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Interview   

Satan Jokers : mélomane mégalomane


Mégalomane, Renaud Hantson ? A vous d’en juger. En tout cas, lui en joue et s’en amuse, et le nouvel album de Satan Jokers, Symphönïk Kömmandöh, entre complètement dans cet état d’esprit, en reprenant une série de chansons du groupe jouée en compagnie de l’Orchestre Symphonique Phocéen, monté et arrangé pour l’occasion par Florent Gauthier. Pourtant, Renaud avoue lui-même son scepticisme voire désintérêt initial de l’exercice. Si cela peut surprendre, il nous explique ci-après la genèse du projet et sa raison d’être.

Toujours loquace et franc du collier, mais aussi un brin introspectif, Renaud évoque en sus France Gall et Johnny Hallyday, qui nous ont récemment quittés, sans oublier son mentor Michel Berger pour qui il s’est lancé dans une série de concerts hommages. Il nous parle également, plus globalement, de sa carrière, oscillant entre le rock et la chanson française, sa place à part dans l’industrie, ou encore d’éducation musicale et scénique, n’hésitant pas à lancer des piques bien aiguisées à ses détracteurs.

« Je n’ai jamais cru en ce mariage-là. Je pense que c’est un mariage contre-nature […], je n’aime globalement aucun album de ce genre de chose-là. […] Ça ne veut pas dire que je n’aime pas le disque. Je pense que c’est une réussite, mais c’est un mariage que je trouve vraiment très compliqué. »

Radio Metal : L’histoire de cet album a commencé par ta rencontre avec Florent Gauthier, qui apparemment, y est plutôt allé au culot pour te contacter. Peux-tu nous en dire plus sur cette rencontre ?

Renaud Hantson (chant) : Il est venu voir le groupe à Aix-en-Provence, dans un club qui s’appelle le Korigan, à Luynes, et durant le concert, dans ce petit club, j’ai dû dire que si je ne trouvais pas une idée brillante pour continuer Satan Jokers, il valait mieux arrêter en héros après un album comme Sex Opéra, qui a eu une espèce d’unanimité médiatique et publique jamais obtenue sur un disque de Satan Jokers. Donc il est venu me voir lorsque je suis allé dans la salle après le spectacle, pour signer quelques autographes et bavarder avec quelques personnes en buvant des coups, ce que je fais parfois, et il m’a dit : « Salut, je vais te faire une phrase qui va te plaire, et que tu aurais pu écrire toi-même : je suis l’idée brillante pour que tu continues Satan Jokers. » Et là, je le regarde, et je lui dis : « Effectivement, c’est le genre de phrase au centième degré qui pourrait passer pour de l’arrogance feinte qui me plaît bien. Quelle est l’idée brillante ? » Et il me dit : « En fait, je suis professeur au Conservatoire, et arrangeur classique, mais j’ai la double-culture du rock et de la musique classique, donc je te propose de faire un album avec un orchestre symphonique. » Et là, je le regarde, mais le problème, c’est que j’en suis au cinquième ou sixième verre de rouge, et je lui dis : « Écoute, tu sais quoi ? Là, je redescends du concert, donne-moi ton numéro de téléphone, je t’appelle demain. » Le lendemain, j’ai parlé une heure quarante au téléphone avec lui, et avec mon expérience et le fait de savoir que ce que je dis, je le fais, je savais que ce que lui était en train de me dire, il allait le faire, et je lui ai donné la responsabilité entière de la production de la partie symphonique. Je lui ai dit : « Écoute, cet album peut se faire seulement si tu gères toi-même l’enregistrement et la production de la partie symphonique, parce que c’est un métier que mon ingénieur du son ou moi-même ne connaissons pas, donc je ne peux pas gérer cette partie-là. » Et le mec a été au bout, et il fait vraiment partie de la famille, maintenant. C’est un mec bien.

Je n’ai jamais cru en ce mariage-là. Je pense que c’est un mariage contre-nature, depuis Deep Purple, qui étaient les plus à même de le réussir. Donc je n’ai pas aimé l’album de Kiss, je n’ai pas aimé l’album de Metallica, je n’ai pas aimé l’album de Scorpions, je n’aime globalement aucun album de ce genre de chose-là. Donc j’ai été très dilettante sur ce disque, et j’ai vraiment attendu le moment de l’enregistrement de mes voix et les mixages pour m’investir un peu plus dans le processus de production, et heureusement, j’ai un ingénieur du son depuis plusieurs décennies qui est vraiment un mec très, très brillant et assez génial, qui a réussi à tirer ce qu’on peut tirer de mieux de ce métissage que je trouve compliqué à réussir. Ça ne veut pas dire que je n’aime pas le disque. Je pense que c’est une réussite, mais c’est un mariage que je trouve vraiment très compliqué.

Justement, Florent est au départ un fan de Satan Jokers. À ton avis, qu’a-t-il apporté avec son parcours classique au morceau et à l’esprit de Satan Jokers ?

Il a apporté un aspect très cinématographique. Je pense que la réussite de ce mélange des genres réside dans le fait qu’il a évité l’aspect parfois un peu pompier, et un peu empli d’emphase. Il y avait des trucs que je n’entendais pas tout à fait pareil que lui. Sur certaines chansons où je voulais que l’orchestre classique rajoute de la violence, lui me mettait énormément de contre-chants. Et à un moment, je lui ai dit : « Tue les tapis de violon », mais en même temps, ça fonctionnait, parce que tous ces contre-chants étaient très intéressants sur mes parties mélodiques à moi. Mais au final, lorsque j’ai écouté, après mes directives de production que j’ai données à mon ingénieur du son, Anthony Arconte, j’ai trouvé ça très exactement comme Florent me l’avait proposé, très cinématographique. Donc nous avons évité les travers qui existent parfois. Il y a deux ou trois titres, où je trouve qu’effectivement, c’est un peu trop des longues cordes, alors que j’entendais plus des trucs à la Psychose, à la Hitchcock, j’entendais plus des pizzicato, des trucs un peu plus scandés, un peu plus violents, mais en fait, ça fonctionne vraiment bien parce qu’il a donné un côté tragique et cinématographique aux chansons. Et en cela, je trouve que son travail est vraiment très réussi.

