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Interview   

Secrets Of The Moon ouvre sa porte


Des redéfinitions musicales réussies, on en a connu quelques-unes dans le metal extrême, que ce soit celle d’Anathema ou celle d’Ulver, pour ne citer que celles-ci, mais ça reste toujours une entreprise délicate vis-à-vis des fans qui ne comprennent pas toujours. En cela, l’évolution spontanée opérée par Secrets Of The Moon, en passant de Seven Bells, apogée du groupe dans sa progression au sein du metal extrême, à un Sun dénué de presque toute composante extrême, est d’autant plus remarquable qu’elle a été quasi unanimement saluée. Sans doute parce que malgré la forme qui diffère, Secrets Of The Moon est resté fidèle au fond.

Cinq ans après, conforté par l’expérience Sun et en dépit du retour d’un membre fondateur en la personne du bassiste Lars Plegge, Secrets Of The Moon pousse le bouchon un peu plus loin encore avec un Black House dark rock, gothique voire un brin grungy par moments. Black House dépasse même le cadre du groupe en faisant intervenir pléthore d’invités qui apportent tous leur pierre à l’édifice. C’est aussi et surtout tout un univers visuel et sonore dans lequel l’auditeur est invité à plonger.

Nous avons échangé ci-après avec le chanteur-guitariste Phil Jonas et son partenaire créatif le guitariste-producteur Michael Zech afin qu’ils lèvent le voilent sur tout ceci, mais également pour mieux comprendre l’évolution de Secrets Of The Moon et leur rapport au metal extrême aujourd’hui et hier.

« Avec Sun, nous avons découvert de quoi nous étions capables musicalement parlant et qu’il y avait plusieurs portes que nous pouvions ouvrir, derrière lesquelles se cachaient de nouveaux corridors obscurs menant à de nouveaux moyens d’expression. »

Radio Metal : Tout d’abord, remontons un peu le temps : l’album Sun marquait une grosse évolution musicale pour Secrets Of The Moon et même si vous avez toujours un peu transcendé les styles, pour les fans, c’était presque un « choc » – pas forcément négatif. Pouvez-vous nous raconter le processus de pensée et créatif qui a mené à Sun ?

Phil Jonas (chant & guitare) : Je me souviens que notre ancien batteur, qui était dans le groupe depuis de nombreuses années, nous a quittés après la sortie et la tournée de Seven Bells. Peu de temps après, notre ancien bassiste s’est suicidé, ma mère est décédée et je suis devenu père pour la première fois. Plein d’émotions diverses, allant de la douleur à la joie, m’ont donné envie d’être créatif. A l’époque, je ne pouvais pas vraiment en parler, alors j’ai mis toutes ces émotions dans la musique avec l’aide des autres membres. Sun n’aurait pas été le même sans ces choses qui se sont produites dans ma vie. J’ai probablement grandi ou beaucoup appris durant cette période et je suis devenu une personne différente, ce qui a eu un effet sur mon écriture et sur mon moi intérieur. Après Sun, la vie n’a plus jamais été la même. On pourrait aussi dire que Seven Bells était notre « déclaration dark metal » ultime. Nous savions que nous ne pouvions pas faire mieux et c’est pourquoi nous n’avons osé essayer.

Michael Zech (guitare] : Comme l’a dit Phil, quand nous nous sommes mis à enregistrer Sun, le groupe était dans une position étrange et un peu vulnérable. Nous ne voulions pas le laisser mourir mais ça n’aurait pas paru naturel de faire comme si rien ne s’était passé. Nous avons donc été en studio ensemble avec de la musique assez brute et nous nous sommes dit : « Essayons de faire un album et si ça ne marche pas, ça ne marche pas. » Nous nous battions pour trouver une forme de justification pour que le groupe continue. Tout ce qui s’est passé sur l’album était très spontané. Ce n’était donc pas vraiment prévu qu’il devienne ce qu’il est finalement devenu. C’était une réinvention très spontanée. Quand j’écoute l’album aujourd’hui, je suis surpris à quel point il est étrange et vulnérable.

Phil : Pour moi, ce « changement de style » ne me paraît pas non plus aussi radical que ça, je dois dire, car ça provient de la même étoffe. Et les retours ont été très, très bons dès le début. On aurait même dit que Sun était un album sur lequel tout le monde pouvait s’accorder et ça nous a fait passer un palier. Je suis encore très content de tout ce qui nous avons accompli avec cet album. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas entendu mais il tient une place particulière dans mon cœur.

Vous revenez désormais avec un nouvel album intitulé Black House qui non seulement poursuit dans la direction musicale de Sun, mais va même plus loin dans le rock plutôt que le metal. Pensez-vous que les retours globalement positifs de Sun ont justifié votre virage musical et vous ont encouragés ou donné confiance pour aller plus loin ?

Michael : Peut-être un petit peu mais pas vraiment, parce que quand je compare Black House et Sun, je pense qu’il est bien plus défini. Nous savions bien mieux ce que nous étions en train de faire sur Black House, je pense, mais nous avons aussi conservé des espaces de liberté concernant la direction que prenait cet album, nous l’avons également laissé très ouvert. Il était clair quand nous avons écrit les chansons que nous n’utiliserions pas beaucoup de chant rugueux, car les chansons ne le réclamaient pas. Quand nous étions en studio, nous testions des sons et nous avons fini par utiliser ce son qui n’a strictement rien de metal ; en gros, c’est un ampli combo Vox AC30. Nous nous sommes dit : « D’accord, ça convient bien. » J’imagine donc que c’est moins calculé que beaucoup de gens le pensent ; nous prenons juste ce qui nous inspire et ça devient l’album.

