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Interview   

Sacred Reich et la positive attitude


Il faut croire que le thrash vit aujourd’hui une de ses meilleures époques, entre la forme affichée par la plupart des mastodontes du genre (à l’exception de la retraite de Slayer), la jeune génération en pleine ébullition et des gloires passées qui se reforment et s’offrent une nouvelle jeunesse. Sacred Reich fait partie de ces derniers. Certes, eux se sont reformés depuis 2006, mais ça faisait tout de même vingt-trois ans qu’ils n’avaient pas pris le chemin du studio pour nous offrir de nouvelles musiques. C’est chose faite avec Awakening.

Un titre d’album évocateur autant pour la situation du groupe que celle du monde. Car en vingt-trois ans, nul doute que Phil Rind, chanteur et l’un des deux membres fondateurs restants avec le guitariste Wiley Arnett, a évolué et est devenu plus philosophe, cultivant un état d’esprit positif. Nous nous sommes donc entretenus avec lui pour qu’il nous raconte tout ceci : du retour créatif de Sacred Reich, inaugurant un nouveau line-up, dont l’ex-Machine Head Dave McClain aux fûts, à sa vision du monde.

« Il est possible que nous l’ayons un peu fait par le passé, oublier nos racines. Donc nous en avions conscience et nous ne voulions pas que ça se reproduise. »

Sacred Reich s’est reformé en 2006 et est resté actif depuis lors sur scène, mais ce n’est que récemment que vous avez décidé de faire un nouvel album, qui sort maintenant. Pourquoi avoir attendu treize ans pour enfin sortir de la nouvelle musique ?

Nous n’avions pas les chansons avant très récemment. Je ne sais pas ce qui a changé durant ce temps. Depuis que nous avons commencé à rejouer en 2007, les gens nous ont demandé si nous faisions un nouvel album et la réponse était toujours non, car nous n’avions pas les chansons. Quelque chose a changé à la fin 2017 et nous avons recommencé à composer. Je ne sais pas vraiment pourquoi. J’aurais aimé le savoir, mais je ne cherche pas non plus trop à comprendre. Nous sommes juste contents de la tournure des choses aujourd’hui [petits rires].

Radio Metal : Le batteur Dave McClain a réintégré le groupe l’année dernière et vous avez accueilli Joey Radziwill en tant que nouveau guitariste depuis cette année. Comment se fait-il que Jason et Greg – deux membres fondateurs – aient quitté le groupe justement quand celui-ci avançait avec de la nouvelle musique ?

Phil Rind (chant) : Dans le cas de Greg, il faut savoir que parfois les choses ne fonctionnent pas. Un groupe, c’est comme une grande relation entre quatre personnes, et parfois cette relation ne marche pas. Nous ne sommes pas les seuls. Malheureusement, ça arrive [petits rires]. Et puis pour Jason, il n’était pas suffisamment en forme physiquement. Il ne se sentait pas très bien. Quand nous nous sommes mis à faire tout le truc, c’était évident qu’il n’allait plus pouvoir assurer. C’était juste au moment où nous enregistrions, donc nous avons fait appel à Joey pour qu’il travaille avec nous sur les démos. Donc nous connaissions Joey. Le père de Joey, Tim, a joué la batterie sur les démos parce que Dave était occupé. Donc nous avons rencontré Tim et Joey, et Joey était plus ou moins la seule personne sur la planète qui connaissait les chansons [rires], et c’est un incroyable guitariste. Nous ne pensions pas vraiment qu’il deviendrait notre guitariste ensuite, nous pensions qu’il enregistrerait juste sur l’album, mais en à peine quelques jours, il était devenu clair qu’il était notre guitariste, donc nous étions vraiment contents. Que Dave soit de retour dans le groupe après vingt-trois ans, c’est vraiment génial. C’est un batteur incroyable et un mec formidable. Nous nous entendons tous très bien et sa prestation sur l’album est super.

Joey est très jeune comparé au reste du groupe – il n’a que vingt-deux ans. Penses-tu qu’il a apporté de la fraîcheur à Sacred Reich ?

