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Interview   

Ronnie Romero à l’école du classic rock


Ça ne fait que six ans qu’on entend parler de Ronnie Romero, depuis qu’il a sorti le premier album de Lords Of Black, groupe qu’il a fondé avec le guitariste Tony Hernando, et pourtant l’expérience acquise durant ces six années a de quoi impressionner. Appelé par Ritchie Blackmore en 2015 pour remettre le légendaire Rainbow sur les planches, il a ensuite collaboré avec Leo Leoni de Gotthard dans le projet CoreLeoni, a été appelé en renfort par Michael Schenker pour son Michael Schenker Fest et c’est naturellement vers lui que l’ex-Whitesnake Adrian Vandenberg s’est tourné pour remettre sur pied le groupe Vandanberg. Mais il suffit de l’entendre chanter seulement quelques secondes pour comprendre pourquoi tous se l’arrachent : Ronnie Romero est de la trempe des Ronnie James Dio, David Corverdale ou Steve Lee.

Nous avons profité de la sortie de 2020, le nouvel album de Vandenberg, pour comprendre le « phénomène » Ronnie Romero et revenir sur sa courte mais déjà prolifique carrière, qu’il gère à sa façon et qui a explosé depuis qu’il a quitté le Chili pour s’installer en Europe. Il évoque avec nous ses influences, sa relation aux guitaristes emblématiques qu’il a côtoyés et ce que toutes ces expériences ont déjà pu lui apporter.

« Je me souviens quand mon père m’a donné une cassette de Starkers In Tokyo, j’ai été scotché par la voix de David. C’est à cet instant que j’ai réalisé que je voulais devenir un chanteur de rock. Imagine ma grande surprise quand Adrian m’a appelé pour m’offrir l’opportunité de travailler avec lui ! »

Tu as déclaré que la raison pour laquelle tu as commencé à chanter durant ton adolescence, c’était l’album live acoustique Starkers In Tokyo de David Coverdale et Adrian Vandenberg. Peux-tu nous en dire plus sur cette expérience, c’est-à-dire la première fois que tu as entendu cet album ?

A l’époque, j’étais un enfant complètement différent du reste de mes camarades d’école. Quand j’étais enfant, mon père était un grand fan de classic rock et de hard rock des années 60 et 70. Donc quand mes camarades d’école écoutaient Nirvana, Metallica et tous ces groupes, moi j’écoutais Kansas, Boston, Pink Floyd, Led Zeppelin, Deep Purple, etc. Je me souviens qu’un des premiers albums de rock que j’ai entendus de toute la saga Deep Purple était l’album acoustique Starkers In Tokyo de Whitesnake – c’était d’ailleurs le tout premier album de Whitesnake que j’ai entendu. C’était drôle parce qu’après ça, quand j’ai commencé à écouter les versions électriques des chansons, ça m’a fait vraiment bizarre ! Il a fallu que je m’y habitue. Je me souviens quand mon père m’a donné une cassette de Starkers In Tokyo, j’ai été scotché par la voix de David. C’est à cet instant que j’ai réalisé que je voulais devenir un chanteur de rock. Imagine ma grande surprise quand Adrian m’a appelé pour m’offrir l’opportunité de travailler avec lui !

Et quelle a été ta relation au groupe Vandenberg orignal ?

Tout était lié à Deep Purple et ensuite à Whitesnake. Je me souviens que le tout premier album de Deep Purple que j’ai écouté était Made In Japan, quand j’avais, je crois, sept ans. Ensuite, j’ai commencé à faire des recherches et j’ai écouté Deep Purple et Rainbow, puis Whitesnake et ensuite Vandenberg. C’était totalement différent quand j’ai entendu Vandenberg pour la première fois. Je m’attendais à quelque chose d’assez similaire à Whitesnake, alors que finalement ça m’a paru totalement différent. C’était plus mélodique dans la veine des groupes de rock américains. C’était super sympa. J’ai de bons souvenirs de ces albums.

Comment a été ton expérience à travailler avec Adrian Vandenberg sur l’album 2020 ?

C’était génial ! J’étais surpris parce que lorsqu’il est arrivé avec les chansons, je m’attendais à quelque chose dans la veine du Whitesnake de 1987 ou Slip Of The Tongue. Puis quand nous avons travaillé sur les chansons, j’ai réalisé que c’était complètement différent. Ça renvoyait même à son affinité avec Rainbow, parce qu’il y a beaucoup de Rainbow dans les riffs de l’album. Il y a beaucoup de Whitesnake de la première époque, en fait, y compris en remontant jusqu’au premier album, soit un style plus bluesy et classique. Ça, pour moi, c’était super excitant, parce que même quand je travaillais avec Rainbow et d’autres groupes à faire du hard rock, je n’ai jamais eu l’occasion de faire ce type de musique spécifiquement, c’est-à-dire plus soul et bluesy. C’était génial pour moi de chanter ces chansons. Mais je pense que cet album est un bon mélange entre les goûts musicaux d’Adrian et les miens, qui sont similaires. Je veux dire qu’il a travaillé avec David, j’ai travaillé avec Ritchie [Blackmore]. C’est pourquoi, quand on écoute le nouvel album de Vandenberg, ça sonne un petit peu comme Whitesnake et un petit peu comme Deep Purple ou Rainbow sur d’autres chansons [petits rires].

