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Interview   

Rose Tattoo à la vie, à la mort


Ça fait quarante ans cette année que le tout premier album de Rose Tattoo – et ses hits « Rock ‘n’ Roll Outlaw » et « Nice Boys » – est sorti. A cet égard, le frontman Angry Anderson fait figure de survivant. Et après un passage en politique, le voilà de retour « à sa place », comme il le dit lui-même, avec un nouveau Rose Tattoo composé de véritables vétérans de la scène australienne, comme lui. En pleine tournée (avec un passage au Hellfest dans quelques jours) pour fêter son retour aux affaires et promouvoir Blood Brothers, dernier album en date qui n’a pas eu sa chance il y a onze ans à sa sortie, Anderson n’est plié volontiers à l’exercice de l’interview fleuve.

Evidemment, il est question de ce retour, avec un line-up d’exception, faisant un bref parallèle avec AC/DC, mais surtout l’entretien qui suit est l’occasion de voir un Angry Anderson philosophique et spirituel, se dévoilant dans son rapport à sa carrière, son sens du devoir, la colère, la vie, la mort… Il se révèle en rockeur profond, trahissant un vécu jalonné de cicatrices et remises en question.

« Il y a dix-mille, cent-mille, dix-millions de musiciens qui sont capables de monter sur scène et jouer ces chansons, mais il n’y a que très peu de musiciens capables de monter sur scène et jouer ces chansons comme elles sont censées être jouées. »

Radio Metal : Tu es de retour avec Rose Tattoo depuis l’an dernier et la première grande tournée en presque dix ans. Comment a été ta vie avant ce retour ?

Angry Anderson (chant) : Lorsque nous avons fini de tourner en 2008, évidemment Mick [Cocks] est mort en 2009, et [Paul] DeMarco s’est attiré des problèmes et a été en prison, et bref, c’était vraiment le bazar, et je me suis beaucoup intéressé à la politique, et j’ai vraiment voulu essayer de me faire élire en politique pour résister à ce que je pensais être de mauvaises influences dans mon pays. Donc les quatre années suivantes, je me suis impliqué en tant que candidat dans plusieurs campagnes politiques. Je n’ai pas été élu au parlement, donc, en gros, j’ai décidé d’arrêter. J’étais à la fin de ma soixantaine, et j’ai pensé que peut-être il était temps que je prenne ma retraite. J’ai pensé que, peut-être, je pourrais vendre ma maison, que j’avais achetée il y a trente-trois ans pour presque rien et qui maintenant vaut beaucoup d’argent, plus que j’en aurais besoin pour prendre ma retraite, et je voulais partir vivre en pleine nature.

Bref, plusieurs choses se sont passées, et j’ai rencontré un gars qui a fondé une maison de disques qui s’appelle Golden Robot Records, et je faisais de gros concerts avec une société dans laquelle il était impliqué, et il a dit : « Je vais monter une maison de disques, est-ce que tu viendrais faire ton album solo avec moi ? » J’ai dit oui. A peu près au même moment, j’ai rencontré mon manageur actuel – en Australie, je veux dire – et nous avons décidé que nous allions faire l’album solo. Une fois que la nouvelle s’est répandue à l’étranger que j’étais de retour en train de travailler et que je n’étais plus dans la politique, nous avons reçu des offres pour venir jouer, et grosso-modo, c’est ce qui s’est passé. J’ai formé mon propre groupe, Angry Anderson & Co., ça s’appelle comme ça, et on nous a proposé de jouer au Bang Your Head, donc c’est le groupe que j’ai amené là-bas, pas le Rose Tattoo d’aujourd’hui. Nous y sommes allés pour faire un concert, et ça a eu tellement de succès que mon ancien manageur en Allemagne, Thomas Jensen – lui et sa société gèrent le Wacken – a dit : « Tu devrais revenir, les gens veulent te voir jouer, ils veulent entendre la musique. » J’y ai réfléchi, j’ai trouvé que c’était un grand compliment, et c’était génial que nous ayons eu un tel accueil, parce que, soyons francs, c’est pour ça qu’on joue de la musique. Si les gens veulent entendre ta musique, tu joues ta musique. Je ne crois pas avoir un jour pensé qu’il n’y avait aucune demande pour Rose Tattoo – en fait, j’ai toujours pensé qu’il y en avait – mais je ne réalisais pas à quel point ça m’avait manqué, et je suppose, en un sens, je ne réalisais pas à quel point ça avait manqué à d’autres gens aussi, parce que j’étais préoccupé, je faisais autre chose. Tu sais, la vie a sa façon bien à elle de te mettre là où tu dois être.

J’ai donc un nouveau label, j’ai un nouveau manageur, et j’ai un nouveau groupe. Je me suis grosso-modo accordé cinq ans pour faire ça. J’ai signé un contrat de cinq ans avec la maison de disques, et j’ai dit à mon management : « Ok, on a cinq ans, voyons ce qu’on peut faire. » Je suis sûr que dans cinq ans je ne voudrai plus le faire, mais d’un autre côté, j’ai déjà dit ça il y a cinq ans [petits rires]. Donc je ne sais pas. J’ai donné à tout le monde un engagement (mon label, mon management) et j’ai aussi dit à DeMarco – il sortira de prison en 2020 – que tant qu’il pourra sortir de prison et rester dans le droit chemin, il pourra revenir jouer dans le groupe, et nous ferons quelques années de plus en tournées, et nous pourrions même faire un autre album. Parce que je n’ai pas envie de faire un autre album sans DeMarco. Si DeMarco en avait pris pour vingt ans, nous aurions probablement une autre conversation, je serais probablement en train de parler d’enregistrer un autre album avec un autre batteur, car ça serait beaucoup trop long.

