ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Live Report   

Scorpions fait toujours autant le show


Il est pile 20h quand Europe débarque sur scène, accueilli plutôt fraîchement par une Halle Tony Garnier aux trois quarts pleine. Ce qui peut surprendre de prime abord, c’est le peu d’espace alloué au groupe sur scène. On aurait pu penser que le statut d’invité spécial aurait permis au groupe d’avoir un peu plus de show ce soir mais il paraît aussi logique que le combo n’ait pas les mêmes moyens que la tête d’affiche allemande. Le groupe se retrouve ainsi cantonné sur une partie de la scène qui lui permet toutefois d’arpenter toute sa largeur, soit plus que la scène du Transbordeur où il a joué lors de son dernier passage à Lyon. Mis à part Joey Tempest, aucun des membres d’Europe ne foulera le catwalk réservé à Scorpions et on notera un volume sonore relativement bridé pour ne pas faire de l’ombre à leurs aînés teutons.

Niveau visuel le groupe est fidèle à son habitude de sobriété et le public doit se contenter d’un grand drapeau qui reprend la pochette de son dernier album War Of Kings. C’est d’ailleurs avec deux morceaux tirés de leur opus de 2015 qu’Europe démarre son show. Si le public de Scorpions attendait sans doute un gros tube en apéritif, Europe décide lui de prendre des risques. Joey Tempest fait ce qu’il peut pour capter l’attention, en agitant sa belle crinière et en jouant avec son pied de micro telle une majorette avec son bâton mais visiblement le public lyonnais a décidé d’être rétif à tout ce que pourra proposer le quintette suédois.

Artistes : ScorpionsEurope
Date : 30 novembre 2015
Salle : Halle Tony Garnier
Ville : Lyon

Europe

Si Joey Tempest, Mic Michaeli et Ian Haugland paraissent les plus concernés, les deux « John » du groupe (Norum et surtout Levén) sont très réservés et ont même tendance à montrer ostensiblement leur ennui sur scène. « Superstitious » sort brièvement le public de sa torpeur, après une tentative presque réussie de Tempest de faire chanter la salle, suivi d’un tonitruant « Ça va les Gones ? » en fin de morceau. Réponse négative car une large partie de l’audience s’ennuie ferme malgré les tubes « Ready Or not » et « Carrie » où Tempest va se trouer vocalement sur les refrains alors qu’il assurait plutôt bien ses parties de chant jusque-là. « Last Look At Eden » avec sa rythmique arabisante assez lourde aurait pu, dans un contexte différent, faire lever un sourcil d’intérêt mais ce soir on a l’impression que tout ce que tente Europe à tendance à tomber à plat.

Même « Rock The Night » ne reçoit que des filets de voix maigrelets en retour, quand Joey Tempest, dans une tentative désespérée pour réveiller un public atone, décide une nouvelle fois de le faire chanter. Après un ultime morceau de leur dernier album, les premières mesures de « The Final Countdown » retentissent sous les arcades glaciales de la Halle. Lyon se dégèle un peu, la fosse ondule un moment le temps de l’introduction, et la vaguelette s’échoue aussi vite qu’elle est arrivée.

Le groupe reçoit quand même quelques acclamations au moment de quitter la scène. On a connu Europe beaucoup plus pugnace et rentre dedans, avec une réelle envie de montrer ce qu’ils avaient dans le ventre. Mais ce soir, les Suédois sont passés un peu à côté de leur sujet et ont laissé leurs fans frustrés par cette prestation en demi-teinte. Reconnaissons néanmoins comme il doit être difficile pour le groupe de jouer face à un public amorphe qui n’est, majoritairement, pas le sien et qui n’attend qu’une chose pour se réveiller, le tube « The Final Countdown ». Maintenir son énergie et sa motivation face à un public qui paraît distant et désengagé est forcément délicat. Ce concert aura particulièrement mis en évidence le piège dans lequel Europe est enfermé à cause d’une chanson vieille de trente ans, malgré sa productivité et qualité discographique depuis son retour il y a un peu plus de dix ans.

