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Live Report   

Scorpions : Une piqûre en pointillés


29 Février 1984, les Scorpions, avec en première partie les Mama’s Boys, inaugurent ce qui s’appelle alors le Palais Omnisport Paris Bercy, le POPB devenu désormais Accorhotels Arena. A cette époque, les allemands surfaient sur leur album Love At First Sting et conquéraient la planète.

Le temps a passé, l’histoire du groupe s’est logiquement enrichie (mouvements de personnel, faux adieux, retour), sa discographie aussi (leurs récentes productions n’atteignant pas forcément la classe des opus passés) et les allemands se présentent une nouvelle fois dans l’arène de l’Est parisien dans le cadre de leur Crazy World Tour. Toujours aussi piquante, l’arachnide teutone ? Au moins suscite-t-elle assez d’intérêt pour remplir très honnêtement la salle parisienne. Les anglais de Slydigs qui ouvrent pour leurs aînés ne devraient pas s’en plaindre.

Artistes : ScorpionsSlydigs
Date : 26 Juin 2018
Salle : Accorhotels Arena
Ville : Paris [75]

Les photographes sont malheureusement invités à entrer dans la salle après le début de la première partie. Votre serviteur du soir en fait partie. Difficile donc de se faire une idée juste de la prestation du groupe. Même si, globalement, elle n’est pas particulièrement marquante. Les anglais évoluent sur une scène sobre et dépouillée, première partie oblige. Seul artifice, leur nom apparaît en grosses lettres blanches sur un grand écran placé derrière la batterie. Musicalement, c’est rock. Sur scène, il ne se passe pas énormément de choses. A revoir pour se faire une meilleure idée.

Slydigs : à mieux découvrir

Un rideau géant masque désormais la scène aux spectateurs. Il est agrémenté du visuel de cette tournée : personnage avec une boule en guise de tête lequel surmonte une sphère ressemblant à une mappemonde flanquée d’un imposant logo Scorpions. L’ensemble est dans les teintes bleues et accompagné d’éclairs. Rideau qui tombera vers 21H15 sur fond de « Crazy World » libérant les fans de cette attente fébrile qui précède le début du concert. De l’autre côté du rideau, le groupe a lancé « Going Out With A Bang » sous un épais tapis de fumée. Les écrans disposés sur la scène habillent l’ensemble. La scénographie est très élégante, et elle le sera tout au long du concert, avec ce dispositif d’écrans en fond de scène et sur la scène qui offriront une multitude de tableaux.

Les musiciens profitent très vite de leur avancée de scène établissant le contact avec le public ; Klaus Meine invite le public à chanter et Rudolf Schenker, toujours très cabot, multiplie les pauses. « Make It Real » – sur lequel les écrans revêtent nos couleurs tricolores – et « Is There Anybody There? » nous plongent respectivement en 1980 et en 1979 avec les albums Animal Magnetism et Lovedrive. Pépites garanties. L’exploration de ces deux albums continue avec l’enchaînement de « The Zoo » – où Klaus distribue des baguettes – et de « Coast To Coast ». Gros classiques des Scorpions !
Ces deux derniers morceaux illustrent parfaitement l’aspect très vivant d’un concert des Scorpions, les musiciens se postant sur le devant de la scène ou sur les côtés de la batterie. Le summum est atteint quand Klaus prend une guitare sur « Coast To Coast » et que les quatre musiciens se tiennent de front sur l’avancée de scène faisant se lever une nuée de portables. Mais non ! Profitez avec vos yeux et vos oreilles, pas avec une excroissance technologique addictive !

Tricolores les Scorpions !

Le public est aux anges et réserve un gros succès pour cet instrumental et ce début de prestation animée. Il faut dire que les allemands sont vraiment très proches de leurs fans et sont tout sourires. Plutôt très agréable. « Merci beaucoup Paris ! » dira Klaus. Avec un riff d’introduction survitaminé, « Top Of The Bill » démarre le classique medley des années 70. Au fond, le logo de Scorpions se partage l’affiche avec des images psychédéliques, histoire d’appuyer le thème de l’époque. L’énorme écran en fond de scène complété de deux grands écrans sur les côtés rendent vraiment très bien visuellement, comme lorsque l’on voit Matthias sur l’écran du fond pendant « Speedy’s Is Coming » qui continue ce survol des premières années, survol que termine un « Catch Your Train » peut-être un peu mou. Mais globalement, le groupe affiche une forme insolente. Mikkey Dee nouvellement aux fûts aurait-il apporté un souffle nouveau ? Une force qui permet au groupe de se projeter à pleine puissance ? Moins excentrique que Kottak, il paraît plus efficace. (NdA : la batteur a rejoint les Scorps en septembre 2016) Côté fosse, les fans ne bougent pas trop mais applaudissent et donnent de la voix !