D’ailleurs, as-tu des nouvelles de lui ?

Il a passé six ans sur les dix. Sa condamnation prend fin en 2020, il sortira quoi qu’il arrive en 2020. Bien sûr je vais lui rendre visite assez souvent, nous restons en contact. Il avait besoin que des gens restent à ses côtés, parce que c’était très dur, c’était une période de sa vie vraiment éprouvante. C’était seulement les gens qui l’aimaient le plus qui sont restés à ses côtés. Ça vaut pour à peu près n’importe qui se retrouvant en prison pour un crime sérieux ; il y a plein de gens qui s’éloignent, parce que dans les faits, ce ne sont pas tes vrais amis, ce ne sont que des connaissances, pas des amis, c’est-à-dire les gens qui se soucient le plus de toi et qui resteront à tes côtés contre vents et marées. Voilà ce que j’ai dit à DeMarco : « Si tu te réformes réellement et que tu prends tes distances avec tout ça, et quand tu sors, tu ne te remets pas avec la même mafia, les mêmes personnes qui t’ont mis dans cette merde, il y aura toujours une place dans le groupe. » Ca repose là-dessus. Je ne tolérerai pas qu’il replonge dans ce style de vie, ça ne serait pas possible.

Tu as un nouveau line-up avec Rose Tattoo, avec notamment l’ex-guitariste de The Angel Bob Spencer et le premier bassiste d’AC/DC Mark Evans. Ce qui fait que trois des plus grands groupes de hard rock australien sont représentés dans un seul groupe ! C’est un peu un line-up de rêve, non ?

Oui, je suppose. Je peux comprendre… Ça fait partie de la raison initiale pour laquelle je les ai choisis. Nous avons tous été de grands amis, durant toute notre vie musicale, nous nous connaissons depuis quarante ans, et nous avons toujours été amis. Et nous avons joué dans des groupes ensemble, ici en Australie. Donc lorsque j’ai voulu remettre Rose Tattoo sur la route et jouer, naturellement, je me suis dit, d’accord, ce n’est pas qu’une question de savoir qui est le meilleur musicien pour jouer dans le groupe, mais qui peut être à la hauteur du nom, qui mérite d’être sur scène sous le nom Rose Tattoo. C’est pour ça que je les ai choisis. Les gars dans le groupe font partie du gratin. On ne pourrait pas trouver un groupe de rock n’ roll plus excitant que ça. Nous avons joué ici, et la réaction, l’acceptation des fans a été véritablement extraordinaire. J’ai hâte que le groupe vienne jouer en Europe, car il est en feu, et c’est vraiment un bon groupe.

« Si nous ne sommes jamais passé au niveau supérieur et n’avons jamais vendu autant d’albums que The Angels ou AC/DC, c’est à cause du statut de hors-la-loi du groupe. Le groupe était considéré comme musicalement trop dangereux. »

Quelle a été ta relation et celle du groupe à The Angels et AC/DC ? Je veux dire, est-ce qu’il y déjà eu à un moment donné une forme de compétition entre les trois groupe ?

Je ne crois pas qu’il y ait eu une compétition, parce que… Bon, nous plaisions aux mêmes publics, en un sens, mais la relation a toujours été le fait que nous avons tous joué sur le label d’Albert. Historiquement parlant, je pense que tout le monde sait que ça vient d’AC/DC, car Phil Rudd jouait dans mon groupe avant d’aller chez AC/DC – il jouait dans Buster Brown. Donc lorsque nous avons joué pour la première fois avec AC/DC, c’est là que je suis devenu très bon ami avec Mark. AC/DC nous a présenté l’un à l’autre, et parce que nous étions de très bons amis à l’époque, ils nous ont présentés au label Albert. En fait, sans AC/DC, nous n’aurions pas signé aussi tôt dans notre carrière. Il se peut que nous l’aurions fait plus tard, mais qui peut le dire ? L’histoire a été bienveillante avec nous, en ce sens. Donc la relation – et ça a été une relation très forte – avec ces garçons a perduré pendant quarante ans. Nous avons été les meilleurs amis pendant quarante ans, donc ça n’a certainement pas été une surprise en Australie lorsque le line-up a été annoncé avec Bob Spencer et Mark Evans, ainsi que Watto [John Watson] qui est tout simplement l’un des meilleurs batteurs de rock de tous les temps. Ça n’a été une surprise pour personne que les garçons aient eu le job.

Tu es le seul membre de Rose Tattoo restant du line-up des débuts. Penses-tu que tant que la musique est jouée avec authenticité par toi et de vrais musiciens de rock n’ roll, c’est tout ce qui compte ?

En gros, oui, fin de l’histoire. Je peux garantir – et évidemment, je ne les aurais pas choisis si ça n’avait pas été le cas – que ce line-up… Et ça a déjà été prouvé ici, car les Australiens sont très sévères en critique dès qu’il s’agit de… Si quelque chose n’est pas aussi bon qu’il devrait être, ils te le feront savoir. Je pense que c’est ce qu’il y a de bien dans le heavy rock, et chez des jeunes metalleux aussi, c’est qu’il faut que ce soit authentique, ou alors ils ne l’accepteront pas. Avec la pop, comme toutes ces chanteuses américaines qui attirent tellement l’attention, leur public passe rapidement à quelqu’un d’autre, car elles ne semblent pas être là pour tenir longtemps – en tout cas, certainement pas quarante ans. Ce que je dis, c’est que tant que tu assures, les gens vont acheter des billets et venir voir tes concerts, c’est ce qu’il faut retenir. La seule chose qui doit arriver – et on le sait tous, c’est le business qui veut ça – en premier lieu est que le groupe doit monter sur scène, et si c’est du flan, les gamins le sauront, ils diront « ils se foutent de nous, » et ils ne reviendront pas. Donc ça ne peut pas être du flan ! [Petits rires] Tu ne peux pas faire un concert et ne pas assurer ce que tu dois assurer. Avec un groupe comme Rose Tattoo, que certaines personnes qualifient de groupe légendaire – et c’est le cas -, les gens qui viennent voir le groupe s’attendront uniquement au meilleur, et c’est exactement ce qu’ils obtiendront.

