Escape Velocity » issu de Further (2010)… les Anglais balancent une palanquée de hits tirés de leur large discographie et de toutes les époques, avec des scénographies basées sur des animations personnalisées sur écrans géants (extraits de clips et animations spécifiques pour le live) et un intense jeu de lumières différent pour chaque titre. L’apothéose arrivera sous forme de triptyque dédié aux 90’s, avec l’arrivée de deux robots géants aux yeux de laser sortant littéralement du sol et disparaissant immédiatement après : « Music : Response », « Galvanize » et le célèbre « Block Rockin’ Beats » viendront clore les débats d’une manière épileptique, avec des spectateurs/danseurs acharnés qui resteraient bien jusqu’au bout de la nuit se trémousser sous les coups de basses de ces génies du synthé. Oui, mesdames et messieurs, les Chemical Brothers réalisent tout cela avec un minimum d’informatique et de très nombreuses machines et autres claviers… c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs Beats !

Beaucoup d’émotions variées sont donc venues ponctuer ce week-end parisien. Des sensations actuelles alternatives (Ghost), du culte (Mark Lanegan), des monstres de l’electro (Chemical Brothers) ainsi que des gloires intemporelles de l’âge adolescent (The Offspring), il y avait de quoi ravir les publics rock les plus pointilleux et variés. Au vu de la qualité de la programmation de cette année, on salive à l’avance sur celles des années à venir, en espérant que les conditions soient toujours aussi favorables à ce déploiement du Rock en Seine…



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