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Interview   

Septic Tank : Lee Dorrian, sacré punk


On le connaît comme l’un des patrons du doom, mais avant toute chose, Lee Dorrian est un authentique punk ! Après tout, ne l’a-t-on pas d’abord connu comme frontman de Napalm Death, groupe ayant posé les jalons du grindcore, poussant le punk hardcore à de nouveaux niveaux de violence ? Avant ça encore, durant son adolescence, Dorrian a œuvré en la qualité de rédacteur en chef du fanzine punk de Coventry Committed Suicide et organisait de nombreux concerts dans le milieu, sans parler de son militantisme, notamment pour les droits des animaux. Bref, Lee Dorrian est un punk et, quand on le sait, on comprend mieux la discographie insolite et hétéroclite de Cathedral, groupe ayant certes marqué profondément le doom et le stoner, mais ayant aussi toujours fait fi de toute forme de règle.

Alors quand il revient aux côtés de son fidèle guitariste et ami Gary Jennings, ainsi que le bassiste Scott Carlson (un autre ex-Cathedral) et le producteur Jaime Gomez Arellano (qui pour l’occasion passe à la batterie) pour faire revenir Septic Tank d’entre les morts, groupe punk hardcore qui n’aura d’abord vécu qu’une journée en 1994, on ne sera pas si surpris. Le groupe vient de sortir son premier album au titre évocateur, Rotting Civilisation, et on aura pas résisté à l’envie d’en savoir plus, pour qu’il nous parle de sa passion pour le hardcore et de ce jeune punk qui même à cinquante berges vit toujours en lui.

« Mes racines sont vraiment ce que nous faisons dans Septic Tank. Pour moi, cette musique est mon éducation. Tout ce que je n’ai pas appris à l’école, je l’ai appris par le biais du hardcore et du punk. »

Radio Metal : Septic Tank a été originellement formé en 1994 dans le but d’explorer l’amour des membres de Cathedral à l’époque pour le punk hardcore. Quelles étaient les circonstances de la création de cette nouvelle entité ? Aviez-vous besoin d’une respiration loin du doom de Cathedral à l’époque ?

Lee Dorrian (chant) : Non, je n’irais pas jusque-là. En fait, Cathedral avait traversé quelques changements de line-up à ce stade. Après la sortie d’Ethereal Mirror, nous avons fait de longues tournées en Amérique et le groupe s’est un peu désagrégé, le line-up d’origine. Nous avions des engagements à honorer mais nous n’avions pas vraiment le temps de trouver des membres de remplacement à plein temps. Donc pendant un moment, nous avons fait une tournée avec Black Sabbath et nous avions Victor Griffin et Joe Hasselvander de Pentagam qui jouaient dans le groupe. Et après, nous avons réduit ça à un quatuor et Barry Stern – qui a officié avant ça dans le groupe Trouble – a joué la batterie pour quelques festivals et concerts en Angleterre. Je ne savais pas que Barry était un énorme fan de hardcore, et lorsqu’il est venu en Angleterre et a fait les premières répétitions avec nous, l’un des concerts que nous avions était à Stock-on-Trent, qui est de là que provient Discharge, et je crois que c’est Barry qui a suggéré de faire quelques reprises de Discharge en leur honneur, vu que nous jouions chez eux. Donc nous l’avons fait. Nous avons joué quatre ou cinq chansons de Discharge. Nous avons énormément aimé les faire ! Car l’énergie du groupe semblait coller parfaitement au style de cette musique. Même si nous jouions du doom habituellement, tout le monde aimait aussi le punk hardcore. Donc nous avons continué à jouer ces reprises de Discharge durant le reste de la tournée et sur les dates de festival que nous avons faites, en s’éclatant à les faire.

Je crois que nous avions un jour de répétition ou autre de calé à la toute fin de cette série de concerts, pour peut-être travailler sur de nouvelles musiques pour Cathedral ou quelque chose comme ça, je ne me souviens plus exactement. Mais au lieu de faire ça, nous avons pensé que ce pourrait être une bonne idée de jammer et composer quelques chansons de hardcore, juste pour s’amuser, vraiment, sans raison particulière, faire ça sur place. C’est ce que nous avons fait. Nous composions une chanson en environ cinq minutes, ensuite nous l’enregistrions, puis en composions une autre en cinq ou dix minutes, l’enregistrions, et nous avons fini par enregistrer… bon [petits rires], nous avons fini par composer environ dix chansons en une après-midi, pour finalement se rendre compte plus tard que l’enregistreur de Gary n’avait pas enregistré les chansons. Donc elles n’ont jamais été enregistrées.

L’idée du groupe est toujours restée, depuis cette répétition il y a environ vingt-cinq ans, mais nous n’avons jamais eu l’occasion de faire quoi que ce soit avec le groupe avant récemment. Car Scott [Carlson] vivait en Amérique et nous avons perdu Barry, car nous avons dû trouver un line-up entièrement anglais après ça, et nous nous sommes retrouvés avec Brian [Dixon] et Leo [Smee] ; Scott n’était plus dans Cathedral, ni Barry. Donc l’idée de Septic Tank est restée en suspend pendant de très nombreuses années. C’était toujours quelque chose que nous voulions refaire à un moment donné. Heureusement, nous y sommes parvenus, il y a quatre ou cinq ans quand nous avons enregistré l’EP. C’était le résultat d’une après-midi de libre que nous avions dans un studio d’enregistrement. Par chance, [Jaime] Gomez [Arellano], le producteur, le gars qui possède le studio, est un bon batteur et il aime le même genre de trucs. J’ai donc pensé : « On a une après-midi de libre, pourquoi est-ce qu’on ne ressusciterait pas Septic Tank ? » Et c’est ce que nous avons fait ! En une après-midi, nous avons écrit et enregistré tout cet EP. Nous l’avons sorti via un label japonais.