C’est un grand arrangeur, et en plus, il a cette capacité, comme moi, à toujours avancer. Il avait pensé à un premier orchestre symphonique dans la région de Pau, ou de Toulouse, je ne sais plus, qui est dirigé par un ami à lui. Et en fait, le mec l’a planté quinze jours avant l’enregistrement. Et moi, je lui ai dit : « Écoute, moi, je vais démarrer les enregistrements avec les mecs du groupe, à partir des trucs que tu nous a envoyés avec un ordinateur, avec le click et avec ce que j’appelle les instruments en carton, c’est-à-dire les imitations de violon, de machins, que tu as faites au synthé pour me montrer ce que ça donnait », ce qui nous a d’ailleurs initialement fait relativement rigoler et peur, avec Pascal Mulot, Michael Zurita et Aurélien Ouzoulias, parce que lorsque nous avons entendu ce qu’il avait préparé, d’abord, premier point, nous ne comprenions rien à ce qu’il avait fait, et deuxième point, nous trouvions ça pourri, parce que les sons n’était pas les sons joués avec de vrais musiciens. Donc nous attendions vraiment beaucoup de l’enregistrement qu’il allait faire avec une trentaine ou une quarantaine de musiciens classiques.

Et il a réussi à rebondir en montant ce qu’il a appelé l’Orchestre Symphonique Phocéen, qu’avec des gens de la région de Marseille et Aix-en-Provence, donc une vingtaine de musiciens qui font partie d’un orchestre de la région. Il a pris huit chefs de pupitre qui sont des amis à lui – dans le classique, les chefs de pupitre sont les solistes, mais en fait, il n’y a qu’eux qu’on cite sur la quarantaine de personnes qui ont participé – , et je crois qu’il a pris une dizaine d’élèves de son Conservatoire, pour compléter la formation, mais qui sont des tueurs, ce ne sont pas des débutants, ce sont des assassins. Il est donc arrivé à gérer le problème d’avoir été planté par le premier orchestre auquel il pensait. Donc c’est un fonceur, c’est un mec comme moi, qui n’a pas peur des coups, il continue à avancer. En fait, moi, je suis un loup, donc je connais tellement cette profession, et la musique, que je savais qu’il irait au bout du truc en en parlant au téléphone avec lui. Dès la deuxième fois où nous nous sommes vus lorsque nous avons décidé des choix des chansons de l’album, je savais que le mec mènerait le projet à terme.

« C’était une autre manière de la jouer à la Satan Jokers, avec toute la mégalo, fausse, mais sur laquelle nous jouons depuis que j’ai créé ce groupe, sur toute cette espèce de poudre aux yeux, de fausse arrogance, qui nous amuse, qui continue à nous faire détester par une quinzaine de connards qui traînent sur internet, et qui nous fait être admirés par ceux qui ont du deuxième degré. »

Satan Jokers a toujours été un groupe très ouvert, qui aime beaucoup expérimenter avec plein d’autres styles. Du coup, avant cette expérience-là avec Florent, ne t’étais-tu jamais posé la question de comment la musique de Satan Jokers pourrait dialoguer avec le classique ?

Non. Si je n’avais pas fait cette rencontre-là, ce n’est pas un album que j’aurais fait. J’aurais éventuellement dénudé des chansons et fait un album plus ou moins acoustique pour montrer que nous savions écrire des chansons, et que même sans la technicité des musiciens, et sans le côté un peu « bavard » et fusion-metal, que soi-disant les journalistes disent que nous avons inventé… Je le place dans chacune de mes interviews, parce que c’est tellement à notre gloire d’avoir été considérés comme les pionniers et les inventeurs de la fusion-metal, que ça me fait kiffer de le rappeler, parce que ce ne sont pas les moindres, ce sont quand même trois ou quatre journalistes très sérieux et très professionnels qui ont dit que Satan Jokers étaient les inventeurs de la fusion-metal. Ça me fait marrer parce que je ne suis pas convaincu que ce soit exact. Nous sommes juste un métissage de plein de musiques et, avec moi, celui du groupe qui – paix à son âme – a le plus œuvré à ce que ce soit un mélange des genres, c’était le bassiste avec qui j’avais monté le groupe, qui s’appelle Laurent Bernat. Donc je n’aurais pas fait ce genre de truc-là, je n’aurais pas fait un album avec un orchestre symphonique, déjà parce que je n’avais pas les connexions pour le faire.