Donc tu veux dire que les fans se fichent un peu de qui joue du moment qu’ils assurent les chansons ?

Non, je pense qu’ils se soucient beaucoup de qui joue dans le groupe, mais l’idée est que les chansons doivent être au top, quoi qu’il arrive. Mais elles ne peuvent pas être jouées par n’importe qui : il faut avoir un groupe qui soit incroyable. Il faut un line-up, il faut des musiciens qui peuvent non seulement jouer la musique, mais aussi vivre avec. Avec un groupe comme Rose Tattoo, tu ne peux te contenter de jouer les chansons, parce qu’à peu près n’importe qui sachant jouer de la guitare peut jouer les chansons, mais seules quelques personnes peuvent les jouer comme elles sont censées être jouées, et d’une certaine façon, les fans qui ont suivi le groupe durant toutes ces années savent comment ces chansons sont censées être jouées. On ne peut pas les berner. Quand tu choisis un line-up, comme lorsque j’ai choisi les garçons qui sont dans le groupe aujourd’hui, j’ai choisi des gens que je savais être à la hauteur de ce que les gens attendent, et c’est exactement ce qu’ils font. Nous n’avons déçu personne, c’est un super groupe de rock n’ roll !

Quel est ton sentiment à cet égard au sujet d’Angus qui continuerait AC/DC sans Brian, Phil, Cliff et, bien sûr, Malcolm ?

S’il le fait, ce sera pour les mêmes raisons pour lesquelles je fais ce que je fais. Il y a des gens, il y a quelques années, surtout après que Mick soit mort, qui pensaient : « Tu devrais tout remballer. » Je pense qu’il y avait des gens qui étaient même content quand… Ils n’étaient pas contents que DeMarco soit allé en prison, mais lorsqu’il y a été et que des gens ont demandé « bon, qu’est-ce que tu vas faire ? », et j’ai dit « eh bien, c’est tout, c’est fini, je ne veux plus le faire, » je pense qu’il y a des gens qui pensaient que c’était bien comme ça. Il y a plein de gens aujourd’hui, à tort, parce que Malcolm n’est plus là et… Tu sais, Phil était le batteur originel, et il est allé et venu dans le groupe plusieurs fois. Ils ont eu quatre batteurs, je crois. Il y a toujours des gens – pareil pour Rose Tattoo – qui veulent entendre ces chansons, et ils veulent entendre Angus jouer. Tant qu’ils veulent entendre ces chansons, et tant qu’ils veulent entendre Angus jouer, c’est entièrement sa décision s’il doit le faire ou pas, et ce n’est celle de personne d’autre. S’il veut aller jouer, s’il veut monter un tout nouveau groupe, alors qu’il le fasse. C’est un des plus grands guitaristes ayant jamais vécu ; pourquoi devrait-il arrêter de jouer ?

« J’ai accepté la beauté de la mort, son inévitabilité, donc lorsque des gens que j’aimais de tout mon cœur sont morts, j’ai dignement accepté leurs morts, parce que la mort est la récompense ultime. »

Je sais que tu as l’occasion de le croiser de temps en temps. Penses-tu qu’il fera cet album avec Axl Rose ?

Je le pense. Je trouve que c’est une décision intelligente, c’est la bonne décision. Nous en avons rapidement parlé l’été dernier, quand je donnais des concerts. Il était venu et nous en avons parlé, et je lui ai même dit : « Mon pote, tu sais quoi ? Vient rejoindre les Tatts ! » Ça nous a fait marré, parce qu’Angus serait un musicien extraordinaire dans n’importe quel groupe, mais je ne suis pas sûr qu’il collerait dans Rose Tattoo. Je lui ai dit : « Tu sais, peut-être que des vieux types comme nous devraient aller former un groupe de blues, » et nous blaguions au sujet de la musique. Il a dit qu’il travaillait sur de nouvelles chansons, de la nouvelle musique, et il était très content de la façon dont Axl… Tu sais, je pense qu’Axl a donné tort aux critiques, et je savais que ce serait le cas. C’est un super chanteur, un grand frontman, et je pense que s’ils décidaient de travailler sur un nouvel album ensemble, ce serait génial ! Il clair que j’aurais hâte d’entendre ça.

Ressens-tu une envie particulièrement forte parmi les plus jeunes fans de profiter des vieilles légendes du rock n’ roll avant qu’elles ne soient plus là ?

Je pense que la grande musique parle à tout le monde, et il y a une partie des jeunes gens qui recherchent quelque chose qui sonne vrai, et c’est comme nous quand nous avons débuté… Rose Tattoo était un groupe de blues qui jouait très fort et agressif, parce que nous sommes un vrai groupe de rock n’ roll, nous jouons du rock n’ roll. Nous ne sommes pas un groupe de rock, nous sommes un groupe de rock n’ roll, parce que le groupe swing et joue dans la plus pure tradition du rock n’ roll. Notre musique est basée sur quelque chose qui s’est produit il y a très longtemps. Donc lorsque nous recherchions de l’authenticité, la base ce que nous faisons, nous regardions dans l’histoire, et nous avons trouvé cette vérité dans l’histoire, nous avons trouvé ce merveilleux constituant qui appartient à tous ces vieux groupes et artistes. Ils avaient une vraie vision, ils avaient une vraie passion, ils avaient la vérité. C’est Little Richard qui a dit « rock n’roll, béni mon âme », et « le rock n’ roll sauvera votre âme ». Lorsque nous voulions ce sentiment, cette authenticité, nous regardions derrière nous. Je pense que c’est ce que les gamins font aujourd’hui : ils recherchent de la musique qui sonne vrai, qui leur fait ressentir quelque chose, qui leur donne des sensations.

