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Rockin’1000 : le commun des Mortels au royaume des Dieux


Dimanche 6 janvier 2019, 13h, notification sur mon téléphone : « Bonjour Nathalie nous avons évalué votre candidature et vous avez été jugée apte à faire partie du groupe Rockin’1000. Félicitations ! Vous pouvez désormais participer à nos événements. » Trois jours plus tôt, j’avais envoyé une vidéo de moi chantant « Ramble On » de Led Zep’ au casting du Rockin’1000. Une vidéo simple, en répète avec les copains, mais où, quand même, je faisais de mon mieux ! Le concept du Rockin’1000 est né en Italie en 2015, lorsque Fabio Zaffagnini, grand fan des Foo Fighters devant l’Eternel a rassemblé mille musiciens amateurs pour reprendre « Learn To Fly » du gang de Seattle afin de les persuader de venir jouer dans leur ville, Cesena. Le concept du « plus grand groupe de rock du monde » était né.

Après plusieurs événements en Italie, le Rockin’1000 s’exporte et pousse les portes de Paris pour un concert prévu au Stade de France le 29 juin 2019.

Artiste : Rockin’1000
Date : 29 juin 2019
Salle : Stade de France
Ville : Saint-Denis [93]

C’est par l’entremise de mon pote JB que j’ai appris pour le casting, un soir où nous répétions. Je me suis donc filmée sur plusieurs morceaux et dès le lendemain j’épluchais le site du Rockin’1000 pour connaître les tenants et les aboutissants du projet : musiciens amateurs uniquement, pas de salaire ou de défraiement, apporter son matériel, sauf pour les chanteurs/chanteuses, être disponibles trois jours d’affilée pour les répétitions et le grand jour. Jouable pour moi. Pour la France c’est Philippe Manœuvre qui est le parrain du projet. Il fait partie des personnes qui valident ou non les castings. Il a vu et donné son avis sur chaque prestation, filmée ou en direct lors d’une journée de sélections directement au stade. J’ai donc envoyé ma vidéo, une brève présentation, et j’ai attendu jusqu’au jour fatidique où j’ai reçu leur réponse, positive : je faisais partie du projet et j’allais chanter au Stade de France !

D’un point de vue purement technique, logistique, le Rockin’1000 a mis en place une application dédiée à tous les musiciens sélectionnés pour le projet, une application qui fonctionne avec un code confidentiel envoyé par la production une fois notre sélection validée. Sur cette application, nous pouvions retrouver toutes les informations concernant l’événement : la localisation, comment s’y rendre, les dates et horaires des répétitions, la possibilité de louer des instruments par leur biais, etc. Mais surtout, une partie spéciale pour les tutoriels. L’équipe a fait un énorme travail en amont afin de permettre à tous de travailler dans les meilleures conditions. Chaque musicien, et nous étions au total 1 038 sur cette édition française, recevait sur l’application sa partie à apprendre. Pour le chant, par exemple, j’ai reçu tous les morceaux au fur et à mesure. Pour chaque morceau j’avais, en ouvrant mon application, la version originale du titre, la version de travail avec les autres instruments derrière et la ligne de voix représentée au clavier avec les instructions (décompte pour commencer à chanter, les breaks, etc.), une version de travail avec tous les autres instruments et bien sûr les paroles.

Chaque morceau a été retravaillé par l’équipe des « gurus », petit nom donné à nos professeurs pour chaque section. Le groupe des 1 038 est scindé en plusieurs parties distinctes : guitares left et right, batteries left et right, basses toutes ensemble et pour le chant, un côté hommes et un côté femmes et dans chaque section des chanteurs et chanteuses, lead vocals et backing vocals. Rien n’est laissé au hasard. Quand on y pense, le travail effectué par l’équipe des professeurs est absolument phénoménal. Et ils étaient disponibles tout le temps pour répondre à nos questions et pour nous aider 24h/24h presque ! Sachant qu’ils sont tous bénévoles, quelle implication démentielle, quelle passion !

