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Interview   

Le rock paradoxal de Port Noir


Après avoir été nommé « découverte de l’année » aux Bandit Rock Awards pour son premier album Puls (signé sur Razzia Notes, le label d’Anders Fridén, frontmant d’In Flames), puis un second album, Any Way The Wind Carries, sorti chez Century Media, et diverses tournées en soutien de groupes tels qu’In Flames, Pain Of Salvation ou Karnivool, les Suédois de Port Noir se dirigent progressivement vers le grand bain, en espérant que le nouvel album The New Routine leur permettra de sauter dedans à pieds joints. Il faut dire que ce rock paradoxal, aux sonorités à la fois modernes et organiques, énergique et émotionnel, cherchant à actualiser des recettes d’antan, a tout pour séduire un vaste public.

Nous nous sommes entretenus avec le guitariste Andreas Hollstrand pour qu’il nous présente ce nouvel opus et nous parle des affinités musicales du groupe et de son évolution, délaissant petit à petit sa fibre purement metal pour développer ses sensibilités pop rock et alternatives.

« Si tu écoutes les paroles de la chanson ‘Old Fashioned’ qui ouvre l’album, ça dit que nous ne supportons pas l’idée d’être démodé [petits rires]. »

Sur la signification du nom du groupe :

Andreas Hollstrand (guitare) : Il n’y a pas vraiment de signification à ce nom. Nous avions un autre nom avant, nous nous appelions A.I. Act, qui était difficile à faire connaître aux gens ; les gens étaient toujours là : « C’est quoi le nom du groupe ? Peux-tu l’écrire ? » Donc nous avons dû changer de nom il y a quelques années. Nous voulions quelque chose qui soit court et simple, donc nous voulions nous appeler Port ou juste Post, quelque chose dans cette veine, mais en l’occurrence Port était déjà pris. Puis un jour, Love [Andersson, chant & guitare] nous a demandé : « Qu’est-ce que vous pensez de Port Noir ? » « Ça sonne pas mal ! Restons là-dessus, au moins c’est bien mieux qu’A.I. Act ! » Donc nous avons ajouté « Noir » à notre idée de départ, ça avait toujours l’air cool, et nous avons fait pas mal de recherches sur Google pour voir s’il existait déjà quelque chose qui s’appelle comme ça, et nous n’avions rien trouvé. Ceci dit, nous avons lu quelques trucs à propos de Port-Noir à Genève, c’était la seule chose que nous avions trouvée en recherchant. Ainsi, nous avons opté pour Port Noir et nous voilà ! Mais il n’y a aucun sens particulier derrière ce nom.

Sur le titre de l’album The New Routine :

Ça représente une sorte de nouvelle routine musicale que, selon nous, les gens devraient suivre [petits rires]. Nous avons légèrement changé de style musical et avons opté pour une nouvelle approche, qu’on pourrait qualifier de nouvelle routine. En termes de titre, nous voulions juste quelque chose qui sonne frais et nouveau, et The New Routine semble être un bon début [petits rires]. D’ailleurs, si tu écoutes les paroles de la chanson « Old Fashioned » qui ouvre l’album, ça dit que nous ne supportons pas l’idée d’être démodés [petits rires].

Sur leur orientation musicale et leur évolution :

Nous n’avons pas été influencés par de vieux groupes à proprement parler, mais nous avons démarré le processus de composition en passant beaucoup de temps à écouter de vieilles musiques et des chansons qui nous ont amenés à aimer la musique comme nous l’aimons aujourd’hui en tant que musiciens. Le but était d’essayer de retrouver l’esprit de ce que nous aimions dans chaque chanson, quelles parties nous aimions et quel feeling nous recherchions. Puis nous avons fusionné ça avec la musique que nous écoutons et qui nous inspire aujourd’hui, ça peut être n’importe quoi. Le batteur, Andreas [Wilberg], écoute plein de pop contemporaine, beaucoup de RnB et de hip-hop. Moi, je ne suis pas trop là-dedans mais je sais que Love est lui aussi branché là-dessus. Nous essayons de combiner ce qui nous inspire chacun dans les musiques contemporaines. En fait, nous nous sommes un peu éloignés du metal. Je jouais dans un groupe de metal avant, Love jouait dans un groupe de death metal et Andreas était dans un groupe de metal progressif. Quand nous avons commencé à jouer, nous nous disions que ceci était notre héritage, donc c’était ce vers quoi nous nous tournions avant, mais plus nous passions de temps ensemble, plus nous réalisions que le côté metal en nous s’est estompé et nous nous sommes de plus en plus intéressés à trouver des riffs et des sons plus cools qui ne sonnaient pas metal. Je suppose que ça faisait également partie de notre approche de l’écriture avant, mais plus le temps passait, plus nous nous dirigions vers un son rock.