Phil : Avec Sun, nous avons découvert de quoi nous étions capables musicalement parlant et qu’il y avait plusieurs portes que nous pouvions ouvrir, derrière lesquelles se cachaient de nouveaux corridors obscurs menant à de nouveaux moyens d’expression. Ou pour expliquer ça de manière moins subtile : nous avons enregistré les chansons de Sun et quand est venu le moment de faire le chant, nous savions qu’elles avaient besoin d’une approche plus mélodique pour accompagner la musique. Evidemment, nous étions contents que Sun ait été bien reçu mais même si ça n’avait pas été le cas, il n’y aurait pas eu de retour à ce qu’il y avait avant Sun. Genre : « D’accord les gars, on est désolés, on a fait une erreur, on fera mieux la prochaine fois, s’il vous plait aimez-nous… » Aussi, nous ne discutons jamais de la direction musicale et c’était pareil pour Black House. Nous avons neuf très bonnes chansons. Tirons-en le meilleur parti.

A l’époque où Sun était sorti, tu avais déclaré que les trois ans qui le séparaient de Seven Bells étaient « un temps bien trop long entre deux albums » et que tu espérais « que ça ne prendra[it] pas autant de temps la prochaine fois ». Au final, ça vous a pris encore plus de temps pour sortir Black House, puisqu’il sort cinq ans plus tard. Comment expliquer un tel délai, qui est le plus long que le groupe ait jamais connu ?

Oh merde, j’ai dit ça ? C’est bien possible. Eh bien, il y a plusieurs raison à ce délai. Laisse-moi te dire que nous aurions pu finir l’album deux ans plus tôt si notre guitariste ne possédait pas un studio ou si je n’avais pas eu l’idée de filmer neuf clips vidéo pour l’album ou d’investir autant de temps dans des illustrations complexes. Ou si je n’avais pas fait Godspeed, le premier album de Crone, etc. En plus Black House n’aurait pas été le même si nous l’avions enregistré en seulement dix jours, mixé et envoyé directement au pressage comme le font d’autres groupes. On a parfois l’impression d’un citron qu’on presse encore et encore jusqu’à en avoir tiré tout le jus. Nous nous donnons des défis avec chaque nouvel album. Nous ne voulons pas faire les choses de la même manière que les fois précédentes. Après autant d’années, ce serait la mort ultime pour le groupe.

« La Maison Noire est un lieu surréaliste qui pourrait être le portail vers un autre monde ou quelque chose qui n’appartient pas à notre monde, où les lois physiques sont tordues. »

Michael : il faut voir que nous avons travaillé pendant deux ans sur Black House. Nous avons commencé la première session d’enregistrement il y a plus de deux ans. Nous enregistrons nos albums dans mon propre studio, donc nous avons ces avantages mêlés du pouvoir de revenir sur les choses, les laisser reposer pendant un moment pour retrouver de l’objectivité et ainsi de suite. Jusqu’à ce que le master soit fait, pendant un an, nous n’avons cessé de revenir sur les chansons, changer des détails, ajouter des arrangements et ce genre de chose. L’année suivante, nous nous sommes principalement concentrés sur la réalisation du concept visuel ambitieux qui entoure l’album, sur les neuf clips que nous avons filmés, sur la création de la mythologie, pour ainsi dire, de Black House. Quand Sun est sorti, nous avons tourné pendant deux ans, puis il y a eu une pause d’un an, et ensuite nous avons travaillé pendant deux ans sur cet album. Après tout, ce n’était pas si long que ça, même si j’espère vraiment que pour le prochain album nous pourrons être plus rapides, car ça paraît un peu étrange maintenant : l’album est sorti mais pour nous, les chansons ont déjà deux ans.

Phil : Oui, laissez-moi vous promettre que cette fois il ne faudra pas attendre encore cinq ans pour le prochain album !

Un an après la sortie Sun, vous avez réintégré le membre fondateur Lars Plegge, ce qui était assez inattendu étant donné la façon dont le groupe avait changé musicalement. Comment s’est arrivé ?

Nous étions restés bons amis durant toutes ces années quand il n’était pas dans le groupe et il a toujours suivi notre évolution musicale. Quand l’ancien bassiste Naamah Ash a quitté le groupe, j’ai su que je ne voulais plus de nouveaux membres. C’était le moment de boucler la boucle et c’était une très bonne décision. Je n’ai même pas eu à le convaincre. Il a eu la même idée quand il a entendu dire qu’elle avait quitté le groupe. Il adorait Sun, donc il n’a pas été découragé par notre évolution musicale.

Michael : En fait, c’est une histoire sympa, le fait que c’est justement au moment où le groupe est probablement le plus éloigné de son point de départ que Lars a eu envie de revenir dans le groupe. Quand nous avons terminé Sun, Lars était l’une des premières personnes à qui nous avons envoyé l’album. Il nous a fait un retour extrêmement positif et sincère. Il a adoré le changement que nous avons opéré. Il était très fier de nous quand il a écouté Sun, ce qui nous a vraiment donné confiance à l’époque vis-à-vis de ce que nous avions fait sur Sun. Au final, ça semblait naturel à un moment donné qu’il puisse réintégrer le groupe, car Sun n’a vraiment pas grand-chose à voir avec les débuts du groupe, et pourtant il a motivé Lars à revenir dans le cercle.

Du coup, comment c’était de le ravoir dans le groupe ?

Phil : C’est un peu le « père » du groupe. Il maintient la cohésion. Il sait très bien résoudre les conflits. Quand il est parti, on avait parfois l’impression d’être quatre bagarreurs qui essayaient de s’en sortir dans le monde. C’est une très bonne personne.