Et deuxièmement, parce que, éventuellement, comme je t’ai dit, j’aurais dénudé les chansons pour rappeler que nous savions écrire des chansons, à la différence de certains de nos camarades francophones qui se contentent soit de faire des chansons où ça gueule, soit de faire des chansons où ça va vite, mais il n’y a pas forcément ni de thématique, ni de mélodie, ni de suite harmonique riche. Mais je pense que ça aurait fait chier les gens qui attendent de nous de la baston et de l’énergie. Donc je sais que Pascal Mulot souhaiterait que nous fassions un album acoustique, mais je lui ai tout de suite dit que dans la foulée de l’album avec un orchestre symphonique, il était hors de question de faire un album acoustique, parce que nous allions perdre l’audience que nous avions enfin réussi à convaincre au bout de trente-cinq ans, que nous étions certainement les plus novateurs de ce pays, ou en tout cas un groupe légitime. Parce que le deuxième line-up a deux fois plus d’années que le premier. Nous en sommes à dix ans d’existence du groupe, alors que la première formation a duré trois ans et demi. Donc l’album symphonique était une manière d’être à nouveau dans « l’avant-gardisme », ou plutôt d’être le premier groupe francophone à faire un album avec un orchestre symphonique. C’était une autre manière de la jouer à la Satan Jokers, avec toute la mégalo, fausse, mais sur laquelle nous jouons depuis que j’ai créé ce groupe, sur toute cette espèce de poudre aux yeux, de fausse arrogance, qui nous amuse, qui continue à nous faire détester par une quinzaine de connards qui traînent sur internet, et qui nous fait être admirés par ceux qui ont du deuxième degré.

Est-ce que le fait d’apporter le gigantisme d’un orchestre à une musique rock représente un challenge sur scène ?

Je te le dis tout de suite, malheureusement, il n’est absolument pas au programme de pouvoir transposer cet album avec l’orchestre qui a joué sur le disque, pour deux raisons. Déjà, pour une raison budgétaire. Et deuxièmement, les scènes sur lesquelles jouent en général les groupes de rock en France, même les plus grandes, n’ont pas l’espace suffisant et ne sont absolument pas structurées pour accueillir et un orchestre symphonique, et un groupe de rock’n’roll sur la même scène. Donc il faudrait que nous jouions dans des lieux spécifiques à la musique classique qui ne sont pas forcément sonorisés pour le rock, donc c’est très compliqué aussi. En-dehors de l’éventualité de faire une date dans la région Sud, sur Marseille ou Aix-en-Provence, là où Florent a monté l’Orchestre Phocéen, je ne vois pas. La seule chose que nous faisons depuis le dernier Satan’s Fest, le festival que nous organisons tous les premiers samedis de janvier chaque année, c’est que nous jouons avec les mixages de l’orchestre symphonique, faits par mon ingénieur du son, et l’ingénieur du son de Florent. Donc nous jouons avec des séquences où, sur certaines chansons, nous utilisons cette espèce de climat qu’a réussi à créer Florent Gauthier avec ses arrangements classiques. Mais avoir quarante musiciens sur scène, je t’arrête tout de suite, ce n’est pas au programme.

Malheureusement ! Parce que c’est vrai que ça nous tenterait tous dans le groupe, énormément, mais à un moment, il faut être réaliste, c’est ingérable. Je ne vais pas faire dans le misérabilisme, mais Satan Jokers n’a pas de management, n’a pas de booker, n’a pas de producteur de spectacle. Je ne trouve déjà pas de production de spectacle pour l’opéra rock que j’ai moi-même écrit, qui s’appelle Rock Star et qui raconte le parcours initiatique d’un adolescent qui veut devenir une vedette, qui va le devenir, qui va se cramer les ailes en plein vol… C’est un double-album spectacle musical hyper populaire qui est entre la pop et le rock, qui raconte l’histoire d’un cliché, mais après la mort de quelqu’un comme Johnny Hallyday, des productions de spectacles devraient se précipiter sur ce genre de thématique, et j’en chie déjà pour trouver une production de spectacle, tout ça parce que sur vingt comédies musicales dans les cinq, six, sept dernières années, dix-huit se sont plantées, et quand je te dis plantées, ce n’est pas juste quelques milliers d’euros, on parle de quelques centaines de millions d’euros. Donc tu penses bien que pour Satan Jokers, qui déjà n’a pas de production de spectacle, arriver à monter un show avec quarante musiciens classiques est ingérable.

Sans faire Causette et les Misérables, c’est juste que c’est une réalité de marché. Le groupe peut être tout aussi brillant qu’il ne l’est, avec les musiciens, les cadors du circuit du hard rock français à l’intérieur, nous avons beau être une dream team du metal français, nous n’avons pas de prod, nous faisons tout avec des bouts de ficelle, et la raison pour laquelle il y a de moins en moins de dates de Satan Jokers, elle est très simple : c’est que je n’ai pas envie de brader le groupe, parce que nous sommes des musiciens professionnels, et qu’à la différence de certains de nos petits camarades des années 1980 qui ont un boulot à côté, et qui peuvent se permettre de faire des dates sous-payées avec un cachet misérable, nous, nous ne pouvons pas. La musique est notre métier, donc quand nous venons jouer, il faut que nous gagnons notre vie, et que nous soyons payés à notre juste valeur. Donc imagine avec quarante musiciens en plus, ce serait du délire.

« Résultats des courses, c’est une année de merde pour moi, parce que tous les gens qui ont cru en ce que j’essaie de faire dans la musique disparaissent un à un, et ça te rappelle ton propre vieillissement, ça te rappelle que c’est un métier d’enculé. »

Justement, à propos de budget, ça fait plusieurs fois que tu passes par la voie du crowdfunding pour financer tes albums. Penses-tu que, compte tenu de l’état de l’industrie de la musique aujourd’hui, le crowdfunding permette de sensibiliser les gens aux besoins financiers des artistes, et surtout, de permettre aux artistes de travailler directement avec leurs auditeurs, sans passer par des intermédiaires ?

