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Chronique   

Saor – Origins


De plus en plus d’eau coule sous les ponts écossais entre chaque sortie de Saor. Son pilier central, Andy Marshall, à la fois architecte et maître d’œuvre, profite de ce temps pour tourner activement et s’abreuver de musiques diverses. En découle une évolution que des adeptes de plus en plus nombreux suivent avec passion. Andy propose pour décrire sa musique, depuis Forgotten Paths notamment, le terme de « metal calédonien », comme en écho au maintenant bien établi (mais pas pour autant facile à définir) metal cascadien qui a pris racine outre-Atlantique. Origins est consacré aux Pictes, ces tribus qui peuplèrent le nord-est de ce qui deviendra l’Écosse, à cheval entre l’Antiquité et le Moyen Âge. Ce thème implique des aspects guerriers ainsi qu’une atmosphère qui, tout comme les peuplades évoquées, trouve ses fondements dans le paganisme sans toutefois s’y fondre intégralement.

« Call Of The Carnyx » détaille solennellement ce paysage du lointain passé, initialement à la manière d’un documentaire puis avec de conséquentes doses d’action. Ce premier morceau ne comporte que peu de voix, et elles sont quasi intégralement claires, ce qui le place un peu à part dans la discographie du groupe. « Fallen » joue la carte mythologique, avec un florilège d’influences et de décors. Ce titre passe un livre d’histoire au mixeur et nous en sert le jus complexe, avant de s’incliner devant une fin purement écossaise. On assiste tour à tour à un appel aux armes, à des incantations ésotériques galvanisant les troupes, à la bataille proprement dite, puis au banquet de victoire. C’est là une illustration d’une force d’Origins : parvenir, en un temps relativement limité, à introduire une situation, à l’enrichir de développements et de rebondissements, et à conclure sans bavure ni pétard mouillé. « Beyond The Wall » apportera un autre exemple de ce processus. Saor répétait autrefois des thèmes musicaux minimalistes jusqu’à saturation pour asseoir son socle atmosphérique, les martelant pendant de longues minutes. Si elles avaient leur intérêt, ces envolées ont été amplement visitées et menaçaient de phagocyter le groupe, qui trouve ici du renouveau sans rompre trop brutalement avec ses formules ancestrales. Origins vient nous rappeler le prix des choses, et nous force à gratter la terre, à supporter la bruine, et à percevoir occasionnellement, que cela nous plaise ou non, la saveur du sang entre les panoramas homériques qui n’en ressortent que mieux. Ce qui est perdu en atmosphère est récupéré sous forme de mélodies et de structure. Les ambiances sont moins immédiates mais plus percutantes et complexes, plus aptes à stimuler l’imagination : quelque chose de cher à Andy Marshall.

Le chant, sensiblement plus intelligible, a été orienté vers le black metal, au détriment des growls habituels, mais la patte d’Andy reste discernable. En contreforts se présente une grande diversité de chœurs. Le chant clair masculin trouvé ici et là, qui semble avoir vocation à prendre de plus en plus de place, reste perfectible mais constitue un assaisonnement bienvenu. Il n’est néanmoins pas rare que les guitares volent la vedette aux voix pour conter les péripéties des protagonistes, et jouent au besoin avec les instruments folkloriques comme s’ils dansaient ensemble autour d’un feu (« Fallen »). Les passages festifs ou instrumentaux rendent l’album accessible, mais en y regardant de plus près, on remarque, au détour de certains airs, les approches vocales incisives qui contrebalancent cette douceur. Aux yeux d’Andy Marshall, Origins est d’ailleurs l’album de Saor le plus black metal, mais on pourrait parier que cela ne sera pas l’avis de tout le public. La thèse inverse pourrait même être soutenue tant que l’on ne se plonge pas dans les détails – et encore, cela dépend des détails choisis. Peut-être est-ce là un atout de cet opus : être malléable et proposer des facettes changeantes.

Origins évoque d’autres terres par le jeu des comparaisons. Cet opus a quelque chose de très Cân Bardd concernant la manière de donner vie aux passages épiques. À force de tourner ensemble, ces deux groupes se sont déteints l’un sur l’autre, s’enrichissant mutuellement. Le death mélodique pointe également le bout de son nez, bien que les différences de sonorités restent criantes : de vagues airs d’Amon Amarth pour le côté guerrier, Amorphis pour cette façon d’introduire des histoires millénaires via des airs entraînants… Enfin, la fresque globale et le phrasé du chant guttural ramènent à des noms tels que Sojourner. Si une bonne moitié des titres ne bousculeront pas nécessairement les fans, il reste aisé de dénicher quelques nouveautés. Le spectre de la redite a été enterré six pieds sous cette terre ornée de cairns, et Saor met en œuvre idée sur idée. « Aurora », par exemple, caché derrière son introduction plutôt standard, comporte des riffs saccadés et de mystérieuses invocations vocales. En creusant suffisamment, on trouve même dans cet album quelques traces de thrash, et Andy revendique allégrement une inspiration heavy plus classique, matérialisée par des solos et doubles leads.

Pour la seconde fois consécutive, Saor fait dans la qualité plutôt que la quantité, avec un album qui, du haut de ses quarante minutes, ne suffira pas aux assoiffés. Andy Marshall se disperse, explore ; on en récoltera assurément les fruits dans les temps à venir, et on peut distinguer sous le tumulte une ligne directrice rafraîchissante. La voie n’est pas encore complètement dégagée, mais cela ne saurait tarder, et elle offre d’ores et déjà de fascinantes possibilités d’excursions.

Clip vidéo de la chanson « Beyond The Wall » :

Clip vidéo de la chanson « Origins » réalisé par Guilherme Henriques :

Album Origins, sortie le 24 juin 2022 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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