Michael : Si tu rencontrais Lars, tu verrais que c’est une personnalité très terre à terre, très apaisante. Sa présence dans le groupe représente un véritable pôle de sérénité qui maintient notre concentration et notre stabilité. C’est tout simplement quelqu’un de très apaisant. Je pense que Phil et moi pouvons facilement nous énerver sur certaines choses, donc c’est bien d’avoir quelqu’un comme lui dans le groupe [rires].

Phil : Il n’a pas tellement contribué à la composition sur Black House parce que Michael et moi avons tout écrit en amont. Mais pendant que nous enregistrions les chansons, il a apporté des idées et, bien sûr, son jeu rentre-dedans. Il est très mis en avant dans le mix de l’album et j’aime beaucoup ça. Ça confère à l’album un côté très sale.

Soit dit en passant, pourquoi Lars avait-il quitté le groupe en 2007 ?

Honnêtement, je ne m’en souviens plus. Il y avait de nombreuses disputes dans le groupe. Il y avait des discussions au sujet d’une tournée avec Morbid Angel que nous ne pouvions pas faire. Nous étions tous obsédés par l’idée de dépasser les limites du groupe. Un jour il a dit qu’il en avait assez.

L’album s’intitule Black House, et même si ce n’est pas un véritable album conceptuel, l’idée de la « maison noire » semble très importante, vu que vous avez construit tout un concept visuel autour de l’album. Vous avez déclaré que « tout le monde est le bienvenu dans la Maison Noire, mais ce sont les règles de la maison qui s’appliquent ». Du coup, qu’est-ce que cette Maison Noire ?

Pour le moment, la Maison Noire est un royaume dans la tête. Quand nous nous réunissons pour répéter pour les concerts, tous les quatre, nous construisons ensemble la Maison Noire. Nous portons la Maison Noire en nous.

Michael : La Maison Noire est un lieu surréaliste qui pourrait être le portail vers un autre monde ou quelque chose qui n’appartient pas à notre monde, où les lois physiques sont tordues.

« La règle qu’impose la maison est de ne pas bouger et d’écouter. Nous avons beaucoup à dire. Nous voulons montrer les lieux aux visiteurs. C’est un peu comme une visite guidée d’un musée. »

Phil : J’ai longtemps eu cette idée de visualiser l’album et maintenant c’était le moment de concrétiser ça. Pourquoi ? Parce que chaque chanson de l’album, pour moi, a une approche unique. C’est une mixtape ou plutôt une pièce dans laquelle on entre – peinte en différentes couleurs et décorée dans un style unique. Même s’il y a beaucoup de bruit à l’intérieur de la Maison Noire, c’est d’abord un refuge. Quand j’étais jeune, de nombreux albums que j’ai découverts sont devenus un havre de paix. Un asile pour laisser le monde extérieur derrière moi. J’espère que des gens auront une approche similaire de Black House. La règle qu’impose la maison est de ne pas bouger et d’écouter. Nous avons beaucoup à dire. Nous voulons montrer les lieux aux visiteurs. C’est un peu comme une visite guidée d’un musée.

Vous avez aussi dit que pendant que vous travailliez dessus, « le studio s’est de plus en plus transformé en la Maison Noire » et vous êtes devenus obsédés par ça, vous êtes devenus la Maison Noire. Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? Comment était cette obsession et comment ça s’est traduit en studio ?

Michael : Nous sommes allés au studio pour enregistrer un paquet de chansons et ensuite, nous avons continué à travailler dessus pendant presque plus d’un an, à ajouter des trucs et être vraiment obsédés par les détails et probablement le fait de tordre les lois physiques au sein des arrangements des morceaux [rires]. Par exemple, sur « Don’t Look Now », nous avions un couplet et un refrain, et à un moment donné, j’étais totalement obsédé par l’idée de jouer le couplet par-dessus le refrain, et j’ai continué à tordre les notes jusqu’à ce que ça ait du sens [petits rires]. Ça m’a probablement pris deux jours, mais au bout du compte, je me suis dit : « C’est bon, ça fonctionne ! », même si ça n’aurait pas dû fonctionner parce que ce n’est pas vraiment dans la bonne tonalité. Nous étions donc en train de créer des portes d’entrée à travers les morceaux, découvrant que ceux-ci pouvaient aller plus loin que nous ne le pensions. L’album est grosso modo devenu une sorte d’entité et nous étions seulement ses servants, si tu veux.

Phil : C’est une bénédiction et une malédiction d’avoir un producteur au sein du groupe qui est capable de gérer toutes ces petites machines et boutons, et qui sait ce qui peut fonctionner pour nous permettre d’aller encore plus loin. C’est drôle que tu poses cette question parce que maintenant que j’y pense, je me souviens que le titre de travail de l’album était : « Partons nous égarer ! » Je pense que ça l’explique bien.

N’est-ce pas difficile d’avoir un regard objectif sur sa propre musique et de ne pas devenir trop obsédé par celle-ci en tant que producteur et ingénieur quand on est aussi musicien et compositeur de cette musique ?

Michael : Oui, comme l’a dit Phil, c’est une bénédiction et une malédiction, surtout pour moi. Evidemment, ce qui est génial, c’est que je n’ai pas à expliquer la vision musicale à une autre personne. Je peux me contenter de la concrétiser ou de travailler jusqu’à l’atteindre. Je ne suis pas obligé de me reposer sur une autre personne qui serait suffisamment réceptive pour obtenir ce que je veux. De même, nous ne sommes pas forcés de suivre un emploi du temps donné. Même si ce n’est pas toujours très bon pour moi, parce qu’effectivement j’en arrive à être obsédé par les choses, nous avons la chance de pouvoir dire : « D’accord, on pose les bases de l’album. Mettons ça de côté pendant quelques mois et ensuite on peut parler de la prochaine session qu’on fera. » Je veux dire qu’en agissant ainsi, on rendrait complètement folle une personne qui ne fait pas partie du groupe. Perdre l’objectivité est clairement un danger. J’ai essayé de résoudre ce problème, comme je l’ai également fait avec Sun et Seven Bells… J’ai réalisé le mix final avec V. Santura de Triptykon – qui est mon collègue de studio, nous travaillons dans le même studio. Je vais le chercher, juste pour le mix final, afin d’avoir l’avis de quelqu’un de totalement objectif et de prendre les dernières décisions avec quelqu’un en qui j’ai confiance.

