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Interview   

Se mettre au vert au Metaldays


On ne pourra pas reprocher à l’organisation du Metaldays « d’attendre qu’il soit trop tard pour se préoccuper de la question de l’environnement » ou de surfer sur une quelconque « mode bio ». Le positionnement écologique, Boban Milunovic et Roman Files l’ont depuis plus d’une décennie et il est une plus grande priorité qu’un objectif de rentabilité maximale. D’ailleurs, pour l’avenir du festival, ce n’est pas sur l’expansion que se questionne Boban mais sur la manière d’améliorer la qualité de vie et de l’expérience proposée, en essayant d’aller de plus en plus loin dans le respect de l’environnement. Le festival ne se contente pas d’être écologique dans son fonctionnement mais cherche à éduquer son public tout comme les autres acteurs de la scène musicale.

Un tel positionnement vis-à-vis de la nature, mais aussi vis-à-vis de ce qu’est l’expérience de festival implique nécessairement un sens des priorités différent de celui d’autres événements. A ce titre, son discours au sujet des artistes est sans concessions. Comme il le dit si bien, la tête d’affiche, c’est « le festival lui-même ».

Dans notre entretien ci-après, découvrez donc où en est le festival en tant qu’acteur environnemental mais aussi, naturellement, en tant que festival de musique.

« Nous ne voulons pas nous reposer sur une tête d’affiche. Nous avons travaillé dur pendant près de dix ans pour faire que le festival lui-même soit la tête d’affiche. »

Radio Metal : Pendant que vous organisiez cette nouvelle édition du Metaldays, quelles étaient vos priorités ? Aviez-vous des mots clés ou idées particulières que vous vouliez implémenter ?

Boban Milunovic : Oui, nous avions deux idées principales pour cette année. L’une était d’avoir une affiche qui soit un petit peu plus jeune que ce que nous avions durant les dernières années. Nous voulions des têtes d’affiche qui soient des groupes un peu plus jeunes, mais également avoir d’autres artistes positionnés plus haut, comme les Français de Rise Of The Northstar ou un très jeune groupe néo-zélandais, Alien Weaponery, qui a un bon créneau sur la mainstage. Nous voulions donc que la partie musicale du festival soit plus proche d’un plus jeune public. L’autre chose est que nous voulions proposer une meilleure expérience pour le public, avec de meilleures conditions sur le camping. Nous avons donc banni les groupes électrogènes alimentés au fuel, ce n’est plus autorisé, ce qui veut dire qu’il n’y aura plus le bruit des groupes électrogènes et les gens pourront mieux dormir. Nous encourageons les festivaliers à se procurer des générateurs fonctionnant à l’énergie solaire, qui sont plus silencieux et ne polluent pas, puis il y a des points de recharge pour les téléphones portables. Voilà quels ont été les sujets pour cette année et nous sommes parvenus à les mettre en pratique.

A propos du line-up, comment travaillez-vous dessus, en particulier sur l’équilibre entre les groupes bien connus et établis, et les groupes plus underground que vous voulez faire découvrir à votre public ?

Pour les jeunes groupes, que l’on appelle les « New Forces », nous en proposons trente-trois tous les ans. Notre manière de les choisir est que les groupes doivent venir au festival, ils doivent remplir le formulaire de candidature, et ensuite nous avons une procédure basée sur le score que chaque groupe obtient, puis nous choisissons les trente-trois. Ensuite, entre la mainstage et la scène secondaire, nous essayons d’avoir une programmation aussi équilibrée que possible. Nous essayons de nourrir les visiteurs avec toute sorte de metal, et pas se concentrer sur seulement certains types. C’est très important pour nous. L’équilibre dans notre programmation est constitué à partir de ce qu’on désire et ce qui est disponible sur la période. Donc nous constituons une liste de souhaits, où nous marquons quels groupes nous aimerions avoir, et ensuite, nous contactons les agences et communiquons pour savoir si tel groupe est disponible, et ce que ça coûterait. Au final, on se retrouve avec un line-up qui est probablement plus ou moins ce que nous voulions, mais pas à cent pour cent, mais après, nous complétons avec des groupes semblables à ceux que nous n’avons pas pu avoir ou des groupes dans un autre style mais que nous trouvons bien.

D’un autre côté, il n’y a pas d’énorme tête d’affiche comme au Hellfest, au Graspop ou au Download. Est-ce une question de budget ou plutôt que vous préférez investir sur la diversité des groupes ?

La raison principale pour laquelle nous n’avons pas d’aussi gros groupes, c’est la taille du festival. Notre festival est petit si on compare à ceux que tu as mentionnés, et seuls ces festivals ont la possibilité d’accueillir d’énormes backlines comme ceux de, disons, Slipknot ou Rammstein. Ces groupes amènent avec eux un backline transporté dans quinze à vingt énormes camions, or nous avons la place pour garer seulement, peut-être, trois d’entre eux. Nous sommes donc limités par nos capacités techniques. C’est la raison principale, mais l’autre raison est que nous ne voulons pas nous reposer sur une tête d’affiche. Nous avons travaillé dur pendant près de dix ans pour faire que le festival lui-même soit la tête d’affiche. C’est ce que nous avons accompli et nous en sommes fiers.