C’est donc à l’aide de ces tutoriels que j’ai commencé à apprendre les morceaux de la setlist. Il y en avait dix-neuf au total, dont un instrumental. Sur les chansons que je connaissais déjà il a fallu « désapprendre » pour ré-apprendre la version Rockin’1000, c’était le plus dur à mon niveau, car les automatismes ne se perdent pas facilement ! Des groupes Facebook spéciaux ont été créés pour permettre d’échanger avec les autres musiciens sélectionnés, de partager nos craintes, nos avis sur les morceaux, voire nos difficultés éventuelles avec celles et ceux qui étaient dans le même bain que nous ! Des répétitions Rockin’1000 ont même été organisées un peu partout en France et ailleurs ! La machine était lancée ! Pendant six mois j’ai bossé, seule, au minimum une heure par jour, plus dès que je le pouvais, afin de connaître par cœur les dix-neuf morceaux qui constitueraient la setlist du concert. Des morceaux que j’aime, d’autres que j’aime moins et d’autres encore que je n’aime pas…

Puis le jeudi 27 juin est arrivé, premier jour d’un week-end intense, inoubliable, indescriptible et surtout chaud, très chaud, la canicule ayant décidé de nous rendre visite pile-poil ces trois jours-là ! Attendus pour 8h, les chanteurs et chanteuses ainsi que les guitaristes devaient tous avoir hâte car dès 7h30, heure de mon arrivée, la queue devant l’entrée dédiée au Stade de France était impressionnante ! Armée de ma pièce d’identité, je me plaçais dans la file, la peur au ventre : et s’ils n’avaient pas mon accréditation ? Et si je n’étais pas dans la liste, et si, et si… Dès que la charmante personne m’eut posé le bracelet magique et donné mon pass d’identité, avec mon nom, mon prénom et ma tronche dessus, j’ai poussé un ouf de soulagement. J’y suis.

Précieux sésame autour du cou, je pénètre dans le stade. Dès l’entrée, le personnel, tout sourire, nous remet un tote-bag plein de goodies (gourde, bouchons d’oreille, badge, magazine, etc.), une très gentille attention. A souligner, l’accueil impeccable que nous avons eu de la part de l’organisation du Stade de France pendant ces trois jours, un personnel accueillant et aux petits soins pour tout le monde, de la personne de la sécurité aux personnes du nettoyage en passant par les personnes nous servant les repas, tous ont été exceptionnels ! Sans oublier tous les techniciens qui ont œuvré avant, pendant et après le concert afin que tout soit parfait. Merci à toutes et tous, de tout cœur ! Après avoir arpenté les dédales des couloirs, j’arrive dans les gradins du milieu du stade, et là, première claque : la pelouse, immense, recouverte pour l’occasion et les gradins tout autour, jusqu’au ciel, ça donne le vertige ! De ci de là, quelques musiciens commencent à s’installer sur cette pelouse mais le gros des troupes est attendu pour 10h. Je file jusqu’au Chorum, grande salle réservée au chant pour les répétitions du jeudi.

Sourires timides, on se salue, et soudain s’élèvent les toutes premières notes de la toute première répétition tous ensemble, nous les 209 voix du Rockin’1000. Frissons, nœuds dans la gorge, larmes sur les joues, hommes ou femmes nous sommes logés à la même enseigne, l’émotion prend le dessus… puis, au fur et à mesure que les morceaux s’enchaînent et que notre adorable coach Augusta nous pilote, nous met sur les rails, je réalise ce qui est en train de se jouer et ce qu’il va se passer samedi : je vais chanter au Stade de France !

Les répétitions vont se prolonger jusqu’à environ 19h, entrecoupées d’une pause déjeuner qui me permettra de visiter un peu plus les lieux et de la visite de Philippe Manœuvre qui vient faire un coucou à tout le monde. Accessible, et surtout croyant à fond en son bébé, il est revigorant et prend le temps de parler à tout le monde, fait selfies sur selfies et signe des autographes à tour de bras ! Il reste lorsque nous reprenons la répétition, tape des mains, chante, bref il est à fond ! A la fin de la journée, sous un soleil et une chaleur étouffants je rejoins les extérieurs où sont désormais installés tous les musiciens. Les copains sont en train de répéter « Suck My kiss » des Red Hot Chili Peppers. Je m’assois pour savourer quelques instants. Le stade tremble sous les coups de baguettes des batteurs et sous les attaques de basses alors que les guitares donnent un groove insensé, amplifié par la sono hyper puissante. La vibration parcourt le corps, c’est indescriptible et partout autour de moi c’est l’émotion qui gagne les chanteurs/spectateurs de cette répétition. Les « Ohhh », les « Ahhh », les « Oh putain » et surtout les yeux rougis, voire les larmes et les regards échangés entre nous annoncent l’état d’esprit de chacun : donner le meilleur !