La déception Europe

Setlist :

War Of Kings
Hole In My Pocket
Superstitious
Ready Or Not
Carrie
Last Look At Eden
Rock The Night
Days Of Rock’n’roll
The Final Countdown

Les lumières ont à peine eu le temps de s’éteindre dans la Halle Tony Garnier, que Scorpions nous prend directement à la gorge dès le premier titre de son set. Et une chose est certaine, ils ne sont pas venus pour cachetonner car la mécanique allemande tourne déjà à plein régime et sans fausse note. Klaus Meine est là pour en découdre, Rudolf Schenker insolemment affûté pour ses soixante-sept ans n’est pas là pour sucrer les fraises, Matthias Jabs non plus. James Kottak cabotine du haut de sa plate forme en nous montrant ses belles chaussettes étoilées. Seul Pawel Maciwoda semble pour le moment un peu en retrait. On se prend donc un premier uppercut avec « Going Out With A Bang » délivré avec le même visuel et la même force qu’au Hellfest cet été et le second round nous laisse déjà exsangue, avec un « Make It Real » des familles délivré tout en finesse avec le drapeau français en arrière-plan sur le gigantesque écran géant qui couvre toute l’arrière scène. Deux semaines après les attentats de Paris, le symbole est fort et Lyon sait remercier Scorpions de cette attention à sa juste valeur.

Le show Scorpions

Pour ne pas laisser retomber la pression, c’est « The Zoo » qui est distillé dans une version au scalpel, avec un visuel inquiétant mêlé de lumières rouges crues, de cages et de stroboscopes, qui donnent une force supplémentaire à un morceau qui n’en a déjà pas vraiment besoin. Matthias nous balance un solo millimétré avec sa talk box, pendant que Klaus Meine, déchaîné, lance à l’envi dans la fosse des dizaines de baguettes piquées à James Kottak. Au bout de trois titres, la Halle Tony Garnier est KO devant autant de maîtrise et surtout d’enthousiasme. Même s’ils ont presque tous largement dépassés la cinquantaine, ce sont des gamins de quinze ans qui se produisent devant nous ce soir, visiblement heureux de jouer et d’être là. L’instrumental « Coast To Coast » , entamé par Schenker seul sur le catwalk (mais progressivement rejoint par Matthias Jabs et surtout Klaus Meine qui nous montre qu’il a du répondant à la guitare) fait chavirer la fosse – seule la fosse est concernée car dans les tribunes c’est encéphalogramme plat niveau ambiance – et offre au groupe sa première ovation de la soirée.

Le medley 70’s, joué sous des images psychédéliques comble les fans de la première heure, un peu moins ceux qui ont découvert le groupe avec « Still Loving You », mais s’avère être un bel hommage déguisé à Uli John Roth, le premier guitariste historique de Scorpions. Car ce sont ni plus ni moins des extraits des albums Fly To The Rainbow, In Trance, Virgin Killer et Taken By Force qui nous sont offerts généreusement pendant près de dix minutes. Vient ensuite « We Built This House » avec cette fois un bref hommage visuel à Herman Rarebell et Francis Buchholz, deux des pièces maîtresses de Scorpions jusqu’au début des années 90. C’est peut-être le moment le plus faible du concert, de part la qualité moyenne du titre, qui est loin d’être le meilleur de leur dernier opus. D’ailleurs le public ne s’y trompe pas et n’offre qu’un accueil poli à la prestation du groupe sur ce morceau malgré la présence des paroles de la chanson sur l’écran géant en guise de karaoké.

