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Chronique   

Saint Vitus – Saint Vitus


Ce n’est plus à prouver, Saint Vitus est une légende du doom, au point d’ailleurs d’incarner parfaitement le concept : rien n’est jamais simple pour les Américains qui semblent condamnés à péricliter puis recommencer à zéro éternellement. Pauses, recompositions, changements de line-up… Mais finalement, avec la sortie de Lillie: F-65 en 2012, dix-sept ans après Die Healing, on pouvait imaginer que Saint Vitus était de retour pour de bon. Opinion qui semblait même partagée par le groupe lui-même, enchanté du retour de Wino, son chanteur iconique. Hélas, retour à la case départ une fois de plus : en 2014, Wino est arrêté en possession de substances illégales en Norvège et admet avoir des problèmes de drogue, ce qui compromet sa collaboration avec le groupe. En 2018, Mark Adams, bassiste et membre fondateur, se voit obligé de quitter le combo car il est atteint de la maladie de Parkinson. Mais une fois encore, Saint Vitus rebondit : sept ans après Lillie: F-65, avec les renforts de Scott Reagers, le chanteur des tout débuts et de Die Healing, et Pat Bruders, le bassiste de Down, il propose un nouvel album, intitulé tout simplement… Saint Vitus. Le titre de son premier album, sorti en 1984. De quoi retourner aux sources d’une carrière longue de pas moins de quatre décennies…

Et malgré le nombre d’années au compteur, Saint Vitus a de beaux restes : c’est d’ailleurs sur « Remains » que s’ouvre l’album. Riffs lourds et inquiétants, atmosphère sombre, paroles désabusées et solos psychédéliques de Dave Chandler : tout ce qui fait le génie du groupe est là. La voix de Reagers, plus expressive voire théâtrale que les imprécations maussades de Wino, donne à l’ensemble une tonalité hard voire classic rock et une dimension atemporelle. Et tout au long du disque, aucun signe de redite ou d’épuisement. Saint Vitus penche sensiblement du côté de la hargne plutôt que de celui de la lamentation, le tout sur fond de basse ronflante : rarement elle a été aussi mise en valeur que sur cet album, on en veut pour preuve l’ouverture galopante de « Bloodshed ». Entre titres terriblement accrocheurs (« Wormhole » et son riff qui reste dans la tête) et l’introduction sinistre de « Last Breath », les Américains déploient toute leur palette, ménagent des moments de respiration avec deux interludes – l’onirique « A Prelude To… » et « City Park » avec ses grenouilles tout droit sorties du bayou (après tout, le groupe est désormais à moitié néo-orléanais) –, et terminent sur un « Useless » punk hardcore gonflé à bloc. Bref, tout comme son leader Dave Chandler, qui enchaîne riffs d’anthologie et solos déglingués, le quatuor en a encore sous le capot.

En une quarantaine de minutes, Saint Vitus revisite donc son histoire, de la lourdeur sabbathesque de ses débuts à son voisinage paradoxalement heureux avec la scène hardcore, faisant de ce dernier opus un disque hors du temps, qui pourrait indifféremment être sorti en 1986, 1995 ou 2019, à l’exception peut-être d’une production qui, elle, a clairement monté en gamme. Aucune nostalgie pour autant, simplement un groupe qui fait ce qu’il sait faire de mieux. Il est tentant cela dit de faire le parallèle avec Candlemass, groupe culte de la même génération qui a fait en début d’année un retour aux sources similaire : avec les pionniers du doom désormais à la retraite – Black Sabbath, faut-il le préciser ? – ce sont ces groupes du début des années 80 qui tiennent dorénavant le rôle de parrains du genre. Ce retour vers leur glorieux passé est une manière d’asseoir leur légitimité et de rappeler les racines d’un style qui depuis a connu le développement pléthorique que l’on sait. Pas mal pour un groupe qui, depuis quarante ans, se voue à l’échec et à la tragédie : une fois de plus, Saint Vitus renaît de ses cendres…

La chanson « Useless » :

La chanson « Bloodshed » :

Chanson « 12 Years In The Tomb » en écoute :

Album Saint Vitus, sortie le 17 mai 2019 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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