Il est certain qu’il a une perspective différente de nous. Etant plus jeune et n’ayant pas connu plein de choses que nous avons connues, c’est amusant de voir son excitation face à tout ce qui est nouveau pour lui. Par exemple, il n’a jamais été en Europe auparavant, un truc aussi simple que ça. Il y a plein d’expériences que nous avons déjà vécues et que lui n’a pas encore vécues. Dave a dit un truc du genre : « Tu imagines quand on ira en Europe ? » Et nous étions là : « Hey, Joey, ça te dit d’aller voir une cathédrale ? » « Putain, ouais, j’ai envie d’aller voir une cathédrale ! » Parfois, quand on a fait certaines choses, on peut se dire : « Oh, ouais, pas de quoi en faire tout un plat. » Mais quand on a son âge, tout prend de grandes proportions. Donc peut-être que ça nous permet de voir les choses sous une perspective nouvelle. Et il a vraiment la tête sur ses épaules, il est très mature et accepte tout sans sourciller. C’est un très bon ajout au groupe.

N’y a-t-il pas parfois un fossé générationnel entre vous ?

Pas vraiment, car Joey a eu l’habitude de jammer avec son père pendant longtemps, et Tim a notre âge, et il a l’habitude de traîner avec des mecs plus vieux. Et toutes les musiques qu’il aime viennent de notre époque. Il porte tous les jours des T-shirts de Death, d’Obituary ou des trucs comme ça. Donc il aime les musiques plus vieilles datant de l’époque où nous avons commencé. Donc ça fonctionne très bien.

Dave a fait précédemment partie de Sacred Reich de 1991 à 1995, et entre-temps, il a connu une belle carrière avec Machine Head. A quel point a-t-il évolué et changé en tant que musicien quand il est revenu dans le groupe ?

C’était marrant, quand nous enregistrions, Wiley [Arnett] a dit : « Bon sang, j’avais oublié comme Dave était bon ! » Et nous disions : « Eh bien, n’oublie pas qu’il ne s’est pas tourné les pouces pendant vingt-trois ans. Il a fait des albums et a tourné ! » Et Dave joue tous les jours et s’entraîne, il travaille très dur pour s’améliorer à la batterie. C’était incroyable de voir ça et toute l’expérience qu’il apporte. Et quand nous étions en studio, il avait la volonté et l’ouverture d’essayer différentes choses et c’était génial à voir.

Quelle a été son implication dans l’album, au final, vu que Tim a travaillé sur les démos ?

Lors du processus de composition, nous faisions les démos pendant qu’il était en tournée, et ensuite quand il a fini, il est venu à Phoenix et nous avons tous commencé à jammer sur les chansons. Il a fait son truc… Tu sais, en travaillant aussi avec Arthur Rizk qui a produit l’album, nous avons changé des choses, peut-être certains arrangements, nous avons ajouté des parties. Donc les chansons avaient un squelette et ensuite nous avons tous commencé à travailler dessus pour leur donner leur forme finale.

« Selon moi, aujourd’hui est la meilleure époque pour tout. […] On ne peut pas vivre dans le passé. Il faut vivre dans le moment présent où les choses se passent réellement. »

Ceci est votre premier album en vingt-trois ans, ce qui fait beaucoup. N’aviez-vous pas oublié comment faire après toutes ces années ? [Petits rires]

Non ! C’était vraiment palpitant ! Le premier jour, Wiley et moi, nous nous regardions avec le plus grand rictus jamais vu, parce que ça semblait… Nous n’avons jamais pensé que ça arriverait. Même quand nous composions les chansons et parlions d’aller en studio, nous savions que nous allions le faire et nous travaillions pour, mais j’imagine que ça n’a pas paru réel avant que nous y soyons physiquement. C’était donc assez extraordinaire. C’était une expérience vraiment magique. L’enregistrement s’est déroulé de façon très fluide. C’était incroyablement positif. Nous avons travaillé avec John Aquilino, qui est l’ingénieur de l’album, et Arthur était le producteur. Nous avions une très bonne équipe et nous travaillions très bien ensemble, nous étions ouverts les uns aux autres. C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas une fois qu’on a appris à en faire. Composer des chansons, c’est composer des chansons, et l’enregistrement reste l’enregistrement. L’enregistrement a beaucoup changé en vingt-trois ans d’évolution des technologies, avec ce qui est maintenant disponible et ce qu’il est possible de faire, mais nous avons vraiment abordé ça de façon assez old school. Il y a plein de technologies disponibles et de manière de corriger les choses, replacer les notes avec précision et s’assurer que tout soit parfait, mais ça n’était vraiment pas très intéressant pour nous. Donc nous n’avons pas vraiment fait appel à ces procédés, et Dave était catégorique : quand il a rejoint le groupe, il ne voulait pas que nous utilisions des triggers, des remplacements de sons, etc. Il voulait une batterie naturelle. De toute façon, nous n’avons jamais envisagé autre chose. Nous avons fait l’album à l’ancienne, avec des instruments sonnant naturellement et jouant ensemble. Voilà quelle a été notre approche.