C’est quelque chose que nous avions prévu de poursuivre mais nous n’en avons pas eu l’occasion avant l’année dernière, quand Scott est venu voir le dernier concert de Black Sabbath – enfin, soi-disant « dernier », qui sait si ce sera vraiment le cas – à Birmingham. J’ai suggéré qu’il reste une semaine de plus. En profitant de ce temps, nous avons enregistré l’album. Il est reparti chez lui. J’ai ajouté les paroles, ou les voix, quelques mois plus tard. Et maintenant il est sorti ! Il n’y a pas de grande histoire derrière ça. On pourrait discuter de la pertinence du projet et ainsi de suite, mais c’est aux gens d’en décider. Nous avons au moins fait un album que nous voulions faire depuis un moment ; c’est quelque chose que nous avons apprécié faire dès le début mais nos vies personnelles n’ont pas permis d’aller plus loin jusqu’à aujourd’hui. Heureusement nous avons eu la chance de le faire, nous l’avons fait et nous en sommes contents. Avec un peu de chance il y en aura plus !

Comme tu l’as précisé, Jaime Gómez Arellano a remplacé Barry Stern, qui est malheureusement décédé en 2005. Il a produit le dernier album de Cathedral et les deux albums de With The Dead. As-tu trouvé une autre âme-sœur, musicalement, en travaillant avec lui ces dernières années ?

Je crois que le fait d’avoir travaillé avec lui à plusieurs reprises et, pendant ce temps, d’avoir appris à se comprendre par rapport à ce que nous aimons dans un album et le genre de son que nous recherchons, ça a certainement aidé le processus de conception de cet album de Septic Tank, et grandement facilité son enregistrement. Autant c’est un bon producteur, autant il comprend aussi la situation quand on ne veut pas que les choses soient surproduites ou trop produites. With The Dead et Septic Tank sont tous les deux des groupes que, personnellement, je préfère quand ils sont extrêmement crus dans leur approche, autant musicalement que stylistiquement. Car de bien des façons, je trouve que la production est devenue trop stérile de nos jours dans les musiques heavy. J’aime comme ça sonne chargé en émotion et brut, pas comme si on avait passé beaucoup de temps dessus à essayer de parfaire les choses. J’aime quand ce genre d’agression ou de crudité organique, naturelle, ressort, plutôt que ce soit dilué dans tout un tas de technique de studio.

« S’il n’y a aucun danger dans la vie, s’il n’y a aucun risque, s’il n’y a aucune sorte d’objection aux choses qu’on voit autour de nous, alors quel est le putain d’intérêt de vivre ? »

En fait, c’est enregistré de la même façon que les albums étaient enregistrés avant les Pro Tools, tous ces trucs horribles comme les triggers sur la batterie et toute cette merde de technologie moderne et stérile qui a été introduit dans le punk et les productions metal, et les productions en général. Ça ne veut pas dire que nous essayions d’être vieux jeu ou rétro, ou quoi que ce soit dans le genre. C’est juste ce que nous aimons. Simplement parce que nous n’aimons pas les techniques de production moderne ne signifie pas que nous sommes vieux jeu. Ça signifie juste que nous n’aimons pas les techniques de production moderne [petits rires]. Nous aimons les méthodes et le son classiques dans la manière dont les albums étaient conçus avant. Comme je l’ai dit, nous aimons quand il y a une âme brute et une énergie brute qui ressort de la musique, pas que tout soit produit à la perfection, car ça retire beaucoup de vie, d’énergie et d’âme à la musique. Gomez le comprend très bien. Donc nous avons une bomme compréhension de ce que nous voulons dans la conception d’un album aujourd’hui, c’est-à-dire faire en sorte qu’il sonne aussi honnête que possible.

Même si Cathedral s’est séparé, Septic Tank démontre que tu n’as pas arrêté ta collaboration musicale avec Gary. Etait-ce important, après toutes ces années et étant donné à quel point vous êtes proches, que votre collaboration ne s’arrête pas avec Cathedral ?

Ouais. En fait, en ayant travaillé avec Gaz pendant tant d’années dans Cathedral, parfois, indépendamment de Septic Tank, je crois toujours que je suis… Parfois quand With The Dead reçoit une proposition de concert, je vais voir Gaz et je dis : « Oh, on nous propose un concert en Belgique. » Et il est là : « De quoi tu parles ? Je ne suis pas dans With The Dead ! » [Rires] Tu as tellement eu l’habitude de faire quelque chose musicalement avec quelqu’un pendant tant d’années que tu crois presque que c’est toujours le cas, même dans un groupe différent. Parce que, bien sûr, dans With The Dead, Leo de Cathedral est le bassiste, et dans Septic Tank, Gaz est le guitariste, donc je suis toujours au contact de Cathedral d’une certaine façon, même si ça n’a rien à voir avec Cathedral, ce sont juste les membres qui sont impliqués. Mais pour ce qui est de la musique, Gaz, ouais, je dirais que c’est le musicien le plus doué que j’ai connu dans ma vie. Il n’y a pas photo. C’est un guitariste vraiment génial. Sa connaissance de la musique est tellement vaste. Si je voulais travailler avec qui que ce soit, ce serait lui. Mais pas en tant que Cathedral ; nous avons été ensemble plus que suffisamment longtemps dans Cathedral, je pense que nous avons fait plus que nous aurions pu jamais l’espérer. Donc s’il y a des choses à l’avenir, alors bien sûr Gaz est quelqu’un à qui je penserais instantanément.

