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Interview   

Saxon remonte à la source


A plus de quarante ans de carrière, on peut dire que Biff Byford et Paul Quinn – les deux membres des origines de Saxon – ont roulé leur bosse. Ses vingt-deux albums font de Saxon l’un des groupes de heavy metal les plus prolifiques qui soient. Et si ce bon vieux temps où on allait chez les disquaires découvrir des albums en vinyles et cassettes qu’on allait ensuite s’écouter entre potes semble désormais bien loin, Saxon a un mot d’ordre : ne pas oublier ses racines et pourquoi il est là.

Il le rappelle plus que jamais aujourd’hui en sortant le bien nommé Inspirations, un recueil de reprises offrant un bon aperçu de ce qui a pu façonner la marque de fabrique de Saxon. Réalisé sans prétention, avec l’objectif certes de rendre hommage, mais surtout de s’amuser, ils ont été jusqu’à investir une luxueuse maison pour y enregistrer à l’ancienne, en live et en faisant un maximum de bruit. Dans l’entretien qui suit, Biff Byford revient sur cette expérience et nous donne quelques détails sur ces influences.

« La clé [en matière de production], c’est de mélanger le vieux et l’ancien. Quoi qu’il en soit, quand on a un super son de batterie, de basse et de guitare, je pense qu’on a déjà fait la moitié du boulot. »

Radio Metal : Saxon est sur le point de sortir Inspirations, un album de reprises de chansons qui ont inspiré le groupe. Comment avez-vous eu l’idée de faire ceci à ce stade de votre carrière ?

Biff Byford (chant) : Avec la pandémie, nous nous ennuyions un petit peu, alors nous avons décidé de faire ça pour nous divertir ! Nous avons donc fait un album de chansons issues de groupes des années 60 et 70 qui nous ont inspirés et influencés. Chaque chanson a une histoire. Je pense qu’il est important de conserver ses racines, et c’est là toute l’idée de l’album. C’est une honnête représentation de nos influences – enfin, c’est une partie de nos influences, pas toutes, mais tous ces morceaux ont influencé les membres du groupe. Nous avons voulu les reprendre à la sauce Saxon. Nous nous sommes juste dit que ça allait être amusant à faire et puis ça donne aux gens quelque chose d’un peu léger à écouter en ce moment. On peut écouter ça dans sa voiture ou pour se détendre. Surtout, pour les fans de Saxon, c’est sympa de voir les choix que nous avons faits. C’est une sélection assez éclectique : les Kinks, Toto, AC/DC, Motörhead… C’est un super mélange de styles.

Tu parlais de conserver ses racines : est-ce qu’il vous est déjà arrivé de les oublier justement ?

Je ne crois pas, même si nous avons peut-être un peu perdu en pertinence après l’album Crusader en 1984, jusqu’à ce que nous fassions Solid Ball Of Rock en 1990. C’était un mélange de plusieurs facteurs, comme la volonté d’expérimenter et peut-être de la fainéantise, et quand ça arrive, c’est qu’il est temps de se rappeler ses racines, ce qui nous excitait en premier lieu. Ceci dit, notre style musical reste très varié : on passe du heavy rock au heavy metal et inversement. Je pense que Saxon est vraiment unique, à cet égard. On ne peut pas vraiment nous cataloguer.

L’album a été enregistré au Brockfield Hall près de York. Le groupe lui-même est originaire du sud du Yorkshire : était-ce là aussi une manière de vous reconnecter à vos racines ?

Mes racines, c’est la classe ouvrière, certainement pas les grandes maisons comme celle-ci [rires]. Non, c’est plus que j’ai produit l’album et j’ai voulu que nous enregistrions en live, de manière très spontanée, et procéder comme on enregistrait les albums dans le bon vieux temps. Par exemple, Deep Purple a enregistré dans un grand château en Suisse, Led Zeppelin a enregistré dans une sorte de manoir, etc. Nous avions l’habitude d’entendre un tas d’histoires de gens investissant de grandes maisons pour faire leurs albums. C’est différent d’un studio, car les studios sont aménagés pour sonner d’une certaine manière, contrairement à une grande maison qui n’est même pas insonorisée, or il se trouve que certains des plus grands albums ont été réalisés dans ce genre d’environnement. Je voulais recréer cet environnement et ce genre d’atmosphère avec le groupe. Nous avons donc utilisé une grande maison, un genre de manoir ou de château, près de chez moi. Nous y avons installé tout notre matériel – du gros matériel, pour enregistrer à fort volume, en live – et nous avons transformé cette grande maison en studio, en y vivant, en y mangeant, en y passant du temps, en travaillant et discutant des chansons tous ensemble, et je voulais capturer ce genre de son, quand on enregistre tous ensemble dans une grande pièce. J’adore cette façon d’enregistrer. D’une certaine manière, nous sommes retournés aux sources. Nous avons ramené un peu de ce feeling des années 60 et 70 dans l’enregistrement, et nous l’avons fait en seulement une quinzaine de jours. Nous allons d’ailleurs sortir un documentaire, les gens pourront voir comment nous avons fait l’album et avoir plus de détails.