Est-ce que l’idée de la Maison Noire a, d’une manière ou d’une autre, façonné la musique ou guidé le processus créatif ?

Pas vraiment, en fait. Je pense que la Maison Noire a évolué au fil de la production. Quand nous avons commencé sur l’album, il n’y avait aucun titre d’album, il n’y avait pas vraiment de concept ou de lien entre les chansons, si ce n’est que ce sont nos chansons, évidemment. Donc toute l’idée que ceci se passe dans un lieu surréaliste a émergé à mesure que nous travaillions dessus. Donc oui, le studio est devenu la Maison Noire ! Pour en revenir à ça. Nous n’avons pas demandé à ce que ça devienne la Maison Noire.

Phil : Il est certain que ça a eu un effet sur les textes. Car les textes ont été finalisés après la première session quand nous étions sûrs de construire la Maison Noire. Quand nous étions en studio pour enregistrer les premières parties de Black House, j’ai également trouvé l’aspect conceptuel de l’album. Il n’y avait toujours pas de parole écrite à ce stade mais le concept m’est resté en tête. C’est pourquoi je savais en amont quelle atmosphère je voulais que les textes invoquent.

« Black House est peut-être le plus proche que j’ai jamais été de la manière dont je voulais que mon groupe sonne quand j’étais jeune et que je venais de commencer à écouter Guns N’ Roses, Skid Row et Samael – un mélange étrange, je sais. »

Cet univers est très présent visuellement, avec l’illustration et les clips. Ça a nécessité beaucoup de dévouement de la part des artistes français Metastazis et Dehn Sora. Comment c’était de travailler avec eux ?

Michael : Travailler avec eux était absolument fantastique. Nous avons travaillé avec Metastazis sur de nombreux autres projets avant. C’est un de nos amis depuis pas mal de temps. Nous savions à quoi nous pouvions nous attendre de sa part. Ça nous intéressait aussi beaucoup de travailler avec Dehn Sora, car nous avons été impressionnés par bon nombre de ses œuvres. Finalement, Metastazis a amené Dehn Sora dans le projet, car il a dit que c’est un boulot qui ne pouvait pas se faire seul, il avait besoin de quelqu’un d’autre pour l’accompagner dans ce travail. Phil et moi avons fait une sorte de feuille où nous avons écrit les idées qui pouvaient représenter chaque chanson. Chaque chanson a un genre de totem, comme un objet faisant référence de manière figurative aux paroles ou au sentiment que procure la chanson. Nous avons lancé des idées et les leur avons donné.

Phil : J’avais un petit « scénario » que j’ai travaillé en amont. Je savais à quoi devaient ressembler les pièces de la maison et quels artefacts devaient être affichés pour représenter les neuf chansons. Mais je n’avais pas de véritable vision quant à la meilleure représentation de la maison en tant que telle. Probablement parce que nous étions coincés dedans sans l’avoir jamais vue de l’extérieur. Ils ont donc eu cette idée comme quoi elle serait en verre. Du verre reflétant le noir. Elle ressemble plus à un pilier, ou un monument, ou ça peut facilement être une tour dans un ghetto. C’était fantastique. Ils ont tapé dans le mille. C’était vraiment magnifique.

Michael : Nous nous sommes vus pendant trois jours et nous avons filmé tous les clips et pris toutes les photos, ce qui est assez dingue. Ensuite ils ont continué à travailler dessus. Il n’y avait pas grand-chose à critiquer dans le résultat, parce que ce tout ce qu’ils nous ont renvoyé était juste fantastique. C’était donc très facile de travailler avec eux, pour répondre à la question.

En dehors de ces collaborations avec Metastazis et Dehn Sora, vous avez également collaboré avec plein d’artistes pour Black House : Jarboe, Thomas Helm (Empyrium), le groupe (Dolch), Alexander Meilenwald (The Ruins Of Beverast), Matthias Landes (Dark Fortress) et Jules Näveri (Enemy Of The Sun). Qu’est-ce qui vous a poussés à prendre une direction aussi collaborative avec cet album ?

Phil : Tout est venu très naturellement. Nous savions qu’il nous fallait quelques voix additionnelles pour souligner l’importance de certaines parties ou refrains dans les chansons. Malheureusement, les autres gars sont de plus mauvais chanteurs que moi, donc nous avons dû demander à des gens qui venaient nous voir ou enregistraient dans le même studio.

Michael : Ça a aussi à voir avec le fait que nous avons travaillé sur la production pendant très longtemps, car parfois ce n’étaient que des coïncidences. Un exemple : j’ai travaillé avec (Dolch) sur leur premier album au studio – j’ai enregistré le chant pour eux – et durant l’enregistrement, j’ai pensé : « Eh, on a ce passage dans cette chanson de Secrets Of The Moon, ça vous dit d’essayer quelque chose là-dessus ? » Nous essayions quelque chose et quelque chose se passait, et ça changeait vraiment un truc dans la chanson, donc nous le gardions. Il y a donc eu pas mal de romances de studio, à la vieille école, c’est-à-dire que tu as un endroit, un studio ou alors tu peux l’appeler la Maison Noire, les gens arrivaient, quelque chose de magique se produisait et ça se retrouvait finalement sur l’album.