Les gens t’ont connu toi et Gary surtout comme des maîtres du doom, et à l’écoute, Septic Tank pourrait bien en surprendre plus d’un s’ils ne connaissent pas ton background et ta jeunesse. Du coup, peux-tu nous parler de ta relation à la scène et à l’état d’esprit punk hardcore ?

Ouais, peut-être que ça surprendra mais, enfin, il y a eu des moments où nous avons ajouté des éléments de hardcore dans Cathedral, peut-être pas de façon trop évidente mais quelque petits bouts ici et là. C’est vraiment la musique avec laquelle j’ai grandi. Donc même si j’étais davantage associé au hardcore quand j’étais un adolescent et que j’ai désormais presque cinquante ans – ce qui est assez dingue -, c’est quelque chose qui continue à couler dans mes veines. Ça ne te quitte jamais vraiment. Même si je suis parti sur d’autres choses musicalement, exploré différentes zones, devenu davantage conscient de différents types de musique et apprécié faire de nombreuses découvertes en musique au fil des années, quand même, mes racines sont vraiment ce que nous faisons dans Septic Tank. Pour moi, cette musique est mon éducation. Tout ce que je n’ai pas appris à l’école, je l’ai appris par le biais du hardcore et du punk. C’était mon éducation ! Rien qu’en lisant les paroles des albums de Crass, les LPs d’Antisect ou de Flux Of Pink Indians, ce genre de choses, quand tu es un jeune gamin, douze, treize, quatorze ans, ça te laisse une emprunte durable, et ça t’ouvre presque les portes de ce que tu veux être dans la vie. Parce qu’en allant à l’école, surtout l’école où j’ai été, où on te gave avec la religion et toutes sortes d’endoctrinements qu’on t’impose, le fait d’écouter des groupes comme ceux que je viens de te mentionner, ça t’offre une autre perspective sur la vie et ouvre ton esprit à tant de possibilités différentes dans la vie.

Mais ça peut aussi te compliquer la vie à bien des égards, car tu veux remettre un peu plus les choses en question que tu ne l’aurais fait si tu t’en fichais, ce qui en soit mène à de potentiels problèmes avec ta liberté personnelle [petits rires]. Auparavant j’avais pour habitude de quotidiennement m’attirer des ennuis avec la police parce que j’étais très militant, que ce soit en me rendant à des manifestations anti-chasse aux renards ou d’autres manifestations qui t’amenaient des problèmes avec la loi. Ça ne te facilite pas la vie, ça rend la vie plus dure, mais je trouve que si tu vis une vie sans rien questionner… On dit « moins on en sait, mieux on se porte », ça pourrait être vrai mais je pense qu’on vivrait une existence assez ennuyeuse si on ne questionnait rien et se contentait de reproduire encore et encore sans remettre en cause quoi que ce soit se produisant dans notre quotidien, traversant la vie comme un foutu robot. Pour moi, c’est la mort à un jeune âge ! S’il n’y a aucun danger dans la vie, s’il n’y a aucun risque, s’il n’y a aucune sorte d’objection aux choses qu’on voit autour de nous, alors quel est le putain d’intérêt de vivre ?

Bref, ce que j’essaye de dire est que lorsque quelque chose a eu un tel impact dans ta vie, comme le punk hardcore a eu sur la mienne quand j’étais un jeune gamin, ça reste en toi, peu importe où tu vas musicalement ou stylistiquement, ou autre. Ça fait toujours partie de toi – ça fait toujours partie de moi, en tout cas. Ce jeune gamin n’est jamais parti. J’ai essentiellement toujours la même vision de la vie. Bien que, de la même manière que j’ai découvert différentes musiques au fil des années, j’ai aussi découvert différentes façons de penser, et bien sûr tu adaptes ton état d’esprit aux choses que tu vis, n’est-ce pas ? Donc je ne dirais pas non plus que je suis exactement le même que j’étais quand j’avais seize ou dix-sept ans mais, au fond, mes croyances de base et la façon dont je vois le monde sont grosso-modo les mêmes. Donc pour nous, faire cet album aujourd’hui ne me semble pas étrange. En fait c’est putain de génial de faire ça aujourd’hui ! Car un sacré paquet d’agression et de désillusion est ressorti, et ça semblait être la bonne chose à faire.

« Les gens voient généralement le punk comme étant unidimensionnel. Ils le voient comme : tu dois avoir une crête, tu dois jouer extrêmement vite et agressivement, et tu dois avoir des paroles purement politiques. Eh bien, pour moi, le punk est plus que ce qu’on voit à la surface, c’est bien plus profond que ça. »

Et comment ce gamin punk hardcore s’est-il ensuite retrouvé dans le doom ?

