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Interview   

Seether prêche pour sa paroisse


Parmi les musiciens que leur art a sauvés, Shaun Morgan détient indéniablement une place de choix. Aujourd’hui, les addictions semblent bien derrière lui, mais elles l’ont marqué à vie, comme toutes les autres épreuves que son destin aura placé devant lui. Aujourd’hui, c’est avec un nouvel album, Poison The Parish, qu’il a voulu plus authentique que jamais, produit par ses soins, que Seether nous revient. Nouvel album, mais aussi nouveau label, et ceci a eu un impact important sur la création de l’album, comme Shaun nous l’explique ci-dessous.

Nous l’avons rencontré pour évoquer ces différents points, ainsi que le Rise Above Fund, pour la prévention du suicide chez les jeunes, cause qui lui tient bien évidemment à cœur, son propre label qu’il a voulu monter pour aider de jeunes talents ou encore quelques retours dans son passé et celui du goupre sud africain.

« J’ai enfin l’impression d’être sur un label qui croit en nous, qui nous soutient et qui ne nous explique pas à quel point nous sommes nuls à chier comme compositeurs. »

Radio Metal : A propos de l’album, tu as déclaré qu’il s’agissait de la chose la plus heavy que vous ayez faite depuis un moment et que c’est davantage un retour au son de vos premiers albums. Qu’est-ce qui a motivé ça ?

Shaun Morgan (chant & guitare) : Principalement, c’était parce que le nouveau label ne m’a pas forcé à être autre chose. Ils nous ont permis de composer la musique que j’aime composer. Et ils croyaient en ce que nous sommes en tant que groupe, sans avoir à nous dire comment sonner. J’ai juste commencé à composer la musique pour cet album et ça a commencé à devenir de plus en plus comme ce que tu peux entendre maintenant sur l’album. Donc j’ai suivi ça parce que ça semblait être ce que j’avais vraiment envie de faire ressortir. En fait, il était temps que nous arrêtions de faire ce que d’autres gens nous disaient de faire et que nous fassions ce que nous voulions vraiment faire en tant que groupe. Je pense que pendant un petit moment, nous avons permis à nos producteurs de trop intervenir et d’un peu nous changer, mais cette fois ce n’était pas le cas. L’authenticité était la chose la plus importante, essayer d’être aussi honnête que possible, faire en sorte que ça nous représente de façon aussi honnête que possible.

Tu as aussi dit que tu savais que les gens voulaient ce retour au son des premiers albums. Est-ce qu’avec cet album tu cherches à te reconnecter à ce public qui a connu le groupe il y a plus de dix ans ?

Ouais, absolument. Je pense que les gens qui sont là depuis le premier, second ou troisième album ont été très fidèles, ils sont restés et ils ont épousé certains des trucs que nous avons faits. Je veux dire qu’il n’y a pas tant de choses qui me gênent mais c’est juste que je n’avais pas l’impression que c’était très représentatif de qui nous étions, je n’avais pas l’impression que c’était nous. Les mix des guitares étaient trop gentillets parce que c’était plus radiophonique. Mettre des percussions dans nos trucs… Nous n’avons pas besoin de tambourins et ce genre de conneries. Nous sommes juste un groupe de rock, donc… Plus c’est simple, plus ça définit vraiment qui nous sommes. Nous avons essayé d’être plus complexes, nous avons essayé d’être plus… Je ne sais pas, tu as toujours ces humeurs étranges et tu écris des choses dans l’instant, mais là, c’était vraiment une question d’essayer de rester aussi simple et épuré que possible. Donc il n’y a que deux pistes de guitares, peut-être trois, et la basse et la batterie, et c’est tout. Il n’y a pas tout un orchestre de malade avec plein de trucs qui joue en fond [petits rires].

D’un autre côté, pour la toute première fois, vous avez changé le logo du groupe. Vois-tu cet album comme un nouveau départ pour le groupe ?

