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Chronique   

Rotting Christ – Rituals


Rotting Christ - RitualsRotting Christ officie depuis vingt-sept ans, soit une longévité plus que respectable portée par les deux frères Sakis et Themis Tolis (guitariste-chanteur et batteur). Surtout, le groupe d’origine grecque ne semble pas se laisser aller à la paresse ou la stagnation, on se souvient du remarquable Theogonia (2007) qui introduisait de nombreux éléments atypiques dans la musique du groupe. Κατά τον δαίμονα εαυτού (2013) marquait une avancée dans les compositions avec sa pléthore d’envolées mélodiques, ses chœurs gutturaux et ses rythmiques tribales. Rituals, leur dernier effort, n’est pas une révolution ni une redite. C’est une amplification des canons désormais adoptés par Rotting Christ, une musique « ritualiste » pour reprendre les dires de Sakis.

C’est à croire que les deux frères Sakis et Themis ont décidé d’agir sous un unique credo : « plus ». Rituals est en effet plus lourd, plus incisif, plus tribal, plus épique ; plus puissant tout simplement. Rotting Christ s’est cette fois-ci dépassé en termes de production désormais à la hauteur des ambitions des Grecs, à savoir une épopée au sein de cultes et de dévotions divers. Sur ce point Rituals tient ses promesses, on retrouve l’imaginaire qui fait la force de Rotting Christ, ne serait-ce qu’à travers les titres donnés aux compositions à l’instar de « Apage Satana », la messe noire « In Domine Nei Nostri » ou « Ze Nigmar » en référence aux dernières paroles de Jésus sur la croix en araméen et hébreu. Là où les Grecs se distinguent, c’est par une violence omniprésente qui n’a rien de frénétique. Elle est grandiloquente et pesante à l’image de ce que peut parfois proposer Paradise Lost, la sinistre présence vocale de Nick Holmes sur « For A Voice Like Thunder », inspiré de William Blake, prend alors tout son sens. « Ze Nigmar » et « Komx Om Pax » (référence à l’ouvrage d’Aleister Crowley sur les mystères d’Éleusis) se rapprochent des confins du doom, les râles en arrière-plan de cette dernière ajoutent à la dimension presque cinématographique de l’atmosphère, tandis que les voix et percussions constituent l’essentiel de « Apage Satana ». Rotting Christ semble dessiner de véritables fresques à coup de chœurs et de rythmiques plombées. « Devadevam », porté par un chant incantatoire chamanique, se paie le luxe de proposer un final apocalyptique en adaptant justement les lignes mélodiques à l’ampleur des riffs. Quand à « The Four Horseman », une reprise d’Aphrodite’s Child (un vieux groupe grec de rock psychédélique, avec Demis Roussos et Vangelis Papathanassiou) tiré de leur album 666 (1972) dont les textes sont librement adaptés du Livre De La Révélation, elle est méconnaissable, prenant une tournure inquiétante – couplets chuchotés, bruitages lugubres et carillons – qu’on peut associer à l’oeuvre de Tom Warrior (Celtic Frost, Triptykon).

Le travail sur les thématiques abordées est sans doute le point fort de ce Rituals. Sakis s’est efforcé de composer en différents langages entre sanskrit, araméen, latin, hébreu, nordique pour le titre bonus « Lok’Tar Ogar » et même français avec « Les Litanies De Satan » de Charles Baudelaire, publié dans Les Fleurs Du Mal (récité par Vorph de Samael pour la véracité de l’accent français). Rotting Christ aborde ainsi diverses facettes liées à la spiritualité sur onze titres seulement. Rarement un groupe n’aura proposé une musique en si bonne adéquation avec ce qu’elle illustre. Le bémol est justement que cette dernière se voit presque subordonnée au thème et semble se répéter dans plusieurs endroits. Les arrangements deviennent familiers voire répétitifs, les progressions identiques et au fil de plusieurs écoutes, l’album n’échappe pas à la redondance. Seule « Elthe Kyrie » (inspiré des Bacchantes d’Euripide) abandonne en partie les ornements tribaux et les riffs tout en lourdeur pour revenir à quelque chose de plus traditionnel dans les codes du black mélodique. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce Rituals accuse un tant soit peu son extrême cohérence.

Rotting Christ confirme le pas entrepris avec Κατά τον δαίμονα εαυτού et peut se targuer d’être l’une de ces formations qui mêle avec brio les influences européennes et asiatiques qu’elle cultive. Les défauts de Rituals n’altèrent en rien la force de son contenu, sans cesse enclin à créer du relief et donner une dimension proportionnelle à la gravité des thèmes abordées. Ce qui en résulte est très simple : avec Rituals, Rotting Christ livre un album homérique.

Ecouter la chanson « Tou Thanatou » :

Albums Rituals, sortie le 12 février 2016 via Season Of Mist.



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