Penses-tu que la technologie moderne aurait retiré quelque chose au groupe ?

Oui, parce que… Enfin, nous voulons toujours jouer du mieux que nous pouvons, mais nous ne voulions pas que ça sonne artificiellement parfait. Les gens enregistrent de plein de façons différentes aujourd’hui et ils en ont l’habitude, et les fans ont l’habitude d’entendre certaines choses, mais ce n’est pas ce à quoi nous aspirions. Il y a différentes façons d’aborder ça. Et si nous l’avions abordé autrement, je crois fermement que l’album aurait sonné différemment. Nous cherchions à obtenir ce que nous entendions dans nos têtes, et la façon dont nous l’avons fait était celle qui nous permettait de l’obtenir. Est-ce que ça a du sens ce que je raconte ?

Est-ce que le processus de composition était comparable à ce que vous avez connu dans le temps ?

C’était différent parce qu’évidemment, Dave n’était pas là. A l’époque, nous avions l’habitude de composer les chansons en nous rassemblant tous dans une pièce et en jammant dessus. Disons que si nous travaillions sur un album pendant une année, nous passions une année à travailler et répéter, et nous étions vraiment très au point sur les chansons. Mais là, nous avons enregistré des démos des chansons, en partant d’une petite idée et en enregistrant des trucs avec Tim et Joey en studio, afin d’obtenir les contours d’une chanson, voir comment ça sonnait, et c’était très différent comme manière de procéder. Avant, nous n’enregistrions jamais vraiment des démos des chansons. Et puis, là nous n’avions pas le temps de répétition que nous avons normalement, seulement quelques semaines, mais il s’est avéré que c’était plus que suffisant. Nous nous sommes tous sentis vraiment prêts et, à la fois, ça restait très frais dans nos têtes. C’était une expérience différente, mais c’était une super expérience.

Tu as mentionné le producteur Arthur Rizk et l’ingénieur John Aquilino. Apparemment, ils ont tous les deux joué des rôles essentiels pour façonner ce son organique que vous recherchiez…

Dès le début, Dave et John ont pris beaucoup de temps pour installer la batterie et essayer différentes caisses claires, différents micros, etc., à vraiment travailler sur les micros d’ambiance. Ils ont été très méticuleux avec le son de la batterie, car tout se construit autour de la batterie. John a beaucoup de connaissances techniques. Quand on lui dit comment on veut que les choses sonnent, il sait comment le traduire. Ensuite, Arthur, pour un jeune gars dans sa trentaine, il connaît très bien l’histoire. Quand il nous demandait ce que nous recherchions comme son, nous disions : « Peut-être dans la veine de Mob Rules ou Heaven And Hell. » Evidemment, pas exactement le même son, car nous ne serons jamais aussi cool que Black Sabbath, mais c’était un peu l’idée que nous visions, et il a dit : « Ouais, Martin Birch est l’un de mes producteurs préférés ! » Donc il connaît des choses très modernes mais il connaît aussi l’histoire. Il a une très bonne oreille, c’est un super musicien – il joue de la batterie et de la guitare. Il a beaucoup d’idées et a proposé beaucoup de choses, en ce qui concerne les structures de chansons et la façon dont sont jouées certaines parties. C’était vraiment super. Je suis content que nous ayons été ouverts à ça, car je leur ai raconté qu’il y a des années de ça, quand nous enregistrions, nous ne voulions écouter personne ayant un avis à partager sur la façon dont nos chansons devaient sonner. Nous avons également évolué, et je trouve qu’avec notre petit groupe de gens, ça a vraiment bien marché.

Sur Awakening, on a vraiment à faire à du Sacred Reich de la vieille école, de la musique à l’artwork : est-ce à vos vieux fans que vous vous adressez en priorité avec et album ?

