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Live Report   

Rodrigo Y Gabriela : la chaleur hispanique qui cache un cœur de metal


Rodrigo Y Gabriela, un duo mexicain, virtuose de la guitare flamenco, qui rencontre aujourd’hui un joli succès. Un duo atypique également pour son background associé au metal – ils ont débuté dans un groupe de thrash méxicain du nom de Castlow, fin des années 80 début des années 90 – qu’ils prennent un malin plaisir à dissimuler ou exposer dans leur répertoire au nez d’un public pas forcément averti. Mais c’est aussi ainsi qu’ils ont attiré l’attention de la communauté metal, pas vraiment son public de prédilection, preuve de la perméabilité des genres. On connaît désormais leurs reprises d’ »Orion » et « One » de Metallica ou le fameux « Stairway To Heaven » de Led Zeppelin, ou leur hommage à Dimebag Darrell en compagnie du guitariste de Testament Alex Skolnick (lui-même adepte des exercices inter-genres avec son trio jazz) sur l’album 11 :11. On les aura vu s’illustrer avec Death Angel (la chanson « Claws In So Deep » sur Relentless Retribution en 2010), Maligno (« Coffin Of Dreams » sur l’excellent The Funeral Domine en 2011) et cette année avec Marty Friedman (« Wicked Panacea » sur Inferno).

Et en live, qu’est-ce que ça donne ? Est-ce que cette « particularité » s’y exprime également ? Nous avons été le 10 décembre dernier à la Halle Tony Garnier voir comment Rodrigo Sanchez et Gabriela Quintero, armés de leurs seules guitares sèches, tiennent une si grande scène et une telle salle.

Artiste : Rodrigo Y Gabriela
Date : 10 décembre 2014
Salle : Halle Tony Garnier
Ville : Lyon

Amusant comme quelques minutes avant de monter sur scène résonnent la guitare tranchante de Dimebag Darrell et les beuglements de Phil Anselmo dans les enceintes de l’ancien abattoir. Amusant comme le duo attendra jusqu’à la toute fin de « The Pot » de Tool, qui a donc été enchaîné à un bon vieux Pantera des familles, pour daigner monter sur scène, refusant vraisemblablement de couper court à un tel monument musical, alors que la salle était déjà plongée dans l’obscurité et les lumières de la scène prêtes à les accueillir.

Gabriela, se tient droite, les yeux souvent fermés alors que ses mains dansent avec énergie. Elle renvoie elle-même, aux premiers abords, une image de femme latine autoritaire. Pourtant ses sourires qu’elle laisse finalement échapper et sa timidité lorsqu’il s’agit de parler au public, ne maîtrisant visiblement ni la langue française, ni la langue anglaise, font rejaillir toute sa tendresse. Rodrigo, c’est le jeune gars simple, T-Shirt et jeans, jambes écartées ou le pied sur le retour, comme il devait le faire lorsqu’il jouait adolescent dans son groupe de metal. La première maîtrise le jeu en percussion, frappant, pinçant, claquant, raclant les cordes et la caisse de sa pauvre guitare, le second s’illustre dans un jeu autant rythmique qu’en solo à couper le souffle. Comment d’ailleurs ne pas voir l’héritage du thrash dans ses riffs fulgurants de vitesse à faire pâlir le plus frénétique des thrasheurs, comme dans cette plage solo en milieu de concert où il alterne ceci à des plans purement flamenco, s’amusant des contrastes. Très vite on entend raisonner le « Orion » de Metallica parfaitement réapproprié dans leur configuration, enchaîné à « Battery » juste après un solo usant d’une bouteille de bière en guise de bottleneck. Ceci avant de revenir comme si de rien n’était à la normale, à son répertoire de musiques purement hispaniques tout aussi ébouriffant et captivant, tantôt pêchu et entraînant, tantôt emprunt de douceur et volupté, si bien qu’on n’a jamais le temps de s’ennuyer, et toujours ce petit côté « easy listening » qui parlera à tous. Et l’influence de Metallica se rencontre à quelques autres tournants, par de tout petits clins d’œil : une fin reprenant le riff de « Ride The Lightning » ici, une autre empruntant à « Of Wolf And Man » là… Tout comme l’influence du rock avec, par exemple, l’usage parfois d’un effet wah-wah « hendrixien ».

Et si on se dit au départ que, décidément, cette scène est bien trop grande pour eux, même si le « raffut » qu’ils sont capables de faire avec seulement deux guitares sèches n’a pas de mal à remplir l’espace sonore, ils ont tout de même trouvé la solution : ils ont de la place à revendre alors que le public est là-devant serré ? Bien ! Faisons monter une partie du public pour le laisser assister au show depuis les planches ! Une première vague les aura littéralement envahit : « Vous êtes sûrs que ça fait dix personnes là ? On dirait plutôt cinquante, non ? » Dit Rodrigo en souriant. Puis une seconde vague, un peu plus tard, d’une petite dizaine de personnes, invités à siéger et apprécier le show sur des sortes de bancs derrière les deux musiciens, au milieu desquels Rodrigo ira s’incruster lors de son solo. Ils profitent également de leur position pour faire un peu de sensibilisation sur un sujet qui, visiblement, leur tient à cœur, arrivant avec une lettre traduite spécialement en Français. Il s’agit de l’enlèvement de 43 étudiants d’Ayotzinapa, une école mexicaine, le 26 septembre dernier, devenu une affaire d’état et une crise politique au Mexique.

Arrivent les rappels, et résonne le « War Pigs » de Black Sabbath, avec une petite distorsion et chanté par Rodrigo, que tout metalleux, évidemment, connaît par coeur, ce qui est moins le cas d’une grande partie de l’assistance ce soir. A la fin de cet extrait, Rodrigo dira : « Vous n’avez aucune idée de ce qu’est cette chanson, n’est-ce pas ? Bon, on va essayer de vous trouver une autre chanson que vous pourrez chanter avec nous. » Et là, ils se mettent à chercher des riffs entre eux. Arrive un moment où Rodrigo lâche quelques notes du « More Than Words » d’Extreme et, lorsque le public se met à manifester son approbation, il stoppe net et lance d’un air moqueur et un brin provocateur : « Nah, pas ça, c’est de la merde ! » Il enchaîne avec l’air de « Otherside » des Red Hot Chili Peppers avant de se rendre compte qu’il ne connaît pas les paroles, puis sur le « Creep » de Radiohead qui fédère immédiatement toute la salle.

Le show plein de complicité, de chaleur et de virtuosité se clôt sur l’entraînant en diable « Tamacum », devant un public qui ne se fait pas prier pour danser et laissant un soleil briller dans toutes les têtes, avant de repartir le cœur encore bouillant dans le froid hivernal.

D’autres photos pour le plaisir :

Note : il s’agit là des seules photos qu’il nous a été autorisé de montrer. Donc, malheureusement, pas de galerie photos contrairement à nos habitudes et ce qui était prévu.



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