Justement, la chanson « Hell And High Water », en particulier, rappelle beaucoup « Stargazer » de Rainbow, y compris dans tes lignes vocales. A quel point ton expérience aux côtés de Ritchie Blackmore t’a inspiré pour cet album et cette chanson spécifiquement ?

Evidemment, énormément ! Pas parce que j’ai travaillé avec Ritchie durant les cinq dernières années, mais parce que je suis un énorme fan de Rainbow et de Ronnie James Dio depuis que je suis gamin. Par exemple, l’un de mes albums préférés est l’album Rising de Rainbow sur lequel on retrouve « Stargazer ». C’était donc super cool quand Adrian a apporté cette chanson. Je lui ai dit : « Ça sonne énormément comme Rainbow. On va donc essayer de l’interpréter avec cette approche. » A la fois, il n’y a pas que Rainbow, il y a plein de choses différentes : il y a beaucoup de Whitesnake, comme je l’ai dit avant. Il y a cette chanson qui s’appelle « Freight Train » qui sonne même comme AC/DC. Je trouve qu’il y a plein de super éléments rock dans cet album, ce n’est pas juste un album de rock lambda, c’est très important.

Adrian nous a expliqué que quand tu chantes, tu étudies toujours les textes d’abord pour adapter ton style de chant au sens des paroles. Peux-tu nous parler un peu de cette part de ton travail ?

Bien sûr, c’est très important de travailler ainsi. Même si c’est Adrian qui a écrit tous les textes, quand on enregistre, on peut quand même faire quelques petits changements, parce que certains mots fonctionnent mieux pour l’interprétation ou une autre raison. Mais c’est très important pour l’interprétation d’apprendre et d’essayer de comprendre de quoi parle le parolier. Ceci dit, c’était très facile avec Adrian, car nous avons travaillé à peine deux ou trois jours sur les chansons en novembre dernier, c’était très rapide ! J’ai très vite compris le message des chansons. Du coup, quand j’ai été en studio, tout était très clair. Evidemment, il n’écrit pas des poèmes, n’est-ce pas ? [Petits rires] Ce ne sont que des chansons de rock, donc ce n’est pas dur de comprendre le message. Pour autant, il faut y mettre la bonne intention. Quand je chante une chanson, je n’ai pas envie de sonner comme un rappeur ou comme si je chantais de la merde, avec tout le respect que je dois aux rappeurs [rires]. Il faut que les paroles aient du sens et Adrian est un grand parolier, donc c’est très facile de travailler avec lui et de saisir le message pour le mettre dans la prestation. Je pense que ça fait aussi partie de l’alchimie que nous avons ensemble, et c’est pourquoi ça sonne vraiment cool.

« J’ai travaillé avec Ritchie Blackmore, Michael Schenker, Adrian Vandenberg, Leo Leoni de Gotthard, Simon Philipps de Toto… Si j’avais établi une check-list, tous ces gars auraient été dessus. Ce n’est pas si mal, non ? [Rires] »

Adrian nous a dit à ton sujet : « Quand je me suis rendu à Madrid pour la première fois pour lui parler, je lui ai dit qu’il y avait un problème : je voulais vraiment que ce soit un groupe et pas juste deux ou trois musiciens de sessions. Je lui ai demandé si, selon lui, il aurait suffisamment de temps malgré tout ce qu’il faisait. Ronnie m’a expliqué qu’il était obligé de faire tous ces trucs pour vivre en tant que musicien. » Est-ce que ça veut dire que tu n’as pas mis autant de passion dans ces autres projets que celle que tu mets aujourd’hui dans Vandenberg ?