Le doom est venu plus quand j’avais seize, dix-sept ans quand j’ai commencé à m’intéresser à Sabbath, vraiment. Avant ça, j’écoutais… Enfin, à l’origine, c’était les Sex Pistols et les Clash, ensuite je me suis intéressé à Crass, Conflicts et Discharge, ce genre de groupe. Puis, c’est là que j’ai commencé à m’intéresser au metal, au début les plus évidents, comme les premiers Slayer, les premiers Metallica. Mais ensuite je suis allé vers les trucs lents et plus heavy. Mais quand je me suis intéressé pour la première fois à Black Sabbath, ça m’a fait halluciner ! J’avais évidemment entendu toutes les chansons connues mais je n’avais jamais vraiment fait l’expérience d’écouter tous leurs albums jusqu’à ce qu’un ami des droits des animaux – c’était un hippie, j’avais quinze ou seize ans – m’a invité chez lui un jour. Nous avons mangé des space cakes et il m’a fait écouter Sabotage et Master Of Reality. Depuis ce jour, je suis devenu un fana de doom ! [Petits rires] Il n’était plus possible de faire machine arrière.

Cathedral est un groupe qui n’a jamais suivi de règle. Penses-tu que malgré le fait qu’il soit classé dans le doom, Cathedral était en fait un groupe punk à la base, au moins dans son attitude ?

Ouais, même si beaucoup de gens ne le réaliseront ou ne l’accepteront pas parce que, je pense, les gens voient généralement le punk comme étant unidimensionnel. Ils le voient comme : tu dois avoir une crête, tu dois jouer extrêmement vite et agressivement, et tu dois avoir des paroles purement politiques. Eh bien, pour moi, le punk est plus que ce qu’on voit à la surface, c’est bien plus profond que ça. Mais ouais, le fait d’avoir grandi dans le punk et le hardcore, et ne pas avoir grandi en étant un énorme fan d’Iron Maiden ou autre, puis avoir fait un groupe comme Cathedral, qui est évidemment bien plus basé sur le metal, ça a toujours rendu Cathedral un peu différent, parce que je n’étais pas, je suppose, un chanteur heavy metal standard [petits rires]. J’étais un peu un chanteur de punk qui joue dans un groupe de metal. Musicalement, je serais le premier à admettre que je ne suis pas un chanteur comme Ronnie James Dio, ou quelque chose comme ça, même si je respecte énormément cet homme. Mon style vocal vient plus d’un background punk. Le fait d’ajouter ce style vocal par-dessus, essentiellement, de la musique metal, ce n’est probablement pas pour tout le monde. Je le comprends mais j’aime bien aussi ! Je ne m’attends pas à ce que tout le monde aime ; j’essaie toujours d’être singulier dans ce que je fais et avec n’importe quel projet musical dans lequel je m’implique. Et je pense que c’est ce qui a fait que Cathedral était différent.

Nous n’avons jamais joué selon les règles, de façon très punk. Nous avons toujours fait ce que nous voulions. Nous n’avons jamais essayé de plaire à un public ou autre, même si nous adorions notre public de tout notre cœur. Nous voulions expérimenter et explorer différentes idées au sein de la musique, ce qui je suppose, en soit, est quelque chose de très punk. Et il y avait aussi, probablement, un large côté suicide commercial dans la façon dont nous changions continuellement notre son et notre style [petits rires]. Evidemment, ceci peut t’attirer des problèmes ou te mettre des bâtons dans les roues. Cathedral n’a jamais joué le jeu que joue plein de groupes parce que nous n’avons jamais vu ça comme une carrière. C’était plus quelque chose que nous faisions par passion, plutôt que de vouloir que ce soit un truc pour lequel on nous donne un salaire tous les mois, car ce n’est clairement pas ce que nous avions, mais il est certain que nous ne nous facilitions pas les choses. Comme je l’ai dit, je pense que nous embrouillions souvent les gens, avec les étranges tournants que nous prenions, mais c’est ce que nous faisions et nous sommes fiers de ce que nous avons fait ! Car ce n’était pas facile.

Sur cette période de temps où nous étions ensemble, il y a eu un paquet de galères, c’est certain. Il y avait aussi beaucoup de grands moments, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, mais il y avait beaucoup de fois où c’était abrutissant ; le manque d’activité, le manque de soutien et ce genre de chose. Et maintenant, bien sûr, Cathedral a arrêté depuis cinq ans et nous recevons encore tout un tas de demandes pour nous reformer et jouer pour un paquet d’argent. On dirait que c’est le truc à faire aujourd’hui, devenir un genre de numéro de nostalgie. Les gens ont eu tout le temps pour nous voir, car nous avons existé pendant plus de vingt ans. Je trouve juste que ce genre de truc de reformation de groupe, c’est un peu « pfff… » Pourquoi ne essayer de jouer de la nouvelle musique ? Et c’est ce que nous faisons. Je n’écarte jamais rien, je ne dis jamais jamais mais… Lorsque Cathedral existait, nous nous portions bien mais nous n’avions pas non plus un énorme succès, et l’argent qu’on nous offre pour faire des concerts de reformation, c’est bien plus que nous aurions jamais pu imaginer recevoir à l’époque où nous étions actifs, mais nous ne l’avons jamais fait pour l’argent, ce qui explique pourquoi nous n’acceptons aucune de ces offres que nous recevons aujourd’hui [petits rires]. Donc ouais, on pourrait faire le lien entre les aspects punk dont on parlait et un groupe comme Cathedral.

Dirais-tu que les gens se font une fausse idée de toi, en te considérant comme, en quelque sorte, un des « rois » du doom ?