Je sais que c’est ce qui a maintenu la musique de Rose Tattoo en vie pendant ces quarante et quelques années. C’est parce que, quand les gens écoutent la musique de Rose Tattoo… Et je ne la chante pas tous les soirs de ma vie, mais je la chante sur scène, et cette vérité résonne également dans mes oreilles. Je vis la même chose, et pourtant j’ai écrit ces mots, j’étais dans un groupe avec les garçons qui ont créé cette musique. J’étais donc là quand ça s’est fait, à sa conception et à sa naissance. Je ne monterais pas sur scène pour chanter ces chansons si je ne les ressentais pas, si je ne croyais pas en elles, si je ne les ressentais pas avec chaque fibre de mon être. C’est comme ça que j’aborde chaque prestation. Les gens qui n’étaient même pas nés quand ces albums ont été conçus, quand ces chansons ont été écrites, je pense que quand ils viennent nous voir jouer, c’est ce qu’ils veulent. Ils veulent la vérité, ils veulent ressentir quelque chose, et que ça provoque et encourage des émotions en eux. Comme je l’ai dit, c’est pareil pour moi, c’est pareil pour les garçons, nous ne pouvons pas jouer cette musique à moins que ça provoque et encourage ces émotions en nous. Comme je le disais avant, il y a dix-mille, cent-mille, dix-millions de musiciens qui sont capables de monter sur scène et jouer ces chansons, mais il n’y a que très peu de musiciens capables de monter sur scène et jouer ces chansons comme elles sont censées être jouées.

Vous êtes actuellement sur la tournée Blood Brothers. C’est comme si vous tourniez pour votre dernier album, Blood Brothers, dix ans plus tard. En plus, l’album est sur le point d’être réédité. As-tu un sentiment d’inachevé au sujet de cet album ? Penses-tu que cet album n’a pas bénéficié de l’exposition dont il méritait ?

Absolument ! Je trouve que Blood Brothers n’a pas du tout eu… Je pense qu’il a simplement été mal géré. C’était avec un petit label indépendant, et je ne pense pas… Ce n’est pas un album de metal, c’est un album de heavy rock n’ roll. La musique de Rose Tattoo n’est pas metal, même si nous jouons dans de nombreux festivals metal, mais il est évident pour tout le monde que ce n’est pas du metal, et je ne pense pas que l’album a eu sa chance. Ici, en Australie, le management à l’époque pensait que c’était mieux de… Honnêtement, aucune grande maison de disques ne voulait le sortir, parce qu’aucune n’était intéressée pour signer le groupe à l’époque. Ils considéraient nous étions trop vieux, pas dans l’air du temps. Nous n’étions pas les Foo Fighters, nous n’étions pas le genre de groupe de rock qui vendait des albums et tournait. Je suppose que c’est aussi simple que ça. Ça a été mal géré, il n’a pas été très bien promu. A l’époque, en Europe, il y avait beaucoup de changements, parmi les compagnies impliquées. C’était un mauvais timing.

« Il y a beaucoup de douleur dans ma vie, et fut un temps, quand j’étais un jeune homme, où je ne comprenais pas pourquoi c’était nécessaire. Maintenant, je comprends qu’il n’y a pas de douleur gâchée ; il n’y a pas de vie sans douleur. »

C’est pourquoi, lorsque j’ai rejoint le label Golden Robot, j’ai dit : « Ok, je veux qu’une réédition fasse partie du contrat. » La première sortie avec Golden Robot était un album live, qui s’appelle Live In Brunswick, et j’ai dit que je voulais ressortir Blood Brothers parce que je veux qu’on lui donne sa chance et que les gens puissent avoir l’occasion de voir à quel point c’est un grand album. Il y a aussi le fait que… Bon, Pete [Wells] devait jouer sur l’album mais malheureusement il n’a jamais pu, mais c’était le dernier album du dernier membre survivant, c’est-à-dire Mick – en dehors de moi, évidemment. Donc c’est un album vraiment très spécial pour moi, de bien des façons. J’étais déterminé à ce que nous fassions tout ce qui était en notre pouvoir pour lui donner la chance qu’il méritait.

Pour moi, c’est un grand album de rock n’ roll, et j’en suis convaincu sans l’ombre d’un doute. Donc ayant dit ça, c’est la raison pour laquelle, même s’il est sorti il y a toutes ces années, j’étais déterminé à essayer de lui donner une seconde chance. Je pense que ce qu’il va se passer est que plus le groupe jouera ces musiques, et plus les fans s’y habitueront, plus nous vendrons d’exemplaires. Mais il s’agit de donner vie à ces chansons, en raison de l’attachement émotionnel que j’ai avec elles. Il y a une chanson là-dessus qui s’appelle « Once In A Lifetime », qui été écrite en hommage à Peter, acceptant sa disparition. C’est une chanson incroyablement importante pour moi. Je crois qu’il y a quatre morceaux que nous jouons tirés de cet album dans le nouveau set, et bien sûr nous jouerons de vieux trucs, car c’est ce qu’il est légitime de faire. Mais ouais, j’ai toujours eu un goût d’inachevé par rapport à Blood Brothers.