Tu viens de tout dire [rires]. C’est bien mieux expliqué que ce que je vais pouvoir ajouter, tu viens de tout résumer. Moi, la seule chose que je veux ajouter à cela, c’est que ça limite l’hémorragie financière que crée chacun des enregistrements. Parce que même si j’ai parlé tout à l’heure de faire des choses avec des bouts de ficelle qui sonnent à l’arrivée comme dans des cathédrales, en réalité, j’ai une manière de fonctionner où j’ai limité énormément les petits frais et les coûts. Je ne vais plus dans des gros studios d’enregistrement comme je l’ai fait pendant des années et des années. Je fais tout avec ma bite et mon couteau. C’est-à-dire que Pascal Mulot enregistre dans son home studio, Michael Zurita enregistre dans son home studio, je prends une journée de studio avec Aurel pour enregistrer ses batteries, où, là, mon ingénieur du son vient avec quarante tonnes de matériel. Mais ça se passe dans mon local de répétition ou je donne des cours de chant, de batterie, etc. Anthony a tout le matériel pour mixer de chez lui, dans son studio. Ce que je veux dire, c’est que j’ai limité la casse, mais c’est encore très cher. Le crowdfunding est utilisé par absolument tous les plus grands groupes du monde, nous sommes des rigolos à côté. Tous les groupes du monde ont utilisé cette méthode, pour des raisons très simples, et ce sont toutes celles que tu as citées dans ta question. Ceux qui veulent un bon album, fait dans les règles de l’art, doivent nous aider. Aujourd’hui, il n’y a plus que ça.

Quoi qu’il en soit, de toute façon, l’album se serait fait, je me serais saigné s’il le fallait, et je me suis saigné quoi qu’il en soit, parce que ce crowdfunding pour Satan Jokers n’a pas eu le même résultat que celui de Rock Star, mon opéra rock, parce que pour Rock Star, je touche absolument toutes les catégories de public qui m’apprécient, et comme on sait que les plus nombreux sont dans la pop… J’ai toujours rêvé de fédérer les deux genres. Et ça arrive parfois que le public pop se mélange au public rock dans mes concerts, ça se passe d’ailleurs régulièrement lors de mes concerts d’anniversaire, une fois par an, ça se passe parfois au Satan’s Fest. Il y a plein de petites gonzesses qui m’aiment dans ce que je fais depuis Starmania, ou des choses que j’ai faites avec Michel Berger, qui reste un père spirituel et un mentor pour moi, ces publics-là se mélangent. Mais le crowdfunding sur Satan Jokers a été bien moins « riche » que sur Rock Star, où là, ça a dépassé vingt fois ce que je pouvais imaginer. Et en plus, la grosse différence avec pas mal de gens, c’est qu’en termes de crowdfunding, je n’utilise pas de société existante. Déjà, premier point, parce que je n’ai pas envie de me faire gauler vingt pour cent de ce qui va rentrer. Et deuxième point, parce que ces sociétés ne servent à rien d’autre que retransmettre ce que tu passes toi-même sur tes propres pages, donc ça ne sert à rien. Ils sont juste là pour centraliser du fric, sur lequel ils vont te ponctionner vingt pour cent. Donc je n’utilise pas Ulule, Kisskissbankbank, Pledge, etc. Ça ne m’intéresse pas. Sur l’album de Satan Jokers, c’est vrai que nous n’avions pas été très brillants en termes de communication sur le crowdfunding, alors que sur Rock Star, nous avions fait un très gros battage de communication. Sur Jokers, je l’ai un peu fait comme j’ai fait l’album, en dilettante, et un peu en spectateur de mon propre groupe.

En décembre dernier, tu as sorti sur ta chaîne YouTube un teaser de quatorze minutes de l’album. C’est une durée inhabituelle pour un teaser, mais venant de toi qui es plutôt bavard, c’est vrai que ça ne me surprend pas tant que ça…

C’est toujours compliqué, quand on fait un teaser et qu’on a plein de photos souvenirs, de faire une sélection. Moi, je ne sais pas le faire. Donc je donne ça à ma monteuse, une de mes collaboratrices. Je lui donne mes directives, et après, elle se démerde et fait ça avec son talent et sa manière à elle de fonctionner. Et en général, quand je regarde le résultat, je fais : « Oh putain, on garde tout! » [Rires]. Comme un gosse. J’ai toujours raisonné comme un fan de musique. Donc en vérité, personne ne sait réellement qui je suis. Je peux donner l’impression de parler énormément et d’être un bon client pour les journalistes ou les gens qui font les interviews, ou même le public qui me rencontre. Par contre, personne ne sait réellement qui se cache derrière le mec qui est entouré, etc. On peut être très entouré, et être très seul, en réalité. Je ne vais pas te la jouer Johnny Hallyday, mais voilà, je sais ce que c’est que de mener une vie de rock star, je connais tous les excès possibles et inimaginables, toutes les grandeurs et décadences qui parcourent les moments de vie de cette profession. Ce que je veux dire, c’est que personne ne sait qui est réellement Renaud Hantson, mais moi, je suis un fan de musique. Ça, c’est une réalité.

