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Chronique   

Sabaton – The Great War


Sabaton ne changera pas son mode de fonctionnement. Après tout, le groupe suédois est devenu l’une des têtes d’affiche les plus importantes de la scène metal contemporaine en se reposant justement sur ses thématiques guerrières et la narration des récits historiques les plus épiques. La méthode de Sabaton se prolonge même jusqu’à une chaîne Youtube, The Sabaton History Channel. Ce rapport à l’histoire militaire est d’ailleurs à l’origine des quelques controverses qui entourent Sabaton, souvent accusé de flirter avec les idées nationalistes de certains pays. C’est oublier que Sabaton le répète à de nombreuses reprises : il lui tient à cœur de ne se prononcer sur aucun sujet politique ou religieux. En outre, Sabaton se prend lui-même au second degré : le matériel historique est avant tout l’occasion d’écrire des chansons de heavy fédératrices. The Great War est le huitième opus de la formation et traite, comme son titre l’indique, de la Première Guerre mondiale. Une question survient alors : comment combiner l’aspect festif et enjoué de la musique de Sabaton avec un conflit aussi sombre et meurtrier ? Sabaton prétend que The Great War est légèrement plus grave et atmosphérique que ses prédécesseurs. Pour être honnête : il faut creuser pour déceler ces nuances.

The Great War est le premier album enregistré avec le nouveau guitariste Tommy Johansson, remplaçant Thorbjörn Englund. L’apport du guitariste a pu influer sur le processus de composition de Sabaton afin de ne pas répéter exactement les mêmes formules. Encore une fois, il faut chercher loin pour saisir les subtilités. « The Future Of Warfare » avec ses sonorités indus et ses nappes de clavier introduit de manière grandiloquente l’opus de la même manière que le faisait « Sparta » sur The Last Stand (2016), à ceci près que les chœurs sont immédiatement développés et que Sabaton délivre immédiatement toute son intensité. « Seven Pillars Of Wisdom » persiste dans la débauche d’énergie des Suédois. Ceux-ci privilégient une approche rentre-dedans plutôt que des progressions subtiles. Les quelques éléments hard rock de la musique de Sabaton semblent avoir disparu, ne subsistent que les éruptions power metal qu’illustre le jeu du batteur Hannes Van Dahl. Lorsque ce dernier lève le pied, c’est pour soutenir des refrains résolument entêtants, à l’instar de « The Attack Of The Dead Men » (bataille de la forteresse d’Osowiec du 6 août 1915 où des soldats défigurés par le gaz ont affronté les Allemands), chanté par une chorale guerrière homérique du plus bel effet mais aussi un brin mélancolique, du single déjà classique « Fields Of Verdun » (bataille de Verdun, la « mère des batailles », la plus longue et meurtrière qui s’est étalée sur plus de neuf mois, du 21 février au 18 décembre 1916) et du dansant « 82nd All The Way » (division du corps américain devenue légendaire). Quoi qu’il en soit, difficile de nier le fait que Sabaton donne l’impression de fonctionner en pilote automatique : les refrains sonnent tous, ou presque, déjà entendus, usant de chœurs derrière le timbre de Joakim Broden pour donner cette impression de puissance galvanisante, présents par exemple sur « Devil Dogs » (surnom des US Marines donné par les Allemands) ou « The Red Baron » (Manfred Von Richtofen, célèbre pilote allemand), deux titres qui justement souffrent d’une recette trop ressassée.

Sabaton prend une autre dimension lorsqu’il s’accorde vraiment avec la gravité de ses thématiques et abandonne l’héroïsme naïf. « Great War » voit Joakim Broden emprunter une voix plus grave et un ton plus impérieux, soutenu par un mur de son fait de guitares et de ces éternelles nappes de clavier et de chœurs. De la même manière, l’introduction au piano et violoncelle de « The End Of The War To End All Wars » confère un aspect dramatique bienvenu à la musique de Sabaton, qui sur ce titre effleure le progressif. La recherche de l’intensité émotionnelle sied davantage aux histoires narrées, car l’entrain d’un titre comme « A Ghost In The Trenches » (à propos du sniper canadien Francis Pegahmagabow ayant fait plus de 300 victimes) teinte un héroïsme macabre d’une énergie positive, quasi joviale, malaisée.

The Great War perpétue la tradition Sabaton : une machine à créer des tubes pour le grand spectacle en live, une mise en scène d’exploits guerriers suivant la même trame narrative et les mêmes artifices. Les nuances existent, elles sont rares et trop peu présentes pour évoquer un véritable approfondissement ou une évolution de l’orientation musicale des Suédois – même les notes électroniques ou d’orgue Hammond (« The Red Baron ») n’ont plus rien de nouveau à ce stade dans l’univers de Sabaton. Seule la conclusion « In Flanders Field » avec diverses chorales comme seule matière a un aspect inédit. Pour le reste, Sabaton poursuit sa route, ne change rien à ce qui fonctionne très bien pour lui : en clair, il se trouve bien paisible, peut-être trop, malgré les qualités du disque, au regard du sujet évoqué et de son ambition.

Lyric vidéo de la chanson « The Red Baron » :

Clip vidéo de la chanson « Fields Of Verdun » :

Album The Great War, sortie le 19 juillet 2019 via nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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