Phil : C’est quelque chose que les gens aujourd’hui ne font presque plus parce que tout est enregistré chez eux. Il suffit de regarder les crédits de Use Your Illusion et le nombre de personnes qui ont été impliquées dans une chanson. Nous avions très envie de retrouver ce genre de feeling et de faire la même chose. Donc la plupart des gens ont enregistré au studio parce qu’ils s’y trouvaient à un moment donné. Seule Jarboe n’a pas pu venir, donc elle a enregistré ses parties chez elle et je lui expliquais ce que je voulais obtenir de sa part.

Michael : Pour la partie centrale du morceau éponyme, nous voulions en fait créer un genre de grosse montée instrumentale à la Led Zeppelin, mais ça n’a pas marché, pour une raison, ça n’avait pas sa place ici. Nous avons donc pensé : « Demandons peut-être à Jarboe si elle veut faire quelque chose ici », parce que collaborer avec elle était de toute façon sur notre liste de choses que nous avions très envie de faire. Nous lui avons donc envoyé le morceau, elle a fait quelque chose, nous avons adoré et c’est sur l’album !

Phil : J’adore aussi ce qu’elle a fait sur « Cotard » !

Michael : Oui, elle y apparaît également. A l’origine, cette voix était chantée par Phil, mais nous avions le sentiment que ça ne se différenciait pas assez, que ce passage devait avoir un genre de question-réponse, or avec seulement la voix de Phil, ça ne donnait pas cet effet. Nous lui avons juste dit : « Tant que t’es dessus, peux-tu aussi remplacer cette ligne vocale ? » Et elle l’a fait. Ça crée exactement l’effet recherché.

« Un bon album de black metal, quand je l’écoute, doit me manger tout cru, il doit m’anéantir, me filer la frayeur de ma vie. Plein d’albums de black metal aujourd’hui sont devenus très prévisibles – bien faits mais prévisibles. »

Toutes ces collaborations ne vont-elles pas faire que ce sera difficile de reproduire certaines chansons en live avec seulement les quatre membres du groupe ?

Phil : Oui, ce sera compliqué, c’est certain. Il y a pas mal d’idées sur la manière dont nous allons gérer ça. Ce que je peux te dire, c’est qu’il n’y aura pas quatre personnes sur scène.

Michael : Nous essayons de trouver des solutions. De mon point de vue, il n’est pas non plus obligatoire que les chansons sonnent exactement pareil en live. Chaque concert ou album peut aussi être vu comme une image, un moment où la chanson s’inscrit dans l’instant. Si l’année prochaine nous jouons certaines de ces chansons sur scène, je trouverai ça parfaitement justifiable qu’elles évoluent pour devenir autre chose. Il n’est pas obligé que ça soit une reproduction à cent pour cent fidèle de ce qu’on entend sur l’album. Si nous les jouons dans dix ans, elles sonneront encore probablement très différentes. La musique est quelque chose de très fluide, ça change tout le temps. Tant que l’essence de la chanson est là, tout le reste n’est qu’interprétation et est justifiable, à mon sens.

Il semble y avoir désormais dans votre musique une inspiration claire puisée dans le rock gothique des années 80, comme Fields Of The Nephilim ou Sisters Of Mercy. Quelle est votre relation à cette scène au départ ?

Phil : En ce qui me concerne, il n’y a pas de relation, je dois dire. Evidemment, je connais et j’en suis venu à aimer ces groupes, mais en grandissant, j’écoutais d’autres choses.

Michael : Je pense que ce n’était pas aussi évident pour nous quand nous avons enregistré ces chansons. Je veux dire que nous écoutons énormément de types de musique différents, comme tout le monde devrait le faire, je suppose. La musique nous parle ou ne nous parle pas, et c’est différent pour tout le monde. Le style ou le type d’arrangement qu’il y a autour, ce n’est que le moyen ou la couleur du plat sur lequel tu sers la chanson. C’est mon point de vue. Enfin, j’ai toujours adoré les groupes tels que The Cure, Depeche Mode ou Siouxsie And The Banshees. J’ai toujours trouvé beaucoup de satisfaction musicale là-dedans. C’est très sombre, c’est très séduisant et ça sonne, étrangement, très dangereux et imprévisible, ce qui correspond en grande partie à ce que je trouve aussi dans le black metal. J’avais aussi le sentiment que ces deux styles musicaux sont un peu liés. Il suffit de comparer, par exemple, le second morceau de Filosofem de Burzum, « Jesus Død » et « One Hundred Years » de The Cure, ce sont deux chansons très similaires, avec des intentions très similaires. Ce sont des chansons très tourmentées, qui vont de l’avant. Ou si tu compares Joy Division et Strid, ce sont deux musiques très introspectives, dépressives et haineuses envers la vie, d’une certaine façon. Tout dépend comment la musique nous parle, je suppose. Si ça nous parle d’une manière ou d’une autre, on finit par le retrouver dans nos propres chansons. C’est sans doute normal.

Phil, tu as déclaré que « même si [tu as] commencé à écouter du metal au début des années 90, les années 80 ont toujours bien plus attiré [ton] attention ». Qu’est-ce qui t’a fasciné à propos des années 80 ?