[Rires] En fait, il y a beaucoup d’idées fausses à mon sujet. Je pense que les gens ont probablement cette idée préconçue comme quoi je suis bizarre ou… Tu sais, les paroles dans Cathedral peuvent être assez étranges, les choses que nous avons faites ont été assez inhabituelles. Mais, en gros, je suis quelqu’un d’assez normal, vraiment – quoi qu’on entende par « normal » [petits rires]. Je ne vis pas une vie particulièrement étrange. Je vis une vie normale ; je suis une personne normale. C’est juste que j’aime explorer les choses. J’aime être aussi artistique et créatif que possible, et je n’aime pas être restreint. Je trouve les restrictions et les règles vraiment ennuyeuses. J’aime toujours briser les moules dès que possible. Certaines personnes ont du mal à le comprendre, pour je ne sais quelle raison. Je fais seulement ce que je fais. Mais si les gens ont des idées fausses à mon sujet, ça ne me pose pas de problème. Si tout me concernant était évident, je pense que je serais quelqu’un de très ennuyeux, et je m’ennuierais moi-même. Si on prend des tournants dans notre vie qui nous emmènent sur une route qui n’est peut-être pas la bonne à prendre, au moins après on sait, on l’a vécu. Mais le « roi » du doom, ou l’ « empereur » du doom comme on m’a appelé au Japon, c’est… Je ne sais pas trop. Je n’irais jamais m’appeler ainsi parce que je me sentirais complètement stupide [petits rires]. C’est flatteur quand les gens disent ça, mais moi je ne le dis pas. C’est vraiment aux autres de le dire, pas moi.

« Nous n’avons jamais joué selon les règles, de façon très punk. Nous avons toujours fait ce que nous voulions. […] Cathedral n’a jamais joué le jeu que joue plein de groupes parce que nous n’avons jamais vu ça comme une carrière. »

Quels seraient les cinq albums de punk hardcore qui ont changé ta vie ?

Il y a une compilation, je crois que ça s’appelle Welcome To 1984, sortie par Maximumrocknroll, qui était un fanzine/magazine américain. Elle contenait des trucs hardcore vraiment excellents, avec des groupes comme Raw Power venant d’Italie, en l’occurrence. Je trouvais que c’était un bon aperçu du hardcore européen et un peu américain qui étaient nouveaux pour moi. Ça c’était un grand tournant, ça m’a permis d’explorer bien plus de choses à travers le monde, plutôt que d’avoir connaissance seulement des groupes anglais comme Discharge, Antisect et autre. Ceci étant dit, le LP d’Antisect In Darkness There Is No Choice, ça serait assurément dans mon top cinq, voire ça pourrait être mon préféré. Il a eu une énorme influence sur moi quand j’avais, je ne sais pas, quinze, seize, dix-sept ans, musicalement et artistiquement, au niveau des textes et tout le reste ! Je m’identifiais beaucoup à cet album et c’est un LP de punk déchainé, rapide, mais c’est aussi très original. Il a beaucoup de profondeur, c’est un album assez artistique. Il y a des passages avec des cloches, des samples et des paysages sonores, et ce genre de choses, ce qui en fait un album plutôt unique en son genre.

Evidemment, on ne peut pas ne pas inclure Discharge, mais c’est un peu dur de choisir entre l’album Hear Nothing See Nothing Say Nothing et l’EP Why? Car ils sont aussi intenses l’un que l’autre mais de façon différente. Hear Nothing See Nothing Say Nothing est évidemment celui dont l’enregistrement sonore est le plus intense et puissant ; Why? est un vaste terrain vague de destruction, sans espoir, bruitiste, de frustration et de nihilisme grandiloquents, c’est vraiment un album brutal ! Je les mets donc à égalité. Crucifix, Dehumanization, ç’en est un autre dans la même veine, il a un esprit un peu à la Discharge et Antisect, mais c’était un LP vraiment fantastique qui est sorti, j’adore celui-là. Ca fait quatre albums… Il y en a des tas. J’essaie de penser à quelque chose de pas trop évident. Il y a le LP de Wretched mais je ne sais pas si je le rangerais parmi mes préférés, et il y a des albums de Disorder, ce genre de trucs. Death Church de Rudimentary Peni, ce n’est pas vraiment un album de hardcore en tant que tel mais je pense que c’est certainement dans mon top cinq. Donc en voilà cinq !

Tu as dit plus tôt que le premier EP de Septic Tank avait été écrit et enregistré en une après-midi. Avez-vous conservé cette spontanéité pour l’album ?

Au niveau des textes, ouais. Enfin, environ la moitié des textes de l’album ont été écrits en une après-midi, peut-être les trois quarts. Mais ouais, on parlait de Cathedral avant, et je suppose aussi quand j’écrivais des textes pour Napalm Death, j’avais pour habitude de passer trop de temps à essayer d’écrire des paroles, au point où je me torturais mentalement, à essayer de parfaire les choses, en passant deux semaines sur une phrase pour qu’elle soit exactement comme je voulais, à trop y réfléchir. Avec Septic Tank, il n’y a aucune de ces restrictions ou règles. Les chansons me venaient directement en tête, très rapidement. Je n’ai probablement pas passé plus de quinze, vingt minutes sur chaque chanson, pour les textes. Et musicalement aussi. En fait, depuis que nous avons fait l’EP, occasionnellement Gaz et moi composions deux ou trois chansons tous les cinq ou six mois environs [petits rires]. Donc arrivé le moment où nous sommes entrés en studio, nous avions probablement dans les dix ou douze idées de chansons, au moins musicalement. Nous avons enregistré, je crois, vingt chansons mais seules dix-huit d’entre elles se sont retrouvées sur l’album. Donc la moitié de la musique a été écrite sur place en studio et enregistrée directement, avec celles que nous avions déjà écrites. Et tout ça, le processus en tant que tel, a été fait en quatre ou cinq jours.