Ouais ! Il est clair qu’il me donne le sentiment d’un nouveau départ. C’est le premier vrai album à sortir sur ce label et j’ai enfin l’impression d’être sur un label qui croit en nous, qui nous soutient et qui ne nous explique pas à quel point nous sommes nuls à chier comme compositeurs et tout un tas de trucs. Tout le truc avec logo, c’est marrant parce que je n’y ai jamais pensé mais je suppose que les gens s’attachent à ce genre de choses. Ce n’est pas que ce sera, par exemple, le nouveau logo mais peut-être juste quelque chose de différent pour cette fois parce que c’est… Je ne sais pas ! Ca semblait juste coller mieux à l’artwork, et ça semblait être le moment de faire quelque chose pour faire passer un genre de message, je suppose. Parce que je ne pense pas jamais vouloir me faire enfermer dans un truc ou un genre de… Tu sais, Deftones est l’un de mes groupes préférés et leurs t-shirts ont toujours des logos différents. Peut-être que sur les albums, ils ont le même mais c’est toujours une représentation différente, et j’aime bien ça. Donc ça aussi, ça m’a inspiré.

Cette fois, tu as produit l’album toi-même. Qu’est-ce qui t’as poussé à gérer la production toi-même ? N’as-tu jamais complètement été satisfait de la production de vos albums ?

Ouais, et je veux dire que nous avons travaillé avec de super producteurs qui font leur truc, mais je crois que peut-être que je n’en ai pas suffisamment dit, peut-être que je ne me suis pas suffisamment exprimé et dit : « Ce n’est pas de ça que j’ai envie d’entendre, ce n’est pas le son de guitare que je veux, ce n’est pas le mix que je veux. » Car si tu es dans une pièce avec quelqu’un d’aussi génial que Brendan O’Brien, tu es intimidé, tu vois ce que je veux dire ? [Petits rires] Donc tu es là : « D’accord… » Mais j’ai beaucoup appris de lui, et surtout lui, et surtout comment je voulais produire… D’abord j’étais tendu en y allant mais il a toujours beaucoup cru en moi, donc il m’a donné la confiance pour le faire. Donc c’était le moment, je pense, de retirer tout monde, hormis le groupe, de l’équation, au moins pour voir ce qui allait se passer, au moins pour voir si je pouvais y arriver. Et je pense avoir fait du très bon boulot. Aussi avec Matt Hyde [qui a mixé l’album], il produit les Deftones, il a fait de la production avec AFI, c’est un excellent producteur à part entière. Donc tous les deux, je pense que nous avons formé la bonne combinaison pour que ça fonctionne.

Et du coup, comment as-tu abordé la production pour cet album ?

Je voulais juste que ça sonne comme un groupe de rock doit sonner. Ne pas doubler chaque guitare, si une seule guitare fonctionne et que c’est plus puissant comme ça, restons simple, sans essayer de faire trop de couches et que ce soit trop clinquant. Ouais, on veut que ça sonne comme un groupe de rock mais sans que ça sonne complètement live. C’était juste une question de trouver les bons sons et les bonnes sonorités de guitare. Et, en gros, une fois que les parties de batterie étaient finies, c’était bien plus simple ; ce sont les fondations, c’est plus facile de construire par-dessus, et la batterie sonnait super. Pour le reste, nous nous sommes éclatés à trouver la bonne manière de faire sonner. Ça nous a pris seize jours à faire l’album.

Tu as déclaré que « chaque fois que [vous avez] fait un album auparavant, il y avait certaines chansons qui étaient formatées pour la radio » et tu avais « le sentiment que ça desservait le groupe et les auditeurs. » Qu’est-ce qui te fait dire qu’avoir des chansons formatées pour être des singles serait plus une malédiction qu’une bénédiction ?

Eh bien parce qu’alors ces chansons prennent la priorité dans l’enregistrement et les autres sont un peu ignorées. Pas complètement ignorées mais elles ne reçoivent pas autant d’attention, ce qui n’est pas bien, je trouve. Le fait de prédéterminer ce qui va être écouté par les gens à la radio avant que l’album ne soit ce serait-ce qu’enregistré est absurde. Donc cette fois, nous avons pris les chansons par ordre alphabétique et nous avons commencé avec la première dont le titre de travail commençait par un B, et nous avons travaillé dessus. Donc nous n’avons jamais eu : « Ok, celle-ci sera la première, ce sera un single… » Et en procédant ainsi, chaque chanson a reçu l’attention qu’elle méritait et a pu bénéficier d’exactement le même traitement que les autres. Et puis à mesure que tu avances, peut-être qu’au bout du compte tu dis « maintenant il faut peut-être ajouter des trucs à cette ou cette chanson, » mais globalement, toutes les traiter comme des enfants égaux était la meilleure façon de procéder, je trouve.