Phil : Je suppose que c’était plus lié au mouvement black/death metal qu’au metal en général. Quand j’étais jeune, j’étais avide de tout découvrir sur les racines de ce style de musique et j’étais littéralement obsédé à vouloir écouter la première vague. Je me souviens que j’ai été obligé de voler le premier album de Bathory dans un magasin. Je n’avais pas d’argent mais il n’y avait pas moyen que je ressorte du magasin sans l’album. Je me souviens aussi quand j’étais très jeune, à l’âge d’aller à la maternelle, j’ai été voir un ami et sa grande sœur était une énorme fan de King Diamond/Mercyful Fate. Ces posters dans sa chambre m’ont fait halluciner et j’ai immédiatement été contaminé. J’ai ensuite commencé à écouter la collection de vinyles de mon père, à toujours rechercher la musique et les pochettes les plus sombres. La pochette d’Eye Of The Zombie de John Forgety m’avait sauté aux yeux. J’ai ensuite découvert MTV/Headbangers Ball. De nouveaux mondes se sont ouverts à moi. Cependant, j’ai toujours eu des goûts musicaux très variés du moment où c’était sombre et spécial. Ça n’a jamais changé. Le metal extrême n’est qu’une facette parmi tant d’autres.

Non seulement ça, mais il y a aussi un côté qui rappelle le grunge du début des années 90, à la Alice In Chains, dans « He Is Here » et « Black House ». Etait-ce une inspiration consciente ? Qu’est-ce que cette époque et ce groupe représentent pour vous ?

Je pense qu’Alice In Chain doit être le groupe sur lequel tout le monde dans le groupe s’accorde. Ça signifie que bien sûr, ils sont une sorte d’inspiration pour nous, et pour moi en particulier parce que j’ai toujours beaucoup aimé leur chant.

Michael : Phil et moi avons presque exactement le même âge, nous sommes tous les deux nés en 81, donc le grunge était partout quand nous étions adolescents. C’était impossible de ne pas être affecté par ça. Je pense que beaucoup de gens dans la scène metal détestait le grunge à l’époque, mais tous les deux, nous n’avons jamais détesté, parce qu’à l’époque, c’était peut-être le plus proche qu’on pouvait trouver de ce qu’avait fait Led Zeppelin et Black Sabbath dans les années 70 et qui était inexistant dans le metal des années 90. C’est probablement ce qui était très attirant. A la fois, c’est très sombre. Le grunge, mais en particulier Alice In Chains, leur musique est extrêmement sombre, et notamment à un niveau personnel. C’est peut-être aussi quelque chose qui nous attire tous, ce genre d’obscurité brut de décoffrage, ce n’est pas une obscurité métaphorique.

« La musique a peut-être changé mais l’impulsion reste la même. Elle vient du même état d’esprit. C’est la même obscurité ensorcelante qui m’apporte frissons et délectation. »

Diriez-vous que quelque part, avec Black House, vous avez creusé vers vos origines, d’une certaine façon ?

Phil : Oui. Bonne remarque. Je le crois. Black House est peut-être le plus proche que j’ai jamais été de la manière dont je voulais que mon groupe sonne quand j’étais jeune et que je venais de commencer à écouter Guns N’ Roses, Skid Row et Samael – un mélange étrange, je sais. Bon, ce n’était pas une véritable vision que j’avais. J’étais très ouvert d’esprit en matière de musique déjà à un très jeune âge. J’adorais l’obscurité qu’on retrouvait, par exemple, dans Slave To The Grind de Skid Row ou Ceremony Of Opposites de Samael. L’obscurité a de nombreux visages et jouer avec ça a été mon but depuis lors.

Michael : Je suppose aussi que lorsqu’on était adolescent dans les années 90, l’industrie musicale était en plein épanouissement, on aimait toujours voir la musique comme venant d’un autre monde, comme quelque chose de très grand et qui changeait la vie. Je pense que Black House est un album qui, d’une certaine façon, est très grand, pas du point de vue des ventes, mais ça sonne grand et comme venant d’un autre monde, il ne minimise pas son importance. Mon groupe idéal quand j’étais jeune est peut-être aussi ce que Secrets Of The Moon est aujourd’hui, c’est-à-dire cette idée de créer de la grande musique qui nous transcende et est très atmosphérique, très captivante pour l’auditeur. Pas quelque chose qui est fait pour nous mettre de bonne humeur lors d’une fête, ou si tu fais un concert, ça doit être quelque chose qu’on regarde avec un certain émerveillement. Tous les concerts qui ont vraiment changé ma vie étaient comme ça. Je quittais le concert en me disant : « Bordel, qu’est-ce qui vient de m’arriver ? » C’était une charge émotionnelle. C’est quelque chose que j’aimerais que cet album provoque chez d’autres gens.

Au final, Phil, pourquoi ton groupe, Secrets Of The Moon, s’est-il éloigné de ta vision initiale et t’es-tu retrouvé dans le black metal quand tu as commencé avec ?

Phil : Ce n’était pas mon groupe à l’époque. Quand j’ai rejoint le groupe, ils avaient déjà sorti trois morceaux. J’étais le nouveau et j’étais tout simplement aux anges de faire mes premiers pas musicaux avec les deux autres gars. C’est ce que j’ai toujours voulu.

Tu développes encore plus tes capacités au chant sur Black House. Comment a été pour toi la transition du chant extrême vers cette palette diversifiée de chant clair ?

Quelqu’un devait le faire. Imagine Sun avec mon chant rugueux habituel. Ça n’aurait pas eu le même effet, n’est-ce pas ? Les chansons aspiraient à quelque chose de nouveau sur le plan vocal, donc j’ai essayé plein de choses, j’ai échoué, j’ai réessayé, encore et encore. Je ne serais jamais un bon chanteur mais plus je chante, plus j’apprends ce dont ma voix est capable. J’aime ça. J’ai aussi suivi une formation de chant avec une très bonne professeure avant que nous n’enregistrions Black House. Je lui ai montré ce que je voulais faire sur les chansons et elle m’a montré la meilleure façon de le faire.