Après tant d’années à jouer du doom de façon plus ou moins extrême, parfois psychédélique et parfois progressive, n’était-ce pas déstabilisant de se mettre à jouer cette musique très directe et rapide ? Je pense particulièrement à Gary dont le jeu et le son sont à peine reconnaissables.

[Petits rires] Gaz aime les défis. Il adore jouer dans Septic Tank. En fait, il est clair que c’est un guitariste vraiment supérieur, c’est l’un des meilleurs guitaristes qui pourraient me venir à l’esprit. Donc le genre de jeu requis par Septic Tank est bien plus basique que ce qu’il jouerait normalement. Mais je pense que quand on est véritablement un excellent guitariste et qu’on joue des choses faciles, d’une certaine façon on fait sonner ça de manière plus attrayante, car on maîtrise son instrument, je suppose. Il y aura toujours de la place dans nos vies pour des choses plus progressives et psychédéliques, donc… En fait, Gaz et moi avons parlé de faire un autre groupe qui ne serait pas du tout heavy, plus doux, avec un genre de jolie musique, psychédélique, etc. J’espère que nous le ferons un jour.

Est-ce que faire Septic Tank t’a rappelé tes années Napalm Death, d’une certaine façon ?

Un petit peu, ouais. En fait, il y a eu une période en Angleterre où c’était vraiment super de faire partie de la scène ; je dirais de… bon, probablement plus tôt, mais pour moi c’était 84, 85, 86, c’était trois supers années quand la scène s’unissait, se concentrait davantage. Les gens en venaient à se connaitre dans la scène et ça a créé un bon réseau dans certaines villes à travers le pays. Les groupes devenaient plus extrêmes et rapides, c’était vraiment palpitant. Donc j’ai toujours de tendres souvenirs de ces années-là, de cette période. Je suppose donc que ça m’a un peu rappelé cette époque. Mais encore une fois, ce n’est pas prévu pour être nostalgique ou quoi que ce soit de ce genre.

C’est un album assez varié tout en conservant ce registre punk hardcore – je pense à la lente « Death Vase » et à l’ultra-rapide « Fucked ». Pour revenir à ce que tu disais plus tôt, est-ce une déclaration contre les préjugés comme quoi ce type de musique serait unidimensionnel ?

Ouais, enfin, des groupes comme COC jouaient assez vite mais ils avaient toujours des breaks avec des riffs typés Black Sabbath dans leurs disques hardcore des débuts. Black Flag a plus ou moins toujours eu un côté Black Sabbath dans leurs chansons. Mais on parle de toute une génération, n’est-ce pas ? On parle de toute une époque de musique. Je veux dire que les gens peuvent très facilement dire « oh il s’agit juste d’aller vite et d’être simpliste. » Mais j’écoutais des groupes comme, disons, Excel, en l’occurrence, qui avait des influences de Sabbath et à la fois ils étaient rapides. Septic Death est une grande influence. Motörhead est une grande influence sur cet album ; on peut probablement entendre Motörhead dans « Divide And Conk Out ». « Digging Your Own Grave » fait aussi un peu penser à un groupe de heavy metal anglais qui s’appelle Tank. Il y a une tonne de trucs que nous adorons dans cette époque qui a été balancé dans un grand melting pot. Par chance, c’est devenu un album assez varié, comme tu dis, mais ce n’était pas vraiment intentionnel. C’est venu comme ça. Tu nous mets dans une pièce et voilà ce que nous faisons.

« L’agression de la musique et l’émotion transmise dans les chansons te donnaient le sentiment d’avoir une raison d’être, ça te faisait te sentir vivant, ça te réveillait. J’espère que si Septic Tank faisait quoi que ce soit, ce serait encourager les gens à se sentir de nouveau vivants [petits rires]. »

Cette musique a un côté très subversif, dans la plus pure tradition du punk et du hardcore classique. Penses-tu qu’on en a besoin dans un monde qui semble devenir de plus en plus léthargique et stérile ?

Je ne sais pas. J’espère que ça apporte un petit vent de fraîcheur par rapport à ce que tu dis. Le côté brut de l’album et celui morne de l’époque que nous visons, avec un peu de chance… Tu sais, parfois, on peut se sentir vraiment déprimé par son environnement et parfois on peut se sentir un peu vide, genre « c’est quoi tout ça ? Qu’est-ce qui vaut la peine de vivre ? » Parfois on se sent tellement détaché de la société et des choses qui se passent qu’on a besoin d’un truc comme de la musique agressive pour se sentir de nouveau en vie. Lorsque j’étais plus jeune et désillusionné par le monde, et les choses qui se passaient, le fait d’écouter un disque comme Why? de Discharge ou un single d’Anti-Cimex, peu importe, quelque chose comme ça, l’agression et le genre de « va te faire foutre » nihiliste adressé au reste du monde, ça te requinquait. L’agression de la musique et l’émotion transmise dans les chansons te donnaient le sentiment d’avoir une raison d’être, ça te faisait te sentir vivant, ça te réveillait. J’espère que si Septic Tank faisait quoi que ce soit, ce serait encourager les gens à se sentir de nouveau vivants [petits rires] et peut-être les pousser à créer eux-mêmes quelque chose. Ce serait un bonus si quelque chose comme ça en ressortait.

Les textes et les thèmes sont bien plus directs que ce à quoi tu nous as habitué dans Cathedral ou With The Dead. Est-ce que ça a fait du bien de te défouler ainsi et t’exprimer de la façon la plus ouverte qui soit ?

