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Chronique   

Satyricon – Deep Calleth Upon Deep


Quel artwork bien énigmatique ! En effet, s’il n’y avait pas la présence du logo du groupe, on n’aurait probablement pas deviné quelle formation se cachait derrière ce mystérieux dessin d’Edvard Munch qui suscite d’emblée des interrogations sur la nouvelle offrande de Satyricon. Ceux qui ne se sont pas arrêtés aux années 90 savent que les Norvégiens ne se sont pas contentés de rester strictement dans le black metal, ce genre qu’ils ont en partie aidé à bâtir parmi les pionniers de la scène. Satyricon se complaît à aller vers d’autres contrées – entendez par là les incartades vers l’indus ou le rock – quitte à se mettre à dos une partie de son public d’origine. Après un album éponyme qui exposait avec finesse un regard sur leur propre carrière, le duo semble s’offrir à nouveau le luxe de manier son art comme bon lui semble. Et Deep Calleth Upon Deep a de quoi surprendre…

Mettons-nous en situation d’un adepte du groupe au lancement du disque : les premiers instants de « Midnight Serpent » peuvent rassurer. On y retrouve effectivement le son très naturel et organique cher à Satyricon, avec le chant caverneux reconnaissable de Satyr ainsi que des atmosphères formellement black metal. L’ambiance plus obscure s’installe progressivement, amenant l’auditeur dans une certaine profondeur en milieu de morceau… Avant la première surprise de l’album : un riff groovy soutenu par une batterie rock. « Blood Cracks Open The Ground » franchit un pas supplémentaire en touchant du doigt le jazz et le psychédélisme, via une guitare et un jeu de batterie riches, ainsi qu’une structure jonchée de cassures. Les premiers sentiments d’expérimentation se font ressentir. L’esprit des récentes improvisations scéniques du duo se traduisent à ce moment-là, ouvrant le champ musical et délaissant les codes préétablis.

L’influence du rock progressif est prégnante sur une bonne partie du disque. La guitare serpente et use d’accords sophistiqués, tandis que Frost se révèle sur un jeu moins habituel, à la fois plus rock, subtil et protéiforme, ponctué de nombreux breaks et cassures rythmiques. A l’instar du titre éponyme dont la construction se veut instinctive et peu prévisible, si ce n’est pour un refrain facile à chantonner. « Dissonance » s’érige en paroxysme de cette approche, ne tenant pas en place, surprenant à chaque tournant par ses changements soudains. Et quoi de plus approprié pour assumer ces appels du pied au jazz que d’inclure un discret saxophone, foulant un terrain bien connu dans l’œuvre de leur compatriote Ihsahn ? Ce même saxophoniste, Håkon Kornstad, qui, en changeant de casquette, vient également poser quelques lignes de chant lyrique sur la chanson éponyme et « The Ghost Of Rome ». Une manière d’apporter un peu plus d’émotion et faire le lien avec l’expérience Live At The Opera.

Ne cherchant pas nécessairement la complexité ostensible, Satyricon dose minutieusement ses arrangements. L’Orchestre Philharmonique d’Oslo se fait si discret que, sans savoir qu’il est là, on ne le remarque presque pas, apportant juste quelques textures sans bouleverser le minimalisme du mix. De même qu’une chanson telle que « The Ghost Of Rome » mise davantage sur le côté entraînant d’une fusion black et rock, voire black n’ roll. Fusion que l’on retrouve également sur la première partie de l’ultime « Burial Rite », avant de prendre une dimension légèrement plus « symphonique » sur la fin. Il devient évident une fois l’écoute de Deep Calleth Upon Deep finie que la palette de couleurs de Satyricon s’est étendue. Reste que la lancinante “To Your Brethren In The Dark” renverra un fond mélancolique par sa musicalité dissonante et frissonnante bien connue du groupe, tandis que “Black Wings And Withering Gloom” rappellera le black metal épique et accrocheur d’antan, avec notamment des échos de Nemesis Divina.

Avec Deep Calleth Upon Deep, Satyricon prouve qu’entretenir le culte de son œuvre c’est aussi savoir la remettre en question et évoluer. Et c’est en cela que les Norvégiens ne se trahissent pas. Satyr et Frost conservent le son propre à leur projet, et parler réellement d’un nouveau départ est sans doute quelque peu excessif. Pourtant les inspirations des musiques progressives qui se retrouvent au cœur de l’œuvre accentuent les nuances sur sa noirceur et sa profondeur. Et si ceux qui s’attachent à une forme plus traditionnelle du black metal n’y trouveront probablement pas leur compte, Deep Calleth Upon Deep démontre, en tout cas, qu’après 26 ans de carrière, la créativité de Satyricon est loin d’être au point mort.

Chanson « To Your Brethren In The Dark » en écoute :

Lyric-vidéo de la chanson « Deep Calleth Upon Deep » :

Album Deep Calleth Upon Deep, sortie le 22 septembre 2017 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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