Michael : Je trouve que Phil s’est complètement réinventé. Ce que j’aime, c’est qu’il n’a pas fait de transition de son chant rugueux vers le chant clair, il s’est établi une toute nouvelle personnalité à partir de rien, selon moi. Je trouve qu’avec son chant clair, il a développé une personnalité musicale très charismatique et intense.

Secrets Of The Moon n’a plus rien à voir avec le black metal. Comment votre relation au black metal a-t-elle évolué au fil des années ?

Phil : Le black metal était pour nous un outil pour mettre sur bande nos sentiments de la meilleure manière possible. Mais j’ai toujours aspiré à plus, à un autre type d’obscurité, et la boîte à outils était grande ouverte. Je n’ai jamais été un auditeur de black metal typique. J’adore quelques vieux albums de black metal et je les emmènerais avec moi dans ma tombe. Là je viens de commander le coffret des vingt-cinq ans de De Mysterris Dom Sathanas, car cet album sera toujours une énorme inspiration pour moi. Mais j’écoute rarement de nouveaux groupes ou albums. Je m’y retrouve plus dans d’autres styles de musique qui ont quelque chose d’unique à offrir.

Michael : quand j’écoute de la musique, je cherche évidemment quelque chose de spécifique, quelque chose avec lequel je peux me connecter, quelque chose qui, en quelque sorte, fait partie de moi. Je pense que c’est ce que tout le monde fait, à un certain degré, quand on est amateur de musique. Pendant très longtemps, je trouvais en majorité ce que je recherchais dans le metal extrême. Mais disons que durant les dix dernières années, j’ai essayé de trouver cette obscurité musicale qui m’habite partout où je pouvais. Et puis le black metal en soi, selon moi, était censé être animé d’un esprit qui va de l’avant. Quand je pense aux années 90, tous les albums intéressants sonnaient complètement différents les uns des autres. Et il y a plein d’artistes qui ont peut-être fait deux albums remarquables et qui ont ensuite fait d’autres choses, c’était sans doute toujours bien mais ça n’attirait plus mon attention. Aujourd’hui, dans bien des cas, le black metal est devenu plus une sorte de savoir-faire, quelque chose où tu mets quelques ingrédients et tu sonnes comme du true black metal ou je ne sais quoi. Ça ne cadre pas avec ce type de musique, selon moi. Un bon album de black metal, quand je l’écoute, doit me manger tout cru, il doit m’anéantir, me filer la frayeur de ma vie. Plein d’albums de black metal aujourd’hui sont devenus très prévisibles – bien faits mais prévisibles. Donc je cherche dans plein d’autres endroits pour trouver ce qui m’intéresse. Par exemple, c’est un album un peu évident, mais j’ai dernièrement découvert l’album White Chalk de PJ Harvey. C’est douloureusement sombre. Ça m’effraie plus que la plupart des albums de black metal qui sortent de nos jours. J’aspire toujours un peu à la même chose, c’est juste que j’ai pris du recul, je pense.

« C’est important de comprendre qu’il ne peut y avoir de trahison dans l’art, parce qu’il n’y a pas de promesse dans l’art. »

Avez-vous ressenti des frustrations à certains moments en vous sentant peut-être coincés dans des attentes et des restrictions de style ?

Phil : Je devrais le ressentir. Il y a plein de commentaires en colère partout sur la toile en ce moment mais ce n’est pas vraiment quelque chose que je prends à cœur. Notre objectif a toujours été et sera toujours de créer de la musique unique, sombre et excessive, peu importe le moyen. Nous avons rempli cet objectif avec Black House tout comme nous l’avons fait avec Carved In Stigmata Wounds des années auparavant. La musique a peut-être changé mais l’impulsion reste la même. Elle vient du même état d’esprit. C’est la même obscurité ensorcelante qui m’apporte frissons et délectation. Je ne pourrais pas vivre sans. Et ça vient du même esprit – un jeune esprit et un esprit mature. Ça donne parfois l’impression d’un journal intime musical. Je remonte rapidement le temps et je comprends pourquoi j’ai fait ci ou ça. C’est juste que j’ai laissé mon empreinte sur le black metal – essentiellement avec Seven Bells – et je ne peux ou ne veux pas faire mieux. C’était le moment de passer à autre chose.

Diriez-vous que ça devrait être le droit voire la philosophie de n’importe quel artiste de transcender les styles ? Que ressentez-vous à propos, d’un côté, des artistes qui ne dévient jamais d’une formule établie et, d’un autre côté, des fans qui prennent ça comme une trahison lorsqu’ils entendent ou voient un changement dans la formule d’un groupe ?

Michael : Tout d’abord, je pense que chaque artiste a vraiment le droit de faire tout ce qu’il veut. S’il veut faire du surplace et qu’il en est totalement convaincu, alors qu’il le fasse. S’il veut faire quelque chose de différent à chaque album et qu’il en est totalement convaincu, alors qu’il le fasse. C’est de l’art. Ce n’est pas un service. C’est important de comprendre qu’il ne peut y avoir de trahison dans l’art, parce qu’il n’y a pas de promesse dans l’art. Si quelqu’un ne peut se joindre au voyage parce que ça ne lui parle pas, aucun problème. Même si, en tant qu’artistes, on est très fidèles envers nos fans et ressentons beaucoup d’amour pour eux, évidemment, on n’est pas astreints à leur délivrer quelque chose de spécifique. Ce n’est pas comme si nous produisions des meubles ou un truc comme ça.

Phil : Sérieusement, je n’aime pas les groupes qui font la même chose sans arrêt. Je ne comprends pas l’intérêt. Mais qui suis-je pour juger ? La « communauté metal » est très fermée d’esprit face aux groupes qui se réinventent. Peut-être que nous pouvons même nous considérer comme chanceux de ne pas être trop financièrement dépendants du groupe. Il se peut que ça nous évite des boucles infinies consistant à refaire sans arrêt quelque chose qui a eu du « succès ». Je ne peux pas plier. Je ne peux qu’exprimer ce qui sort de moi. Je suis un « musicien honnête » guidé par le cœur. Ça sonne très cliché, je sais. Mais j’échouerais misérablement si j’essayais de jouer quelque chose rien que pour plaire aux gens.

