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Chronique   

Secrets Of The Moon – Black House


Les Allemands de Secrets of the Moon ont toujours fait les choses à leur façon : entre leurs débuts en 1995 et les expérimentations récentes, ils ont créé une œuvre unique, protéiforme, dont l’atmosphère, sombre et baignée d’occultisme, fait office de fil conducteur. Car dans la forme, du black metal lo-fi et hargneux de Stronghold Of The Inviolables (2001) aux échappées gothiques de Sun (2015) en passant par l’obscurité ondoyante de Privilegivm (2009) et la lourdeur oppressante à la Celtic Frost de Seven Bells (2012), du chemin a été parcouru par le combo, entre changements de line-up et envies de renouvellement. Comme un certain nombre de groupes qui ont pris leurs distances avec leurs débuts extrêmes – Ulver, Sólstafir, Katatonia ou Alcest par exemple –, la trajectoire de Secret Of The Moon l’a fait peu à peu s’éloigner de l’abrasivité de ses premiers disques. Dans Sun, son dernier album en date, des éléments black metal existaient encore presque à l’état de vestiges, mais le revirement était déjà évident et plutôt brutal, le groupe s’illustrant alors dans un metal mélancolique chanté en voix claire (comme Crone, autre projet du chanteur Phil Jonas). Plutôt bien accueilli par les fans, il laissait en tout cas supposer que les Allemands étaient bien décidés à aller de l’avant, et Black House, leur septième album sorti début mai, ne fait que confirmer cette impression…

C’est en effet ce qui frappe immédiatement : dans la forme, désormais, plus aucune trace de black metal chez Secrets Of The Moon. Dès le premier morceau, « Sanctum », guitares post-punk et basse vrombissante plongent immédiatement l’auditeur dans une ambiance ésotérique à la Fields Of The Nephilim. La suite explore d’autres formes d’obscurité dans lesquelles on peut reconnaître le spleen rocailleux d’Alice In Chains (dans le chant surtout, sur « Black House » ou « He Is Here ») ou les mélopées gothiques de Tiamat époque Wildhoney, sachant se montrer particulièrement catchy à l’occasion (« Veronica’s Room » et « Earth Hour »). Car si la forme change, dans le fond, le propos de Secrets Of The Moon reste le même : il s’agit d’explorer les différentes tonalités d’un univers sombre et saturé d’allusions occultes. Le concept est remarquablement cohérent, chaque chanson étant comme une pièce de la maison noire du titre (que l’on retrouve d’ailleurs dans les visuels signés Dehn Sora et Metastazis qui accompagnent le disque), chacune hantée à sa façon : dans « He Is Here », l’ambiance est oppressante et lourde, dans « Veronica’s Room », elle est douce-amère, et dans la ballade « Cotard », elle est crépusculaire et sans espoir. Il faut dire que la maison est peuplée : pour Black House, Secrets Of The Moon s’est en effet entouré d’invités d’horizons variés (Jarboe, Alexander Meilenwald de The Ruins Of Beverast, Matthias Landes de Dark Fortress ou encore la voix éthérée de (Dolch) entre autres) qui apportent tous leur pierre – leur propre nuance de noir – à l’édifice.

Les espaces d’où a émergé le disque (les musiciens expliquent que le studio même était devenu la « black house ») et que ce dernier a recréés semblent se déployer à l’infini. Paysages mentaux où l’on se perd (certains titres ont tendance à s’étirer en longueur), ils en font une sorte de version musicale de la terrifiante Maison Des Feuilles de Danielewski. Ils tiennent aussi des pièces visualisées dans les arts de la mémoire antiques tant l’album est imprégné de nostalgie : la mélancolie des chansons est redoublée par leur côté parfois presque anachronique tant elles évoquent le paysage musical du tournant des années 80-90. Il y a d’ailleurs quelque chose d’un peu paradoxal dans la démarche du groupe, qui progresse constamment tout en puisant de plus en plus clairement dans le passé. En tout cas, sa trajectoire rappelle la remarquable continuité esthétique qui lie le rock gothique et le black metal (après tout, Pornography de The Cure, auquel les arpèges de guitare baignés d’écho de l’album font parfois penser, est plus black metal que bien des albums à blast beat et à tremolo picking), ce qui prouve à la fois sa cohérence et sa pertinence. De quoi combler les amateurs de musique sombre et angoissée, quelle que soit leur chapelle…

Clip vidéo de la chanson « Don’t Look Now » :

Clip vidéo de la chanson « Earth Hour » :

Clip vidéo de la chanson « Veronica’s Room » :

Album Black House, sorti le 8 mai 2020 via Prophecy Productions. Disponible à l’achat ici



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