Je crois qu’il est clair que nous voulions remercier les gens qui nous ont suivis depuis le début et nous ont permis de faire ce que nous avons pu faire. Indépendamment de quoi que ce soit, sans le soutien des fans, il n’y a pas de groupe. Nous faisons toujours de notre mieux sur le moment, nous développons notre son, nous ajoutons de nouvelles choses et nous n’avons pas peur d’essayer de nouveaux trucs, mais c’est certain que nous le faisons sans oublier nos racines et d’où nous venons. Il est possible que nous l’ayons un peu fait par le passé, oublier nos racines. Donc nous en avions conscience et nous ne voulions pas que ça se reproduise. Il y a plein de chansons sympas dans l’album et les chansons sont différentes les unes des autres. Nous espérons que tout le monde aimera l’album. Enfin, c’est notre but.

« Je ne crois pas que les jeunes groupes veulent ou aient besoin de quelconques conseils des vieux groupes. Ils sont surtout en train de tracer leur propre route. […] Et parfois quand on est jeunes, peut-être que l’écoute n’est pas notre meilleure compétence. »

Même la durée de l’album est de la vieille école, il ne fait que trente minutes…

Nous n’avons de toute façon jamais écrit de longs albums, et idéalement, quand nous parlions simplement de l’idée de l’album, nous pensions : « Ce serait super d’avoir dix chansons. » Eh bien, nous avons fini avec huit chansons et c’est ça qui a constitué l’album. Je ne crois pas vraiment qu’on va juger un album à sa durée mais plutôt à la qualité de ses chansons. Je pense que c’est le plus important.

D’un autre côté, on dirait que le thrash old school est revenu en force ces dernières années, surtout avec la nouvelle génération de groupes, comme Municipal Waste, Havok ou Lost Society. Penses-tu que ce soit la meilleure époque pour Sacred Reich et un tel album ?

Selon moi, aujourd’hui est la meilleure époque pour tout. Tout le monde dit toujours : « Oh, le bon vieux temps… » Je suis là : « Aujourd’hui est la meilleure époque pour vivre. » Aujourd’hui est la meilleure époque pour faire les choses, parce que nous sommes là ! C’est vraiment le seul moment où l’on peut faire quoi que ce soit, donc faisons du mieux que nous pouvons aujourd’hui. Enfin, on repense toujours au passé en se disant : « Oh, ça c’était marrant et c’était des bons moments », bien sûr mais… On ne peut pas vivre dans le passé. Il faut vivre dans le moment présent où les choses se passent réellement. Donc, il est clair que nous repensons au passé en nous disant que c’était bien et nous respectons tout ce qui nous a amenés où nous sommes, et nous essayons d’apprendre de ça, évidemment, mais le meilleur moment c’est aujourd’hui.

En vingt-trois ans, l’industrie a beaucoup changé : n’y avait-il aucune forme d’appréhension à sortir un album dans l’état actuel de l’industrie ?

Non, il n’y a pas d’appréhension. C’est comme je viens de dire : nous sommes là, aujourd’hui, il faut faire avec la situation telle qu’elle se présente à nous, avec les circonstances actuelles. Oui, évidemment, les choses ont énormément changé et parfois pour le mieux, parfois pas pour le mieux, mais on n’a pas d’autre choix que de faire avec [petits rires]. Ce qu’il y a de bien, c’est l’accessibilité, n’est-ce pas ? Les gens ont accès à plein de musiques en tout genre, c’est facile de mettre notre musique à disposition des gens. Que les gens l’entendent ou pas est une autre histoire, car il y a une quantité phénoménale de musique. Ça peut être assez difficile de parvenir à ce que les gens s’arrêtent et t’écoutent. Mais tout le monde travaille dans le même contexte, donc on n’a pas d’autre choix que de faire de notre mieux. Je trouve ça très bien, il y a des tonnes de super groupes, il y a des tonnes de super trucs qui se passent, il y a une myriade de façons d’écouter de la musique, il y a plein d’occasions d’aller voir de la musique en concert, avec les réseaux sociaux, on peut directement parler et interagir avec les fans… Je trouve ça génial.

Vous sentez-vous mis au défi par la nouvelle génération de groupes de thrash, comme ceux que j’ai mentionnés ? Ou vous voyez-vous plutôt comme des parrains à leur égard ?