D’un autre côté, pensez-vous que les changements de line-up récurrents que le groupe a connus ont aidé Secrets Of The Moon à rester frais au fil des années, grâce à l’apport de sang frais et de nouvelle inspiration ?

Question intéressante. Je pourrais dire oui parce que dans un environnement musical, les gens sont toujours inspirants. Je pourrais aussi dire non parce que j’ai toujours été le directeur musical et construit tout le produit musical. La bonne réponse est probablement quelque chose entre les deux.

Michael : C’est toujours remarquable de voir, même si ça devrait être évident, à quel point chaque musicien sonne complètement différent des autres. C’est quelque chose que j’ai embrassé seulement à partir du moment où j’ai commencé à vraiment m’intéresser à la musique qui n’était pas du metal. La musique n’est pas un savoir-faire. La musique est l’expression de quelque chose qui nous habite. On ne peut donc pas remplacer un musicien. Quand on intègre une nouvelle personne dans un groupe, ça ne peut que changer ce groupe. Mais tous les changements ne sont probablement qu’un symptôme ou peut-être est-ce simplement trop stressant de travailler avec Phil et moi, donc les gens partent [rires].

Michael, tu as rejoint le groupe en 2009 et tu es devenu un membre assez important au fil des années, puisque Phil t’a donné beaucoup de liberté, y compris en termes de composition, et tu es devenu le producteur du groupe. Comment décririez-vous la dynamique créative que vous avez ensemble ?

C’est assez inégalable, d’une certaine façon. Je me souviens, dès le début, quand j’ai rejoint le groupe, nous avons fait une répétition et nous sommes directement partis sur une grosse tournée. Je n’ai répété qu’une fois avec eux avant de faire la tournée, mais durant cette première répétition, il y avait une impression, comme si nous étions des âmes sœurs créatives, et je ne l’avais jamais ressenti auparavant. C’était très naturel pour nous de nous rapprocher autant. Quand nous avons fait Seven Bells, nous n’en avons même pas tellement parlé, nous avons naturellement travaillé de manière très rapprochée, et c’est toujours comme ça aujourd’hui.

Phil : Nous nous comprenons aveuglément. Nous avons la même éducation musicale et le même âge. Je pense que c’est pour ça que ça marche si bien. Ça fait douze ans maintenant qu’il est dans le groupe et il l’a façonné avec moi comme personne d’autre auparavant. Il a un style de composition unique. Je me souviens quand nous avons travaillé sur Seven Bells et qu’il a apporté « Worship ». J’ai tout de suite su que c’était vraiment spécial. Il a la capacité d’engloutir différentes parties et d’en faire quelque chose de totalement différent. C’est fascinant. Je ne pourrais jamais faire ça. Je suis plus du genre à me reposer sur une structure façon strophe/refrain/pont. Il apporte donc un grand talent artistique au groupe.

Qu’est-ce que le futur vous réserve désormais avec Secrets Of The Moon ? Quels sont vos plans ?

Nous réfléchissons actuellement à la meilleure manière possible d’amener Black House sur scène. Le premier concert est prévu pour novembre 2020 et une première tournée européenne pour février/mars 2021. Espérons que les choses vont s’améliorer !

Michael : Planifier est probablement un mot étrange de nos jours [rires]. Nous essayons de planifier mais il n’y a rien de sûr. Je veux dire que nous avons effectivement prévu une tournée, évidemment, car nous croyons fermement que ces chansons méritent d’être jouées sur scène et qu’elles pourraient très bien marcher dans un environnement live. On verra ce qu’il en est. J’espère que toute l’industrie des concerts reprendra vie. Ça va être difficile, ceci dit. Et après ça, nous devrions plancher sur un autre album qui sera probablement encore complètement différent de ce que les gens attendent de nous. J’espère que nous resterons imprévisibles.

Avez-vous des idées pour développer le concept de Black House sur scène ?

Nous sommes actuellement en train de travailler sur ce que nous pourrions faire. Nous devons trouver un moyen de transformer chaque salle de concert en Maison Noire, même si c’est de manière métaphorique, de la même manière que l’album a transformé le studio en Maison Noire. Nous devons changer le lieu et tordre les lois physiques. Ok, maintenant il y a une énorme pression [rires].

Maintenant les gens vont rentrer dans la salle de concert en pensant qu’ils entrent dans la Maison Noire…

Oui, et les gens vont nous demander : « Putain, mais elle est passée où la Maison Noire ?! » Et nous serons là : « Ouais mais ce n’est pas comme ça qu’on le voyait… Désolés ! »

Interview réalisée par mail et téléphone le 26 mai & 1er juin 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Secrets Of The Moon : www.secretsofthemoon.de

Acheter l’album Black House.



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  • BrutalDeathNergal dit :

    Je ne connais pas très bien ce groupe mais j’ai toujours aimé les quelques différentes choses que j’aie entendues d’eux auparavant. Et leur comportement vis à vis de la musique est exactement ce que devrait faire chaque artiste, ne pas se mettre de barrières et composer ce que son « feeling » du moment lui dicte. Je pense que je me pencherai sur ce groupe. 😊
    Après j’apprécie également les groupes qui ne sortent pas de leurs clous, tant que ça reste honnête…

    Sinon très bonne interview, questions pertinentes et j’aime quand le journaliste rebondit sur certaines déclarations des artistes. Merci et bravo! 😎

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