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Interview   

SADIST : ENTRETIEN AVEC TOMMY


Sadist est un groupe italien de Death Metal qui s’est produit à Milan, lors du Gods Of Metal. Après diverses approximations, dues à l’organisation locale, Spaceman est quand même parvenu à s’entretenir avec Tommy,le guitariste du combo.

Radio Metal : Les albums « Lego » et « Crust » étaient très différents. Que penses-tu aujourd’hui de votre nouvelle production par rapport à ces deux albums?

Tommy : En fait faire quelque chose de différent a toujours été une sorte de marque de fabrique. Et ce a chaque fois que nous entrons en studio. Nous essayons d’explorer différentes solutions musicales. Avec « Crust », notre dernier album, nous avons essayé de jouer aussi vite et aussi heavy que possible. Avec « Tribe », nous jouions un Metal plus progressif. Nous ressentions avec « Crust » le besoin de faire quelque chose de différent. A l’époque, nous voulions jouer quelque chose de plus heavy. C’était la même chose avec « Lego ». Après « Crust » nous avons souhaité créer une musique différente de tous les autres albums que nous avions réalisés jusqu’ici. Bien sûr, tu sais que « Lego » n’a pas été vraiment apprécié par les fans, par le public en général car on a dit qu’il se rapprochait trop du Nu Metal. Pour moi ce n’est pas vraiment ça mais je comprends que les gens, habitués à nous entendre jouer du Death Metal, n’aient pas aimé un album avec un style si différent. Cette fois nous avons voulu faire quelque chose qui aurait pu mixer tous nos différents styles depuis le premier album jusqu’à « Crust » tout en rajoutant quelque chose de nouveau. Donc on a commencé à travailler avec des instruments acoustiques. On utilise également moins de clavier que sur les précédentes chansons. On a joué sur de nouveaux instruments tel que la mandoline, le bouzouki grec ou encore la sitar. Ainsi que beaucoup de percussions orientales. Et c’était très bien pour nous car nous avons toujours eu le sentiment qu’en étant un groupe italien, nous nous trouvions entre une culture musicale occidentale et orientale. Bien sûr nous faisons du Metal, mais au départ nous sommes des musiciens. Et pour nous le but d’un musicien est d’essayer d’explorer de nouveaux horizons et créer quelque chose d’innovant.

Quand on écoute votre nouvel album, on a l’impression d’entendre la suite exacte de « Tribe », loin de l’échec commercial de « Lego ». Essayez-vous d’oublier cette période?

Pour être franc, oui. « Lego » n’était pas une bonne période. Mais on n’essaye pas de l’oublier, c’est notre passé, quand nous avons fait cet album nous pensions qu’il était bien. Malheureusement nous ne l’avons pas bien vendu, et les choses ont empiré à la suite de la sortie de l’album. C’est pourquoi nous avons décidé d’arrêter pour un moment, c’était une nécessité. Mais voilà nous avons fait cet album et il fait partie de notre carrière. C’est a peu près comme quand tu sors avec une nouvelle petite amie. Au départ tu penses l’aimer, mais après un moment tu te rends compte que ce n’est pas vraiment le cas. Mais elle a fait partie de ta vie, donc tu ne peux pas simplement l’oublier. Nous essayons de revenir aux bases du groupe, aux bases de notre son, retrouver des influences plus Death et Thrash Metal, comparer à « Lego ». Je pense que « Lego » avait de très bonnes chansons, mais l’album en lui-même n’a pas vraiment marché. Beaucoup de mélodie sur le nouvel album rappelle en quelque sorte « Lego ». Bien sûr l’attitude est plus proche de nos premiers albums, mais « Lego » est un album de SADIST, et tu peux entendre ce son heavy. Il est peut être moins heavy que les autres. Mais c’est le son de SADIST.

On peut entendre du changement dans la manière de chanter, Trevor semble revenir à un chant plus Death par rapport a « Lego ». Est-ce un changement naturel?

Je pense que le pire coté de « Lego » n’était pas le chant mais les arrangements. Les parties vocales étaient trop claires. A l’époque on pensait que ça pouvait marcher, mais en fait ça n’a pas vraiment bien fonctionné. Cette fois nous voulions que le chant colle plus à l’attitude de l’album. Ce dernier est plus heavy, dans la veine de « Crust », avec des chansons plus rapides et des riffs de guitares plus lourds. Ca paraissait donc évident que nous ne pouvions utiliser un chant clair car ça n’aurait pas collé avec la musique. Quand nous arrangeons tous les instruments, nous essayons de les faire s’accorder les uns aux autres, et le chant doit également s’ajuster a la musique. C’est pour cela qu’il faut trouver la bonne attitude à adopter avec les parties vocales.