« J’ai passé plein, plein d’années de ma vie à fuir les choses en étant défoncé ou ivre. Lorsque tu n’as plus cette béquille, c’est un peu… effrayant [rires], car tu dois être responsable. »

Le titre de l’album, Poison The Parish, fait écho à ton dégoût des célébrités des réseaux sociaux. Penses-tu que les réseaux sociaux sont responsables de la superficialité de notre société ?

Je ne sais pas s’ils sont responsables mais ils l’influencent certainement beaucoup. Pour moi, il est clair qu’une bonne partie de ces célébrités des réseaux sociaux ne sont pas forcément des gens qui ont fait quoi que ce soit pour mériter cette célébrité, en dehors d’une sex tape ou d’avoir un parent connu ou s’être mal comporté dans [l’émission de télé réalité] Jersey Shore… Ce ne sont que des choses qui n’apprennent pas aux gens les bonnes leçons. Je ne crois pas qu’apprendre à tomber enceinte à seize ans parce que comme ça tu auras ta propre émission télé est une bonne chose, et puis après, tu te mets à faire du porno et tu récolteras des millions de dollars. Ce n’est pas forcément ce que n’importe quel père veut pour sa fille, enfin, ce n’est pas forcément le chemin que quiconque leur souhaite de prendre, mais j’ai simplement le sentiment qu’ils ont une responsabilité. C’est ce vieil adage : un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Personne parmi ces gens-là ne dit quoi que soit de valable, pas un seul Kardashian, pas un seul Jenner, pas un seul… Je veux dire, il y a plein de gens comme ça, qui n’ont certainement pas mérité la gloire qu’ils ont. Et ça me frustre vraiment lorsqu’ils disent : « Ouais, mais Kim Kardashian a tellement de talent ! » Pour faire quoi ?! Qu’a-t-elle fait qui… « Oh, elle gère un business ! » Non, elle ne gère rien ! Quelqu’un d’autre gère le business à sa place ! Et puis quoi ? Elle se fait cinquante/soixante millions de dollars par an, pour quoi ?! Parce qu’elle a des gens qui veulent voir son cul et son minois et… Je ne sais pas. Je trouve simplement que c’est le pire… Je ne sais pas si c’est la pire chose qui ait existé parce que les réseaux sociaux étant aussi puissants qu’ils le sont aujourd’hui, tu peux assurément en savoir plus sur tout le monde et tout ce qui se passe. Je ne peux pas dire que c’est la pire chose qui soit mais il est clair que ce que je vois maintenant est assez triste. Ça me donne envie de partir vivre sur une île [petits rires].

Et du coup, comment ceci a influencé les chansons au niveau des paroles ? De quoi parles-tu dans cet album ?

Majoritairement, j’écris toujours à propos de choses personnelles, occasionnellement j’écris quelque chose au sujet de la société, et pour celui-ci peut-être qu’un peu plus de ça s’est glissé dans les chansons et qu’il contient davantage d’observations que de paroles basées sur l’expérience. Donc peut-être qu’un peu plus de chansons sont comme ça cette fois mais la plupart sont quand même des choses que j’ai traversées et vécues. Tu dois écrire au sujet de ce que tu traverses pour pouvoir l’évacuer de ton esprit, pour ne pas perdre la tête [petits rires]. Mais il y a assurément des chansons qui parlent assez clairement de la société au lieu de sujets personnels.

Qu’est-ce qui a motivé ce changement ? Dirais-tu que l’obscurité que tu ressens vient maintenant davantage de l’extérieur et moins de l’intérieur ?