Donc, tu ne crois pas que le Metaldays un jour invitera des groupes comme ceux que tu viens de mentionner ?

Non, ça n’arrivera jamais. Ça ne peut arriver que si ces groupes décident de réduire leur backline, et pour eux ce serait comme donner un concert dans une petite salle [petits rires]. Tu sais, les mêmes agents qui ont ces énormes groupes ont également d’autres groupes que nous mettons à l’affiche. Donc nous sommes en contact avec eux, nous travaillons avec eux, mais je ne crois pas que ces groupes seraient disposés à faire ça, parce que ça veut dire qu’ils doivent réarranger toute leur production. Donc je ne suis pas sûr que ça pourra arriver un jour. Je suis presque sûr que ça n’arrivera jamais, disons-le ainsi.

« Maintenant, ce sujet de l’environnement est très important dans tous les festivals, ce qui est bien. Ils font preuve d’intérêt pour faire la même chose que nous, mais dix ans plus tard. Nous avons dix ans d’expérience de plus dans le domaine que tous les autres festivals. »

Le festival a encore reçu en 2018 le Greener Festival Award, grâce à vos efforts de créer un festival respectueux de l’environnement. Vous avez commencé très tôt à implémenter des idées écoresponsables au projet. Quelle est votre histoire en matière d’engagement écologique ?

Nous avons commencé les initiatives écologiques en 2008 par nous-mêmes. Il n’y a pas de loi qui exige de notre part de faire quoi que ce soit à cet égard. C’est quelque chose qui, selon nous, est bien à faire, parce que c’est également ainsi que nous vivons en dehors du festival, donc pourquoi devrions-nous organiser le festival sans être totalement responsables envers la nature et l’environnement ? Ça a donc commencé en 2008 quand nous avons introduit les piquets de tentes biodégradables pour les visiteurs, ainsi qu’un système de dépôt de déchets pour encourager nos visiteurs à participer à nettoyer le festival, et nous progressons d’année en année. Maintenant, ce sujet de l’environnement est très important dans tous les festivals, ce qui est bien. Ils font preuve d’intérêt pour faire la même chose que nous, mais dix ans plus tard. Nous avons dix ans d’expérience de plus dans le domaine que tous les autres festivals. Et nous continuons à aller plus loin à ce niveau. Nous avons désormais un plan sur cinq ans pour le développement écologique du Metaldays, qui ira de 2019 à 2023. Comme je l’ai dit, c’est quelque chose que nous pouvons faire que nous considérons comme important. C’est quelque chose qui devrait être un standard, une norme.

D’un point de vue business, est-ce rentable ?

Non ! Nous générerions bien plus d’argent si nous ne faisions pas ça. Par exemple, depuis trois ans, nous ne fournissons aucun plastique sur le festival. Tout, les serviettes, les gobelets, les fourchettes, etc. ainsi que les posters sont biodégradables et réutilisables. Et ceci coûte environ quatre fois plus que si nous n’étions pas écoresponsables.

Le Metaldays se tient au milieu d’un magnifique paysage naturel. Est-ce compliqué d’éduquer le public au respect de cet environnement ? Comment réagit-il à ce message environnemental ?

Bien, mais c’est comme avec n’importe quel changement : tu reçois plein de critiques en retour. Les gens aiment que les choses ne changent jamais. Avec tout ce qu’on fait de nouveau, on reçoit des critiques en retour, mais si on est cohérent et qu’on leur montre que ce changement est bon, très vite les gens l’adoptent et commencent à coopérer. Donc d’un côté, c’est compliqué mais d’un autre côté, sur le long terme, les choses deviennent bien plus faciles. Au début, c’était compliqué, mais ça s’est amélioré avec le temps. C’était comme ça pour tous les changements ou ajustements écologiques que nous avons mis en place sur notre festival. Au final, tout le monde adopte la démarche et se montre plus responsable qu’avant. Il y a peut-être quinze ans, quand nous avons commencé, il n’y avait pas le même respect de l’environnement, mais maintenant ils adoptent des comportements plus respectueux envers la nature. Et les habitués du festival montrent l’exemple aux nouveaux sur la manière de respecter cette nature autour du festival.

Est-ce que les artistes programmés au festival doivent transmettre ce message environnemental ou s’y conformer ?

Non, pas du tout. Nous ne les confrontons pas avec ça. Simplement, ils viennent, jouent leur concert et puis repartent. Nous n’exigeons rien de leur part.

Programmeriez-vous un artiste très prestigieux mais qui n’a aucun respect de l’environnement ?

Non, je ne le ferais pas.

Le Metaldays est aussi membre de YouRope et partenaire de l’Eko Iniciativa Project. Peux-tu nous en dire plus ?