[Réfléchit] Ce n’est pas vraiment lié [petits rires]. Evidemment, tout ce que je fais et sors, je le fais avec toute ma passion – les gens peuvent juger par eux-mêmes en écoutant tous mes albums – mais l’industrie musicale n’est plus comme dans les années 70 ou 80. Il n’y a plus de contrat musical d’un million de dollars. La plupart du temps, tous les revenus des musiciens – pas seulement les musiciens de mon niveau, qui est un niveau intermédiaire, mais aussi les musiciens de haut niveau – proviennent des concerts et non plus des ventes d’albums. Ça veut dire qu’il faut faire différentes choses. J’ai la chance de pouvoir choisir ce que je veux faire ; je ne suis pas un musicien de session qui fait tout ce qui se présente à lui. C’est pourquoi je peux dire que j’ai travaillé avec Ritchie Blackmore, Michael Schenker, Adrian Vandenberg, Leo Leoni de Gotthard, Simon Philipps de Toto… Si j’avais établi une check-list, tous ces gars auraient été dessus. Ce n’est pas si mal, non ? [Rires] Mais tout ce que je fais, je le fais de la manière la plus professionnelle qui soit, avec toute mon intention et toute ma passion.

Considères-tu Vandenberg comme étant ton groupe principal maintenant ?

On verra ! C’est mon intention, mais vu la situation avec le virus, tout a changé et maintenant, la seule manière de faire quelque chose est d’aller en studio et d’enregistrer des albums. Un groupe devient ton groupe principal quand il te donne suffisamment de travail pour ne pas avoir besoin de faire autre chose. Donc on verra quand ça sera fini avec le virus et que nous pourrons faire une vraie tournée, aussi grosse que possible, en soutien de l’album. Mais c’est bel et bien mon intention, bien sûr.

En janvier 2019, tu as annoncé ton départ de Lords Of Black, un groupe que tu as fondé avec Tony Hernando en 2014 et qui était jusqu’à présent considéré comme ton groupe principal. Mais il y a peu de temps, tu as annoncé ton retour dans le groupe. C’est un peu confus : pourquoi avoir quitté le groupe au départ et comment t’es-tu retrouvé à le réintégrer à peine un an plus tard ?

Lords Of Black était mon groupe principal parce que c’était le seul que j’avais formé. Je n’ai pas rejoint le groupe parce que c’était un grand nom comme Vandenberg ou Ritchie Blackmore. C’était mon premier groupe et j’étais là depuis le début. Mais j’ai quitté le groupe il y a plus d’un an parce que nous avons eu des différends professionnels avec Tony. Imagine que nous travaillions ensemble depuis le début de ce groupe avec Tony. Nous avons formé le groupe et toutes les grandes décisions reposaient sur nos épaules, à Tony et moi. Comme tu peux l’imaginer, quand on n’est pas un gros groupe, on n’a pas énormément de gens qui travaillent pour nous – des manageurs, des tourneurs, des gens pour le design visuel, des gens du label, etc. Il faut donc faire plein de choses soi-même et ça, parfois, ça engendre des différends. Je me souviens, à l’époque nous étions en train de travailler sur le troisième album, Icons Of The New Days, et nous n’étions pas d’accord sur l’approche des chansons, nous avons été en retard sur la livraison à la maison de disques, et il y a eu un souci, c’est tout. Je parle de différends « professionnels », parce que même quand j’ai quitté le groupe il y a plus d’un an, nous sommes constamment restés en contact avec Tony, nous étions toujours amis et nous nous parlions. Puis, il y a un mois, nous étions en train de discuter, et il avait des soucis avec le chanteur qui s’apprêtait à enregistrer l’album. Je lui ai dit que j’étais disponible pour lui donner un coup de main sur le nouvel album. Tout le monde s’est mis d’accord là-dessus. Ça convenait à la maison de disques. Evidemment, ça convenait à Tony et moi aussi. En fait, c’est très facile, ce n’est pas aussi compliqué que les gens peuvent l’imaginer [rires].

Tu es donc un chanteur de session pour Lords Of Black maintenant ou bien as-tu officiellement réintégré le groupe ?

Je travaille avec Lords Of Black de la même manière que je travaille avec tous les autres groupes. J’intègre un projet, j’enregistre un album et nous partons en tournée, et c’est tout [rires]. Il n’y a pas d’autre engagement professionnel. C’est ainsi que c’est censé se passer et c’est la meilleure façon de faire, dans mon cas. Je fais pareil avec Blackmore, Schenker et Vandenberg. Je ne m’engage pas sur le long terme. C’est un choix de ma part parce que je me suis engagé sur le long terme par le passé avec un groupe et ça m’a apporté plein de problèmes d’ordre légal. Donc à partir de là, j’ai décidé de ne travailler qu’en tant que chanteur de session.

Tu as aussi quitté CoreLeoni : était-ce clair dans ta tête dès le départ, ou même était-ce un accord avec Leo, que ce ne serait pas un projet à long terme pour toi ou bien y a-t-il une raison particulière pour que tu arrêtes ce projet aujourd’hui ?

