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Chronique   

Schammasch – The Maldoror Chants: Hermaphrodite


Peut-on affirmer que le black metal est devenu avec le temps un art bien plus complet qu’un simple registre musical ? Sans nul doute, répondront les passionnés du genre. Il est évident que le style a énormément évolué depuis l’avènement des Mayhem et autres Darkthrone. Mais l’important aujourd’hui n’est plus seulement l’essence haineuse d’antan, ni même l’apparence accolée à cela. Si une frange du genre milite pour un certain conservatisme, une autre cherche au contraire à s’en libérer – d’aucun diraient, un certain Ihsahn en tête, que ce fut la philosophie première du genre. Et ce qui rattache encore leur âme au black metal des origines, c’est avant tout l’atmosphère qui se dégage des œuvres. Les Suisses de Schammasch sont clairement de ceux qui ouvrent les horizons du black metal, le poussant dans des retranchements conceptuels, visuels, poétiques, philosophiques, comme l’a prouvé le triple album Triangle sorti l’an passé. Et alors qu’on peut encore entendre les déflagrations que cette bombe a provoqué dans le microcosme du metal extrême, le combo revient avec un nouvel EP : le premier d’une nouvelle série conceptuelle.

Cette suite d’albums intitulée The Maldoror Chants est inspirée de l’ouvrage poétique Les Chants de Maldoror, du Comte de Lautréamont. Il s’agit d’une succession d’histoires distinctes qui n’ont pour seul rapport la présence d’un personnage maléfique nommé Maldoror. Cette œuvre a grandement inspiré le mouvement surréaliste, et l’approche avant-gardiste des Suisses semble pertinente pour l’aborder musicalement. En revanche, Hermaphrodite est une nouvelle à part, puisque Maldoror n’y apparaît pas. Celle-ci raconte, avec une beauté certaine, l’histoire d’un être ressentant une profonde solitude. Vu sous l’angle d’un narrateur extérieur empathique et admiratif, le récit évoque les tourments internes de l’hermaphrodite dans un monde où il se sent fatalement incompris. Pour saisir la démarche de Schammasch, on ne peut que recommander de jeter un œil à cette histoire assez courte et facilement trouvable.

Les musiciens vont puiser dans l’âme profondément noire du récit pour poser l’ambiance de l’EP. Le prologue prend ainsi son temps pour emmener l’auditeur dans un univers nocturne et oppressant, où les murmures lointains et les percussions résonnent et font peser l’isolement. Ils utilisent ainsi des sonorités dark ambiant qui rappellent l’esprit de la troisième partie de Triangle. Le jeu de batterie s’intensifie et les riffs de guitares surviennent et se superposent sur « The Weighty Burden Of An Eternal Secret ». L’accélération appuie l’angoisse à la mesure des pulsations du cœur. Ainsi, Chris S.R. narre l’histoire de l’hermaphrodite et les premiers chants liturgiques apparaissent.

L’auditeur suit progressivement le personnage, lorsque la troisième pièce, « Along The Road That Leads To Bedlam », marque le basculement du récit. Plus frontal, appuyé par une batterie qui nous assène, comme si on subissait les coups que reçoit l’hermaphrodite. Les Suisses parviennent parfois à reproduire l’élégance du récit avec seulement quelques notes, comme sur « These Tresses Are Sacred », tout en apportant toujours cette dimension spirituelle qui leur est chère, à l’instar de la plus lourde et lente « May His Illusion Last Until Dawn’s Awakening ». Seule « Chimerical Hope » fait réellement apparaître la facette extrême du groupe, en particulier sur le chant criard de C.S.R.. Une chanson qui illustre à la perfection la colère et l’impuissance du narrateur. Le point culminant du disque, dans son intensité et sa dimension hiératique, est atteint par le morceau final « Do Not Open Your Eyes ». Le narrateur y conjure l’hermaphrodite de ne pas se réveiller, afin de rester dans la rêverie et dans un monde où il est parmi les siens.

Schammasch s’inspire d’une œuvre de la littérature et retranscrit avec brio ses émotions par le prisme de la musique pour créer et provoquer un ressenti intense chez l’auditeur. Une démarche à rapprocher des peintres qui s’inspiraient de récits mythologiques. N’oublions d’ailleurs pas l’importance de l’artwork qui accompagne l’atmosphère. S’il est difficile de qualifier cette œuvre de black metal au sens stricte du terme, le combo y puise par ses racines pour en développer la cime et les branchages. Cela veut-il dire que le terme a aujourd’hui perdu de son sens ? C’est en fait tout le contraire, et on en revient à la question de départ : avec Hermaphrodite, les Suisses ont, une nouvelle fois et sans le savoir, apporté leur réponse.

L’album en écoute intégrale :

Album The Maldoror Chants: Hermaphrodite, sorti le 9 juin 2017 via Prosthetic Records. Disponible à l’achat ici



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