Avez-vous fait l’album que vous désiriez produire ou celui que le public voulait entendre?

En fait, c’est une question difficile car quand tu as un album ayant reçu peu de succès comme « Lego », et qui causa la dissolution du groupe car la plus grande partie des fans n’ont pas aimé, tu commences a ne plus l’aimer également. Et si tu penses que pour toi il était bien, que c’était ce que tu voulais faire, et que tu réalises que personne ne l’apprécie, là tu commences a te poser des questions et a te dire que ce n’est peut être pas le meilleur travail que tu ai fait. Avec le nouvel album, nous avons dès le début penser à ce que devait être SADIST, et bien sûr, SADIST est un groupe avec un son lourd, un groupe de Thrash Death Metal. Nous n’avons jamais réellement été un groupe de Death Metal car, quand je pense au Death, je pense a des groupes tels que OBTUARY ou MORBID ANGEL. J’adore ces groupes, j’adore le vieux Death à la CARCASS. Mais nous nous trouvons quelque part au milieu de ce style, car nous avons beaucoup été influencé par des groupes de Thrash comme SLAYER ou ANNIHILATOR. Bien sûr nous avons aussi été influencé par le Death, mais également par la musique progressive des années 70, avec des groupes comme JADIS ou encore des groupes de Metal progressif italien. Donc la manière de travailler pour nous a été de savoir quel son devait avoir un album de SADIST en 2007, et l’album sonne vraiment comme nous le voulions. C’est pour ça que nous avons passé beaucoup de temps à travailler sur des instruments acoustiques. Nous aurions pu travailler de la même manière que nous avions fait pour « Above the light » et « Tribe », qui restent nos plus gros succès. Cela aurait été beaucoup plus simple, mettre énormément de clavier ainsi que des guitares Thrash et Death, et le tour était joué. Je suis sûr que beaucoup de nos fans apprécieraient cela. Mais nous voulions faire quelque chose de différent. Nous avons un son plus heavy, comparer a nos anciens albums car, comparer a « Above the light » et « Tribe », cet album est plus Thrash et plus lourd d’une certaine manière. Mais c’est un grand pas en avant pour nous, d’avoir travailler ainsi, avec tous ces instrument acoustiques et étranges venus d’autres cultures, et pas simplement avec un style de musique typiquement occidental. C’était la direction que nous voulions suivre…

Votre album s’appelle simplement « Sadist ». Est-ce parce que vous le considérez comme un nouveau commencement ?

D’une certaine façon oui on pourrait considérer cela comme un nouveau commencement. Mais en réalité, quand nous l’avons écouté après que tout fut mixé et que nous avons commencé à chercher un titre, nous avons pensé que « Sadist » serait parfait car il convenait exactement a l’humeur de l’album. Cet opus colle parfaitement avec le nom du groupe. Les paroles, la musique, l’attitude… Il était presque évident pour nous de l’intituler ainsi car n’importe quel autre titre aurait été trop éloigné de l’idée générale de l’album. Nous avons eu envie que, quand les gens penseront à l’album, ils aient en tête que celui-ci soit l’opus définitif de SADIST. Bien que le prochain le sera également !

L’Italie est reconnu pour sa fameuse scène de Metal Symphonique. Votre style est très différent de ce genre de Metal. Que penses-tu de ces groupes?

Je pense que chaque bon groupe italien ayant eu un succès en dehors de notre pays est un plus pour la scène italienne. Nous avons d’excellents groupes et je ne dis pas simplement ça parce que nous sommes italiens et que nous devons nous entre aider. Nous avons le même problème qu’en France par exemple. Notre culture nous fait malheureusement porter plus d’attention aux groupes étrangers qu’aux groupes italiens. Mais nous avons vraiment de très bons groupes en Thrash Metal, en Death Metal ou encore Power Metal. C’est super que des groupes comme RHAPSODY ou LACUNA COIL soient récompensés pour leurs travaux. Ce sont de bons groupes et ils jouent la musique qu’ils ont envie de jouer, avec la bonne attitude. Donc c’est génial qu’ils soient reconnus pour ce qu’ils font.

Depuis quelques années, l’Italie a vu émerger bon nombre de groupes de Death Metal très techniques et talentueux comme, par exemple, GORY BLISTER. Penses-tu que cette émergence est un contre-balancement face à l’abondance de symphonique?