Je n’ai jamais vu ça comme un projet à long terme, parce que dès le départ, je l’ai vu comme un groupe de reprises, car c’est ce que nous faisions, nous faisions des reprises d’un autre groupe. Même quand nous essayions de nous convaincre nous-mêmes que ce n’était pas un groupe de reprises, c’était un groupe de reprises. Être dans un groupe de reprises n’est pas l’une de mes priorités. Ça nous ramène à la situation avec le virus, nous avons eu des conflits d’emplois du temps, parce que tous mes engagements pour la première partie de cette année ont été déplacés à la fin de l’année, alors que dans le même temps, les gars de CoreLeoni voulaient tourner à la même période, en novembre et décembre. J’étais déjà en train de plancher avec Vandenberg sur une tournée. Ils ont également déplacé la tournée de Michael Schanker de mars et avril à décembre. J’ai donc dit aux gars : « Ecoutez, CoreLeoni n’est pas ma priorité parce que ce n’est qu’un groupe de reprises. J’ai besoin de faire d’autres choses. Je me suis déjà engagé auprès d’autres gens » et ils ont décidé de continuer avec un autre chanteur, ce qui ne me pose absolument aucun problème.

« J’intègre un projet, j’enregistre un album et nous partons en tournée, et c’est tout [rires]. Il n’y a pas d’autre engagement professionnel. C’est ainsi que c’est censé se passer et c’est la meilleure façon de faire, dans mon cas. Je fais pareil avec Blackmore, Schenker et Vandenberg. Je ne m’engage pas sur le long terme. »

En novembre 2015, tu as été annoncé comme faisant partie de la nouvelle incarnation de Ritchie Blackmore’s Rainbow. As-tu été surpris que Ritchie ait décidé de faire revenir Rainbow et revenir au rock après toutes ces années ?

Oui, bien sûr ! Tous les fans de Rainbow attendaient ça depuis longtemps. Même si ce n’avait pas été moi qui avais obtenu le poste et s’ils avaient choisi un autre chanteur, j’aurais été très content rien qu’en tant que fan de Rainbow. On attendait que ça se produise ! Mais si j’ai été très surpris, ce n’est pas juste parce qu’il voulait refaire ça, mais aussi parce qu’il m’a appelé [rires]. C’était il y a six ans, ils m’ont mis en lien avec lui, parce que j’ai eu un groupe hommage à Rainbow à Madrid quand je n’étais pas encore un musicien professionnel. Ils cherchaient un chanteur et ils sont tombés sur certaines vidéos de mon groupe de reprises sur YouTube, et c’est là qu’ils ont décidé de m’appeler. Ça s’est fait très facilement et rapidement ! [Rires] Donc imagine, je suis un grand fan de Rainbow et de Deep Purple, Ritchie est probablement mon musicien préféré de tous les temps, et j’ai reçu ce message de sa part parce qu’il a vu une de mes vidéos, et il veut que je rejoigne le groupe… Il est clair que c’est très surprenant, et très excitant !

Quand on rencontre en personne ses héros musicaux, il y a toujours le risque d’être déçu…

Pour ma part, c’était tout l’opposé : c’était encore mieux que ce à quoi je m’attendais. Evidemment, en tant que fan de Rainbow et de Ritchie, on connaît toutes les légendes à propos de son caractère ou je ne sais quoi. Je m’attendais à quelque chose de vulgaire et d’agressif, mais il a constamment été très sympa avec moi. Même sa famille, Candice, le management, l’équipe, etc. m’ont tous très bien traité. C’était très facile de travailler avec lui. C’est une légende, j’étais très honoré de travailler avec lui, car j’étais en train d’apprendre sans doute du meilleur. C’est une bénédiction.

Rainbow est un groupe qui a laissé une marque indélébile dans l’histoire du rock et tu marches dans les pas de certains des chanteurs les plus emblématiques du hard rock. Les gens allaient forcément te comparer à eux. J’imagine que la pression était énorme : as-tu hésité avant d’embarquer dans cette aventure ?

Oui, bien sûr, d’une certaine façon, parce que imagine, tu viens d’une carrière pas complètement amateur mais pas complètement professionnelle non plus, ce qui était ma situation il y a six ans quand j’ai rencontré Ritchie pour la première fois. Evidemment, tu te dis que les gens vont te comparer et que tu vas devoir chanter des chansons de Ronnie James Dio, Joe Lynn Turner, Ian Gillan, David Coverdale, Graham Bonnet… D’un autre côté, je n’ai jamais ressenti ce type de pression de la part de Ritchie lui-même. Il a été très bon pour m’aider à gérer ce petit stress. Donc, pour moi, c’était dès le début très facile de travailler avec lui. Je me souviens d’une phrase qu’il m’a dite : « Sois juste Ronnie Romero. N’essaye pas de copier les autres chanteurs. » Et ça marche. Ça s’est bien passé pour moi et c’était grâce à lui. Je n’ai même jamais ressenti ce genre de pression de la part du public lors des concerts. Chaque concert était une célébration de la carrière de Ritchie. Tout le monde voulait entendre toutes les chansons que nous jouions durant ces dernières années. Les gens profitaient. Je n’ai jamais ressenti de pression, de police musicale ou quoi que ce soit [petits rires].