Cette année marque les quarante ans du tout premier album de Rose Tattoo, qui est devenu un des grands classiques du hard rock Australien. Quel était l’état d’esprit du groupe à l’époque ? Quelle était votre ambition ?

Simplement écrire du grand rock n’ roll. Nous ne sommes pas différents des autres groupes. Nous voulions écrire des chansons fortes, des chansons qui perdureraient. Une des choses que Pete disait toujours était : « La marque d’un grand groupe est d’écrire des chansons que les gens joueront quand le groupe sera mort, quand tout le monde sera mort. » En d’autres termes, les plus grands musiciens de rock n’ roll de tous les temps, ils sont vénérés pour leur musique, pas juste pour leur style de vie. Leur style de vie, ou peu importe ce que c’est, ça peut leur apporter de l’attention, mais il faut que la musique soit au rendez-vous. La musique est vivante. C’est la musique qui te donne vie, et tu donnes vie à la musique. Ça va dans les deux sens. Le truc, c’est que quarante ans plus tard – oui, c’est le quarantième anniversaire du premier album – ça fera partie de notre tournée pour le reste de l’année. Je veux dire, plus tard dans l’année, car nous passons deux fois en Europe cette année, nous passons en Juin, et ensuite nous revenons en septembre. Nous allons célébrer cet album à la fin de l’année. Nous allons centrer le concert dessus, avec une sélection de chansons. Il va aussi y avoir une réédition de cet album, avec des titres bonus qui ont été enregistrés à l’époque sous forme de démos mais qui ne se sont jamais retrouvés sur l’album. Il y a dix morceaux sur l’album original, et je crois qu’il y en aura quatorze, ou peut-être quinze sur la réédition. Mais ce sera pour plus tard cette année. Nous célébrerons ça, mais pour le moment, cette tournée concerne Blood Brothers.

Il y avait une vraie énergie brute et une urgence dans ces chansons. Quelle en était l’origine ?

Ça représente simplement qui nous étions à l’époque, ce que nous étions, ainsi que l’époque que nous vivions. Le groupe était novateur – je veux dire que nous avons innové de bien des façons, mais il y avait une révolution musicale qui opérait à l’époque en Australie. Le pays produisait tous les grands groupes de rock dont on a parlé. Il a produit AC/DC, The Angels, Rose Tatts mais aussi un paquet d’autres excellents groupes qui n’ont jamais été à l’étranger et eu le succès international que nous avons eu. C’était une période extrêmement fertile pour la musique, de, disons, 75 à 85, c’était une période excitante. La musique qui était produite à l’époque défiait le temps : c’était urgent, c’était passionné, c’était frénétique. C’était l’époque où nous vivions tous qui voulait ça. Tout le monde voulait changer… Le punk est arrivé à peu près à cette époque, parce que les gens étaient agités, ils en avaient marre des banalités qu’on voyait partout, et il était temps pour une révolution musicale. Surtout ici en Australie, où il n’y avait aucun groupe plus rebelle que Rose Tattoo : personne ne nous ressemblait, personne ne sonnait comme nous ; sur scène, personne n’opérait comme nous, non plus. Nous étions un monstre de puissance.

« Ma colère, dans mes jeunes années, se manifestait de la façon la plus évidente, dans une violence physique et émotionnelle, et c’est comme ça qu’on m’a donné ce pseudo, mais aujourd’hui, c’est quelque chose de plus intellectuel. »

Je dois dire que, même en Australie, si nous ne sommes jamais passé au niveau supérieur et n’avons jamais vendu autant d’albums que The Angels ou AC/DC, ou un autre groupe du genre, c’est à cause du statut de hors-la-loi du groupe. Le groupe était considéré comme musicalement trop dangereux. Mais pour ce qui est de l’Europe et l’Amérique, c’est ce qui a fait que le groupe… Nous n’avons tourné qu’une fois en Amérique, je crois que c’était en 83, et depuis lors ils n’ont cessé de vouloir que nous revenions jouer, et bien sûr nous le ferons, nous prévoyons d’y retourner l’an prochain. La musique – et c’est vrai pour n’importe quelle révolution dans le rock, je le sais – est un produit de son époque. Je me souviens, dans les années 70, après les Beatles… Je veux dire que les Beatles ont libéré les gens avec la musique. L’Amérique s’en est emparée, et évidemment, ils n’étaient pas capables d’égaler les Anglais, parce que c’était tellement unique et extraordinaire. Donc ils ont fait leur propre version, qui était le mouvement hippie, et certains disent que les Beatles ont même influencé ça, mais le truc hippie était très américain. C’était une autre révolution musicale. Je suppose que la façon la plus simple de le dire est que Rose Tatts est un produit de son époque, comme les Sex Pistols.

Toi et Geordie Leach êtes les seuls à avoir enregistré ce premier album à être encore en vie, sans parler des décès ces dernières années d’artistes très importants pour le rock australien, Malcolm Young ou Doc Neeson. Donc, une question plus personnelle : comment gères-tu la mort ?

C’est une question très intéressante. J’ai des croyances spirituelles très, très fortes. La force de mes croyances spirituelles m’a aidé à affronter la vie. Ça n’a pas toujours été le cas. Quand tu écoutes les paroles de « Scarred For Life », c’est une chanson autobiographique. Je n’ai jamais écrit exclusivement à mon sujet, mais cette chanson parle de moi. Beaucoup de jeunes hommes – et jeunes femmes, mais principalement jeunes hommes – peuvent s’identifier à mon histoire, c’est comme n’importe quelle très bonne chanson, peu importe qui l’a écrite : ça devient la chanson de tout le monde. Et c’est ce qui rend la musique géniale : les gens se reconnaissent dans ce que tu as écrit, ou ça leur parle. Devoir faire face à la mort est quelque chose que j’ai accepté. J’ai accepté l’inévitabilité. Je ne peux pas dire qu’en tant qu’être conscient j’ai progressé au point d’avoir accepté la mort en elle-même. Je ne veux pas mourir, voilà ce que je veux dire. Je ne pense pas être encore prêt. D’un autre côté, je ne crois pas avoir évolué autant que j’en suis capable et jusqu’à atteindre le but pour lequel j’ai été envoyé ici, au point où la mort serait la bienvenue.