Le lendemain, réveil aux aurores afin d’être au stade pour 8h. Cette journée sera la plus harassante des trois car nous allons faire la setlist complète trois fois ! Il fait chaud déjà à 8h, une mer de parasols et de couvertures de survie s’est abattue sur les instruments et je m’installe derrière un micro, ma place, là où le samedi je déballerai mes tripes devant 55 000 personnes… J’ai peine à réaliser encore car cette répétition en extérieur est uniquement pour les voix, afin de tout caler techniquement. Nous rencontrons celui qui sera notre chef d’orchestre, Alex Deschamps, chanteur, musicien et professeur. L’équipe est au complet ! On se protège comme on peut du soleil brûlant, on boit des litres et des litres (merci pour la gourde, on les a amorties !) et on se tartine de crème solaire pour éviter les coups de soleil. D’énormes ventilateurs ont été installés aux quatre coins de la pelouse par les équipes du stade et nous avons un accès à l’eau juste au pied de la pelouse, franchement appréciable de ne pas avoir à remonter les gradins pour remplir les gourdes !

Pause déjeuner bien méritée et dès 15h c’est la répétition avec tous les musiciens. Une pure claque dans la gueule, un uppercut de son qu’on a tous pris pleine bourre, mais tellement bon qu’on en redemande encore et encore ! Nirvana, les White Stripes, les Pixies, Téléphone, les morceaux s’enchaînent et là on réalise le travail énorme fourni par tout un chacun, c’est absolument incroyable d’entendre ces morceaux qu’on a bossés dans notre coin prendre vie comme ça, c’est une telle émotion et une telle fierté ! Philippe Manœuvre est de nouveau à nos côtés, il passe de pôle en pôle pour saluer tout le monde et il reste dans les gradins pendant cette répétition malgré la fournaise. Puis arrive sur la pelouse le Guest de la soirée, celui qui va jouer avec nous trois morceaux samedi soir, Norbert Krief, oui, le Nono de Trust ! Balance, réglages et c’est reparti pour une répète avec lui à la guitare !

Après un dîner rapide c’est à 20h45 que nous nous rassemblons tous dans les coulisses pour la répétition générale, avec lights, pyrotechnie et maître de cérémonie. 21h, c’est parti, chaque section descend le grand escalier au fur et à mesure et nous prenons place sur cette pelouse gigantesque. Chaque musicien a une oreillette avec les morceaux qui sont envoyés par les ingénieurs du son, un clic pour démarrer et s’arrêter tous ensemble. Nos gurus respectifs peuvent nous parler dans ces oreillettes, ce qui facilite grandement la mise en place et est très rassurant ! A 23h30, exténuée par cette journée, je quitte le stade pour rentrer à l’hôtel mais à peine la porte du hall est-elle ouverte que je retrouve des copains du Rockin’1000, des Français, des Italiens, un Polonais, etc. La fatigue s’estompe à mesure que nous partageons nos ressentis tous ensemble autour d’une bonne bière et c’est avec le cœur léger et une hâte immense que je vais me coucher. Demain, le grand jour…

Après une autre répétition, c’est petite relâche le samedi vers 15h, j’en profite pour faire une sieste dans le Chorum, au frais. Puis le dîner et tout le monde file se préparer, on se fait beaux pour le grand soir. Les gens du stade nous installent des paravents partout dans le Chorum pour donner un peu d’intimité, c’est top ! Le rendez-vous est donné à 20h30 dans les coulisses pour un show qui doit débuter à 21h. Mais le public est déjà en train d’entrer dans le stade à 19h ! Au fur et à mesure que les gradins se remplissent, mon ventre se noue. C’est impressionnant de voir tout ce monde ! Ma famille m’a fait une surprise en déployant une banderole avec mon pseudo, je les repère plus facilement dans le public comme ça ! Ils sont arrivés et j’ai les pétoches ! L’animateur en charge de la première partie fait chanter les spectateurs et ça résonne à fond dans les coulisses, on essaie toutes et tous de jeter un œil sans se faire voir, derrière les rideaux…

On se bisouille, on se serre les mains, on se fait des câlins et on se dit « merde »…

