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Chronique   

Royal Thunder – Crooked Doors


Royal Thunder - Crooked DoorsDes méandres des vies de la chanteuse Mlny Parsonz et son héroïque guitariste Josh Weaver ont émergé Royal Thunder, et tout est réuni pour que la sortie du second opus du groupe, Crooked Doors, ne passe pas inaperçue. Il n’est pas anodin de voir une entité rock telle que celle-ci se maintenir à flot au gré des tempêtes personnelles des deux artistes, dont les vies tortueuses sont liées à la fois sentimentalement, spirituellement et musicalement. Sentimentalement, car ils ont été mariés à l’époque du premier album chez Relapse, CIV, qui mettait en avant ce nouveau groupe venu de Géorgie, encore un, qu’on voyait accompagner sur les routes leurs aînés Baroness ou Dillinger Escape Plan dans un registre hard rock 70’s plutôt unique, fortement teinté de blues du début des 70’s, de grunge et parfois même de doom. Spirituellement, car ils ont tous deux été liés à un culte religieux pendant de nombreuses années qu’ils ont récemment quitté, Mlny s’étant réfugiée dans cette église pour échapper aux affres d’une vingtaine marquée par l’usage de drogue et d’alcool. L’union musicale se scelle elle, malgré une séparation maritale des deux amants à laquelle tant de groupes n’auraient survécu, à travers ce Crooked Doors qui fait beaucoup parler par sa portée musicale nouvelle pour le groupe, et qui montre sa détermination à avancer au-delà des embruns personnels.

La mutation stylistique opérée chez Royal Thunder entre CIV et Crooked Doors s’apparente d’une manière troublante à celle qu’ont connu les Suédois de Ghost entre leurs deux premiers albums : un premier jet sombre, personnel, ancré dans des styles plus confidentiels et violents, et allant chercher des influences dans les confins ténébreux des 70’s, auprès des pèlerinages psychédéliques de Led Zeppelin, Black Sabbath ou autre Blue Öyster Cult. Le second effort se veut lui complètement ouvert, prêt à accueillir les louanges d’un plus large public par un chant qui use de codes plus universels, de mélodies marquantes et allégées de ses variations extrêmes. Comme pour Ghost, pas de révolution, mais un propos qui résonne plus fort auprès du public et de la critique, plus détaché des influences originelles, dans un élan qui montre la propension du groupe à évoluer dans des sphères où ils n’étaient pas forcément attendus.

Déception ou émerveillement : les connaisseurs de Royal Thunder ne pourront rester insensibles à ce Crooked Doors. Le bouleversement substantiel opéré par Mlny Parsonz dans sa façon de chanter interpelle. En revanche, qui n’a pas connu le premier CIV placera aisément le chant de l’américaine entre deux références bien distinctes, Janis Joplin et sa chaude voix enfumée d’un côté, Amy Lee (Evanescence) et ses envolées aux accents gothiques plus aiguës de l’autre, un aspect peu dévoilé jusque-là. Le grand écart saute aux oreilles dès « Time Machine » et perdure tout au long du disque, la chanteuse oscillant constamment entre un monde intérieur sinueux qui se caractérise par une voix plus torturée (« Forget You », « Ear On The Fool ») et des accessits grand public peu développés jusqu’alors (« Wake Up », « The Line »). La dualité existe elle aussi dans le jeu de guitare de Josh Weaver qui se détache un peu du blues cette fois-ci pour, tout en faisant preuve d’un psychédélisme constant qui atteint une apogée aux allures d’hommage aux thèmes orientaux avec « Forgive Me Karma » : à la fois dans le particularisme ténébreux d’un rock alternatif progressif lorsqu’il exécute cette introduction de « Forget You » qui évoque clairement Tool ou cette progression ambiante à la Russian Circles sur « One Day », le guitariste peut se montrer plus direct et accessible dans des compositions rock plus compactes et bien calibrées (« Time Machine », « Glow »).

Les éléments grunge qui étaient bien présents sur des morceaux comme « Sleeping Witch » sur CIV ont presque tous disparus, au profit d’autres développements, comme ce lyrisme accompagné de piano et de violon qui constitue la délicate fin de l’album en deux parties (« The Bear » I & II). Crooked Doors est différent car définitivement marqué par un changement de perspective et les événements intervenus dans la vie de Mlny Parsonz et Josh Weaver, notamment leur départ compliqué du culte religieux auquel ils appartenaient, elle et son compagnon, qu’elle avait commencé à raconter dans « Black Water Vision » et qu’elle évoque cette fois-ci clairement dans « Floor » : « We’ve been trying to get back but we were so far in hush… » (Nous essayions de faire marche arrière mais nous étions si loin dans le silence). Intense émotionnellement, empreint de nombreux nouveaux atours, le Royal Thunder de Crooked Doors est pleinement paré pour recevoir une salve de nouveaux adeptes.

Ecouter le morceau « Forget You » et regarder le clip de « Time Machine » :

Album Crooked Doors, sorti le 6 avril 2015 chez Relapse Records.



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