Je pense que la musique est une sorte de cercle. En fait, le côté technique prend de l’importance. Finalement, nous avons des groupes comme GORY BLISTER ou même SADIST, et c’est très bien. Mais je suis sûr que d’ici quelques années les choses vont changer, comme ce fut le cas il y a 5 ans avec le Power Metal. Tout le monde était supposé jouer du Power Metal car c’était le seul genre de Metal que vous pouviez jouer. Et de nos jours, il semble que si tu joues de ce style, tu te retrouves en dehors de la scène musicale et du marché. En fait, il faut faire la musique que tu as envie de faire et rester honnête avec ton public et toi même. Il faut faire quelque chose que tu as vraiment envie de faire et ne pas seulement suivre la mode. Donc je suis content que de si bons groupes tel que GORY BLISTER réussissent car ils bossent énormément. C’est cool qu’ils aient du succès également en dehors de l’Italie.

Comme le groupe ATHEIST, votre musique a de très fortes influences de Jazz. Considères-tu le Jazz comme une musique extrême?

Je pense que la musique extrême est plus une question d’attitude. Ce n’est pas simplement avoir des guitares distordues ou jouer aussi rapidement que possible avec la double pédale. Ca vient plus de ce que tu as à l’esprit. Le Jazz était dans un sens l’un des premiers moyens pour jouer une sorte de crossover de différentes musiques au siècle dernier. Quand on pense au crossover en ce moment, on pense a KORN ou les RED HOT CHILI PEPPERS, mais il y a un siècle, le Jazz était lui même un crossover ! Donc d’une certaine manière, oui, c’était extrême. Ca vient du mélange de plusieurs cultures, de l’Afrique comme des Etats-Unis ainsi que l’Europe. Ils ont donc mélangé tout ça et ont crée une nouvelle façon de faire de la musique, une sorte de nouveau langage musical. C’était extrême par rapport à la musique classique. Pour moi, jouer quelque chose d’extrême simplement parce que tu dois le faire est inutile. Etre extrême est une attitude, quelque chose qui tu aimes vraiment et que tu veux absolument faire avec ton coeur. Tu sais j’adore le Metal et j’adore tous les styles de musique, le Jazz, la musique classique. Mais avant tout j’aime le Metal. C’est pourquoi la base de ce que j’écris est le Heavy Metal.

Les personnes n’étant pas habituées au Metal auront du mal à écouter du Death Metal. Penses-tu que les groupes de Death Metal ne sont accessibles qu’à leurs fans?

Par exemple, moi qui n’aime pas le Hip-Hop, ça me va si toi tu aimes mais moi ça ne me fait rien. Ca ne me procure aucune sensation. J’ai vraiment du mal à en écouter. C’est la même chose avec le Metal. C’est simplement parce que tu n’es pas assez ouvert d’esprit, tu n’es pas encore prêt à comprendre quelque chose qui sort de la musique que tu écoutes habituellement. La plupart des Italiens écoutent de la musique mélodique, et a cause de ça tout le monde pense que la musique italienne se résume a de la musique mélodique, comme Eros Ramazzotti ou Laura Pausini. C’est très bien, c’est de la musique italienne mais ce n’est pas la seule. Nous avons une très bonne scène de Rock Progressif avec des groupes comme PFM ou GOBLIN dans les années 70. C’est très dommage qu’aujourd’hui, beaucoup de gens pensent que la musique rock ne colle pas à la culture italienne, ce qui est faux. Ce n’est pas une question d’être italien donc de devoir jouer de la musique mélodique. SADIST est un groupe très mélodique. Les gens devraient repenser ce qu’est vraiment la mélodie. Ce n’est pas simplement de la musique facile à écouter. C’est uniquement une question de notes que l’on met les unes après les autres, voilà ce qu’est la mélodie. Pour moi, la musique de SADIST est plus mélodique que le Hip-Hop par exemple. En ce moment, le Hip-Hop devient assez a la mode en Italie et je ne comprend pas ce que les gens trouvent d’intéressant la dedans. Mais si ils aiment alors pourquoi pas. Ca ne me fait rien si le Metal ne devient pas aussi a la mode que Ramazzotti ou Pausini, ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est que les gens qui écoutent ma musique comprennent ce que j’ai essayé de faire et l’apprécient. Pas simplement parce que c’est une question de mode. Vendre des albums uniquement car nous sommes à la mode ne m’intéresse pas. Je veux simplement jouer ma musique et je suis content que certaines personnes la trouvent bien.

Entretien réalisé le 30 juin 2007 à Milan

Traduction : Clément

Site Internet SADIST : www.sadistribe.com



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