Est-ce que tu regrettes parfois que les productions soient parfois devenues un peu trop aseptisées dans le metal ?

Mes deux derniers albums – mon album solo et celui-ci – ont été produits à l’ancienne, et certains groupes aujourd’hui procèdent encore ainsi, en étant forts et fiers, et en jouant live. Après, tout dépend du style : certaines chansons réclament qu’on prête attention aux détails, qu’on fasse des overdubs, etc. et d’autres se prêtent mieux à un son brut. C’est aussi fonction des producteurs, certains veulent faire les choses de manière très contrôlée, en se focalisant beaucoup sur les détails, alors que d’autres aiment que ce soit bruyant et live. C’est à chacun de voir ce qu’il souhaite obtenir. C’est sûr que le heavy metal a tendance à être très numérique maintenant, en termes de production et d’enregistrement, mais je pense que la clé, c’est de mélanger le vieux et l’ancien. Quoi qu’il en soit, quand on a un super son de batterie, de basse et de guitare, je pense qu’on a déjà fait la moitié du boulot.

« Pour obtenir une super chanson, il faut ça : un super riff, une super mélodie. »

Tu as déclaré que « c’était intéressant de voir ce que [ta] voix était capable de faire vu que [tu n’avais] jamais chanté nombre de ces chansons avant ». Du coup, comment a été ton expérience ?

Je me suis éclaté à faire le chant. En fait, j’ai juste pris une grande inspiration et j’ai foncé ! C’est tout ce qu’on peut faire avec ces chansons. Il faut avoir en tête que quand elles ont été enregistrées, à l’origine, tous ces musiciens – et chanteurs notamment – étaient très jeunes, ils avaient entre dix-sept et vingt ans. Mon approche était donc d’apporter un peu de cette passion et de ce feeling dans mon chant, en essayant de rentrer dans leur tête. Je n’ai pas voulu changer ma voix pour que ça sonne comme eux, j’ai essayé de conserver mon timbre, mais en chantant leur chanson. C’était très amusant et, à la fois, c’était un bon défi, notamment faire tous ces [fait un cri]. En gros, j’ai fait trois versions de chaque chanson pour ensuite choisir la meilleure version, c’était ma méthode.

Il y quand même une chanson, « Evil Woman », sur laquelle ton timbre sonne parfois très proche de celui d’Ozzy…

Je fais une harmonie en plusieurs parties sur cette chanson. La partie aiguë est un peu dans la tonalité dans laquelle Ozzy chante, or quand je chante aigu comme ça, ma voix tend naturellement à sonner comme Ozzy. Ceci explique donc cela !

Peux-tu nous parler de l’influence qu’ont eues certaines de ces chansons sur Saxon ?

Par exemple, « Problem Child » d’AC/DC : en 1974 ou 1975, je me suis procuré l’album Dirty Deeds Done Dirt Cheap et je suis allé voir le groupe à Sheffield. J’ai dit aux gars [avec qui j’ai formé] Saxon qu’il fallait que nous allions voir ce groupe, qu’il était génial. Nous sommes allés les voir, c’était dans une petite salle à Sheffield et ils ont joué cette chanson, « Problem Child ». Donc quand nous avons décidé des chansons pour Inspirations, je me suis dit que nous allions l’inclure car suite à ça, elle a énormément influencé notre composition. Des chansons comme « Wheels Of Steel » et « Strong Arm Of The Law » sont très influencées par AC/DC. De même, si tu prends le morceau de Toto, « Hold The Line », la manière dont le guitariste joue, avec ce genre d’accord de quinte un peu metal et rock n’ roll, nous avons en partie appris cette technique en écoutant cette chanson ! Ça a clairement influencé notre style de jeu sur « And The Bands Played On » et même « Princess Of The Night ». Je pense que cette chanson, par la manière dont elle est jouée, par sa technique de jeu, a influencé pas mal de groupes en général. La présence d’un groupe comme Toto surprendra peut-être des gens, tout comme les Beatles, mais il faut être honnête avec nos influences. Enfin, il faut comprendre qu’une grande partie de ces groupes ne nous ont pas directement inspirés à devenir Saxon, ils nous ont inspirés plus globalement à devenir des musiciens et à fonder un groupe. Ces chansons nous ont influencés en tant qu’individus plus qu’en tant que groupe, pour devenir musiciens, chanteurs, et intégrer un groupe, et essayer de trouver la gloire et la fortune.

Dans l’album, on retrouve une chanson des Rolling Stones et une autre des Beatles, deux groupes que, généralement, on oppose. Du coup, préfères-tu les Rolling Stones ou les Beatles ?

[Rires] Franchement, les deux. La première fois que j’ai vu les Beatles, c’était sur une petite chaîne de télévision, pour leur premier passage à la TV dans les années 60, puis j’ai vu les Rolling Stones peut-être un an plus tard. Bon, peut-être que les Rolling Stones me parlaient un peu plus, car les Beatles avaient un look un peu trop propret pour moi.