Après avoir démarré en trombe avec des classiques, le concert retombe quelque peu avec des morceaux de la récente discographie des teutons. Il est vrai que « We Built This House », « power balad » quelque peu sirupeuse, est dispensable et ne tient pas la comparaison avec les titres précédents. Dans ce registre, les morceaux de Savage Amusement, par exemple, sont diablement plus efficaces. Au moins, avoir affiché les paroles sur l’écran ajoute un plus, pas forcément très original mais très sympa. « Delicate Dance » sur lequel Matthias est rejoint par Ingo Pavitzer, son technicien guitare, n’apporte pas grand-chose non plus. Aux airs très Satriani, cet intermède musical continue de laisser le soufflet retomber. Et curieusement, sur ce titre, les effets sur les écrans ne sont pas très réussis. Paweł Mąciwoda, discret bassiste, accompagne les deux guitaristes. Discret ? Paweł est clairement le musicien le plus en retrait du groupe, le plus introverti. Il faut dire que face à la tornade Rudolf, il y a de quoi s’effacer ! Mais le polonais fait quand même sa part du job !

La tornade Rudolf multiplie les poses

Klaus qui avait quitté la scène revient et s’adresse à la salle. « How are you doing so far ? » et le groupe de s’installer sur le devant de la scène, batteur inclus, pour la partie acoustique qui n’aide pas non plus à redynamiser le concert. L’habillage lumineux de ce moment plus calme est superbe, par contre. Des lumières tombent du plafond en jolis rayons bleus qui forment un tube plus étroit en son milieu. « Send Me An Angel », accompagné d’une boule à facettes qui projette une multitude d’étoiles et confère une certaine poésie à l’ambiance, termine ce passage. Et l’on regrette que le morceau n’ait pas été joué en entier, en remplacement même de la compilation acoustique. Les spectateurs apprécient, chantent quand Klaus leur tend le micro et réservent un gros accueil pour ce très beau titre. Mikkey, de son côté, distribue quelques baguettes. Heureusement, le meilleur reste à venir avec « Wind Of Change » qui suit – l’avoir mis juste après le passage acoustique est-il judicieux ? – et sur lequel le public ne se prive pas de chanter les paroles. Il chantera même a capela, d’abord soutenu par Mikkey puis tout seul. Magnifique. « We love you Paris ! » dira Klaus. Sur l’écran, le signe « Peace & Love » rappelle le message de paix que porte ce morceau.

Mais il est temps de regonfler un peu le soufflet. Cela tombe bien, « Tease Me, Please Me » débarque, soutenu par les applaudissements d’une salle désormais bien chauffée. Le solo de Matthias sur ce titre est très agréable. D’ailleurs, ce soir, la qualité d’exécution est très propre avec un son vraiment bien réglé. Que c’est appréciable ! La troisième partie du concert va désormais reprendre là où la compilation soixante-dix l’avait laissé : en puisant dans les titres les plus efficaces de Scorpions, inspiration qu’il n’aurait jamais du quitter d’ailleurs ! Et pour ce faire, le groupe invoquera… Motörhead. En effet, Klaus présente Mikkey Dee qui harangue la foule et reçoit une belle ovation. Et la petite bête qui pique de lancer « Overkill » en hommage à Lemmy dont de nombreux portraits noir et blanc défilent sur les écrans. Bel hommage que le public suit : il est invité à chanter le refrain et ne s’en prive pas. Grand moment d’émotion ! Mikkey reste ensuite au cœur de la fête en lançant son solo, sa batterie s’élevant plusieurs mètres au-dessus du sol, tirée vers le haut par des chaînes. Visuellement, c’est excellent ! Surtout avec les images noir et blanc qui montrent Mikkey en direct. Quant à la qualité du solo, rien à redire. Les spectateurs sont à fond ! Passage sympa quand toutes les pochettes des Scorpions sont affichées. Cet autre moment fort de la prestation rencontre un gros gros succès. Logique, il était splendide.

