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Nouvelles Du Front   

Selim Lemouchi (The Devil’s Blood) : l’abrupte fin du voyage


En janvier 2013, The Devil’s Blood tirait un trait sur son histoire, et Selim Lemouchi, son leader, déclarait : « En ce jour du 22 janvier 2013, The Devil´s Blood est retourné au néant. Tous les rituels [concerts] prévus sont annulés. Aucune interview ne sera accordée. Consummatum est. » Un peu plus d’un an après, ces mots, « Consummatum est », signifiant « Tout est achevé », référence à la mort du Christ, résonnent de façon particulière maintenant qu’il s’est à son tour consumé à l’âge de 33 ans, tout comme le Christ. Coïncidence ou acte empreint d’une certaine forme de spiritualité d’un homme qui, sans se dire ouvertement sataniste, vivait cette philosophie comme une idée de liberté. Liberté aussi, peut-être, dans le choix de sa mort.

Si plus de vingt-quatre heures après, la nouvelle ne fait plus de doute – rapportée d’abord par le site néerlandais 3voor12, puis confirmée par Danny Van Drongelen, manager et tourneur du groupe, et la sœur du musicien Farida Lemouchi – les circonstances cette disparition, tragique, prématurée, pourraient rester longtemps obscures, le label Van Records montrant d’ailleurs le « besoin de prendre une profonde respiration avant d’être capable de faire le moindre commentaire ou de donner des réponses concernant la perte de leur ami ».

Néanmoins la rumeur d’un suicide n’a pas tardé à enfler. L’artiste était connu pour sa fascination pour la mort. Ainsi le 19 février dernier, sur la page Facebook Kali Yuga (page personnelle de Lemouchi), il publiait une photo accompagnée, en légende, du texte suivant : « Il faut de la bravoure. Les balles les plus profondes ne sont pas à craindre ; ni le napalm phosphoreux ni rien n’est à redouter, mais à regarder de l’intérieur pour voir cet esprit tordu qui se trouve sous la surface de tous les êtres humains et dire oui, je t’accepte, je t’aime encore parce que tu es une partie de moi, tu es une extension de moi… »

Mais surtout, il avait déjà déclaré, comme en décembre 2011, dans nos colonnes, qu’il n’attendrait pas sa mort et que, peut-être, un jour, il ferait lui-même, librement le choix du bon moment pour partir : « J’espère. J’espère, mais bien entendu, ça relève du destin, c’est difficile à dire. Mais j’espère que je serai en mesure de faire ce choix moi-même. » Et quant au moyen : « Pour être honnête, je n’y ai pas encore vraiment réfléchi… Je pense que j’opterais pour la pendaison. » Néanmoins, il n’était nullement question d’y recourir sous peu : « Ce n’est pas quelque chose que j’ai l’intention de précipiter pour le moment [rires], parce que j’ai bien trop de choses à faire. » Mais cela ne lui faisait certainement pas peur, bien au contraire, il voyait là le but ultime de sa vie : « C’est seulement une réalité de la vie dont tout le monde un jour fera l’expérience. C’est l’initiation ultime à l’un des plus grands mystères de l’univers. […] Mais ce n’est pas quelque chose qui me fait peur. C’est quelque chose qui m’attire de loin, comme un paradis sûr, comme un port, tu vois ce que je veux dire ? Ma vie est en mer, mais un jour mon bateau s’arrêtera dans un port, et j’irai marcher dans les collines sans fin. C’est vraiment joyeux et réjouissant d’y réfléchir. Ce sera l’instant le plus décisif de toute ma vie. »

Cependant, après un premier album en tant que Selim Lemouchi & His Enemies, Earth Air Spirit Water Fire, l’an dernier, le musicien voyait toujours son avenir créatif devant lui. En janvier, s’il annulait tous ses prochains concerts pour des raisons personnelles, à l’exception de sa venue au Roadburn Festival en avril, il déclarait « vouloir dédier son temps et son énergie entièrement à la production et l’enregistrement de nouvelles musiques. »

Et en effet, comme l’a rapporté Malcolm Dome de Progrock Mag, dévoilant des extraits d’une récente conversation par e-mails entre lui et l’artiste, ce dernier restait créatif. Néanmoins, au vu des récents événements, ces révélations indiquaient quand même le mal-être de Lemouchi, comme le raconte Dome : « Il y a quelques semaines, Selim et moi avons eu une conversation par mail. À l’époque, j’ai senti que cela devait rester privé mais étant donné la tragédie qui a eu lieu, peut-être que ce qu’il a dit pourra au moins permettre aux gens de comprendre un peu mieux ce à quoi il a fait face ces dernières semaines : ‘Les choses n’ont pas été bonnes ces derniers mois. Je travaille trop dur pour rien, et je fais erreurs en croyant que les produits chimiques offrent quelque solution (et ce n’est pas la première fois), mais en ce moment je travaille très dur pour redevenir moi-même à nouveau. J’ai concentré mes efforts dans ce sens. J’ai simplement besoin de repos, et cela signifie que je dois trouver le moyen de trouver le repos. J’écris beaucoup et suis aussi créatif que possible, mais sans aucune pression. »

C’est finalement un repos éternel qui a emporté dans l’inconnu cette personnalité fascinée par la mort, cette contrée attirante, et enviant ceux qui ont pu jouir de « la perfection de la fin », mais aussi un personnage sympathique, humble et pertinent à qui certains musiciens, groupes, ou autres personnalités du monde musical tels que Ghost (sur Twitter), Alan Averill de Primordial (dans un message Facebook depuis supprimé ; capture d’écran faite par Metalsucks) ou Walter Hoeijmakers, fondateur du Festival Roadburn, ont aussitôt rendu hommage.



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