Ouais. C’est presque comme se dénuder et se débarrasser d’une bonne partie du poids artistique qui a été mis sur tes épaules. C’est comme « et merde ! Faisons ça et n’y réfléchissons pas à deux fois. » C’est un sentiment très libérateur, ouais, par rapport à lorsqu’on se torture durant des semaines en continue pour trouver une idée originale. On s’en fiche ! Putain, va dans un studio et balance un truc ! C’est très cathartique… Tu sais, c’est sans doute un mot qui est trop fréquemment utilisé de nos jours mais c’est vraiment un truc très cathartique à faire, c’est certain.

L’album s’intitule Rotting Civilisation (civilisation pourrissante, NdT), qui est un titre très explicite. Es-tu de ceux qui croient que notre civilisation occidentale arrive à sa fin, que nous soyons condamnés ?

Pas strictement. Je ne passe pas mon temps à être obsédé par cette idée. Je ne me réveille pas tous les matins en pesant « oh merde, le monde sera fini dans tant d’années » [petits rires], car c’est un peu contre-productif. C’est plus qu’il y a un danger de voir le monde devenir un endroit de plus en plus mauvais où vivre parce qu’on est dirigés par des abrutis finis, contrôlés par des idiots, et les gens eux-mêmes qui… Tu sais, l’apathie est devenue de plus en plus répandue dans la société. Les gens semblent être plus… Tu sais, il y a une chanson qui s’intitule « Self-Obsessed », les gens semblent être plus égocentriques, à vouloir attirer l’attention sur eux plutôt que d’avoir de l’empathie pour autrui, surtout avec cette génération selfie, Facebook et toutes ces conneries qui absorbent les gens dans leurs propres petits mondes, tandis qu’ils ne parviennent pas à voir le monde s’effondrer autour d’eux. De plus en plus, on dirait, les gens deviennent égoïstes et égocentriques.

Donc l’idée de Rotting Civilisation est quelque chose qui est manifestement en train de se produire, et qui empire de jour en jour, mais je ne crois pas que ça veut forcément dire que le monde sera fini dans quelques années, parce que je n’ai pas envie que ce soit le cas. C’est plus un avertissement. C’est pareil avec Black Sabbath ou le doom metal, si tu veux voir ça ainsi : lorsqu’on écrit ou chante au sujet de la fin du monde, c’est plus qu’on avertit les gens de la fin du monde, c’est comme être un genre de prophète [petits rires]. Ça ne signifie pas que c’est ce que tu veux qu’il se passe, ça veut dire qu’il faut se réveiller et voir ce qu’il se passe, il faut commencer à changer des choses soi-même et que le monde qui nous entoure change pour qu’il soit meilleur. J’ai une fille de sept ans, donc la dernière chose que je veux pour elle est voir le monde prendre fin. Je veux tout l’inverse. Je veux que le monde devienne meilleur à vivre. Mais en ignorant tout ce qu’il se passe, ça ne va faire qu’empirer.

Tu as mentionné Facebook, et tu consacres d’ailleurs une chanson aux réseaux sociaux, avec lesquels tu n’es pas tendre : « Social Media Whore ». En as-tu toi-même souffert ?

Tu veux dire genre avec les trolls et ce genre de choses ? Oh ouais. Enfin, il n’y a pas des tonnes de gens mais au fil des années j’en ai eu qui ont secrètement essayé de me rabaisser sur internet, dire des choses à mon sujet ou peu importe. Il n’y en a pas beaucoup mais il y en a bien un ou deux, et je sais qui ils sont. Peu importe comment ils essayent et déguisent leur page YouTube ou Facebook, ou autre, je sais qui sont ces gens. Ce sont de tristes personnes, sans aucune vie à eux. Mais Facebook n’est pas totalement mauvais, je trouve qu’il y a certains aspects qui sont assez cool en fait. Il y a plein de groupes de musiques et autres sur Facebook qui sont très bons. C’est juste tous ces gens qui se répandent sur Facebook et cherchent la reconnaissance, l’attention, à être adoré, les gens qui basent toute leur vie autour d’un post qu’ils font un jour, et s’ils n’obtiennent pas suffisamment de « j’aime » sur le post, ils se sentent nerveux ou suicidaires ou autre. C’est assez tragique. Il y a un vaste monde là-dehors ! Sortez et vivez au lieu d’être assis devant votre téléphone ou votre ordinateur toute la journée et toute la soirée à lire ce que les gens disent sur d’autres gens ou sur vous. On s’en fiche ! Utilisez ça pour ce que c’est, mais vivez votre vie également.

« Les gens devraient prendre la responsabilité de leur propre vie et de leurs propres actions. Si tu as besoin d’une sorte de loi, d’ordre, de religion ou quelque chose qui te maintient sous contrôle parce qu’autrement tu n’as aucune maîtrise de ton esprit ou ton instinct, alors je trouve que c’est vraiment une triste situation ! »

Il y a aussi une chanson intitulé « Victimised » (persécuté, NdT). Ça se rapporte à un vécu ?

Cette chanson parle de l’oppression policière, en gros. Ça parle d’être persécuté parce qu’on pense différemment de tout le monde, parce qu’on a notre propre vision de la vie, parce qu’on essaye d’être un individu ou parce qu’on veut améliorer les choses. Ca renvoie à lorsque j’étais plus jeune et que j’avais l’habitude de me faire constamment arrêter par la police juste parce que je marchais pour rentrer chez moi, car je ne pouvais pas me payer un taxi ou autre. Ils croient, par exemple, que tu es dehors pour essayer de cambrioler la maison de quelqu’un ou je ne sais quoi, simplement parce que tu marches la nuit. C’est toujours d’actualité, n’est-ce pas ? Le harcèlement policier ne fait qu’empirer.