Ça a été une expérience si forte pour toi que tu t’es même tatoué une phrase de la chanson « Catch The Rainbow » sur l’avant-bras durant la tournée…

Oui. En fait, je n’avais aucun tatouage avant de faire celui-ci. L’une des premières choses que Ritchie et Candice m’ont dites était que j’avais l’air trop propre, trop normal comme ça sans tatouage. Ensuite, nous étions sur la première tournée en 2016 avec le batteur David Keith et la choriste Christina [Lynn Skleros]. Nous nous ennuyions ferme à Birmingham en attendant le concert. Nous avons passé quatre ou cinq jours dans un hôtel à ne rien faire. Tout d’un coup, nous avons eu l’idée de nous faire tatouer. Nous avons été dans une boutique de tatouage en ville. J’ai décidé de faire ce tatouage parce que c’est ma chanson préférée de Rainbow. C’était pour commémorer la première tournée, qui était une expérience fabuleuse. Puis c’est devenu une tradition : à chaque tournée nous faisions un nouveau tatouage, tous les trois [rires]. Ce qui est drôle, c’est qu’un jour, j’ai dîné avec Ritchie avant un concert, il a remarqué mon nouveau tatouage, et il m’a dit très sérieusement : « Les tatouage ne te vont pas » [rires].

Quelles ont été les chansons les plus difficiles à chanter pour toi avec Rainbow ?

Celles de Joe Lynn Turner, à cause des différences vocales. Nous avons des manières complètement différentes de chanter. Il est plus mélodique et plus clair, alors que je suis plus agressif et plus heavy metal, comme Ronnie James Dio ou Graham Bonnet. C’est très dur d’obtenir le feeling des chansons de cette période de Rainbow. Puis il y a une chanson qui est particulièrement dure à chanter. Il s’agit de « Perfect Strangers » de Deep Purple, car pour moi, ce n’est pas la meilleure période d’Ian Gillan [rires]. Donc c’est très dur d’aller dans ces graves et de chanter d’une manière que je ne trouve pas très excitante.

« C’était encore mieux que ce à quoi je m’attendais. Evidemment, en tant que fan de Rainbow et de Ritchie, on connaît toutes les légendes à propos de son caractère ou je ne sais quoi. Je m’attendais à quelque chose de vulgaire et d’agressif, mais il a constamment été très sympa avec moi. »

On dirait que tous les grands guitaristes de hard rock se battent, pour ainsi dire, pour t’avoir dans leur groupe et sur leur album. Qu’est-ce qui fait de toi un tel chanteur à guitariste, selon toi ?

[Rires] Je n’en ai aucune idée ! Je suis juste un gars assis ici dans son canapé à attendre des opportunités et j’ai eu la chance d’avoir vu venir toutes ces opportunités de la part de ce type de personnes ! Je pense que ce n’est pas que la voix. C’est aussi la manière dont tu travailles avec les gens. J’ai appris dès le début qu’il faut être très professionnel à chaque fois, il faut être très sympa avec tout le monde. Je pense que je suis quelqu’un avec qui il est facile de travailler et c’est le genre de chose que ces gars recherchent. Ils ne veulent plus travailler avec des ego et des divas. Il faudrait leur demander, mais je suppose que c’est ça ! [Rires] Mais cette relation guitariste-chanteur est un élément typique que les gens recherchent dans le rock. Les gens qui étaient fans de rock recherchaient constamment cet assortiment et cette alchimie entre le chanteur et le guitariste, et tu peux le voir chez tous les groupes qui ont eu du succès, comme par exemple Dio avec trois ou quatre guitaristes – Ritchie Blackmore, Craig Goldie, Tony Iommi… Je pense que ça rend un groupe spécial. Je ne suis pas en train de dire que le batteur et le bassiste ne sont pas importants, bien sûr que non [petits rires]. Mais les gens ont toujours recherché cette relation guitariste-chanteur et c’est la chose la plus importante dans un groupe. Pas pour une question d’ego, mais à cause de la manière dont les fans voient les groupes.

Tu as déclaré que lorsque tu as rencontré Leo Leoni au moment où Lords Of Black ouvrait pour Gotthard, il t’a donné des conseils, mais je suis sûr que tu as reçu des conseils de la part de tous ces musiciens très expérimentés. Quels ont été les conseils les plus importants que tu aies assimilés ?