« Je jouais dans un groupe de metal avant, Love jouait dans un groupe de death metal et Andreas était dans un groupe de metal progressif […] mais plus nous passions de temps ensemble, plus nous réalisions que le côté metal en nous s’est estompé. »

Sur leurs nombreuses influences nord-américaines (Rage Against The Machine, Death From Above 1979, The Weeknd, Queens Of The Stone Age, etc.) alors qu’ils sont un groupe suédois :

Je ne suis pas sûr si nous avons réfléchi à où nous avons puisé nos inspirations, dans quelles régions du monde. Je ne me rendais pas compte que la plupart des groupes qui nous influençaient venaient d’Amérique ou du Canada. J’imagine que ce n’est qu’une coïncidence. Mais en effet, nous n’avons pas beaucoup d’influences rock et metal en provenance de Suède. Enfin, nous avons quelques amis ici mais il y a tellement de groupes que je ne connais pas [petits rires]. Je peux remonter à notre premier album, avec un groupe comme Cult Of Luna qui était une grande inspiration au début, si on parle de groupes suédois, mais aussi l’artiste Robyn, et son lien avec Röyksopp est aussi quelque chose qui nous a inspirés avant, et qui nous inspire toujours maintenant. J’imagine qu’on pourrait aussi citer Tove Lo, si on va dans un côté plus pop. Mais dans le metal… Je ne suis pas sûr, pour être franc. Cult Of Luna serait ma seule réponse [petits rires]. Meshuggah, j’imagine, aussi…

Sur la chanson « 13 », qui possède des effets similaires à « Intergalactic » des Beatie Boys et un riff à la « Bulls On Parade » de Rage Against The Machine :

Le but n’était pas exactement de copier ou rendre hommage. Nous avions nos propos idées et nous voulions utiliser un son de vocodeur sympa. C’est d’ailleurs quelque chose que nous avions déjà utilisé auparavant, mais cette fois, nous l’avons mieux mis en avant. Et en effet, c’est très similaire à « Intergalactic », je m’en rends compte, car c’est le même son de vocodeur, mais la chanson en soi ne ressemble pas. En revanche, l’histoire du riff à la « Bulls On Parade », c’est un peu un hommage, même si ce n’est pas exactement… C’est très similaire mais ce n’est pas totalement la même chose. Mais oui, c’est très inspiré par « Bulls On Parade ».

Sur la collaboration avec trois producteurs – Daniel Bergstrand, David Castillo et Lawrence MacRory :

Nous expérimentons constamment dès qu’il s’agit de choisir qui devrait enregistrer l’album. Nous avions travaillé avec Daniel sur l’intégralité des deux premiers albums, mais David Castillo, ça fait presque depuis que nous avons commencé le groupe qu’il nous demandait si nous pourrions faire quelque chose ensemble, donc il était toujours dans notre esprit. Pour cet album nous voulions essayer quelque chose de nouveau, et nous avons décidé de changer d’ingénieur d’enregistrement, donc nous lui avons parlé et nous avons enregistré l’album, les guitares, la batterie et la basse avec lui au studio Ghostward. Puis nous avons enregistré le chant par nous-mêmes. Nous avons parlé à Daniel pour le mixage, donc nous avons été le voir et avons mixé l’album avec lui. Et ensuite, Lawrence a réalisé le mastering. C’est toujours nouveau quand on commence à enregistrer un album. Nous avons notre vision et ensuite il faut trouver un terrain d’entente avec la personne avec qui on travaille. Mais je pense que le produit final est proche de ce que nous entrevoyions. Ceci dit, le travail de production proprement dit, c’est nous qui l’avons fait, en le divisant entre nous trois. D’ailleurs, ils ne veulent même pas qu’on les appelle des « producteurs ». Nous leur avons demandé s’ils voulaient qu’on les note comme « producteurs » sur l’album mais ils ne voulaient pas vraiment. Ce sont juste des ingénieurs d’enregistrement et de mixage. Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’ils ont beaucoup contribué à la musique en tant que telle, mais le son, évidemment, vient des deux côtés. Et c’est probablement l’album qui sonne le mieux parmi tous ceux que nous avons faits. Nous sommes très contents du son que nous avons aujourd’hui ! Mais on verra ce qui se passera sur le prochain album.

Interview réalisée par téléphone le 16 avril 2019 par Philippe Sliwa.
Retranscription, traduction & introduction : Nicolas Gricourt.
Photos : John Gyllhamm.

Site officiel de Port Noir : www.portnoir.com

Acheter l’album The New Routine.



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