Eh bien, j’ai arrêté de prendre de la drogue et j’ai arrêté de boire, et ça fait longtemps maintenant, donc ça fait que… Tu n’as plus rien à dissimuler. Tu ne peux plus fuir les choses et tu dois prendre les choses pour ce qu’elles sont, ce qui te donne une toute autre perspective, tu dois affronter les choses, pour changer. J’ai passé plein, plein d’années de ma vie à fuir les choses en étant défoncé ou ivre. Lorsque tu n’as plus cette béquille, c’est un peu… effrayant [rires], car tu dois être responsable, et tu dois littéralement [faire face à tout], c’est dur. Et je pense que c’est là que j’ai commencé à prêter davantage attention à ce qui m’entourait plutôt qu’à seulement moi. Et mes opinions ont maintenant une bien plus grande portée que simplement le fait de gérer des relations. Donc c’est le genre de grand changement qui te permet de voir la forêt derrière l’arbre, je suppose [petits rires].

Une portion de l’ensemble des tickets vendus pour la tournée de Poison The Parish bénéficiera au Rise Above Fund, qui fait partie du Suicide Awareness Voices Of Education. Peux-tu nous parler de ton implication dans ce fonds ?

Nous avons lancé un festival là-dessus qui s’appelle Rise Above Fest il y a un an, et le but est de sensibiliser les gens sur le suicide et d’initier un dialogue entre les gens qui… Tu sais, il y a plein de vétérans qui sont victimes de troubles de stress post-traumatiques, ils disent qu’il y a actuellement vingt-deux vétérans par jour qui se tuent aux Etats-Unis, et ceci sans compter les adolescents, et des enfants aussi jeunes de huit ou neuf ans qui se tuent, ce qui est brutal ! Et ayant été moi-même un adolescent assez suicidaire et ayant compris que, vraiment, tout ce que tu voulais à l’époque était quelqu’un pour t’écouter ou, au moins, qui se soucie vraiment de comment tu vas… C’est ça le truc principal. Et je ne pense pas avoir le pouvoir ou l’influence suffisante pour empêcher quelqu’un de se tuer ou se faire du mal, mais toute l’idée est que, au moins, j’ai montré qu’il y a une autre option, qu’il y a une autre voie. Car c’est tout ce qu’on peut faire, présenter des alternatives, et puis avec un peu de chance, tu pourras aider des gens. C’est le rassemblement le plus important dans le monde sur la sensibilisation sur le suicide. Ce sera deux jours cette année au lieu d’un seul, c’est un festival sur deux jours dans le Maine, et j’espère que nous pourrons commencer à le déplacer à travers le pays et même peut-être en Europe ou dans le monde. Mais nous faisons don de l’argent de nos billets maintenant parce que je ne pense pas que ce soit bien de ne le faire qu’une fois par an, chaque jour nous pouvons contribuer, chaque concert devrait avoir un genre de tract ou des informations pour les gosses. C’est dur d’entendre les histoires et ce n’est pas quelque chose que je peux tout le temps faire, parce que c’est assez rude, mais… Utiliser l’influence que tu as, quelle qu’elle soit, pour faire le bien, c’est ce qu’on est supposé faire, pas vendre du rouge à lèvre, tu vois ce que je veux dire ? [Petits rires]

« Tout le monde essaie de trouver des réponses, mais il n’y a pas grand monde pour en donner [rires]. Donc tu dois les trouver toi-même en chemin. »

Il y a quelques années, tu as écrit une chanson qui s’appelle « Rise Above This », qui est un hommage à ton frère Eugene qui s’est donné la mort en 2007. Comment cet événement tragique a-t-il affecté ta façon d’écrire de la musique et des paroles, et plus généralement ta vie ?