En fait, il y a plein de choses qu’ils ne te disent même pas mais que tu vois dans leur comportement et qui t’apprennent énormément. Par exemple, Ronnie James Dio est un gars que je n’ai jamais rencontré, jamais vu en concert, je suis juste un fan de sa musique, mais il y a une phrase qu’il a prononcée dans une interview une fois et qui a été importante dans ma carrière, il a dit : « Tu ne vas jamais te souvenir de tous les gens que tu rencontres dans ta carrière, mais les gens qui te rencontrent, eux vont se souvenir de toi le restant leur vie, donc tu dois bien les traiter. » C’est très vrai. C’est quelque chose que j’essaye normalement de faire. Ritchie, même s’il ne me donnait pas des conseils concrets, dans sa manière de travailler, il me disait qu’il faut être constamment professionnel, et pas seulement sur scène : il faut être professionnel en répétition, il faut être à l’heure partout, il faut bien traiter les gens, etc. C’est pareil avec Michael Schenker, il est toujours très ponctuel et c’est un mec qui travaille très dur. Je me souviens de la première fois que j’ai rencontré Michael, nous répétions à Londres. C’était le premier à arriver à la salle de répétition et c’était le dernier à quitter la salle de répétition. Donc toutes ces choses t’apprennent énormément, y compris quand les gens ne te disent rien, et ça pour moi, c’est très important.

Plus généralement, tu as pris la suite de plusieurs grands chanteurs : Steve Lee, Ronnie James Dio, Joe Lynn Turner, Bert Heerink, etc. Comment abordes-tu cette position ? As-tu étudié ces chansons pour rendre justice à leur héritage ou est-ce important pour toi – un peu comme Ritchie te l’a dit – de rester toi-même ?

Ce sont des sentiments un peu contradictoires. Evidemment, tu essayes toujours de mettre ta propre patte sur les chansons. Enfin, il faut avoir en tête que j’écoutais ces gars depuis que j’étais gamin. Ça faisait trente ans que j’écoutais tous ces grands chanteurs, comme Ronnie James Dio, Ian Gillan, David Coverdale, Glenn Hughes, etc. et pas seulement des gens de la saga Deep Purple, mais aussi de grands chanteurs comme Steve Perry, qui est l’un de mes préférés, Freddie Mercury, Steve Walsh de Kansas, etc. Ensuite, quand tu dois chanter ces chansons, il faut essayer d’y mettre ton propre style mais il faut aussi avoir conscience que les gens attendent un mélange entre ce que tu peux faire et l’original. Donc parfois, c’est un peu bizarre de chercher l’équilibre entre ta manière de chanter la chanson et le fait de respecter les interprètes originaux. Ça arrive très souvent avec Rainbow, par exemple, parce que les gens écoutent « Stargazer » ou « Man On The Silver Mountain », ils attendent un chant à la Ronnie James Dio, c’est évident, parce que c’est la marque des chansons, mais à la fois, tu n’es pas non plus obligé de copier absolument les chansons. Il faut trouver le moyen de contenter les deux moitiés du public [rires].

Si on pense au premier contact que les gens ont eu avec la nouvelle incarnation de Vandenberg, c’était avec le réenregistrement du classique « Burning Heart ». Inévitablement, dans les commentaires YouTube, les gens ont fini par comparer à la version originale avec le premier chanteur Bert… N’était-ce pas difficile ou frustrant pour toi de lire les gens faire ça ?

Pas tant que ça parce que, tout d’abord, je ne suis pas du genre à aller sur le net lire les commentaires [rires]. Ce serait une perte de temps, je pense. En fait, Ritchie m’a dit une fois : « Tu ne peux pas contenter tout le monde. C’est impossible. Sur le même concert, un gars va te dire que les lumières étaient géniales et un autre gars te dira qu’elles étaient nulles. » Pareil pour le son, le groupe, la prestation, etc. Nous sommes musiciens et il faut savoir qu’on ne peut pas contenter tout le monde. C’est donc une perte de temps d’aller sur internet et de lire les commentaires. Mais ça ne me pose pas de problème. Les gens vont de toute façon comparer. C’est le risque quand on réenregistre une chanson. Dans ce cas particulier, ce n’était pas si dur pour moi, parce que tout d’abord, la voix originale est complètement différente de la mienne. Même si j’avais essayé de copier, je n’aurais pas pu [rires]. C’est impossible pour moi de faire pareil. Dans ce cas, je l’ai interprétée le plus possible à la manière de Ronnie Romero, pour que les gens n’aient pas à comparer. Mais évidemment, il faut aussi respecter l’original. Je pense que globalement, ça n’a vraiment pas posé de problème aux gens.