Et en tant que fan de musique, si je devais acheter un disque d’un artiste que j’apprécie, je préférerais que les faces du disque soient remplies à craquer de musique et que le DVD dure trois heures, avec des bonus, des machins, des trucs, je voudrais que l’on apprenne plein de choses sur la façon dont a été faite la pochette, et je voudrais que les vidéos ou les teasers m’en mettent plein la gueule et me montrent un maximum d’informations pour que j’aie envie d’écouter le contenu du disque. Très régulièrement, les teasers, et c’est d’ailleurs le sens du mot « teaser », ça sert à t’exciter. On t’en donne une minute trente, mais pour une raison très simple : c’est que c’est la seule minute trente intéressante qu’il y a sur le disque, ou sur le film, parce qu’ils n’ont pas mieux au moment où ils le donnent. C’est-à-dire qu’ils n’ont soit pas fini l’enregistrement, soit pas fini le montage, soit pas fini la réalisation, etc. Lorsque nous avons sorti le teaser, le disque n’était pas encore mixé, mais il y avait déjà un super son, et j’avais toutes ces photos extraordinaires qui sont des souvenirs formidables de tous les photographes qui nous entourent depuis trente ans. Je me suis dit : « Banco, tant pis, le teaser fera quatorze minutes » [rires]. Je suis un fan de musique, donc si j’aimais Satan Jokers, Hantson, Mulot, Zurita, Ouzoulias, et les anciens, Stéphane Bonneau, Pierre Guiraud et Laurent Bernat, paix à son âme à nouveau, j’aurais envie d’en prendre plein la gueule et d’avoir plein d’informations.

Le titre de l’album est un hommage à Magma, et son album Mekanïk Destruktïw Kommandöh. Du coup, quel lien fais-tu entre Magma et Satan Jokers, et plus directement par rapport à cet album-là ?

Magma a toujours été, pour Laurent Bernat, le bassiste fondateur du groupe avec moi, une des premières références de Satan Jokers avec Led Zeppelin, Judas Priest, Black Sabbath, etc., un mélange de jazz-rock, de la musique un peu compliquée à faire, et le hard rock de facture anglo-saxonne, un peu gothique, mais au sens des années 1970, pas les gothiques d’aujourd’hui qu’on voit dans la rue habillés comme des corbeaux. Magma a été une influence majeure, déjà parce que Christian Vander, le batteur et leader de Magma, est un génie de la batterie et un génie musical absolu, il a inventé une langue, le kobaïen, c’est lui le premier à avoir mis des trémas sur les « O » et les « I », bien avant Motörhead et Mötley Crüe, et cet album qui doit dater de 1972, Mekanïk Destruktïw Kommandöh, est un album brillantissime. C’est un album complètement avant-gardiste, complètement déglingué, très violent, et très intéressant musicalement. Et j’ai eu la chance de travailler avec des gens comme Jannick Top, qui a été le bassiste de Magma, mais qui a ensuite aussi été bassiste pendant une vingtaine d’années de Michel Berger, comme quoi Berger savait s’entourer. Magma reste une référence absolue pour Jokers.

« Pour ceux que j’appelle les intégristes du metal […], c’est comme si un mec devait sauter que des blondes et jamais une brune, ou c’est comme si un mec devait toute sa vie manger des pommes de terre mais jamais des haricots verts, des asperges, des choux-fleurs… Moi, je ne peux pas être comme ça, je suis un musicien, j’aime toutes les musiques. »

Tu sors d’une série de concerts en hommage à Michel Berger, et tu as rendu quelques hommages récemment à France Gall et Johnny Hallyday, peu de temps après que l’on a appris leurs décès. Globalement, ç’a été une année marquée par la nostalgie pour toi. Que tires-tu, artistiquement et humainement, du travail que tu as fait sur ces hommages un peu nostalgiques à tes influences ?

Je vais te répondre d’une manière détournée par rapport à ta question. C’est plutôt : « Pourquoi je fais ça ? » Ce n’est pas : « Qu’est-ce que j’en tire ? » Je n’en tire rien. Parce que malheureusement, les gens, on ne les ramène pas quand ils sont partis. Je pense que le devoir de mémoire est quelque chose de très important sur tous les sujets, que ce soit dans l’Histoire ou dans la musique. Et je pense que dans l’Histoire de la musique, justement, Berger, Hallyday et Gall sont des gens absolument fondamentaux, qui vont cruellement manquer à la musique française, et il se trouve que j’ai été proche d’eux, et que je les aimais, et que même si je n’ai croisé qu’une dizaine de fois Johnny, il reste une personne pour qui j’ai une admiration sans limite. Il savait que j’étais le chanteur favori de Michel Berger, et comme il vouait une admiration également sans limite à Michel Berger, forcément, il m’avait dans ses bons papiers. Il m’avait à la bonne, il a toujours été très bienveillant avec moi. France Gall, tout le monde sait que c’était ma copine, que j’ai toujours été là pour elle comme elle a toujours été là pour moi. Et Michel, j’étais son chanteur fétiche, et il était une espèce de mentor et de père spirituel pour moi. Nous étions deux personnes qui n’avions rien à voir. Il avait une éducation bourgeoise, j’ai vécu en HLM. Je suis un mec qui a autant fréquenté de voyous que de flics, lui n’avait rien à voir avec ça. Ce qu’il admirait chez Balavoine, Hallyday ou moi-même, c’est que nous étions capables d’envoyer vocalement ce que lui n’était pas capable de faire. Je pense que c’était ça qu’il aimait. Il avait une violence en lui qu’il ne pouvait pas exprimer. Mon travail de mémoire à moi, c’est de continuer à faire perdurer leur œuvre, à ces gens-là, tout comme j’adorerais que de jeunes mecs découvrent un jour Satan Jokers, ou connaissent déjà Satan Jokers, ou connaissent ce que j’ai fait en solo, et continuent à jouer ma musique une fois que je ne serai plus là.