Klause Meine

C’est au tour de Matthias Jabs de se fendre de son solo « Delicate Dance », épaulé par son technicien son Ingo Powitzer en lieu et place de Rudolf Schenker, parti se changer en coulisses avec Klaus Meine. C’est sous une seconde ovation de la fosse et de la tribune centrale (qui commençait à se réveiller, alors que les latérales étaient toujours plongées dans un coma profond) que le second medley de la soirée a démarré. Et cette fois ce sont les ballades qui sont mises à l’honneur, d’abord acoustique avec un « Always Somewhere » parfait puis « Eye Of The Storm », la ballade plutôt moyenne de leur dernier album, et enfin « Send Me An Angel », interprété dans son intégralité par le groupe. La Halle Tony Garnier a le souffle coupé quand apparaît sur l’écran géant l’image de la Tour Eiffel symbolisant les attentats de Paris, et c’est sous une pluie d’applaudissements que le public salue la prestation du groupe, et plus particulièrement de Klaus Meine, époustouflant de maîtrise et d’émotion ce soir. « Wind Of change » enfonce le clou et la fosse plus la tribune centrale reprennent le couplet à pleins poumons.

Avant d’entamer le sprint final, Scorpions nous lâche une nouvelle bombe tirée de leur dernier album, « Rock’n’roll Band ». Un titre carré, court et efficace, prélude à d’autres missiles à venir. « Dynamite » est ainsi le premier scud que nous envoie le groupe avec une maîtrise hallucinante tant de la part des musiciens que de Klaus Meine, qui envoie les vibratos sans forcer avec une facilité déconcertante. C’est alors le moment du solo de batterie de James Kottak, moment souvent redouté, tant le bonhomme peut être imprévisible sur scène. Sa prestation embarrassante lors du Hellfest est restée dans toutes les mémoires mais ce soir, coiffé d’une toque dédicacée par Paul Bocuse, le trublion nous la joue plutôt sobre. Quelques jours avant, lors du concert à Bercy, le groupe avait entamé une Marseillaise après le solo mais le combo ne nous l’offrira pas, tout comme il fera l’impasse sur « No One Like You », passant directement à l’artillerie lourde avec « Blackout ». C’est une version cataclysmique que nous distille le groupe, et les dernières poches de résistance tombent, car miracle, on sent quelques signes de vie dans les tribunes latérales, où certains spectateurs vont même jusqu’à se lever pour applaudir. Hallelujah ! « Big City Nights » enfonce le clou avant les rappels et on voit un Klaus Meine dans le rôle du lutin cabotin venir saluer son public avec un réel enthousiasme.

Matthias Jabs

« Still Loving You » est joué en premier rappel et Klaus Meine ira jusqu’à modifier les paroles sur les derniers refrains pour le transformer de façon assez opportuniste mais très efficace en « Still Loving Lyon ». Ça ne mange pas de pain et surtout ça fait plaisir à tout le monde. Et c’est avec un « Rock You Like A Hurricane » supersonique que le groupe fait enfin rendre les armes aux dernières poches de récalcitrants des tribunes latérales et termine de mettre à genoux ses sujets de la fosse, déjà tout dévoués à leurs maîtres. Deux semaines après les drames qui avaient frappé Paris, Scorpions est venu nous donner une leçon de vie et d’énergie sans tomber dans le pathos. Ils ont surtout montré que malgré leurs cinquante ans de carrière, ils sont encore debout et capables de botter les fesses à bien des petits jeunes. L’énergie et les sourires de ces deux gamins de plus de soixante ans que sont Rudolf Schenker et Klaus Meine valent toutes les cures de jouvence disponibles dans le commerce.

En un mot (ou plutôt trois) : on en redemande.

Set list :

Going Out With A Bang
Make It Real
The Zoo
Coast To Coast
Medley 70’s :
Top Of The Bill – Steamrock Fever – Speedy’s Coming – Catch Your train
We Built This House
Delicate Dance
Medley ballades :
Always Somewhere – Eye Of The Storm – Send Me An angel
Wind Of Change
Rock’n’roll Band
Dynamite
In The Line Of Fire
Kottak Attack
Blackout
Big City Nights
Rappels :
Still Loving You
Rock You Like A Hurricane

Live report : Starchild (avec Nicolas Gricourt).
Photos : Nicolas Gricourt.

A voir également :

Galerie photos Scorpions.
Galerie photos Europe.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Tool @ Hellfest
    Slider
  • 1/3