Que dire de l’arrivée de « Blackout », de Rudolf et de son Stetson ? Que le concert prend une autre dimension. Matthias et Rudolf sont toujours en forme, courant d’un point à l’autre de la scène. En fond de scène, l’écran se pare d’un gyrophare et affiche la pochette du célèbre album. Et les deux guitaristes de revenir sur le devant de la scène, un grand sourire fendant leur visage. Cela fait plaisir à voir. Pour continuer le festin, « Big City Nights » et son excellent riff d’introduction. Une tuerie comme l’ensemble du morceau d’ailleurs. Les images montrent une ville, une mégalopole. Les quatre musiciens se rejoignent sur le côté de la scène et Klaus maintient son audience en éveil en la faisant chanter. Réaction sans équivoque : les « Big city nights ! » résonnent dans l’Accorhotels Arena. Là encore, beau succès pour ce titre qui nous amène à la pause rappels. Le groupe salue son public qui entonne spontanément les « oh ! oh ! oh ! oh » fréquents aux concerts de metal, les musiciens distribuent des médiators tandis que Klaus récupère un drapeau français. L’ovation du public est belle, les gradins tapent des pieds, les fans donnent de la voix !

Klaus Meine au contact des fans

La fin sera magnifique avec « Still Loving You », tout d’abord, éclairée de rouge, soutenue de lumières blanches qui éclairent la foule pour qu’elle chante. Ce titre revoit une recrudescence des portables qui filment. Un court passage par « Holidays » et le coup de massue de la batterie résonne pour « Rock You Like A Hurricane », autre classique qui termine aux alentours de 23H00 un concert en trois parties. Une première partie sur les chapeaux de roues, un milieu de concert avec des titres plus faibles et un passage acoustique un peu lourd – pourquoi cette compilation alors que « Send Me An Angel » écrase les autres titres de sa classe ? – et enfin une troisième partie salvatrice qui enchaîne les grands moments.

La fête laisse quand même une très belle impression, et même si l’on rêverait d’un peu plus d’audace dans ce Crazy World Tour, d’un peu plus de folie, de piquant – pour des Scorpions, cela devrait être possible, non ? – le public a apprécié la prestation d’un groupe en forme et généreux. Alors, effectivement, les goûts et les couleurs peuvent amener à préférer tel titre plutôt qu’un autre, à rêver que les allemands fassent le coup de l’album classique joué dans son intégralité, mais le groupe a balayé sa discographie jusque dans ses récentes productions, a offert un concert visuellement de toute beauté. Rien à reprocher donc.

Setlist :

Going Out With A Bang
Make It Real
Is There Anybody There?
The Zoo
Coast To Coast
Top Of The Bill / Steamrock Fever / Speedy’s Coming / Catch Your Train
We Built This House
Delicate Dance (avec Ingo Powitzer)
Follow Your Heart / Eye Of The Storm / Send Me An Angel (acoustique)
Wind Of Change
Tease Me Please Me
Overkill (reprise de Motörhead)
Drum Solo (de Mikkey Dee)
Blackout
Big City Nights

Rappels :

Still Loving You
Rock You Like A Hurricane



Laisser un commentaire

  • C’est marrant j’étais très fan de Scorpions il y a quelques années, c’est même le premier groupe que je suis allé voir en concert. Mais maintenance ça me gonfle.
    Ce faux départ en retraite peut être… je comprends qu’on veuille continuer, mais niveau mise en scène (le cirque avec les drapeaux, le moment acoustique…) je vois que rien n’a changé depuis cette tournée (pas loin de 6-7 ans là !) et ça me fait vraiment bizarre.
    Je suis partagé entre l’impression qu’il y a une forme d’arrogance dans leur show, et le sentiment qu’au final je me fais des idées, que je suis juste passé à autre chose, que leur musique ne me touche plus autant car mes goûts ont évolué.

    [Reply]

    hvmtl

    En live c’est toujours bon, mais oui aucunes nouveautés depuis pas mal d’années. La nouvelle tournée « Crazy world » n’a de changement que son nom, mêmes décors, même set list, même interprétation que la tournée précédente (et celle d’avant…). Je comprends pas comment ils font pour pas se lasser eux-mêmes.

    Calypso

    C’est ça 🙁
    Et même s’ils passent tout le temps près de chez moi quand je vois les images ça me donne plus envie.

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