Maintenant, résultats des courses, c’est une année de merde pour moi, parce que tous les gens qui ont cru en ce que j’essaie de faire dans la musique disparaissent un à un, et ça te rappelle ton propre vieillissement, ça te rappelle que c’est un métier d’enculé. Parce que là, ceux qui restent ne sont pas forcément mes amis, et ça me met encore plus dans une position d’artisan que ce que je n’étais déjà, et ça me met encore plus en décalage avec ce qu’on appelle le show-business. Je fais des albums à une époque où les albums ne se vendent plus. Moi, j’adore faire des disques parce que j’adore acheter des disques, j’adore écouter des disques, regarder la pochette, etc., je n’utilise absolument pas iTunes ni aucun autre système comme ça, ça ne m’intéresse pas. J’ai besoin d’avoir un disque physique. J’aime l’objet en lui-même, donc je n’ai jamais autant enregistré d’albums depuis que le marché du disque est mort, et ma vie se passe sur scène. Donc, sur scène, ce qui est intéressant, c’est que je peux me permettre de rendre hommage à des gens qui pour moi, ont fait que je fais de la musique. Je t’ai un peu embrouillé sur la question initiale, mais c’est ma réponse [rires].

Le 3 février dernier, tu partageais sur Facebook une interview de toi à Tel-Aviv, avec Rudy Saada, et tu disais un truc très drôle : « Il faut que je vienne donner des concerts ailleurs qu’en France, pour qu’un journaliste connaisse toute ma vie et sache que je viens du metal. » Est-ce que, même en 2018, alors que ça fait près de dix ans que tu as relancé Satan Jokers, les médias français occultent toujours ton background metal ?

C’est des deux côtés que ça se passe. Pour ceux que j’appelle les intégristes du metal, les plus bas-du-front du circuit – et il y en a encore malheureusement quelques-uns, même si pas beaucoup -, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas évolué depuis trente-cinq ans et qui s’imaginent qu’il faille faire du hard rock, et que quand on fait du hard rock, il ne faut jouer que du hard rock, on n’a pas le droit d’écouter d’autres musiques, c’est comme si un mec devait sauter que des blondes et jamais une brune, ou c’est comme si un mec devait toute sa vie manger des pommes de terre mais jamais des haricots verts, des asperges, des choux-fleurs… Moi, je ne peux pas être comme ça, je suis un musicien, j’aime toutes les musiques, je n’aime pas une seule forme de musique, j’aime toutes les formes de musique. Donc, ce qui m’a fait sourire quand j’ai fait cette petite tournée en Israël, c’est que, tout d’abord, le mec était habillé en costard, et en fait, il connaît très bien le rock, il en est fan, il a vécu en France et va d’ailleurs revenir vivre en France avec sa femme, il est venu voir deux des trois concerts que j’ai faits durant la semaine que j’ai passée là-bas. Le mec est vraiment un adepte positif, sympathique, que je ne connaissais pas avant de faire l’émission mais qui m’avait déjà vu, l’année dernière, lorsque j’avais fait mon hommage à Michel Berger là-bas, c’était la première fois que j’y allais. En fait, il se trouve que le metteur en scène de Rock Star, vit en Israël, donc c’est pour ça que la connexion avec une production a été faite, et que ça fait deux fois que je vais là-bas, c’est aussi simple que ça.

Ce qui m’a fait marrer, c’est que le mec connaisse parfaitement mon background, alors que parfois, en France, pour le monde de la variété, on estime que je suis un voyou qui vient du rock, et pour le monde du rock du metal, je suis un traître à la cause qui, après avoir fait les trois premiers albums de Satan Jokers, est parti vers des horizons plus populaires. Donc moi, ça me fait marrer parce que c’est quelque part ce qui a fait ma « légende » – enfin, c’est beaucoup dire, tu as compris -, qui a créé autant de polémiques chez certains imbéciles, alors qu’en réalité, il n’y a pas de polémique, il n’y a pas à batailler, il n’y a pas à discuter. On ne peut pas se contenter d’une seule musique quand on est un vrai musicien, et il se trouve que je suis un vrai musicien, que je suis prix d’excellence du Conservatoire, c’est la vie, je ne connais pas que quatre accords dans mon existence. Quand j’apprends à chanter à des gens, ou quand je coache des gens dans mon école de chant, je leur dit qu’il faut être multicarte. Et je fais exprès de prendre une phrase un peu un peu VRP, représentant de commerce, parce que ça veut tout simplement dire : avoir dans sa poche diverses possibilités de captiver l’oreille de l’auditeur, c’est aussi simple que ça.

Tu viens à moitié de répondre à ma prochaine question. Tu donnes des cours de chant et de batterie. Qu’est-ce que tu essayes d’apporter et d’inspirer chez tes élèves ?

D’être eux-mêmes. Ca va bientôt faire quatorze ou quinze ans que cette structure existe, puisque j’ai monté mon école de chant et de batterie en 2002, à un moment assez charnière de ma vie personnelle parce que je venais de signer chez Universal et que je sentais qu’ils n’allaient strictement rien faire d’un album que j’ai sorti chez eux en 2002, et pour ne pas me suicider plus que ce que je ne faisais déjà, et pour pas me désespérer à attendre que le téléphone sonne, j’ai décidé que le mieux que je pouvais faire était de communiquer un art et d’apprendre à d’autres à être vrais, et justement de sortir des sentiers de ce business qui était déjà en train de prendre une très mauvaise tournure. Je pense que depuis deux ans, je donne mes meilleures années de cours, très étrangement, mais je sais pourquoi. C’est l’expérience, parce qu’on change, parce que mon approche de l’explication, de ce qu’il faut faire ou ne pas faire est plus judicieuse, et puis parce que j’ai observé au fil des années avec de nombreux élèves, et le plus compliqué, le point sur lequel je travaille le plus, est de leur trouver une texture sonore. Le plus compliqué lorsqu’on est chanteur, c’est de trouver une texture sonore personnelle. Si tu écoutes bien, si tu allumes aujourd’hui ta radio, tout se ressemble. Et pourquoi, de temps en temps, tu as un artiste ou une artiste qui émerge ? C’est parce que leur grain de voix et leur texture sonore, et parfois également ce qu’ils font, ça arrive, même si aujourd’hui tout est formaté, fait la différence. Et si tu regardes des émissions à la con comme The Voice, etc., ils ne se retournent que lorsque ça commence à envoyer le boulet. Ils ne se retournent que quand ça se met à envoyer des informations puissantes, etc., très souvent. Des fois, ils se retournent, tu vois une petite voix fluette, qui a un joli grain et une émotion particulière, mais globalement, les gens aiment quand ça envoie. Pourquoi on aimait Hallyday dans ce pays ? Parce que Hallyday ne trichait pas, il donnait tout ce qu’il avait, c’était un rocker. Et quelque part, ça rappelle que même si la France n’a jamais été le pays du rock’n’roll, la plus grande star du rock français s’est éteinte il y a trois mois, et ça fait chier. Ça fait chier, parce que c’était un vrai rocker, vraiment.