« Je pense que je suis quelqu’un avec qui il est facile de travailler et c’est le genre de chose que ces gars recherchent. Ils ne veulent plus travailler avec des ego et des divas. »

D’un autre côté, en étant si souvent dans l’ombre de certains chanteurs légendaires, comme Ronnie James Dio, par exemple, est-ce que ça ne fait pas qu’il est plus difficile de s’établir en tant que soi-même et d’établir son propre style pour ce qu’il est ?

Tout dépend comment tu gères ta carrières. Si tu veux seulement être une copie de tous ces chanteurs ou si tu essayes de l’être, bien sûr. Tu seras toujours le gars qui chante comme Ronnie James Dio, par exemple. C’est pourquoi il est très important d’écrire de la nouvelle musique et c’est pourquoi je ne trouve pas ça excitant de faire des reprises [petits rires]. Au sein de Rainbow, c’est différent parce que c’est Rainbow qui joue des chansons de Rainbow, donc je ne considère pas ça comme un groupe de reprises. Par exemple, avec Lords Of Black, nous faisons normalement des reprises juste pour nous amuser, mais c’est tout. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai quitté CoreLeoni. Nous avons commencé en tant que groupe de reprises parce que le projet a été conçu pour faire des chansons de Gotthard, mais ensuite, après deux albums, avec certains membres, nous avons essayé de pousser le groupe à faire de la nouvelle musique, et l’autre partie du groupe ne voulait pas. Ils trouvaient que c’était mieux de continuer à faire des reprises. Ce n’est pas ainsi que j’ai envie de finir ma carrière. Donc tout dépend comment tu gères ça, pour revenir à ta question. Parfois c’est plus facile pour les gens de te connaître si tu fais des chansons de Ronnie James Dio et si tu essayes de chanter de manière similaire, mais ensuite tu dois t’en éloigner autant que possible.

Tes influences principales étant Ronnie James Dio, David Coverdale et Steve Perry, comment t’ont-ils aidé à construire ton identité en tant que chanteur ?

Il faut réaliser qu’il y a plein d’éléments qui entrent en compte dans la prestation vocale. Il n’y a pas que le son de la voix. Si quelqu’un m’entend chanter et si ensuite je lui dis que mon chanteur préféré est Steve Perry, il dira : « Non, tu plaisantes ? » Parce que c’est un type de chant complètement différent. Mais les intentions, les feelings, les différentes atmosphères que ces chanteurs peuvent créer avec leurs prestations… Steve Perry était probablement l’un des meilleurs. Par exemple, tout le monde se souvient de Ronnie James Dio pour sa voix agressive, mais peu se souviennent de sa voix claire, comme sur la chanson « Rainbow Eyes », qui n’est pas du tout criée. C’est une prestation totalement différente. On peut donc prendre différents petits éléments chez ces différents chanteurs pour façonner sa propre interprétation, par exemple les phrasés de Steve Perry, la manière dont Freddie Mercury approche les notes, le chant agressif de Ronnie James Dio, le côté soul de David Coverdale… Avec tout ça, on peut construire quelque chose d’intéressant.

Les gens ont tendance à beaucoup te comparer à Ronnie James Dio, mais quand on a entendu le projet CoreLeoni, on peut réaliser à quel point tu sonnes naturellement proche de Steve Lee. C’est même un commentaire qu’on a pu lire au sujet de ton interprétation de « Burning Heart » de Vandenberg. Te sentais-tu proche de Steve Lee en tant que chanteur ?

Bien sûr. Tout d’abord, je me souviens que le premier album que nous avons fait a été très dur pour moi, parce que même si j’ai un son de voix similaire à celui de Steve, il chantait tout le temps très haut. C’était donc très dur pour moi d’enregistrer les chansons au début, parce que je n’avais pas l’habitude de chanter tout le temps aussi haut. C’est là qu’on réalise à quel point c’était un grand chanteur. Mais ensuite Leo m’a aidé, il m’a beaucoup appris de ce côté, parce que c’est un super producteur et évidemment parce qu’il a travaillé pendant vingt-cinq ans avec Steve. Il m’a donné des conseils et des astuces. A partir de là, c’est devenu très facile pour moi de chanter les chansons de Gotthard. Puis lorsque tu commences à faire des concerts et que tu vois la réaction des gens, tu comprends ce qu’ils veulent et ce qui leur manquait. Côté prestation, il y avait une alchimie qui se mettait en place entre les musiciens et les fans de Gotthard. Ce n’était donc pas si difficile au final. Mais Steve est clairement dans mon top dix. En fait, au début, je me souviens quand j’écoutais Gotthard, principalement les premiers albums, j’entendais beaucoup de David Coverdale dans sa voix, mais ensuite, quand j’ai commencé à chanter les chansons, j’ai réalisé qu’il y avait plein d’éléments complètement différents et c’était très intéressant.

Tu es chilien, comment était ta jeunesse en tant que rockeur au Chili ?