En revanche, j’ai accepté la beauté de la mort, son inévitabilité, donc lorsque des gens que j’aimais de tout mon cœur sont morts, comme les gars dans le groupe, des amis chers, comme tu l’as mentionné, Doc Neeson, et d’autres gens, des gens que j’aimais et j’aimerais toujours, j’ai dignement accepté leurs morts, parce que la mort est la récompense ultime, si tu veux. C’est ce que je ressens. On t’a fait naître, et tu vis, et tu dois faire de ton mieux avec cette vie, et c’est ta mission, ici sur terre. Et une fois que ton temps est expiré, dignement, tu t’en vas ou on t’emmène vers la prochaine phase. S’il y a une autre phase, ça personne ne le sait vraiment. La plupart des gens croient qu’il y a quelque chose de plus grand. Je ne suis pas certain que ce soit une conscience, je crois que c’est une particule, une énergie, on retourne de là où on vient, pour ainsi dire. Si on est fait, comme ils disent, de poussière cosmique, alors c’est là où on retourne. Je ne m’effondre pas quand quelqu’un de proche ou que j’aime meure. Je ne l’internalise pas non plus, je ne le nie pas. Je l’accepte comme tout ce qui arrive : tu nais, tu vis une vie, et ensuite tu meures. D’une façon, cette expérience de vie se termine. J’ai trouvé beaucoup de sérénité en étant capable de l’accepter. C’est comme ça que les choses fonctionnent.

Crois-tu en une force supérieure ?

Je crois dans le processus créationnel. La force supérieure, si tu veux – Dieu, comme beaucoup s’y réfèrent -, est la sagesse de l’inspiration divine. L’inspiration divine est la vie en tant que telle. L’inspiration divine se manifeste dans la vie. Quand on dit « Dieu a créé l’homme à son image, » c’est une façon d’expliquer de façon ésotérique, ou en langage spirituel, un concept. J’ai accepté la sagesse du processus créationnel. Une fois que j’ai fait ça, et je l’ai fait il y a de nombreuses années, c’est aussi quelque chose qui a évolué, mais j’ai appris l’acceptation. Une fois que tu acceptes ça totalement, ça peut t’aider à affronter… Je ne suis pas en train de dire que ma vie a été meilleure ou pire que celle de quiconque, où que j’en ai plus bavé, ou peu importe, mais j’ai eu une vie dure, comme la plupart des gens, il y a beaucoup de douleur dans ma vie, et fut un temps, quand j’étais un jeune homme, où je ne comprenais pas pourquoi c’était nécessaire. Maintenant, je le comprends. Maintenant, je comprends qu’il n’y a pas de douleur gâchée ; il n’y a pas de vie sans douleur.

Je le dis tous les soirs sur scène ; je m’assure toujours de parler de ces choses – sans être trop prolixe, mais je parle vraiment de ces concepts. Je dis aux gens qu’ils ne devraient pas avoir peur de la douleur, et ils ne devraient pas essayer de se protéger de la vie, parce que la vie est faite pour être vécue à fond, et si tu veux vivre la vie à fond, alors tu dois souffrir. Et la perte fait partie de ça, affronter le fait que maman et papa vont mourir, et bien sûr, ça va arriver. Les gens que j’aime vont mourir. Ça fait partie de la vie. Je l’ai totalement accepté. J’ai accepté la sagesse ; je sais qu’il y a un sens profond à la création. Je l’ai totalement accepté, et je l’ai accepté étant jeune, j’ai eu la chance de trouver ça dans ma trentaine, et j’ai pu l’adopter, j’ai pu le laisser faire partie de ma vie depuis lors, et maintenant ça ne fait que se renforcer. Et tu as demandé comment je gérais la mort, eh bien, voilà comment et pourquoi j’ai pu le faire, parce que j’ai accepté à quel point l’expérience est extraordinaire.

« L’une des grandes leçons que j’ai apprise est que toute émotion provient d’une même source. Ce que l’on appelle l’amour provient du même endroit que la colère, que la haine, que la peur. La différence est comment on les utilise dans la vie. »

Et qu’est-ce qui a déclenché cette conscience ?

Je pense que c’est comme la plupart d’entre nous, si ce n’est nous tous… Je me suis toujours posé des questions au sujet de ces choses. J’ai été élevé par des Catholiques, et j’ai toujours questionné la dépendance de l’homme envers des êtres spirituels. Je veux dire que c’est l’histoire de l’homme. Je me suis toujours interrogé sur les puissances supérieures ; je me suis toujours demandé ce qui poussait les gens à faire ce qu’ils font ; toutes ces sortes de choses. Comme la plupart des gens, surtout quand on est jeune, on questionne beaucoup de choses, et je pense qu’une des choses sur lesquelles je me suis toujours interrogé était la spiritualité de la vie. Je peux me souvenir quand je parlais de ces choses durant mon adolescence. Pour moi, ce n’est pas un intérêt nouveau, c’est ce que je veux dire. Ca a toujours fait partie de ma vie.

Comment cette spiritualité s’entremêle à la vie d’un hors-la-loi du rock n’ roll, pour ainsi dire ?