Inévitablement, ces sujets touchent à des thèmes politiques. Mais quelle est ta relation à la politique ?

Je ne suis pas dans la politique. Je peux parler des injustices quotidiennes ou des choses qui nous affectent tous, mais en termes de politique de droite ou de gauche, ça ne m’intéresse pas du tout. Tu sais, les gens disent : « Oh, tu devrais voter parce que c’est ton droit. » Mais, et si je ne suis pas d’accord avec quatre-vingt-dix pour cent des, en gros, trois choix qu’on a pour voter ? Leurs partis, leurs philosophies, leurs croyances et leur infrastructure générale. Et si je ne me reconnais dans aucun d’entre eux ? Pourquoi devrais-je me sentir privilégié de voter pour quelque chose avec lequel je ne suis pas d’accord ? La politique organisée ne m’intéresse tout simplement pas. Ce ne sont grosso-modo qu’un tas de livres de règles qui se contredisent les uns les autres. Je crois au bon sens des gens, bon, d’accord, ce n’est pas… [Petits rires] Bon, je n’ai pas envie de trop en dire pour le moment, mais vu la direction que prend le monde, il ne semble pas y avoir beaucoup de bon sens au sein de la société. Essentiellement, je crois à la liberté individuelle, qui est mon idée principale derrière tout ça. Tu peux qualifier ça de politique ou de tout ce que tu veux, mais pour moi, la liberté d’exister c’est le principal, avec nos philosophies, nos propres croyances et notre propre point de vue.

Je crois que les gens devraient en définitive prendre la responsabilité de leur propre vie et de leurs propres actions. Si tu as besoin d’une sorte de loi, d’ordre, de religion ou quelque chose qui te maintient sous contrôle parce qu’autrement tu n’as aucune maîtrise de ton esprit ou ton instinct, alors je trouve que c’est vraiment une triste situation ! Mais ainsi est et a toujours été la société, et je soupçonne qu’elle sera toujours comme ça. Un point de vue et une manière de penser plus anarchiste est sans doute plus à rapprocher d’une philosophie, mais c’est quelque chose qui, pour moi, a plus de sens que n’importe quel type de parti politique. Donc pourquoi devrais-je changer ce que je ressens pour contenter une sorte d’organisation dans laquelle je ne me reconnais pas ? Bien sûr, en particulier, je dirais que je suis plus de gauche que de droite, ça va sans dire, parce que je n’ai strictement aucun lien avec quoi que ce soit à droite, et bien sûr mon point de vue est plus à gauche, s’il fallait catégoriser ma façon de penser. Mais je trouve la politique putain d’ennuyeuse, en gros. L’humanité m’intéresse plus que la politique.

As-tu le sentiment qu’il y ait une profonde faille dans la démocratie ?

Qu’est-ce que la démocratie ? Ca répond à ta question, parce que personne… En Angleterre, autant il y a plein de problèmes, autant on a ce gouvernement révoltant en ce moment qui n’a strictement aucune idée, aucune compréhension de la pauvreté qui existe dans ce pays et aucune inquiétude à ce sujet, c’est presque comme s’ils balayaient la notion de pauvreté sous le tapis, et tout ce qu’ils comprennent, ce sont les gens de leur propre classe, qui ont le même genre de bien-être qu’eux. C’est presque comme si ces connards pensaient que les gens qui n’ont pas leurs privilèges sont des êtres inférieurs, donc ils ne comprennent pas ou se fichent de ce qui affecte leur vie. Tu te rends dans certaines parties du pays… Je veux dire que j’ai grandi dans un coin où les gens n’avaient rien, et la classe dirigeante, ce sont juste des gens qui vivent dans un terrain en friche, ils préfèrent encore ignorer. Au moins, le leader du parti Travailliste dans l’opposition a pas mal de bonnes choses à dire. Donc il y a un vague espoir.

Au final, Septic Tank ayant seulement vécu dans votre tête pendant plus de vingt ans avant de prendre vie, est-ce que le résultat était en phase avec ce que tu imaginais ?

Probablement plus encore ! Je trouve que le résultat est bien meilleur que ce que nous aurions pu imaginer, vraiment, compte-tenu du fait que nous l’avons fait si spontanément. Mais effectivement, nous avons eu beaucoup de temps pour le mûrir dans nos têtes, donc quand est venu le moment de le faire, il y avait des années de réflexions qui sont ressorties de nos têtes, et d’un point de vue créatif, nous nous sommes réunis et nous avons simplement envoyé la sauce. Heureusement, le résultat est vraiment super ! Nous n’aurions pas pu demander mieux, étant donné les circonstances. Il est clair que nous sommes très satisfaits du résultat. Et j’espère que ça ne sera pas le seul. Car nous ne voulons pas n’être qu’un projet de studio. Nous voulons partir donner des concerts et faire plus d’albums. Nous avons déjà un paquet de musiques écrites. Nous avons environ douze chansons qui sont déjà prêtes aujourd’hui. Qui sait ? Peut-être que l’année prochaine nous enregistrerons un autre album.

Interview réalisée par téléphone le 11 avril 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Page Facebook officielle de Septic Tank : www.facebook.com/septictankuk.

Acheter l’album Rotting Civilisation.



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