Mis au défi… Je ne sais pas. Je suppose que c’est toujours bien que des gens nous bousculent. Je ne me sens jamais vraiment en compétition avec qui que ce soit parce que je crois que tout le monde essaye d’être le meilleur groupe qu’il peut être, mais pas nécessairement meilleur que tout le monde, car chacun fait son propre truc. Mais je pense que c’est bien que des jeunes groupes débarquent et repoussent les limites et réinventent des choses. Je trouve ça super. Quand on entend un très bon jeune groupe, c’est inspirant et ça nous donne de l’énergie. Et je ne sais pas par rapport au fait d’être un parrain… Je veux dire qu’évidemment, ça fait longtemps que nous existons. Parfois les gens veulent entendre de vieilles histoires, s’ils n’étaient pas là à l’époque. Enfin, si quiconque a des questions, j’essayerai toujours d’y répondre du mieux que je peux. Mais je ne crois pas que les jeunes groupes veulent ou aient besoin de quelconques conseils des vieux groupes. Ils sont surtout en train de tracer leur propre route. Quand nous étions un jeune groupe, nous étions peut-être arrogants et nous voulions juste faire notre propre truc, et parfois quand on est jeunes, peut-être que l’écoute n’est pas notre meilleure compétence. Donc je ne suis pas sûr.

Le titre de l’album a un double sens : c’est le réveil créatif du groupe, mais c’est aussi un commentaire au sujet du monde servant de thème à l’album. Quel est votre message ?

Globalement, avec les paroles, je suis surtout encourageant et positif. Evidemment, comme tu l’as dit, le réveil, ça fait référence à notre retour mais aussi simplement au fait qu’on doit faire attention à ce qui se passe. Le véritable réveil doit avoir lieu en chacun de nous, comme le réveil de notre cœur, afin qu’on se demande comment on va vivre nos vies. On dirait qu’actuellement, il y a une prépondérance de peur, de méfiance, de colère et de haine, et une marée montante d’extrême droite partout sur le globe. On doit donc tous regarder dans notre cœur et nous poser la question : « Allons-nous vivre à travers la haine et la colère ? Ou bien allons-nous vivre à travers l’amour et la compassion, et comprendre qu’on est tous ici ensemble ? » Car c’est ça la vérité, on est tous interconnectés et on est tous pareils dans les grandes lignes. Donc le véritable réveil dont chacun de nous a besoin est dans notre cœur. Il y a une phrase dans « Manifest Reality » qui dit : « Quand j’étais jeune, il fallait que je change le monde. Maintenant je sais que je ne peux que me changer moi-même. » Car le vrai changement va venir de chacun d’entre nous. C’est ça le thème principal de l’album : ne pas se reposer sur d’autres gens.

« Il y a une phrase dans ‘Manifest Reality’ qui dit : ‘Quand j’étais jeune, il fallait que je change le monde. Maintenant je sais que je ne peux que me changer moi-même.’ Car le vrai changement va venir de chacun d’entre nous. C’est ça le thème principal de l’album : ne pas se reposer sur d’autres gens. »

As-tu l’impression que les gens sont endormis ou léthargiques aujourd’hui dans nos sociétés ?

Je ne sais pas. A bien des égards, les choses ont toujours été plus ou moins pareilles. Certaines personnes ont évoqué la chanson « American Way » qui a été écrite en 1990 et il se peut que ce qu’elle dit soit encore plus vrai aujourd’hui. Tu sais, c’était probablement vrai en 1980, en 1970, en 1960, en 1950… Certaines de ces choses ne cessent de se répéter. Mon fils aîné a été diplômé en histoire et en philosophie, et il m’a lu une citation. L’ancienne génération parlait à la jeune génération, disant qu’ils ne respectaient pas les vieilles méthodes, qu’ils sont fainéants et stupides, et qu’on va tout droit en enfer. C’est grosso modo ce que ça disait. Et ça date de quatre mille ans dans la Grèce ancienne ! Donc peut-être que ça a toujours été ainsi : les vieux pensent que les jeunes ne savent pas ce qu’ils font, qu’ils sont fainéants et stupides, mais je pense que c’est une vieille manière de penser. Il faut respecter la jeune génération et comprendre qu’ils ont leur propre façon de faire les choses, et qu’ils sont sans doute plus intelligents, plus compatissants que nous, donc c’est bien.

Dans la chanson « Revolution », tu chantes que c’est le moment pour une révolution. Mais penses-tu que les gens soient prêts pour la révolution ?