Eh bien, c’est ce qui a fait que je suis resté drogué pendant de nombreuses années [petits rires]. Je dirais que beaucoup de choses que j’ai écrites étaient subconscientes, car je n’y réfléchissais pas trop et je laissais juste mon subconscient prendre le contrôle et me dicter ce que j’écrivais. Mais ouais, je ne sais pas, il y a toujours eu une honnêteté, et au moins faire passer de vrais messages mais sans être trop spécifique. Je ne sais pas si ça a vraiment influencé comment je composais ou comment j’écrivais des paroles mais ça a assurément influencé comment je me suis senti pendant longtemps, toute la culpabilité que je ressentais, toutes les choses qui viennent avec le fait de survivre à [un être cher qui était suicidaire], les questions que tu te poses et auxquelles tu n’obtiens jamais de réponse, toute l’idée qu’il y a tant des choses que tu aurais pu faire… Tu sais, tu passes une période merdique après ça, donc ça prend du temps à surmonter. Et ensuite, tu te rends compte, au final, qu’il n’y a rien que tu aurais pu faire. Je veux dire qu’à moins de littéralement lui retirer l’arme des mains ou le tirer hors du rebord de la fenêtre, et même là, il se peut que ce que tu fais ne soit que temporaire, car il y a plein de gosses, si c’est ce qu’ils ressentent, c’est ce qu’ils ressentent. A moins qu’ils aient une vraie alternative et qu’ils y croient vraiment, tu ne fais que retarder quelque chose, et c’est triste mais… Au moins, c’est ce que j’ai appris. C’est pour ça que je dis que j’ai passé de nombreuses années à me demander ce que j’aurais pu faire et ce que j’ai fait de travers, et c’est encore le cas mais je le gère mieux maintenant [petits rires].

Tu as fondé ton propre label de musique. Qu’est-ce qui a déclenché cette décision ? Souhaites-tu aider de jeunes groupes dans leur carrière ?

Ouais. J’ai toujours voulu signer d’autres groupes et leur offrir les moyens de démarrer une carrière. Personne ne nous a vraiment aidé en Afrique du Sud, personne ne nous a vraiment aidé avant que nous signions avec Wind-Up, ce que nous avons fait par nous-même aussi, en gros. C’est une vraie galère d’obtenir un contrat, et c’est une vraie galère de se faire entendre au milieu de la masse de bruits qui existe. Et nous tournons souvent avec des groupes qui sont supers, des groupes qui ne sont pas signés et nous les voyons quelque part où nous jouons. Je me suis souvent dit : « Ce serait super de pouvoir signer ces gars, » et puis il n’y a rien pour le faire, donc tu passes à autre chose et tu oublies. Donc durant les trois dernières années, j’ai commencé à y réfléchir très sérieusement, et j’ai enfin pu mettre ça en place l’année dernière. Donc ils sortent des albums sur mon label mais aussi, en gros, c’est Concord et Canine Riot, et j’ai signé un groupe qui s’appelle LTNT, venant du Royaume-Uni. Dimanche, nous allons commencer à produire leur nouvel album, qui sortira plus tard cette année et ensuite, nous allons les prendre avec nous en tournée en Europe. Ainsi nous pouvons prendre sous notre aile un groupe en lequel je crois et dont je trouve la musique super, créer quelque chose de génial, créer un album dont ils sont contents, ensuite les prendre sur les routes et leur donner une sorte de carrière, ce qui est super.

Regrettes-tu certains des choix de carrière que tu as faits avec Seether ? Aurais-tu préféré être mieux conseillé ?

Si tu commences à avoir des regrets, alors ça veut dire que tu voudrais changer ce qui t’a mené à là où tu es aujourd’hui. Bien sûr. Tout le monde a le sentiment de « bon sang, j’aurais aimé faire ça autrement » mais, au final, tu ne peux pas rester là et… C’est comme avec l’histoire de la culpabilité face au suicide, tu es là à ruminer ça pendant des années et des années, et il n’y a aucun moyen d’avoir les réponses parce que personne ne va te répondre, n’est-ce pas ? Donc tu dois trouver le moyen d’aller de l’avant. Je suppose que tout le monde essaie de trouver des réponses, mais il n’y a pas grand monde pour en donner [rires]. Donc tu dois les trouver toi-même en chemin.

Vous venez d’Afrique du Sud, ce qui n’est pas un endroit très commun pour un groupe de rock. Dirais-tu que c’était plus facile d’obtenir une carrière venant d’Afrique du Sud, parce qu’il n’y a pas tant de compétition là-bas, ou bien au contraire, était-ce plus difficile parce que personne ne s’attend à voir un groupe de rock émerger d’Afrique du Sud ?