Top départ, il est l’heure d’entrer en scène… Un flot ininterrompu de musiciens déferle sur cette pelouse mythique, au son d’un discours rappelant que nous sommes des amateurs, que nous sommes Monsieur et Madame Tout-le-Monde. 1 038 personnes le cœur battant à tout rompre, les yeux ébahis et l’air incrédule devant autant de public ! Nous prenons place, pas le temps de souffler. Puis ce moment incroyable où on entend le décompte du premier morceau dans nos oreillettes et où dès ses premières notes le stade crie comme un seul homme car il a reconnu « Highway To Hell ». Galvanisée…

Les morceaux s’enchaînent et on donne tout, absolument tout, à 2000% et le public nous le rend au centuple, c’est incroyable ! Les applaudissements, les cris, les morceaux repris par tous ces gens, les milliers de lucioles pendant les Pixies, le rappel sur « Seven Nation Army », les chants pendant Johnny, et ce final absolument incroyable, tellement d’émotion !!!

A la fin du concert, on nous laisse savourer et aller vers les gens dans les gradins. Dans une bouffée de bonheur immense je cherche mes filles et mon mari, ma famille, je les vois, je leur fais des signes, mais lorsque je commence à repartir vers le centre de la scène, je suis appelée par les personnes du premier rang. On me remercie, on me félicite, des jeunes me demandent des selfies, une dame me pleure dans les bras car, je cite, « vous m’avez donné tellement d’émotion ». J’avoue, je ne sais plus trop quoi faire, alors je savoure, je serre des mains, je fais des bises et je prends tout cet amour, toute cette joie, tout ce bonheur que les gens m’offrent à ce moment précis.

Les larmes coulent sur mes joues car je réalise ce que je viens de faire et de vivre, et quand je regarde autour de moi, je vois la même émotion, le même sourire, les mêmes larmes sur les joues des musiciens et musiciennes autour de moi ! J’ai vécu tout ça de l’intérieur, entourée de tous mes nouveaux copains, que dis-je, de ma nouvelle famille de cœur et de rock, ces belles rencontres qui m’ont touché l’âme, ces personnes avec qui j’ai vibré pendant trois jours. Et le dimanche je me suis réveillée et j’ai pensé : 

« Hier, j’ai chanté au Stade de France… »

Setlist Stade de France Rockin’1000 :

Highway To Hell – ACDC
Should I Stay Or Should I Go – The Clash
Smell Like Teen Spirit – Nirvana
Suck My Kiss – Red Hot Chili Peppers
Blitzkrieg Bop – Ramones
You Really Got Me – The Kinks
Supersonic – Oasis
Allumer Le Feu – Johnny Hallyday (feat. Nono)
Un Autre Monde – Téléphone (feat. Nono)
We Will Rock You – Queen (feat. Nono)
Smoke On The Water – Deep Purple
Rebel, Rebel – David Bowie
Jumping Jack Flash – The Rolling Stones
I Wanna Be Your Dog – The Stooges
Where Is My mind – The Pixies
Seven Nation Army – The White Stripes
Song Two – Blur
Learn To Fly – Foo Fighters
Medley Hendrix/Led Zeppelin – Purple Haze / Foxy Lady / Kashmir / Moby Dick / Heartbreaker / Communication Breakdown / Whole Lotta Love (instrumental)



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  • Ça devait être quelque chose de participer à ça en tant que musicien, tu le décris d’ailleurs très bien.

    Par contre, le fait que ce soit organisé en partie par le plus grand escroc et ignare de l’Histoire du journalisme Rock, ça m’aurait refroidi tout de suite.

    [Reply]

    Biniou

    AHAHAHAHAHAHAHA!
    Tellement vrai et tellement bine dit. Philippe Manoeuvre est tellement une daube, ce mec a violé l’histoire en se prétendant historien rock et en donnant son avis sur tout et n’importe quoi. Ce pauvre type avec ses lunettes de débile est resté bloqué aux Clash et aux Sex Pistols.
    Florilège de ses meilleurs interventions:
    -il n’y a pas eu de grands guitaristes depuis Hendrix
    -le hellfest il faut au moins y aller une fois dans sa vie ( et depuis ca on a des mongoles deguisés en licornes et des idiots qui viennent juste picoller mais qui achètent des pass 3 jours en nous empêchant de nous y rendre)

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