« Lorsque l’on veut une société meilleure, c’est à nous-mêmes de la changer. C’est une nécessité qu’il y ait dans cette profession des gens comme moi, des rebelles, des trublions ou des électrons libres, et encore, moi, je suis sage. »

J’ai regardé quelques-unes des vidéos de concert de fin d’année de ton école…

[Coupe] Ce n’est pas ce que tu as fait de plus intelligent ! [Rires]

On peut remarquer que tes élèves ont l’air plutôt à l’aise sur scène, et c’est vrai que lorsqu’on connaît un peu les auditions de fin d’année d’école de musique, on n’est habitué aux élèves un peu plus timides. Du coup, est-ce que tu essayes de leur transmettre ton expérience en tant que frontman ?

Oui. Il y a tout un travail qui est fait à travers des masterclasses que donnent parfois des amis à moi, comme par exemple le metteur en scène de Rock Star, d’autres chanteurs comme Laurent Bàn, qui a joué Zorro dans une comédie musicale, Pablo Villafranca des Dix Commandements, Yoann Chabaud qui est comédien… Il y a régulièrement ce qu’on appelle des masterclasses. C’est-à-dire qu’ils complètent ce que j’explique à longueur d’année sur le visuel. J’essaie de leur apprendre d’avoir une tenue sur scène, pas seulement vestimentaire, mais une tenue physique de façon à ne pas être ridicule. Je leur apprends à ne pas avoir un balai dans le cul et d’essayer de savoir communiquer physiquement avec le public. La première phrase que je dis est un peu violente, surtout quand j’accueille des nouvelles élèves, féminines, c’est que quand on monte sur scène il faut être très exhibitionniste, donc il ne faut pas avoir peur de se caresser et de se foutre à poil devant un mec dans sa piaule. Sans ça, tu ne seras pas capable de le faire devant trois cents, quatre cents, quatre mille, quarante mille personnes. Donc quelqu’un qui n’est pas exhibitionniste et qui ne s’assume pas… Et je dis cette fameuse phrase : monter sur scène, c’est comme la première fois où tu baises avec quelqu’un, c’est exactement ça. Donc on flippe, parce qu’on a envie de bien faire, on a envie de séduire, on a envie de plaire, on a envie d’être le meilleur coup du monde, le meilleur coup du siècle, c’est exactement la même chose. Et c’est la même peur de déplaire qui donne cette espèce de trac, qu’il faut savoir apprivoiser. Le trac va être une excitation positive, et non pas un truc paralysant. Ça fera quarante euros ! Tu peux payer en chèque [rires].

Est-ce que tu fais intervenir des guitaristes, des bassistes, etc. ? As-tu déjà eu une idée de compléter l’école avec éventuellement un enseignant de guitare ou de basse ?

Non, parce que c’est une petite structure où je ne vais que le mercredi et le vendredi, je n’attaque pas avant 19h, je fais 19h-00h, donc c’est vraiment… Initialement, quand je suis rentré dans de gros problèmes d’addiction, que l’idée était d’apprendre un art aux autres pour sauver mon âme à moi-même. C’est-à-dire, occuper mon temps pour être obligé d’être effectif au moins déjà deux fois par semaine, pour ne pas être sans arrêt démonté et ne pas crever. En plus, en faisant quelque chose de beau qui est d’expliquer à des gens qui aiment la musique, que ce n’est pas seulement comme ça se passe à la télé, que c’est mieux que ça, mais plus compliqué, et que c’est un vrai travail. Donc je ne peux pas avoir une section guitare, une section basse, une section piano, ce n’est pas possible. Tout tourne autour de moi dans ce truc-là. Je pourrais le faire, mais ça me demanderait tout un truc, je n’ai pas le temps. La priorité de mon existence reste quand même de faire le chanteur, et de monter sur scène moi-même, de faire des disques et d’avoir des projets viables. Donc c’est un complément à ma vie d’artiste, un complément extraordinaire parce que c’est comme une famille, une famille bien plus fidèle et bien plus attachante que celle que j’ai rencontrée régulièrement dans cette profession.

Tu t’exprimes beaucoup sur ta page Facebook et celle de Satan Jokers, notamment sur l’état du business de la musique en France. Est-ce que c’est important pour toi de pouvoir débattre directement avec les auditeurs de musique, et pas seulement avec les médias ?