Encore une fois, la révolution dont je parle est une révolution intérieure. Le changement doit venir de nous et quand on sera prêts pour le changement, le changement se produira. Il y a un dicton qui dit que quand l’élève est prêt, le maître apparaît. Tant que les gens seront divisés, les gens vivant dans la peur éliront les mêmes types de personnes, au lieu d’essayer de trouver des personnes qui représentent vraiment ce que veulent les gens dans le monde. C’est ça la révolution dont je parle, ne pas tomber dans les mêmes travers qui nous divisent, que ce soit la race, la religion, la couleur, le nationalisme, peu importe. Donc la révolution est à l’intérieur. Et je crois vraiment que les gens y sont déjà prêts. Ils ne savent juste pas comment l’accomplir.

Comme tu l’as mentionné, il y a beaucoup d’aspects positifs et d’espoir dans cet album, contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre d’un groupe de thrash metal : est-ce important pour toi aujourd’hui d’utiliser cette agressivité et ce moteur pour transmettre une énergie positive à l’auditeur ?

Le message a toujours été important. Nous avons toujours pris beaucoup de temps avec nos textes et parlé de choses que nous estimons importantes. Donc à ce stade, il y a beaucoup de négativité et de choses qui se passent qui ne sont pas géniales, donc je pense que ce dont on a tous besoin, c’est de la positivité et des encouragements afin de ne pas oublier. Même parmi toute la souffrance qu’il y a aujourd’hui, il y a aussi beaucoup d’amour, de joie, de compréhension et de bonheur. Tout dépend où l’on regarde, n’est-ce pas ? Si on se focalise sur les choses négatives, tout ce qu’on verra, ce sont des choses négatives. Si on se focalise sur les choses positives, c’est ce qu’on verra. On a donc le choix, alors véhiculons de la positivité. Il y a plein de choses en lesquelles croire. Il faut juste regarder dans leur direction. Comme je l’ai dit plus tôt : aujourd’hui, c’est la meilleure époque pour vivre. Donc ce qui compte, c’est ce que l’on en fait. Chaque jour on a le choix : allons-nous vivre notre vie de manière positive ou bien allons-nous nous concentrer sur le négatif et être chiants ? Chaque matin quand on se lève, on devrait apprécier le fait qu’on se soit réveillé, car ce n’est pas le cas de tout le monde. Le Dalaï-Lama dit toujours : « On ne sait pas ce qui vient ensuite : le prochain jour ou la prochaine vie ? » Donc le fait qu’on se soit réveillé est vraiment un bon début.

As-tu toujours eu cet esprit positif étant plus jeune ou bien est-ce venu avec l’âge ?

A un niveau profond et basique, je crois qu’on l’a tous. On a tous un esprit éclairé en nous, il faut juste qu’on le découvre. Tu sais, quand on voit de jeunes enfants, on peut mieux le voir, car ils sont moins conditionnés par la société, car la façon dont la société est configurée, à bien des égards, c’est contre-intuitif par rapport à cette ouverture. C’est vraiment guidé par l’argent, les choses matérielles et des séparations, nous et eux, et on doit faire les choses pour soi… Ça peut nous pousser dans un mode égoïste. Donc je crois qu’on a tous cette positivité et cette connexion en nous. Il faut juste qu’on le réalise et vivre à travers elle. C’est la réponse longue, et la réponse courte serait : j’ai toujours eu certains aspects de cette positivité mais j’ai essayé de la cultiver davantage. C’est comme une graine : si tu l’arroses, l’exposes au soleil et t’en occupes, elle poussera, et si tu l’ignores, elle mourra.

Tu avais dix-huit ans quand Ignorance est sorti et tu en as quarante-neuf maintenant. Te reconnais-tu toujours dans le jeune Phil Rind ?

J’ai pas mal changé. Je ne sais pas si je me sentais pareil quand j’avais dix-huit ans. Enfin, à certains égards, j’ai toujours l’impression d’avoir dix-huit ans et d’être un grand gamin [petits rires]. Mais en termes d’attitude, je ne suis pas sûr. Je pense que j’étais comme la plupart des ados de dix-huit ans : on croit tout savoir, on veut montrer à tout le monde à quel point on a raison, notre avis est fait et rien ne peut nous arrêter. Il y a beaucoup de volonté, de détermination et focalisation sur une chose précise ; quand j’y pense, je ressens toujours ça, à certains égards, le fait d’être concentré et déterminé. Mais je me souviens quand mes enfants avaient dix-huit ans, j’étais là : « Oh, j’avais oublié que tu savais tout ! Tu es à cet âge-là, tu sais tout, personne ne peut rien te dire. » C’est assez commun. Et je ne crois pas que ça aurait du sens de se sentir le même qu’il y a trente-deux ans.