Fut un temps où c’était en contradiction, parce que… Ceci dit, je n’ai jamais été pieux. Je ne crois pas que la spiritualité est forcément attachée à la piété. Mais ce n’était pas juste pour justifier mon style de vie bohémien ou libertin, c’est comme ça que je voyais les choses. Je n’ai jamais pensé que pour être quelqu’un de spirituel il fallait être un saint. Et je ne le crois toujours pas. Je pense que certaines des personnes les plus motivées et fortes spirituellement que je connais sont des personnes qui vivent la vie à fond, ce qui signifie qu’elles boivent, elles prennent de la drogue, peu importe. Et je connais aussi des gens, bien sûr, qui ne font pas ça. Ce sont des choses différentes. J’ai toujours pu concilier mon mode de vie avec mes croyances, et c’est toujours le cas. C’est une autre bonne chose concernant le processus de croissance : on réalise que la vie requiert qu’on change de temps en temps, mais elle nous apprendra ces choses si on la laisse nous les apprendre. C’est ce qui s’est passé dans ma vie. J’ai grandi, et j’ai appris, et les choses sont comme il a toujours été prévu qu’elles soient.

On t’appelle Angry Anderson parce que tu étais un garçon très en colère quand tu étais jeune. Quelle part de cette colère as-tu conservé au fil des années ? Es-tu toujours un « hors-la-loi rock n’ roll » ou bien es-tu un peu devenu un « gentil garçon » avec le temps ?

Je pense que l’essence de la personne reste son essence, toute sa vie. Je ne crois pas que ce sont des choses qu’on peut changer consciemment. Ca définit qui on est. Je pense que ce qui se passe – et je le sais par expérience – c’est que ma colère – et je suis toujours quelqu’un de très en colère -, dans mes jeunes années, se manifestait de la façon la plus évidente, dans une violence physique et émotionnelle, et c’est comme ça qu’on m’a donné ce pseudo, mais aujourd’hui, c’est quelque chose de plus intellectuel. Aujourd’hui, je sais que je peux contrôler ma colère, et en la contrôlant, ça signifie qu’elle peut prendre des formes différentes. L’une des grandes leçons que j’ai apprise, à mesure que je me suis développé en tant qu’être spirituel, est que toute émotion provient d’une même source. Ce que l’on appelle l’amour provient du même endroit que la colère, que la haine, que la peur. La différence est comment on les utilise dans la vie, ou comment elles deviennent utiles ou opérationnelles dans notre vie, et ceux-ci sont juste les noms qu’on leur donne. Donc ma colère est toujours là ; je ne l’utilise et la manifeste plus dans ma vie de la même façon qu’avant. Je n’en ai plus besoin. Je ne suis pas physiquement violent envers les autres, alors qu’avant si. Je ne suis plus quelqu’un qui n’est pas capable de contrôler son tempérament, je ne suis plus accro à la drogue, je ne suis plus accro à l’alcool. C’est là où je me réfugiais pour échapper à la colère, et à la douleur. C’est la raison simple pour expliquer pourquoi on devient accro à l’alcool ou la drogue, ou au mauvais comportement ; il faut bien qu’il y ait une raison, et bien sûr, il y en avait une. En tant que personne, il y a plein de choses qui me mettent en colère aujourd’hui ; il y a plein d’injustices dans le monde qui alimentent ma colère, mais elles donnent aussi un but à ma colère.

Est-ce que la musique t’a aidé à canaliser cette colère ?

Bien sûr, ouais. C’était l’exutoire me permettant de m’exprimer, ou me révéler, ou me guérir. Je ne réalisais pas que ça faisait également partie du processus. Mais j’ai toujours su que la musique était une expérience curative, parce que… Encore une fois, je le dis quand je parle au public : le plus grand cadeau que peut te faire la musique est de sauver ton âme. Et je sais que c’est vrai ; je le dis parce que je l’ai vécu. Si tu dois dire à quelqu’un que telle chose est vraie, alors il faut que ce soit une vérité que tu as vécue, ou que tu vis. Dans mon cas, je peux clairement dire aux gens que le rock n’ roll peut sauver votre âme, car il a sauvé la mienne.

« Si tu dois dire à quelqu’un que telle chose est vraie, alors il faut que ce soit une vérité que tu as vécue, ou que tu vis. Dans mon cas, je peux clairement dire aux gens que le rock n’ roll peut sauver votre âme, car il a sauvé la mienne. »

Tu as évoqué ton passage en politique. As-tu toujours eu ce sens du devoir et d’être utile à la communauté ?

Je pense que c’est le cas de tout le monde. C’est aussi simple que ça. Je crois que tout le monde réalise qu’une part de son ambition, une part de la raison pour laquelle on nous donne la vie, c’est pour être ici et se soucier les uns des autres. Je crois que c’est l’une des leçons fondamentales que l’on apprend quand on est enfant. On l’apprend de la part de nos parents aimants, on l’apprend de la part de la communauté aimante au sein de laquelle on vit. La raison pour laquelle j’ai voulu entrer en politique, et la raison pour laquelle je suis revenu à la musique parce que j’ai échoué à faire en politique ce que je peux faire… Mes enfants me disaient tout le temps : « Papa, tu n’es pas fait pour faire de la politique. » Et j’ai dit : « Ouais, je comprends ce que tu veux dire, mais je veux apporter ma contribution, je veux léguer un héritage de ce genre. » Il s’agit de rendre service. D’un autre côté, plus tôt j’ai dit que j’avais été élevé par une femme très catholique, très chrétienne, donc le principe qui consiste à aimer les gens m’a été inculqué très jeune. C’est là-dessus que se base la religion chrétienne. Telle était la mission de la personne que l’on connait sous le nom de Jesus Christ, si tu dégages toutes les conneries qui obscurcissent cette vision, la vision originelle était de servir les gens, d’élever les gens pour qu’ils puissent servir, et en servant les gens, tu les élèves à leur tour et ainsi de suite. C’est une merveilleuse philosophie, et c’est aussi une super pratique à avoir dans la vie. Donc oui, j’ai toujours ressenti ce besoin d’avoir une action bénéfique. Différentes personnes peuvent atteindre ça de différentes façons. Dans mon cas, c’est venu via le christianisme.