C’était très difficile. J’ai commencé à jouer dans des groupes lorsque j’avais à peu près treize ou quatorze ans. Je jouais dans des clubs et autre. C’est un pays qui, à l’époque, n’avait pas beaucoup de rock. Vers la fin et milieu des années 90, il y avait quand même des groupes sud-africains qui étaient signés et il y avait plein de super groupes. Mais ensuite, ce qui s’est passé était que vers la fin des années 90, le rock n’était plus forcément très populaire en Afrique du Sud, pas à la radio et certainement pas en terme de ventes de CDs. Donc ce qui était plus facile à faire pour les maisons de disques était : « Ok, pourquoi j’essaierais de trouver un groupe ? Je peux avoir Nickelback – qui doit être l’un des derniers grands groupes de rock à avoir jamais joué en Afrique du Sud -, ce groupe va me vendre cent-mille exemplaires, alors que celui-ci m’en vendra dix-mille, et c’est plus de boulot, ça vient tout juste de tomber sur mon bureau, et ça n’a plus trop la cote. » Il n’y a pas beaucoup de pays où tu es obligé de signer des groupes locaux, l’Allemagne étant l’un d’entre eux, et je suis sûr que chez vous aussi c’est pareil. Mais maintenant, c’est arrivé en Afrique du sud, maintenant il faut qu’il y ait en permanence un certain nombre de groupes sud-africains à la radio, et malheureusement, ça implique un paquet de musique EDM merdique et tout ce qui cartonne sur les radios américaines. Donc voilà aussi ce qui s’est passé. Donc c’est difficile. C’était difficile à la fin [des années 90] mais je pense que c’est encore plus difficile maintenant. Mais même à l’époque nous n’avions jamais imaginé qu’un jour nous sortirions de là. Nous n’avions pas de contrat, nous jouions dans quelques festivals, ensuite nous avons signé avec une maison de disque, nous avons joué dans d’autres festivals… Nous sommes passés par toutes les étapes. Nous avons été tête d’affiche dans les plus gros événements que nous pouvions faire. Et plein de gars ont un boulot à côté, même des groupes signés, même de gros groupes. Ils tournent le weekend et puis du lundi au vendredi, ils doivent aller travailler ailleurs. Donc il n’y a pas moyen de maintenir un style de vie ou vivre de ça. Et je pense que nous avons eu de la chance que Wind-Up nous signe et de sortir de là, et ensuite avoir été signé sur un label américain, car ça a fait une grosse différence. Ouais, parfois c’est accidentellement, via une connaissance.

Apparemment, tu as décidé de devenir musicien après avoir découvert la scène grunge de Seattle, et en particulier l’album Nevermind de Nirvana. Peux-tu nous parler de cette découverte et comment elle a changé ta vie ?

En fait, je voulais être musicien lorsque j’étais plus jeune encore. J’avais environ six ans, je regardais un film, et dans le film, le chien se fait accidentellement tuer par balle par son maître. Le chien est le héros du film, ça s’appelle Jock Of The Bushveld, et lorsque le maître sort et trouve son chien qu’il a tué accidentellement, pensant que c’était un loup ou je ne sais quoi, ils passaient une chanson. Et cette chanson m’a fait pleurer quand j’étais gamin et à chaque fois qu’elle passait à la radio, il y avait une réaction émotionnelle venant de la musique. Et je pense que depuis lors, j’ai un peu toujours su que je voulais faire de la musique, mais c’était lorsque j’ai entendu Nevermind que j’ai vraiment pris une guitare et me suis dit : « Voilà le genre de truc que je veux faire, parce que mes parents n’aiment pas ça [petits rires] et moi j’adore. » J’ai entendu Nevermind seulement en 1992, non, c’était même en 1993, parce que la musique venait assez tardivement en Afrique du Sud à cause des sanctions et tout, donc nous ne pouvions pas vraiment… Mais je l’ai entendu, un pote m’a dit « écoute ça », et je suis rentré chez moi et j’ai mis le CD, et je l’ai remis quelque chose comme cinq, six, sept, huit fois d’affilée ! « C’est génial ! Ce gars me comprend ! » Et c’est ce qui m’a enfin poussé à prendre une guitare et apprendre. Car d’abord, je voulais juste jouer par-dessus la musique, et j’ai commencé à composer de la musique plus tard. Mais c’était la raison, car je voulais prendre part à cette expérience en jouant, vraiment, physiquement.

Interview réalisée en face à face le 30 mars 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Marina Chavez.

Site officiel de Seether : www.seether.com

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