« Chaque matin quand on se lève, on devrait apprécier le fait qu’on se soit réveillé, car ce n’est pas le cas de tout le monde. Le Dalaï-Lama dit toujours : ‘On ne sait pas ce qui vient ensuite : le prochain jour ou la prochaine vie ?’ Donc le fait qu’on se soit réveillé est vraiment un bon début. »

La chanson « Death Valley » se démarque avec son atmosphère sudiste, ce qui peut rappeler dans un autre style les influences surf rock de « Surf Nicaragua ». Est-ce que ce genre de chanson démontre que Sacred Reich est plus qu’un simple groupe de thrash metal ?

Nous nous voyons juste comme un groupe. Si les gens veulent dire qu’on est un groupe de thrash metal ou peu importe quoi, ils peuvent dire ce qu’ils veulent. Il est certain qu’il y a une part de ça, mais je ne pense pas que nous ayons été un pur groupe de thrash metal depuis que nous avons fait Ignorance. Je pense qu’Ignorance est plus ou moins un pur album de thrash, mais après ça, nous avons ajouté plein d’éléments différents. Tu sais, pour moi, cette chanson a presque un côté à la Sabotage de Black Sabbath. C’est la chanson sur la mort la plus joyeuse jamais écrite [petits rires]. L’idée dans le fait de penser et contempler sa propre mort, c’est d’avoir vraiment le sentiment d’être vivant, n’est-ce pas ? Il s’agit donc d’apprécier chaque instant. Le feeling de la chanson, musicalement, pour moi… Quand j’écoute la chanson, je m’imagine en train de conduire une moto dans le désert, avec le vent dans mes cheveux et le soleil sur mon visage, et de me sentir en harmonie avec tout. Il y a un pont musical au milieu de la chanson et c’est toujours ce que je m’imagine quand je l’entends, et ce sentiment d’avoir un sourire sur le visage, me sentant vivant.

Sur un autre sujet, peux-tu nous parler du contexte de la séparation du groupe à la fin des années 90 ? Dirais-tu que le groupe ait souffert de cette décennie ?

Souffert des années 90 ? Je ne sais pas. Enfin, évidemment, la musique et les goûts des gens ont changé… Enfin, mes goûts ont changé également ! [Petits rires] J’ai fait partie de la même chose. Nous avons sorti notre dernier album, Heal, en 96… Je pense que nous nous sommes probablement arrêtés de jouer en 97. Nous n’avions aucune chanson, la source s’était tarie. On avait l’impression que le groupe faiblissait et que nous avions fait notre temps en tant que Sacred Reich. Quand on n’a pas de nouvelle chanson et qu’on n’a pas prévu de faire de nouvel album, alors ça paraît naturel d’arrêter. Il semblait que c’était le moment de passer à autre chose et de faire d’autres trucs.

Tu viens de dire que tes goûts ont changé : de quelle façon ?

Je pense que les goûts de tout le monde changent quand on grandit et évolue. Ça ne veut pas dire que je n’aime plus Slayer et Metallica. Ça veut juste dire que j’écoute toutes sortes de musiques et je n’écoute plus aussi souvent qu’avant Reign In Blood. Tu sais, quand j’avais dix-huit ans, il est clair que je n’écoutais pas Louis Armstrong et Ella Fitzgerald comme aujourd’hui. Mais il y a un tas de choses que j’écoutais plus jeune que j’écoute toujours, de Metallica et Slayer – la musique de cette époque – à Led Zeppelin, Jimi Hendrix, Black Sabbath et les Beatles, ainsi que Stevie Wonder, Earth Wind And Fire, Sly And The Family Stone, Miles Davis… Un tas de choses.

Penses-tu qu’on va devoir attendre encore vingt-trois ans pour avoir un nouvel album de Sacred Reich ?

Absolument pas ! Il se trouve d’ailleurs que nous travaillons déjà sur de nouvelles chansons. Je ne sais pas quand ça… Je veux dire que nous allons être assez occupés à tourner tout 2020. Mais ouais, nous voulons faire un autre album et continuer.

Interview réalisée par téléphone le 5 août 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Sacred Reich : www.facebook.com/sacredreichofficial.

Acheter l’album Awakening.



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