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Chronique   

Sabaton – The War To End All Wars


Sabaton n’en avait pas tout à fait terminé avec la « Der des Ders ». Malgré la profusion d’histoires narrées par The Great War (2019), les géants suédois n’avaient qu’effleuré la richesse des récits marquants de la Première Guerre mondiale. Leur dixième opus reprend donc le concept et s’envisage comme un prolongement de son prédécesseur. The War To End All Wars est à nouveau entièrement inspiré par le déroulement du conflit et les histoires invraisemblables engendrées par ce dernier. Sabaton a évidemment profité du temps laissé vacant par la pandémie pour peaufiner sa narration et a de nouveau fait le choix de sortir une édition historique en parallèle de l’édition standard. Si Sabaton a acquis une connaissance accrue dans certains détails de l’histoire militaire, il fait justement et sagement la nuance avec l’expertise historique dans son ensemble dont il assure ne pas être garant. Ce qui importe, c’est de donner de la puissance au récit. Là-dessus, difficile de piéger Sabaton.

Effort de tracklisting notable, Sabaton a décidé d’enchâsser le contenu de l’opus entre deux jalons chronologiques phares : « Sarajevo » et « Versailles ». Soit l’évènement marquant considéré comme le début de la Première Guerre avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand du 28 juin 1914 et le traité de Versailles du 28 juin 1919 qui laisse exsangues les pays vaincus. Surtout, derrière l’apparat contextuel qui n’a rien d’inédit pour Sabaton, on décèle une volonté de ne pas nécessairement répéter ad vitam aeternam les mêmes gimmicks. « Sarajevo » partage l’expression entre les élancées vocales en chœurs et une narratrice qui contribue à varier la dynamique du titre, entre accalmies solennelles qui expliquent brièvement la croissance des tensions et riffing davantage musclé. Une construction que l’on retrouve sur « Versailles », cette fois en forme de célébration, avec le refrain qui passe en mode majeur, avant de se rassombrir et de boucler la boucle. Sabaton apprend à lever le pied pour laisser quelques monologues à ses guitaristes : The War To End All Wars donne davantage de crédit à leurs talents de solistes que les autres efforts de leur discographie. Sabaton fait d’ailleurs preuve d’aisance avec les mid-tempo, à l’instar de la rythmique plombée de « Dreadnought » – rappelant celle du pont de « Perfect Stranger » (Deep Purple) et se transformant en leads à chanter en live à la « Fear Of The Dark » (Iron Maiden). Pas question d’occulter cependant les rythmiques cavalières qui justifient le treillis militaire : « Stormtroopers » est un exercice typique de Sabaton, un power-metal grand spectacle voué aux grandes effusions sentimentales et à l’accessibilité. Ce qui fait justement et légitimement le succès de la formation aujourd’hui.

The War To End All Wars mérite cependant une attention soutenue pour ne pas manquer les efforts de composition omniprésents. Sabaton ne réinvente rien par rapport au genre, il cherche toutefois à s’articuler différemment. « The Unkillable Solider » – titre consacré à Sir Adrian Carton de Wiart, survivant d’un nombre conséquent de blessures toutes plus graves les unes que les autres – illustre parfaitement le procédé. Un riffing énergique, un pont aux chœurs héroïques qui reconstruit l’anticipation de l’auditeur et une déferlante de soli pour arriver à la conclusion. Il y a en outre quelques influences musicales peu entendues jusqu’alors dans la discographie du groupe, à l’image de « Soldier Of Heaven » qui puise ses sonorités de clavier et son riffing cyclique dans l’indus/électro du début des années 90 tout en inaugurant une narration à la première personne. « Chrismas Truce » (le fameux épisode de fraternité entre soldats allemands et britanniques lors de Noël 1914) est l’occasion de présenter quelques mélodies de piano caractéristiques des Chrismas Carols, sur lesquelles Joakim Brodén s’en donne à cœur joie en déployant toute son expressivité. « Hellfighters » – référence au 369e régiment composé essentiellement de soldats afro-américains et portoricains – lorgne quant à lui du côté du thrash des origines et se présente comme l’un des titres les plus énergiques de la discographie de Sabaton.

The War To End All Wars respecte pleinement le standard de qualité introduit par son aîné, en redéfinissant certains contours. Ceux qui sont réfractaires à l’univers de Sabaton ne profiteront pas d’une trêve. Sabaton persiste et signe : il s’affirme comme l’un des groupes les plus spectaculaires de sa génération où la musique doit susciter la plus grande adhésion possible. On peut critiquer le groupe sur le plan musical si les codes du heavy et du power taillé pour les stades ne nous siéent pas. Sur le reste, Sabaton ne glorifie pas la guerre et n’a littéralement aucune prétention autre que l’amour de l’Histoire. Il narre des histoires qui font partie de la grande à sa façon et ne nie pas que l’héroïsme et l’invraisemblance se juxtaposent souvent à l’horreur. The War To End All Wars ne dit pas le contraire.

Clip vidéo de la chanson « The Unkillable Soldier » :

Clip vidéo de la chanson « Soldier Of Heaven » :

Clip vidéo de la chanson « Christmas Truce » :

Album The War To End All Wars, sorti le 4 mars 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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