C’était très dur ! Pas juste au Chili, mais en Amérique du Sud en général. C’est très dur parce que le marché de la musique est plein de différents types de musiques et probablement que le heavy metal n’est pas aussi populaire que d’autres styles. Il y a une scène rock et metal, mais le Chili n’est probablement pas le plus grand marché en Amérique du Sud pour ce type de musique. Peut-être un peu plus le Brésil ou même l’Argentine. C’est donc très dur d’être un musicien de rock là-bas. On n’a pas les opportunités qu’on peut avoir en Europe, par exemple. C’était l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de quitter l’Amérique du Sud pour déménager en Europe, à Madrid en l’occurrence, pour essayer d’avoir des opportunités. J’étais un musicien amateur quand j’étais au Chili, je jouais dans des clubs pour presque pas d’argent, et quand je suis arrivé à Madrid, en à peine un an, je me suis retrouvé à jouer avec des musiciens professionnels. C’est donc totalement différent.

« Ritchie est une légende. Même s’il ne voulait plus jouer de la guitare, il en aurait le droit. Il le mériterait [petits rires]. Peu importe ce qu’il veut faire, ça me va, parce que c’est un des piliers de l’histoire du rock. »

Pour finir sur des questions rapides, comment caractériserais-tu en quelques mots chacun des guitaristes avec qui tu as joué ? En commençant par Tony Hernando.

Il y a des gens qui sont des gros bosseurs mais lui c’est au-delà de ça [rires]. Il travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept pour sa musique. C’est un don. C’est un perfectionniste, mais surtout, c’est un gros bosseur.

Ritchie Blackmore.

Ritchie est une légende. Même s’il ne voulait plus jouer de la guitare, il en aurait le droit. Il le mériterait [petits rires]. Peu importe ce qu’il veut faire, ça me va, parce que c’est un des piliers de l’histoire du rock.

Leo Leoni.

C’est un gars avec un bon cœur. C’est un super guitariste et il a un grand sens musical.

Michael Schenker.

Lui aussi c’est un perfectionniste. Nous répétions tous les jours de dix heures du matin à sept ou huit heures du soir, tous les jours, les mêmes chansons, parce qu’il te dit même comment tu dois bouger sur scène pendant le concert. C’était super intéressant. Il contrôle tout durant un concert.

Adrian Vandenberg.

C’est un super guitariste mais c’est surtout un mec drôle ! Il est toujours de bonne humeur et c’est toujours super de travailler avec lui, car il est tout le temps en train de plaisanter et de sourire. C’est très bien pour l’ambiance dans un groupe.

Avec lequel c’était le plus facile de travailler ?

Ritchie Blackmore !

Avec lequel c’était le plus dur de travailler ?

Probablement Leo Leoni, parce que dès le début il cherchait un son spécifique pour le groupe, et toutes les pièces ne s’emboîtaient pas complètement au départ. Il a donc fallu beaucoup travailler pour trouver le son définitif de CoreLeoni. Ça a pris plus d’une année. C’était très dur au début.

Le dernier concert de Rainbow date de juin 2019. Qu’est-ce qui est prévu pour la suite ?

Il n’y a rien de prévu avec Rainbow, principalement parce que Ritchie et Candice sont en train de travailler sur un nouvel album de Blackmore’s Night et ensuite, évidemment, toute la situation avec le virus a tout changé. Il ne va donc probablement rien se passer cette année. Ensuite, on attendra des nouvelles pour l’année prochaine.

Tout le monde attendait un nouvel album de Rainbow. Il n’y a rien de prévu pour ça ?

Non, rien de prévu, et je ne pense pas que ça arrivera. Ritchie est content de faire ce qu’il fait avec Candice. Il est content de ne faire que quelques concerts par an avec Rainbow et c’est tout.

Que peux-tu tu nous dire à propos du nouvel album de Lords Of Black, Alechemy Of Souls, Part 1 ?

Je trouve que c’est un super album ! J’étais en train de terminer les enregistrements cette semaine. C’est beaucoup plus dans la veine du second album que du troisième, parce que sur le troisième album, nous avons beaucoup expérimenté avec le son et la composition. Cet album est plus direct, il y a beaucoup de heavy metal, mais il y a aussi beaucoup d’autres influences, surtout des influences plus progressives, comme Queensrÿche ou Dream Theater, ce qui avait très bien marché sur le second album. Je pense que les fans de Lords Of Black vont l’adorer. Nous avons de super chansons. Tony a fait du super boulot à la composition cette fois.

Interview réalisée par téléphone le 13 mai 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Luminita Tudor Photography (1 & 3) & EmogloBer Photography (4).

Site officiel de Ronnie Romero : www.ronnieromero.com.
Site officiel de Vandenberg : vandenbergband.com.

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