YouRope est une association de festivals. C’est en fait une association qui protège les droits du festival et pas juste les droits des artistes, car jusqu’à il y a quelques années, l’artiste pouvait tout demander, et en tant que festival devait dire « d’accord, on va le faire ». Mais avec YouRope, le contrat entre le festival et l’artiste est devenu équitable, de façon à ce que le festival ait aussi des droits et soit protégé contre certains risques. C’est donc bien pour nous de faire partie de l’association YouRope, et nous dialoguons avec d’autres festivals membres, car nous avons tous des problématiques similaires en ce qui concerne les artistes ou les agents. Ce n’est pas quelque chose d’exclusif au Metaldays. La plupart des festivals sont confrontés aux mêmes problèmes que nous. Eko Iniciativa Porject est une initiative qui recycle tous les emballages Tetra Pak et produit du papier toilette et des serviettes écologiques que nous utilisons sur le festival. Il y a des statistiques, et chaque année, nous sauvons je ne sais combien de milliers d’arbres qui auraient autrement été coupés pour fabriquer du papier toilette et des serviettes.

« Tous les gros festivals n’en ont rien à foutre de l’environnement, mais ce n’est que mon avis. Je parle surtout des gros festivals comme ceux qui mettent quinze mille personnes dans un bateau. »

Est-ce qu’il y a selon toi des festivals qui ne font preuve d’aucun respect ou effort par rapport à l’environnement ?

Je pense que tous les gros festivals n’en ont rien à foutre de l’environnement, mais ce n’est que mon avis. Je parle surtout des gros festivals comme ceux qui mettent quinze mille personnes dans un bateau. Ils ne font rien par rapport à ça.

Quelle est votre ambition pour le futur du Metaldays ?

Niveau business, mon ambition serait que nous ayons tout ce que nous avons aujourd’hui, mais en amenant ça à un niveau encore plus élevé. C’est-à-dire que le public s’éclate encore plus et passe un meilleur séjour sur le site du festival, et que nous puissions avoir un panel de styles musicaux encore plus vaste qu’aujourd’hui. A titre personnel, j’espère que tout le monde s’amusera au festival et reviendra en pleine forme et en sécurité chez soi. C’est très important pour moi. Il y a plein de jeunes gens et j’espère toujours qu’ils reviendront chez eux en bonne santé.

Le Metaldays est à son maximum de capacité avec 12 000 personnes. Du coup, quelle marge d’expansion avez-vous ?

Nous n’en avons aucune mais nous n’en voulons pas. Nous pourrions rajouter trois mille personnes de plus mais nous ne voulons pas le faire. Ce paramètre n’est pas important pour nous. Nous n’y pensons pas.

Le paysage de carte postale où se tient le Metaldays et l’atmosphère de vacances qui y règne sont évidemment les atouts commerciaux majeurs du festival. D’un autre côté, n’est-ce pas tentant de seulement se reposer sur cette spécificité ?

Peut-être mais je ne pense pas que ça marcherait, parce qu’au final, Metaldays est un festival de metal, donc c’est basé sur la musique metal et tout le reste c’est la cerise sur le gâteau.

Vous produisez d’autres festivals et le Motorcity Festival a été renommé Bluesland Festival. Pourquoi ?

Parce que la combinaison des motos et du blues ne fonctionnait finalement pas si bien que ça ; nous avons trouvé que ce n’était pas une bonne idée, car les motards qui se rendaient au festival n’étaient pas forcément fans de blues et n’y connaissaient parfois rien, et a contrario, les fans de blues n’appréciaient pas tous les spectacles de moto. Nous avons donc pris la meilleure partie, le blues, et nous avons déménagé le festival au château de Ljubljana, dans le centre-ville, qui est un lieu magnifique. Et puisque le côté moto n’était plus là, nous avons renommé le festival Bluesland.

Quel est ton meilleur souvenir du Metaldays ?

J’ai quelques bons souvenirs. Certains d’entre eux sont aussi liés à l’époque où le festival s’appelait Metalcamp. Motörhead était un grand souvenir pour moi. C’était la première fois où c’était vraiment blindé et il y avait une super ambiance. Une année, un orage a rendu notre mainstage inopérante, donc nous avons dû convaincre la tête d’affiche de faire son concert sur une plus petite scène, sur la scène secondaire, et ce concert était fantastique ! Judas Priest est un bon souvenir, car c’est le plus gros groupe que nous aurons jamais, donc atteindre un sommet, ça fait du bien.

Et quel est ton pire souvenir du Metaldays ?

Je n’en ai pas ! Mais si je devais choisir quelque chose, ce serait probablement l’année 2009 du Metalcamp car il a plu pendant un mois sans temps mort. Nous avons vraiment galéré durant toute la durée du festival à cause de ces interminables intempéries.

Interview réalisée par téléphone le 4 avril 2019 par Philippe Sliwa.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de MetalDays : www.metaldays.net.



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  • Un discours posé et cohérent, une site qui semble magnifique, un festival à taille humaine.
    Tout semble réuni pour tenter l’aventure. Il y a quand même un bémol: la programmation qui est cette année très très légère. Le retour sur investissement est assez limité, ce qui n’est pas le cas des Gros fest.

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