Complètement. Parce que je pense que c’est comme lorsque l’on veut une société meilleure, c’est à nous-mêmes de la changer. C’est une nécessité qu’il y ait dans cette profession des gens comme moi, des rebelles, des trublions ou des électrons libres, et encore, moi, je suis sage. Je ne suis pas sans arrêt à monter sur les barricades, même si le but premier du poète est de monter sur les barricades. Je ne vais pas sans arrêt démonter tout ce que je vois dans les médias. D’abord, je n’ai pas l’énergie et le temps pour ça, et parce qu’il y a trop de conneries. Je ne suis pas humoriste non plus pour me payer la gueule tous les jours de la dernière connerie d’un politicard, ou d’une émission musicale, d’une émission de télé, ou de ce que je pourrais entendre à la radio. On sait que le monde est triste et que ça ne va pas s’arranger, mais pouvoir avoir un dialogue direct avec les gens est le seul intérêt que je vois à mes pages Internet. C’est-à-dire que je n’utilise mes pages Internet que comme des outils de promotion, soyons réaliste, même si je communique des choses qui parfois sont marrantes, ou des billets d’humeur qui parfois viennent de mes tripes ou de mon cœur. Encore une fois, je ne dis que ce que je veux bien dire, et personne ne sait qui il y a réellement, qui est la personne derrière tous ces mots ou ces photos, à part la femme avec qui je vis et ma mère.

L’intérêt pour moi d’Internet, c’est de pouvoir échanger avec les gens qui apprécient mon travail. Et même, éventuellement, d’échanger avec ceux qui pourraient ne pas l’apprécier, à partir du moment où ils ne sont pas dans l’insulte. Les trolls savent qu’avec moi ils sont bien reçus et qu’ils ont bien intérêt à venir armés, parce que moi, je suis armé. Donc ils savent que lorsqu’ils viennent foutre la pagaille ou dire des conneries sur mes pages Internet, ils vont prendre, en général, un revers dans la gueule qui va être très humiliant vis-à-vis de leurs petits copains, et très rabaissant vis-à-vis de tous ceux qui vont s’en rendre compte. Ce que je veux dire, c’est que pour venir faire chier quelqu’un qui sait écrire, il faut déjà savoir écrire soi-même, il faut que la critique soit sensée, réaliste, et surtout fondée. Donc, que ce soit des gens qui n’apprécient pas forcément mon travail, ou que ce soit, heureusement, la majorité qui, elle, l’apprécie, l’intérêt pour moi des pages Facebook, ou de certaines pages que j’ai sur le Net, c’est de pouvoir échanger avec les gens.

De toute façon, cette profession, initialement, je l’ai fait pour l’échange que ça permet avec d’autres amateurs de musique comme moi. C’est ça que j’ai choisi, c’est cette liberté de pouvoir créer et d’échanger avec des gens nouveaux à chaque fois, et d’essayer de fidéliser des gens. Moi, ma plus grande fierté, c’est quand des gens connaissent mon travail depuis 1983, depuis Les Fils Du Métal, qui est cette fameuse expression que j’ai inventée, en ne sachant pas que j’allais créer un monstre, et que j’allais créer une phrase qui, près de quarante ans après, serait toujours l’appellation que se donnent les fans de hard rock entre eux, lorsqu’ils déconnent dans la rue, ou quand les mecs se disent « ça va, fils du métal ? », ça me fait marrer. Rien que cette phrase, cette expression, que j’ai inventée en 1983, situe le personnage. C’est-à-dire que moi, je marche par gimmicks, j’aime bien les gimmicks. Ce que je fais là, l’interview que je fais avec toi, c’est une suite de gimmicks, nous sommes en train de faire une interview d’un vrai rocker, qui aime diverses musiques. C’est aussi simple que ça.

Et la fierté que j’ai, c’est d’être suivi, parfois depuis plus de trente-cinq ans, par des gens qui me connaissent depuis Les Fils Du Métal, et qui se sont penchés sur mon travail dans la pop, sur certains spectacles musicaux que j’ai faits, les opéras rock que j’ai pu faire avec Michel Berger, ou Notre-Dame de Paris, ou alors les albums que j’ai produits pour d’autres, etc., et puis, ce que j’ai pu faire de plus simple comme des génériques pour la télévision, je te passe les détails. J’ai même dû faire deux musiques pour un film de cul [rires], qui m’a d’ailleurs rapporté beaucoup d’argent, parce que le mec m’a payé directement. Il m’a dit : « Tu ne seras pas forcément crédité, mais je vais te donner une grosse somme. » C’était l’époque où il y avait encore beaucoup d’argent dans la pornographie, je pense. Enfin, tout ça pour dire que ma seule et réelle fierté, c’est quand les gens me suivent, tout projet confondu, depuis plusieurs décennies. Ça, ça te touche énormément.

Interview réalisée par téléphone le 27 février 2018 par Philippe Sliwa.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.

Site officiel de Satan Jokers : www.hantson.com/satan-jokers.

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  • je suis d’accord avec Hantson pour le coté contre-nature du Hard-Rock/Heavy Metal accompagné d’un orchestre symphonique. A part l’album studio de Scorpions, le reste me laisse aussi une impression d’avoir le cul entre 2 chaises. La mayonnaise prend très difficilement. Certains styles sont plus prédisposés que d’autres.ça peut coller si on fait carrément du Sympho à la Nightwish, Sympho-Black genre Dimmu Borgir de la grande époque , du Rhapsody ou encore du Prog très arrangé. Pour Scorpions, le coté mélodique et les ballades se prêtent très bien à l’exercice. Si c’est du Metal plus direct, faut oublier.
    Sauf le respect de Michael Kamen , S/M de Metallica n’est pas une réussite. La prestation d’Accept au Wacken est peut être la pire.

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