Au final, comment a été cette expérience politique ?

C’était très intéressant, j’ai beaucoup appris. Evidemment, je ne suis pas naïf au point de croire que la politique est autre chose que ce que c’est, mais de façon romantique, je pensais que je pourrais être immunisé contre le processus, que je pouvais apporter du bon, parce que je ne me permettrais pas d’être avalé ou dicté par le processus, et devenir un politicien lambda. Je crois sincèrement que si j’en avais eu la chance, si j’avais été élu, j’aurais fait les choses différemment de ce qu’elles sont. Mais le système est tellement pollué que c’est très difficile. Une des réalités qui est devenue très claire à mes eux, très rapidement, était que si j’avais voulu sérieusement me faire élire, j’aurais dû commencer dix ans auparavant. Mais ça ne devait pas se faire, quoi qu’il en soit, car les choses ont prouvé que ce n’était pas mon parcours de vie. Ce n’était pas mon destin. Je devais essayer, je devais vivre cette expérience, et j’ai beaucoup appris grâce à ça, mais ce n’était pas mon destin de continuer là-dedans. J’en suis content, pas de problème, parce que je suis de retour à ma place, à faire ce pour quoi on m’a mis là, si tu veux, et là où je suis le meilleur. C’est là où le grand projet de la vie veut que je sois, et c’est là où je suis.

Après tous les coups durs que Rose Tattoo a connus, avec tant de membres décédés et un batteur en prison, comment maintiens-tu ta motivation ?

C’est un système de croyance. C’est aussi simple que ça. Je crois en ce que je fais, et comme je l’ai dit, la raison pour laquelle j’ai concouru en politique est parce que je croyais, à l’époque, pas tant que je n’étais plus utile à la musique, mais je pensais vraiment que j’avais vécu une très belle expérience, et cette expérience était terminée, et peut-être que c’était le bon moment pour moi de passer à autre chose, et je pensais à l’époque que cette autre chose était la politique. Mais ce qui nous fait avancer, c’est la foi. Au bout du compte, si tu crois en toi et tu crois en ce que tu fais… Croire en ce qu’on fait, c’est en partie croire en soi. J’ai été aidé en cours de route, ne te méprends pas, je ne dis pas que des gens n’ont pas été là pour moi, parce qu’ils ont été là, tu sais, ma famille, mes meilleurs amis, mes enfants, peu importe. Mais au final, chaque individu est responsable de sa vie. Donc le fait que j’ai été capable d’endurer ce que la plupart d’entre nous traversent… La plupart d’entre nous traversent des trucs sacrément durs en chemin, et j’ai pu le faire parce que je croyais en moi. Je crois en moi et je crois en mon utilité, je crois avoir une contribution à apporter. Je crois en ma vie, pour ainsi dire, donc mon système de croyance, ma spiritualité est ce dans quoi je puise.

Pour finir, quels ont été les moments les plus déterminants dans la carrière de Rose Tattoo ?

Wow, je ne suis pas sûr qu’on puisse répondre à ça simplement. Je parlais à un journaliste l’autre jour – il était anglais – et il a dit : « Dirais-tu que Reading était un moment déterminant ? » J’ai dit : « Incontestablement ! » Reading, en 1980, lorsque nous y avons joué, nous pensions être un groupe totalement inconnu, mais en fait nous étions connus, et cette prestation est devenue, en un sens, historique, je suppose. Il y a des photos incroyables de Reading qui sont toujours utilisées aujourd’hui, et l’histoire est toujours… Je pense que c’était un moment déterminant dans la carrière du groupe, où nous avons enfin réalisé que nous avions une contribution à apporter. Mais il y avait plein de moments comme ça. Je me souviens quand nous donnions un concert en France, et Trust était à l’affiche, et c’était la première fois que nous jouions là-bas, c’était un gros concert, et qu’un groupe local aussi gros soient fans de nous… car nous n’avions jamais vraiment entendu parler d’eux ! Nous avons joué avec eux, et nous sommes devenus les meilleurs amis, parce qu’il y avait beaucoup d’amour et de respect entre nous. C’était un moment extraordinaire. J’imagine que la réponse simple, ce que j’essaye de dire, c’est que non, il n’y a pas, dans mon esprit, un moment en particulier qui a été déterminant, ou englobant, ou qui ressort plus que les autres. Nous avons eu la chance de connaître plusieurs grands moments dans notre histoire. C’est facile quand les gens disent « qu’en est-il du plus grand moment de ta vie ? » Je pense que la première fois qu’on voit son premier né, c’est ça le plus grand moment dans notre vie, mais ce n’est pas musical, c’est tout autre chose.

Interview réalisée par téléphone le 10 mai 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription : Julien Morel.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Rose Tattoo : www.rosetattoo.com.au

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  • Vu hier soir à la Laiterie de Strasbourg. Très bon concert et la voix de Angry Anderson est encore incroyable (70 ans cette année, quand même!). Bon, j’ai pensé en début de concert que Anderson un peu éméché allait partir en vrille à cause de l’obsession des téléphones portables, mais ouf, il les a oubliés rapidement…

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