Saxon a pas mal de chansons rapides et agressives, or Motörhead, dont vous reprenez le morceau « Bomber », était particulièrement connu pour ce côté corrosif. Pouvait-il parfois y avoir une forme de compétition à cet égard entre les deux groupes ?

Non, il n’y a jamais eu de compétition entre Saxon et Motörhead. Les deux groupes aimaient la musique de l’autre. Nous avons accompagné Motörhead en 1979 sur la tournée Bomber – ce qui explique pourquoi nous avons choisi cette chanson – et nous avons vécu les années 80 ensemble, nous avons fait de nombreux concerts ensemble, plein de festivals, nous avons vécu des moments durs ensemble, etc. Il y avait un respect mutuel plus qu’une compétition, et puis Motörhead faisait autre chose, ils étaient beaucoup plus rapides et agressifs que nous à l’époque, mais ils nous ont influencés par leur attitude et leur manière de jouer les riffs. Motörhead a clairement influencé des chansons comme « Heavy Metal Thunder » et « 20,000 Ft. », avec ce style de riffing rapide.

« J’ai toujours cette ambition et, à la fois, cette innocence. Je pense qu’il faut essayer de conserver une part d’innocence quand on peut, car on aspire toujours à faire mieux. »

Comme tu disais, il n’y a dans ce disque que des chansons des années 60 et 70, mais avez-vous aussi des influences plus modernes ?

Oui, mais elles ne sont pas sur cet album. Par exemple, Van Halen a probablement influencé les guitaristes, Metallica a probablement influencé notre côté heavy, notre côté plus sombre… J’écoute toujours de la musique et il m’arrive d’être influencé par des choses plus récentes, bien sûr. Inversement, nous avons nous-mêmes influencé plein de groupes, comme Metallica justement, Mötley Crüe, Skid Row, etc. On n’arrête jamais d’être influencé et c’est parfois à double sens.

Tous ces morceaux présents dans l’album sont des classiques. Mais qu’est-ce qui fait qu’une chanson devient un classique ?

Ce qui fait qu’une bonne chanson est une bonne chanson, c’est que des milliers de gens l’aiment ! C’est le critère principal. Je peux trouver qu’une chanson que j’ai composée est géniale, mais à moins que tous les autres gens l’aiment aussi, ce n’est pas vraiment un classique, n’est-ce pas ? Quand tu regardes les années 60 et 70, il y a plein de classiques dont les gens se souviennent, des chansons qui sont maintenant incrustées dans notre ADN. En gros, le plus important dans une chanson, ce qui nous accroche, c’est le riff de guitare et la mélodie du chant. Pour obtenir une super chanson, il faut ça : un super riff, une super mélodie. Evidemment, il faut que les paroles de la chanson aient aussi du sens, mais par exemple, initialement, quand je suis en train de composer une chanson, parfois j’entends un riff de guitare, je chante une mélodie par-dessus et j’ai instantanément un coup de cœur, avant même d’avoir la moindre idée de paroles, de solos ou de quoi que ce soit d’autre.

Comment était le jeune Biff Byford qui écoutait tous ces groupes avant que le premier album de Saxon ne voie le jour et comment s’est-il mis à la musique ?

Evidemment, je n’étais pas encore dans Saxon quand j’étais plus jeune, mais je traînais avec des gars dans un autre groupe. Nous nous retrouvions chez les uns et les autres pour écouter de nouveaux albums que l’un d’entre nous avait achetés ou un nouveau single. Nous avions tous des platines vinyle et des lecteurs cassettes. C’est ce à quoi nous passions principalement notre temps. A l’époque, on allait chez les disquaires, on écoutait les albums dans une cabine… C’était une chouette époque. J’étais un jeune ado qui avait ce rêve de devenir musicien, j’avais une grande volonté, beaucoup d’ambition, et j’avais l’esprit ouvert à toutes sortes de musique. J’ai commencé à la guitare. J’avais un très bon professeur de musique à l’école qui nous faisait écouter des albums de blues en cours, et puis le frère de mon meilleur ami était dans un groupe de blues, donc je pense que c’est ce qui m’a motivé à jouer de la guitare – j’ai appris à jouer « Johnny B. Goode » à l’âge de quatorze ans, par exemple. Après la guitare, je me suis mis à la basse, et ensuite j’ai chanté. J’ai même joué de la flûte, car le groupe de mon meilleur ami a dit que je pouvais jouer de la flûte si je voulais, donc j’ai appris à en jouer pendant six ou sept mois [rires]. Ceci dit, ce jeune gars est toujours là quelque part, j’ai toujours cette ambition et, à la fois, cette innocence. Je pense qu’il faut essayer de conserver une part d’innocence quand on peut, car on aspire toujours à faire mieux.

Interview réalisée par téléphone le 4 février 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Steph Byford.

Site officiel de Saxon : www.saxon747.com

Acheter l’album Inspirations.



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